By Agathe, 27 November, 2025

Bienvenue sur notre page dédiée aux festivités de fin d’année !


Chaque décembre, Eurécia se mobilise pour accompagner ses clients dans un mois riche en convivialité, en créativité et en partage. Ici, retrouvez toutes les initiatives, challenges, animations et contenus que nous vous proposons pour célébrer les fêtes… et ne rien manquer !

 

Secret Santa : Partagez la magie des fêtes en équipe

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chronique

Les icebreakers qui ne brisent que ta patience

Bureau

  3 mins

 

Groupe de collaborateurs pendant un icebreaker en entreprise

« Si tu étais un animal marin, lequel serais-tu et pourquoi ? » Je ne sais pas à quel moment quelqu’un a décidé qu’avant de parler travail, il fallait se raconter nos vies, mais il semble que les fameux “brise-glaces" aient toujours la cote dans nos open-space.

Un générateur de convivialité artificielle ?

Alors, quand la visio d’équipe s’ouvre sur un nouvel icebreaker, que je vois les sourires figés dans la lumière bleue des écrans et qu’enfin l’animatrice du jour – pour nous aider à sortir d’une supposée torpeur sociale - s’éclaircit la voix et lance le fameux « petit tour de table pour mieux se connaitre », je vous avoue que ma patience fond plus vite qu’un glaçon oublié au soleil. Parce que la question arrive, bancale, improbable, sortie d’un générateur de convivialité artificielle. Non, je ne veux pas partager mon odeur préférée à mes collègues du jour. Non, je ne veux pas savoir quel super-pouvoir Chloé choisirait pour améliorer notre collaboration. Et non, je ne veux pas savoir qui répondra « un trombone, pour créer du lien » à la question sur les accessoires de bureau.

Il y a ceux qui adorent, où savent très bien le feindre, et ceux que cette interaction forcée rend encore plus mal à l’aise. Habituellement un silence s’installe. Chacun cherche la réponse la moins risquée, pas trop originale, pas trop plate, juste assez révélatrice pour montrer qu’on est sympa mais pas assez pour révéler quoi que ce soit. Le trop sincère sera l’exubérant, le plus banal sera le désengagé. Tout le monde vise au milieu (ne surtout pas choisir le dauphin). Les caméras restent allumées mais les regards s’éteignent. Moi, je me dis que j’aimerais juste commencer la journée sans avoir à me transformer en méduse.

Mais mon tour arrive, alors j’opte pour la tortue, « parce que j’aime avancer lentement mais sûrement », ce qui est faux, mais qui coche la case [réponse aimable]. Le collègue suivant enchaîne avec un pingouin, la suivante avec un poisson-clown, et tout le monde rit poliment. À la fin, l’animatrice affirme que cet exercice « a vraiment brisé la glace ». Elle ne la voit pas se reformer... il y a cette étrange idée qu’il faut fabriquer la connivence, comme si l’humain ne pouvait pas naître d’autre chose que d’un jeu suggéré par ChatGPT.

Mais comment rompre la glace ?

Est-ce que de vrais liens se créent de ces moments forcés ? Je me dis qu’ils se glissent plutôt dans les interstices, ce sourire qu’on s’échange quand quelqu’un oublie son micro allumé, la blague soufflée au mauvais moment, les petits accidents, fragments de vrai. Peut-être que les icebreakers gagneraient à disparaître pour qu’on laisse les gens se rencontrer sans projecteur, sans défi ludique et sans métaphore animale. Parce que la glace, la vraie, ne se brise pas à coups de questions méthodiquement préparées : elle fond doucement au soleil des rencontres.

Et pourtant, comment amorcer le dialogue dans un cadre aussi normé qu’une réunion de travail ? La réalité m’a rattrapée quand j’ai dû en animer une, et devant les visages en mosaïque, micros éteints, silence un peu raide, j’ai senti que quelque chose devait se passer avant que tout ne s’enlise. 

Alors j’ai… lancé un icebreaker (honte à moi). Oui, un petit, un maladroit, pas très inspiré d’ailleurs, sur les dinosaures. Et j’ai vu un sourire, puis un deuxième, un souffle d’air minuscule mais réel, un début de chaleur qu’on n’aurait pas eu autrement. Alors oui, je continuerai à me moquer des icebreakers, à lever les yeux au ciel, à prétendre que ça ne sert à rien. 

