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chronique

J’ai testé… l’écriture inclusive pendant une semaine

En immersion

  4 mins

 

Personne écrivant un texte en écriture inclusive sur un ordinateur portable

Le déclic est venu d’un début de phrase tout à fait banal : « Chers lecteurs, bonjour », que je m’apprêtais à écrire aux abonnés de la newsletter d’Eurécia Média

Et, j’ai eu un temps d’arrêt. Lecteurs ou lectrices ? Ou pourquoi pas « Bonjour à tous·tes les lecteur·rice·s » ? Est-ce que cette formule dit quelque chose de plus large que ce qu’elle montre ?  
Par curiosité, et sans opinion arrêtée, j’ai décidé de tester l’écriture inclusive pendant une semaine. Partout. Tout le temps. Sans exception. Pour voir ce que ça change. Pour moi. Et pour les autres.

Jour 1 : l’enthousiasme  

Premier jour, je m’y mets sérieusement. Mails, documents, messages internes : tout y passe. Je découvre rapidement qu’il n’existe pas une écriture inclusive, mais plusieurs. Du point médian par-ci, de la double flexion par-là, et un peu de reformulation neutre ailleurs. J’apprends les mots doublet et épicène. Je jongle. J’essaie. Je teste.

Mon premier mail commence ainsi : « Cher·e·s collaborateur·rice·s, nous sommes ravi·e·s de vous inviter… » : 

un mail avec des essais d'écriture inclusive.

Je relis. Deux, trois fois. C’est plus long, certes, mais je comprends ce que j’ai écrit. Je me dis que c’est une question d’habitude. Après tout, chaque nouveauté demande un petit effort cognitif. J’envoie mon invitation avec la satisfaction discrète de celui qui a l’impression de bien faire.

Jour 2 : ce n’est pas si facile que ça en a l’air

L’enthousiasme est toujours là, mais le rythme a changé, car écrire me prend vraiment plus de temps. À chaque phrase, je dois faire un petit arbitrage. Est-ce que je double ? Est-ce que je neutralise ? Est-ce que j’alourdis la phrase ou est-ce que je simplifie le fond ?  
Je passe dix bonnes minutes sur une phrase pourtant simple : « Les managers sont invités à partager leurs retours. » Elle devient successivement : "les managers et les manageuses sont invitées à faire un feedback", puis, "les manager·euse·s sont invité·e·s à faire un feedback" , et enfin, "les personnes en charge d’équipes sont invitées à faire un feedback".

Je finis sur un « L’équipe managériale est invitée à faire un feedback ». Non pas par conviction, mais par souci d’interprétation de ma phrase. Je réalise que l’écriture inclusive m’oblige à penser davantage au message qu’à la formulation. Et ça pour le coup, ce n’est pas neutre.

Jour 3 : la lecture se complique

 

Au troisième jour, je change de posture : je ne suis plus seulement celui qui écrit, mais aussi celui qui relit. Mes propres textes me demandent un effort inhabituel. Mes yeux ralentissent. Mon cerveau segmente. Parfois, il trébuche. 

Je tombe sur une phrase que j’ai moi-même produite : « Les salarié·e·s intéressé·e·s peuvent s’inscrire auprès de leur manageur·euse ». Je souris, car je comprends l’intention, mais je dois la relire deux fois pour comprendre le message. Je me demande si, moi qui l’ai écrite et ralentis… qu’en est-il de celles et ceux qui la découvrent pour la première fois, entre deux urgences ? La question de la transmission de l’information s’invite doucement dans l’expérience.

Jour 4 : l’écriture déborde à l’oral

Effet secondaire inattendu : je bégaie. En réunion, je m’entends hésiter. Chercher mes mots. M’arrêter en plein milieu d’une phrase. « Les collaborateurs… enfin… les collaboratrices… enfin… les équipes… ». Le groupe sourit. Moi aussi, réalisant que l’expérience dépasse l’écran. Elle modifie mes réflexes, mes automatismes, mon rapport spontané au langage. Elle refaçonne doucement ma perception du monde, et c’est peut-être là l’objectif de l’écriture inclusive.