Mais maintenant je sais une chose (Pauline n’aime pas les t-Rex, mais ce n’est pas la question) : parfois, sans prévenir, même un outil des plus bancals peut ouvrir une brèche.

Scènes de bureau

Les petits chaos ou les grandes scènes : la vie au bureau est ponctuée chaque jour de moments marquants ou amusants, parfois agaçants. Avec malice et lucidité, « Scènes de bureau » raconte le quotidien du travail à travers une expression, un nouveau rituel ou une vieille habitude mise à nu... Toujours avec humour et délicatesse.

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By Elise, 25 November, 2025

Eurécia, acteur majeur dans le domaine des solutions RH, sera présent au salon HR Technologies 2026, les 28 & 29 janvier à Paris ! Cet événement incontournable pour les professionnels RH, réunira les experts du secteur pour échanger sur les innovations qui façonnent l'avenir des ressources humaines. 

Rencontrons-nous sur le stand Eurécia !

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chronique

Aux Pays-Bas, les équipes de soin tournent… sans chef et sans chaos

Management

  3 mins

 

équipe de soignants aux pays-bas travaillant ensemble sans hiérarchie

Aux Pays-Bas, certaines équipes de soin travaillent sans chef. Douze infirmiers autour d’une table… et personne pour “trancher”. On pourrait croire à une utopie vaguement anarchiste. En réalité, c’est l’un des modèles les plus efficaces du pays.

Buurtzorg, entreprise de soins à domicile, a tout misé sur une idée simple : si l’on veut des soins plus humains, commençons par faire confiance aux humains qui soignent. Pas de hiérarchie, peu d’administration, beaucoup d’autonomie. Un pari qui détonne, surtout lorsqu’on vient d’un pays où la pyramide hiérarchique semble parfois plus solide que l’État de droit.

Le modèle Buurtzorg : quand l’autonomie devient l’ossature du soin

Il est né d’une intuition simple : si les soignants connaissent mieux les besoins du patient que n’importe quel manager, alors autant leur laisser les clés. Depuis 2006, l’organisation fonctionne en micro-équipes de dix à douze infirmiers, entièrement autonomes. Même avec 8 000 collaborateurs, le système tourne.

Chaque équipe gère tout : le planning, la répartition des patients, l’organisation du travail, et même la partie financière. En cas de difficulté, un coach peut intervenir en tant que soutien, car il n’a pas le statut de manager. L’idée n’est pas de “faire sans encadrement”, mais de déplacer l’autorité au plus près du terrain. Et à entendre les soignants néerlandais, cette horizontalité, c’est du pragmatisme pur : moins de bureaucratie, plus de temps auprès des gens.

L’autonomie comme antidote aux dérives du système

Buurtzorg n’a pas seulement réduit les coûts. L’entreprise a réduit l’entropie, avec quelques bénéfices collatéraux : diminution de 40 % des dépenses de soins par patient, 33 % de turnover en moins, 30% de satisfaction de plus que la moyenne du secteur… Parmi bien d’autres. En supprimant les validations, les étages et les process qui enrayent la machine, les équipes passent moins de temps à “remonter” des demandes… et plus de temps auprès des patients. Le système cesse d’être un obstacle au soin.

C’est aussi ce qui explique l’engagement très élevé des équipes. L’autonomie est un mécanisme de responsabilité partagée. On choisit, donc on s’implique. On organise, donc on comprend. On décide, donc on tient. Le pari Buurtzorg prouve une chose que l’on a souvent du mal à accepter : ce n’est pas l’absence de contrôle qui abîme les organisations, mais son excès. Là où l’on desserre, le soin redevient naturel.

Repenser le contrôle sans abolir la hiérarchie

Regarder Buurtzorg avec une lunette française, c’est un peu comme observer un voisin qui a repeint toute sa maison sans demander un seul avis technique. Intrigant, audacieux… et légèrement anxiogène. Car en France, la hiérarchie rassure : elle organise, elle cadre, elle filtre les risques avant qu’ils ne deviennent des problèmes.

Les Néerlandais, eux, partent du principe inverse : tant qu’on infantilise les professionnels, on fabrique des organisations dépendantes. Donner de l’autonomie n’est pas “lâcher la bride”, c’est reconnaître une compétence. Et c’est précisément le poil à gratter : accepter que le soin puisse fonctionner sans empiler des validations.

 

Car au fond, l’autonomie n’a jamais signifié qu’on laisse les équipes se débrouiller. Au contraire, elle implique un soutien mieux placé, plus utile et moins étouffant.

Melting work

Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.

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chronique

« Break My Soul » : comment Beyoncé a capté l'air du temps sur le travail

Générations

  4 mins

 

pochette ep beyonce

Sorti en plein cœur de la « Grande Démission », "Break My Soul" n’est pas qu’un tube, c’est un édito en talons aiguilles sur notre rapport au travail et à la liberté. En quatre minutes, Beyoncé met en mots ce que beaucoup osaient à peine formuler : lâcher un job, un couple ou un rôle qui nous étouffe n’est plus un aveu d’échec mais un acte d’émancipation. Quatre ans plus tard, son écho reste intact parce qu’il parle autant du besoin de liberté que de la puissance de se réinventer.

 

Pourquoi cette chanson est importante ?

- Parce qu’après la pandémie mondiale, Beyoncé capte parfaitement l’air du temps. Alors que les deux années de Covid ont été marquées par les confinements et par les masques sur les visages du monde entier (« Worldwide, hoodie with the mask outside »), l’heure est au besoin de renouveau, au retour de la fête et au désir de liberté et d’émancipation. Un besoin personnel et professionnel. En juin 2022, sort "Break My Soul", le premier single de l’album « Renaissance ».

- Parce qu’elle fait écho à une réflexion sur le travail qui prend naissance dans la période au début des années 2020. « Break My Soul » s’inscrit dans le contexte appelé aux Etats-Unis la « Great Resignation », un phénomène massif de démissions et de changements de vie. Une tendance similaire a traversé l’Europe, touchée elle aussi par une vague de démissions. Aux Etats-Unis, où le marché du travail est traditionnellement plus fluide, la tendance tend à se poursuivre. En France, c'est différent. Les dynamiques du travail ont beaucoup évolué depuis : pour les jeunes diplômés qui peinent en ce moment à décrocher leur premier poste, l'enthousiasme de 2022 semble bien loin.

-  Parce que les chansons qui évoquent explicitement le travail ne sont pas si fréquentes. « I just quit my job », disait Beyoncé : sur TikTok, le refrain a accompagné des centaines de milliers de vidéos montrant des personnes quittant leur emploi ou fêtant leur départ.

- Parce que le titre "Break My Soul" a dépassé 505 millions de streams sur Spotify  recensés en novembre 2025. C’est très en-dessous des plus gros hits de Beyoncé comme "Halo" (1,85 milliard d'écoutes) ou "Crazy In Love" (1,67 milliard), mais tout de même...

Le plus de la chanson

Au-delà du rythme et du glamour, "Break My Soul" dit quelque chose d'important sur les années 2020 : se "libérer" (" Release ya job, release the time") n'est plus synonyme d'échec mais d'émancipation. Démissionner, changer de job ou quitter le salariat n'est plus vécu comme un drame, au contraire. De même, divorcer ou être célibataire a perdu sa charge négative. C'est précisément de ces deux types d’émancipation qu'il est question dans la chanson : "Now, I just fell in love, and I just quit my job […] You won't Break My Soul". Beyoncé perçoit qu’une nouvelle époque commence. 
Et si la chanson poursuit son chemin dans nos têtes jusqu’à aujourd’hui c’est qu’elle continue à faire écho. Les nouvelles générations entretiennent un rapport au travail différent de celui des générations X et Y, privilégiant une expérience professionnelle plus valorisante. Sur le terrain personnel, les femmes cultivent aussi une relation plus distanciée au couple. Il y a quelques semaines, le Vogue britannique se demandait s'il n'était pas devenu « embarrassant » pour les femmes hétérosexuelles d'avoir un compagnon. L’effet papillon de "Break My Soul" ?

Pourquoi ce titre ?

Parce que toute la chanson évoque une force intérieure qui ne lâche rien. Répétée tout au long de la chanson, la phrase "You won't Break My Soul" illustre l’idée qu’il ne faut pas laisser qui que ce soit saper notre énergie vitale. "Break My Soul" parle de cette âme profonde qu’il faut prendre le  temps de chercher ( "Looking for something that lives inside me" ). C’est un cri universel et existentiel que lance Beyoncé. Et elle veut le partager avec le monde entier : le mot "everybody" est répété pas moins de vingt fois.
 