Jour 5 : ni pour, ni contre, bien au contraire

Dernier jour, je relis tout ce que j’ai produit dans la semaine. Je n’ai pas changé d’avis (je n’en avais pas au départ), mais j’ai changé de regard.

L’écriture inclusive n’est ni un gadget, ni une solution magique. C’est un outil. Un outil qui dit quelque chose de notre époque, de nos tensions, de notre envie de mieux représenter sans toujours savoir comment simplifier. Elle questionne autant qu’elle complexifie. Elle oblige à ralentir, à reformuler, à faire des choix. Et parfois, à accepter que vouloir tout dire, c’est aussi risquer de moins bien se faire comprendre.

Au fond, cette semaine m’a rappelé une chose simple : la langue n’est jamais neutre. Elle évolue avec nous. 

Et chaque tentative de la faire progresser nous confronte à la même question, inconfortable mais salutaire : qu’est-ce qu’on veut vraiment transmettre ?  

J'ai testé...

Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.

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Quiet ambition : la fin du mythe de la carrière à tout prix

Management

  3 mins

 

Jeune actif au travail illustrant une ambition discrète sans quête de promotion

Pour moi, monter en responsabilités dans une entreprise, c'est un peu comme avoir un enfant. On nous explique que c'est une étape incontournable, un aboutissement logique, presque un accomplissement. Et puis, dès que les gens se lancent, ils ont peur, ils doutent… et ils dorment beaucoup moins bien.

Aujourd'hui, j'entends plein de jeunes autour de moi dire qu'ils n'ont pas spécialement envie de monter dans la hiérarchie. Et s'ils étaient en train de redéfinir ce que 'réussir' signifie ? C'est au moment où j'ai creusé la notion de “quiet ambition” que j'ai commencé à réfléchir en ces termes.

Le “quiet ambition”, c'est quoi exactement ?

On parle de “quiet ambition” pour décrire cette manière de s'investir pleinement dans son travail, de vouloir apprendre et progresser, sans chercher à gravir l'échelle hiérarchique. Rien à voir avec le “quiet quitting”, souvent associé au désengagement. Ici, on travaille bien. Simplement, on ne rêve pas forcément d'un poste de manager ou d'un titre ronflant.

Et les chiffres sont assez parlants. Selon une étude Deloitte, seuls 6 % des Gen Z disent que leur ambition professionnelle première est de grimper l'échelle corporate.. Autant dire que le mythe du jeune aux dents longues qui rêve d'une promotion mérite sérieusement d'être dépoussiéré.

Non, les Gen Z ne sont pas flemmards !

À ce stade, on voit déjà venir le raccourci. On serait prompt à se dire que les Gen Z ne veulent pas évoluer, donc qu'ils ne veulent rien faire. Mais la réalité est un peu plus nuancée. Quand on regarde ce qui motive réellement les Gen Z dans leur travail, le tableau est clair.

Toujours selon l'étude Deloitte, le top 3 des raisons pour lesquelles les Gen Z travaillent pour leur employeur actuel est le suivant : tout en haut, l'équilibre vie professionnelle / vie personnelle ; en top 2, les opportunités de progresser dans leur carrière ; et sur la dernière marche du podium, les possibilités d'apprentissage et de formation.  

Autrement dit : les jeunes veulent bien progresser… mais pas forcément monter. L'avancement d'une carrière ne passe plus uniquement par une ligne de plus sur l'organigramme. Et cette ambition, loin d'être passive, est même plutôt studieuse ! Toujours selon Deloitte, 7 Gen Z sur 10 développent des compétences au moins une fois par semaine pour avancer dans leur carrière, contre 59 % des Millennials. Auto-formation, nouvelles compétences, montée en expertise, side projects : l'effort est là, simplement moins visible. Pour eux, l'ambition ne se lit plus dans un intitulé de poste, mais dans un parcours d'apprentissage continu.

Et si c'était une bonne nouvelle ?