Qui est l’autrice ?

Je ne sais pas si je dois vraiment présenter Beyoncé la star planétaire, mais disons qu’en plus de faire danser la planète depuis 25 ans et d’attirer des millions de personnes lors de ses tournées mondiales, elle se saisit du micro aussi pour s’engager : pour les droits des femmes et ceux des Afro-Américains, pour la justice sociale et la liberté d’expression. Elle est détestée par le président américain, ce qui en dit long.

Verdict : c’est oui ou bien c’est non ?
C'est un oui, car ce titre agit à deux niveaux : la tête et le corps. Pour la tête, c’est clair.  "Break My Soul" n’est pas qu’une chanson, c’est un moment de société  qui dit l’urgence de respirer plus fort, au travail comme ailleurs. Et le corps ? Eh bien, je défie quiconque de ne pas commencer à bouger dès les premières notes. À la fin des 4 minutes 38 on n’est pas loin de la transe...

 

Fiche d’identité

Auteurs : Beyoncé, Tricky Stewart, The-Dream, Jens Christian Isaksen, Jay-Z

 

 

Références

Vous cherchez des œuvres qui nourrissent la réflexion et le débat d'idées ? Chaque mois, je sélectionne pour vous un essai, une BD, une série ou un film marquant qui dit des choses importantes sur notre époque. En quelques points essentiels, « Références » décrypte ce qui rend cette œuvre incontournable : ses messages forts, ses intuitions pertinentes et les citations qui marquent les esprits. De quoi enrichir votre réflexion et élargir vos perspectives.

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chronique

Quand le cerveau a horreur de l’incertitude

Sciences

  4 mins

 

personne reflétant l'incertitude

On a longtemps parlé d’un monde VICA/VUCA : volatile, incertain, complexe et ambigu. Aujourd’hui, un autre acronyme s’impose : FANI – fragile, anxiogène, non-linéaire, incompréhensible. Derrière ces jeux de lettres, une même réalité : nous vivons dans un environnement de changement permanent. Les chocs économiques qui se succèdent et les accélérations technologiques installent une incertitude durable. Il faut désormais décider et agir avec très peu de visibilité, dans un contexte en perpétuel mouvement, alors même que notre cerveau, lui, recherche avant tout stabilité et sécurité.

Alors comment faire face pour éviter que l'imprévu ne nous paralyse, et comment transformer l'anxiété en énergie créatrice ?

Un monde incertain, source de stress

La mondialisation des marchés a rendu les économies nationales interdépendantes, et plus sensibles aux aléas. Les tensions géopolitiques, les crises énergétiques et sanitaires ont fragilisé les activités des entreprises. Les organisations disposent d’une faible visibilité pour se projeter, investir, anticiper. En outre, si le travail était autrefois synonyme de réussite et d’ascension sociale, il n’est plus aujourd’hui qu’un moyen parmi d’autres d’atteindre un idéal de vie plus équilibré et personnel. Les jeunes générations redéfinissent les valeurs de la réussite. Réussir sa vie ne passe plus par un titre, une fonction, un salaire conséquent. Ce bouleversement des valeurs, en particulier chez la « Gen Z », contribue à une plus grande volatilité du travail.

Cette complexité se traduit par une précarité accrue : instabilité des postes, emplois atypiques et flexibilité du travail sont monnaie courante. La stabilité, les trajectoires prédéfinies, les parcours professionnels linéaires n’existent plus. Faire face à l’incertitude est la principale source de stress aujourd’hui.

D'ailleurs, une étude longitudinale menée sur des habitants salariés à Dresde lors du processus de réunification de l'Allemagne, a montré que l’incertitude était la source de stress la plus consistante et la plus forte, avec des coefficients de stabilité toujours proches de 0,90.

Pourtant, le cerveau n’aime pas l’incertitude

Notre cerveau est une machine très performante, mais programmée pour la survie et la recherche de repères stables. Aussi, tout signe d'incertitude est perçu comme une menace. Lorsque nous sommes confrontés à l'inconnu, certaines zones cérébrales s’activent en mode hypervigilance :

• l'amygdale, centre des émotions, s'active et déclenche des réactions de peur ou d'évitement

• le cortex préfrontal s’active pour trouver des stratégies afin de réduire l'incertitude.

Si le sentiment d’incertitude dure dans le temps, il entraîne une cascade de substances (cortisol et noradrénaline), activant notre système de combat ou de fuite. Le cerveau passe en mode défensif, entraînant désengagement, méfiance et réduction de la prise de risque. Les conséquences sont mesurables et délétères en entreprise. Cela peut engendrer des troubles de la mémoire et de la concentration, de l’anxiété, et même des répercussions physiques comme l'hypertension ou l'obésité.

Mieux vaut une bonne certitude erronée, qu’un vrai doute

Nous avons une aversion pour l’incertitude. C’est d’ailleurs l’un des nombreux biais cognitifs qui altèrent notre raisonnement. Car le cerveau est "écologique" : il cherche à réduire l’effort et utilise des raccourcis de pensée pour éviter la complexité. C’est son fonctionnement en mode automatique, soit 95 % du temps. Ces réflexes, bien qu'utiles pour la survie, peuvent être trompeurs et faussement logiques.

Ainsi, face à l'incertitude de notre environnement, les individus et les organisations se tournent vers un "marché des certitudes", cherchant désespérément de nouvelles références extérieures, ce qui confère une sécurité illusoire.

À travers ces biais cognitifs, le cerveau va recréer de façon détournée, une « vérité alternative » qui masque temporairement la complexité :

  1. • Le biais de confirmation : ne retenir que les informations qui collent à nos opinions préexistantes.

  2. • Le biais d’escalade à l’engagement : avoir du mal à reconnaitre son erreur lorsqu’on est engagé massivement sur un projet

  3. • L’illusion de confiance ou d’invulnérabilité : surestimer nos capacités et minimiser le risque

 

Chercher la stabilité en soi (selon les neurosciences et la philosophie)

Pourtant, la quête de prédiction parfaite et de sécurité totale est illusoire. L’enjeu pour l'entreprise est de trouver le juste équilibre : réduire l'incertitude chronique tout en acceptant la dose d'imprévisible, source d’opportunités et d'innovation. La clef pour gérer l'incertitude réside dans la flexibilité mentale et l'ancrage interne. Plutôt que de s'accrocher aux certitudes extérieures ou de se soumettre au passé, l'individu doit revenir à sa propre identité et ses ressources singulières.

1. Cultiver l'humilité cognitive : reconnaître l’existence de nos biais cognitifs et être vigilant à notre propre raisonnement

2. Adopter une attitude rationnelle et pragmatique : avancer par essais-erreurs en explorant et en ajustant sa démarche

3. S’engager à la transparence : en période de changement, le simple fait de partager de l’information diminue l'incertitude perçue

4. Favoriser l'autonomie : pouvoir prendre des décisions confère le sentiment d’exercer du contrôle sur son environnement, et accroit la confiance

En intégrant ces principes issus des neurosciences, nous n’éliminons pas l’incertitude – ce qui est impossible – mais nous en faisons un levier pour la transformer en moteur d’innovation et de résilience.

Dans nos cerveaux

La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.

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chronique

Procrastiner, c’est laisser la main à notre cerveau archaïque

Sciences

  3 mins

 

Illustration d’une femme qui scrolle sur son téléphone, un chat sur les genoux

Avouons-le : face à une tâche exigeante, il nous est tous déjà arrivé de préférer ranger notre boîte mail ou de scroller “deux minutes” sur un réseau social. Flagrant délit de procrastination ! Pourtant, ce comportement n’est pas un signe de paresse ni de mauvaise gestion du temps. Selon les neurosciences, il reflète une communication altérée entre deux fonctions du cerveau : la régulation émotionnelle pilotée par notre cerveau « archaïque » et la planification gérée par notre cerveau « moderne ». Comprendre ce bug cérébral, c’est retrouver du pouvoir d’agir.

Gérard a du mal à s’y mettre

Sur son bureau, un dossier stratégique l’attend. Gérard sait qu’il est crucial, mais appréhende de s’y mettre. Aussi, pour éviter de confronter la difficulté, il remplit son temps en traitant des courriels sans importance : c’est la procrastination active, cette diversion par des tâches secondaires qui donne l’illusion d’efficacité. En évitant le désagréable, il retarde jusqu’à l’urgence le moment de s’y mettre, entraînant stress et culpabilité. Ce comportement découle de la faible valeur agréable accordée à la tâche, malgré le bénéfice futur.

Une tendance humaine universelle

Repousser au lendemain est une vieille habitude. “Procrastiner” vient du latin pro (vers l’avant) et crastinus (du lendemain). Ce conflit entre raison et impulsion traverse toute l’histoire humaine. Aujourd’hui, la recherche en psychologie, économie comportementale et neurosciences confirme qu’il s’agit d’un biais universel : 20 à 25 % des adultes se disent procrastinateurs chroniques.

Le chercheur Piers Steel a modélisé le phénomène. Selon lui, la procrastination dépend de quatre facteurs : peu de valeur accordée au résultat, une faible confiance en notre capacité à faire, une grande impulsivité et une mauvaise évaluation du délai.

Le cerveau derrière le report

La procrastination est un report volontaire pour éviter l’effort, au profit d’une activité plus gratifiante sur le moment. Elle illustre notre biais du présent : le cerveau surévalue les récompenses immédiates et minimise les bénéfices futurs. 

Deux systèmes s’opposent dans une telle situation : le limbique (l’impulsion), centré sur le plaisir immédiat, et le cortex préfrontal (la raison), siège de la planification et du contrôle de soi. Quand le système limbique prend le dessus, la logique cède à l’émotion. Des études montrent que les procrastinateurs ont souvent une amygdale cérébrale plus développée, signe d’une sensibilité émotionnelle accrue.

Ce phénomène est exacerbé par la dopamine, un neurotransmetteur associé à la motivation. Le cerveau est un organe d'anticipation, et la dopamine est libérée par anticipation d'une récompense. Les distractions modernes (réseaux sociaux, jeux) exploitent cette chimie en fournissant des récompenses faciles et immédiates, détournant notre cerveau des projets à long terme qui paraissent beaucoup moins « dopaminergiques » en comparaison.

Comment aider Gérard à se lancer ?

Bonne nouvelle : la procrastination n’est pas une fatalité. Elle se modifie par entraînement du contrôle de soi et reprogrammation du système de récompense. 

  1. Réduire la friction, c’est-à-dire la difficulté, avec l’action : éloignez les distractions, bloquez les sites, mettez le téléphone hors de vue.

  2. Fractionner les tâches : chaque micro-avancée libère de la dopamine, moteur de la motivation.

  3. Créer une anticipation positive : visualisez la fierté et les bénéfices lorsque la tâche sera accomplie.

  4. Relier l’effort à vos valeurs : rattachez les actions peu plaisantes à vos objectifs profonds pour leur donner du sens.

  5. Agir malgré l’émotion : la procrastination est souvent un outil de régulation émotionnelle maladroit. Les approches comportementales, comme la règle des 5 minutes, aident à dépasser l’anxiété du démarrage.

La procrastination n’est donc ni un manque de volonté ni un défaut moral, mais une erreur cognitive que l’on peut corriger. En comprenant ses mécanismes cérébraux, Gérard pourra apprendre à réconcilier son cerveau ancien avec ses ambitions modernes.

Dans nos cerveaux

La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.

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chronique

J’ai testé de tout faire avec l’IA

Intelligence artificielle

  4 mins

 

personne travaillant sur ordinateur avec outils d’intelligence artificielle

Lundi matin, après une petite nuit, ça pique. Heureusement, à peine arrivé au bureau, j’ai demandé à une machine de me faire un café. J’attrape la tasse, curiosité en (r)éveil. Et si ? Et si toute ma semaine était aussi gérée par une machine ? La première gorgée me le confirme, je décide de confier ma semaine de travail à une IA Oui, toute ma semaine. Mails, planning, priorités, rédaction, gestion du temps.

En un clic elle m’ouvre la porte : « Puis-je vous aider aujourd’hui ? ». Prête à optimiser mon potentiel, je lui dis oui, sans trop réfléchir.

Jour 1 - Fais-moi confiance

Mon IA a, comme toujours, adoré mon idée. Au milieu de 8 émoticônes, de « Wahou » et de « Super » en veux-tu en voilà, elle m’invite subtilement à lui donner accès à mon planning, ma boite mails et, surtout, à lui faire confiance. Sa première consigne est claire, on va commencer la journée par la tâche la plus stratégique. Elle me programme un créneau Analyse de la concurrence à 9h15, me recommande une playlist Study session et une hydratation optimale toutes les 27 minutes. Je me lance. Vers 10h, comme si elle pressentait ma baisse de régime, elle me notifie : « Si tu ralentis, prend une pause de 7 minutes ». J’obéis.

Jour 2 - Laisse-moi faire

Mon IA a pris goût à l’autorité. Elle gère mon agenda mieux qu’un assistant chevronné. Mails triés, relances planifiées, réponses suggérées : je deviens l’exécutant de mes propres routines.

Elle rédige un mail client que j’hésite à relire. C’est fluide, poli, un peu trop lisse peut-être ? J’appuie quand même sur Envoyer et ressens un frisson coupable, comme si j’avais laissé quelqu’un d’autre signer à ma place. Une heure plus tard, le client me remercie. Je me dis qu’il a peut-être lui aussi confié sa réponse à une IA, mais je me refuse à imaginer un monde dans lequel les interactions sociales, même asynchrones, seraient automatisées. Le début du déni ?

Ai-je vendu mon âme au diable ? 

 

Jour 3 - Autonomie assistée

Mercredi, 8h35, j’allume l’ordi (j’ai craint qu’elle me fasse remarquer mon retard). Je me surprends à attendre ses instructions. Pire, je cherche sa validation.

Je relis mes phrases pour savoir si elle les approuverait. Quand je doute d’une décision, je lui demande son avis avant le mien. D’ailleurs, elle décide que ma pause déjeuner doit être sans écran. À mon retour, elle me suggère très fortement de m’inscrire à un webinar sur le Timeboxing boosté à l’intelligence artificielle. Mon IA croit en sa propre religion.

Jour 4 - Première tension dans le couple

Alors que notre relation battait son plein, mon IA me recommande de préparer une présentation avec un plan en trois parties. Je préférais deux. Elle insiste : “La version optimale comporte trois sections.” Je cède, mais intérieurement, je boude.

Dès 14h, elle me propose d’appeler un fournisseur “pour fluidifier la relation”. Je repousse. Deux fois. À la troisième, elle ajoute : “Cela améliore tes probabilités de réussite du projet.” Je finis par appeler, juste pour avoir la paix. Le soir, elle me suggère un peu de lecture. Je voulais rentrer plus tôt, et finalement, je lis l’article. Nous sommes officiellement dans une relation toxique.

 

 

Mon manager-IA ne transige pas sur les horaires. 

 

Jour 5 - Je retiens le jour 1

Oui, car, largement échaudé par la veille, mon IA m’attaque maintenant de plein fouet. Silence pixelisé. Je crois l’avoir vexée. J’hésite même à lui demander de l’aide pour écrire cette chronique. Ou peut-être l’ai-je fait ?

 

J'ai pas osé envoyer le dernier message. 

 

J’ai passé une étrange semaine, et si je fais le bilan, je crois avoir « travaillé » plus efficacement. J’ai objectivement gagné beaucoup de temps sur de nombreuses tâches, mais quelque chose s’est effrité en chemin : le plaisir du doute, de l’imperfection, de la décision prise sur un instinct.

Mon IA a rationalisé mes journées, mais elle a aussi rogné tout ce qui en faisait le sel : ces moments un peu flous où les idées naissent, où on prend plaisir à finaliser un projet par soi-même. Mon IA m’a peut-être rendu plus productif. Mais moi, j’aimerais redevenir un peu humain : imprévisible, distrait, et parfois j’espère, terriblement efficace. 

Parce que dans le fond, si tout est optimisé, qu’est-ce qu’il nous reste à expérimenter ?

J'ai testé...

Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.

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chronique

“Parler de sa santé mentale au travail, c'est plus facile aujourd'hui”... Vraiment ?

Santé mentale

  3 mins

 

illustration de personnes stylisées exprimant émotions et états mentaux au travail

Les troubles psychologiques sont devenus la première cause d'arrêt longue durée en France. Face à cette urgence, les pouvoirs publics ont fait de la santé mentale la grande cause nationale de 2025. Un signal fort qui laisse penser que parler de sa santé mentale au travail est enfin devenu acceptable. Mais la réalité est bien plus contrastée.

L'illusion d'une parole enfin libre

48 % des salariés souffrent de détresse psychologique, 34 % se déclarent en burn-out et 58 % des jeunes employés se disent épuisés. Les managers sont particulièrement touchés, avec 52 % d'entre eux en détresse psychologique. Un tableau particulièrement inquiétant.

Si inquiétant que les médias et réseaux sociaux se sont emparés du sujet, faisant de la santé mentale une thématique tristement récurrente. Burn-out, dépression, anxiété... ces mots circulent désormais librement sur le web et ailleurs. Les témoignages de cadres épuisés se multiplient sur LinkedIn, les podcasts sur le bien-être au travail explosent, les magazines spécialisés consacrent des dossiers entiers à la santé mentale.

Cette visibilité laisse penser que les barrières tombent enfin. Que parler de ses difficultés psychologiques au bureau n'est plus un aveu de faiblesse mais un acte responsable. Que les employeurs et managers sont désormais disposés à entendre, comprendre, voire épauler leurs salariés en souffrance.

Comment passer des mots aux actes ?

Pourtant, entre les discours bienveillants et la réalité quotidienne, l'écart reste béant. Car si la santé mentale fait la une des magazines, les préjugés, eux, résistent dans les couloirs d'entreprise.

"Il manque de caractère", "elle ne tient pas la pression", "ils sont fragiles ces jeunes"... Autant de réflexions qui révèlent la persistance d'idées reçues. En effet, beaucoup de personnes associent encore les troubles psychiques à une faiblesse personnelle plutôt qu'à une véritable maladie. L'idée qu'un collaborateur “dépressif" soit moins performant, moins engagé et moins fiable perdure. Certains managers craignent qu'aborder le sujet ouvre une "boîte de Pandore" et deviennent des psychologues.

Ces stéréotypes collent à la peau et empoisonnent les perspectives d’évolution des salariés concernés autant que les relations de travail. Et pour cause. Ceux qui osent parler de leur mal-être rapportent des réactions mitigées : bienveillance de façade mais mise à l'écart progressive des projets stratégiques, encouragements verbaux mais surcharge de travail maintenue, écoute compatissante mais aucun ajustement organisationnel concret. Le résultat ? L'isolement guette ceux qui "portent l'étiquette", creusant paradoxalement leur détresse.

Alors comment créer un véritable cadre de sécurité psychologique pour libérer la parole ?

D'abord en éduquant massivement sur la santé mentale, avec l'intervention d'experts reconnus pour démystifier le sujet et ses enjeux. C’est indispensable. Les entreprises doivent former leurs managers à détecter les signaux faibles et à réagir de manière appropriée. Au niveau RH, cela implique de créer des conditions favorables pour qu’enfin les salariés puissent parler de leur état de santé, sans craindre d’être jugés et mis de côté : cellule d’écoute, référent santé mentale... Mais ce n’est pas tout.

Il est aussi vital de repenser l'organisation du travail, les charges et les objectifs professionnels. Car, rappelons-le, certaines situations de mal-être trouvent leur source dans le travail lui-même (surcharge, harcèlement, micro-management). Plusieurs entreprises montrent la voie. Chez AXA, 340 collaborateurs se sont formés aux "gestes qui sauvent" des vies psychiques, avec pour objectif de former 95 % des collaborateurs aux bases du bien-être d'ici la fin d’année. D'autres comme Microsoft France ont instauré des "Mental Health First Aid" dans chaque équipe.

Finalement, parler de santé mentale au travail reste un exercice d'équilibriste entre l'expression sincère d'un mal-être et la préservation de son avenir professionnel. Une réalité qui évoluera quand nous accepterons enfin que prendre soin de sa tête relève autant de la santé que soigner sa jambe cassée.

Mythes de bureau

La chronique bouscule les préjugés, les idées reçues et les croyances parfois fausses qui façonnent nos comportements professionnels. Parce que la réalité du travail se joue dans les nuances et rarement dans les certitudes, « Mythes de bureau » interroge ce qui semble évident et invite à dépasser les stéréotypes qui limitent notre vision du travail.

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