Forcément, ce décalage crée parfois de l'incompréhension. Pour les générations précédentes, l'ambition était souvent synonyme de reconnaissance, de statut et de sécurité. Gravir les échelons, c'était la preuve qu'on réussissait.

A contrario, pour beaucoup de jeunes aujourd'hui, réussir, c'est surtout préserver son équilibre, garder de l'autonomie et trouver du sens. Ce n'est pas vouloir moins. C'est vouloir autrement. Et si vous me demandez mon avis, je trouve cette évolution plutôt saine.

Le “quiet ambition” permet peut-être d'éviter des promotions par défaut, de valoriser l'expertise sans forcer le passage par le management et de repenser ce que “réussir sa carrière” veut vraiment dire. L'ambition n'a peut-être pas disparu. Elle a simplement arrêté de faire du bruit. 
 

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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chronique

Bosser avec des fantômes (quand les caméras restent éteintes)

Bureau

  4 mins

 

Participants en visioconférence saluant à l’écran lors d’une réunion à distance

La réunion commence et sur mon écran, les visages disparaissent un à un. À la place, des initiales, des cercles gris, parfois une photo figée prise il y a six ans, à une époque où tout le monde croyait encore que la visio serait temporaire. 

« Je coupe ma caméra » finit par annoncer le retardataire, et soudain je me retrouve à parler à des fantômes. Ils sont là, techniquement présents, leurs micros s’allument de temps en temps, mais leurs corps ont quitté la pièce virtuelle. Je parle dans le vide, je cherche des signes, un hochement de tête, un sourire, n’importe quoi qui me confirme que mes phrases ont bien atterri quelque part. Rien. Juste des silences polis parmi lesquels un timide « oui, ok », surgi de nulle part.

Ghost buster  

Travailler avec des caméras éteintes, c’est apprendre à composer avec l’absence. On devient attentif à des indices minuscules : un souffle trop près du micro, un clavier qui craquèle, le chien du voisin du collègue qui grogne dans le jardin. Le plus complexe reste la gestion de ses propres émotions. On interprète des silences comme des désaccords potentiels. Des micros coupés comme des refus temporaires. 

Chaque prise de parole devient un acte de foi. Pour combler ces instants de solitude, je me mets à ralentir, à surarticuler, à reformuler sans savoir si c’est nécessaire. L’échange perd sa spontanéité et se transforme en monologues, une suite d’interventions déposées dans l’espace, avec pour seul rebond mon écho dans le casque. Je me demande alors ce que font ces silhouettes invisibles : prennent-elles des notes ? Répondent-elles à des mails ? Ont-elles quitté la pièce depuis longtemps sans oser le dire ?

Le philtre de désamour

Il y a celles et ceux qui laissent leur caméra allumée, avec un filtre. Un fond flouté, une bibliothèque parfaite qui n’est pas la leur, un open space généré par IA ou un fond vert qui avale une oreille quand on bouge trop vite. Les plus désengagés optent pour une plage immobile. Ces décors sont devenus des déclarations silencieuses. On y lit la volonté de protéger son intimité, mais aussi celle de rester présentable, maîtrisé, professionnel, même en pantoufles depuis une cuisine mal rangée. Les filtres lissent les traits, effacent les cernes, corrigent la fatigue. On apparaît plus reposé qu’on ne l’est réellement. Face à ces visages semi-artificiels, je me demande où se cache la frontière entre adaptation et disparition. À force de lisser, de flouter, qu’est-ce qu’on montre encore de nous ?

Une étrange hiérarchie s’installe, subtile mais tenace. Caméra allumée égale implication supposée. Caméra éteinte égale doute, distance, parfois soupçon. On se dit que c’est un choix personnel, mais on sait très bien qu’il va être interprété. Je l’ai fait moi-même. J’ai pensé que certains ne jouaient pas le jeu, que d’autres s’exposaient trop. J’ai oscillé entre les deux, selon les jours, selon la fatigue, selon mon intérêt pour le sujet. Selon que mon manager soit dans la visio ou pas. J’ai tenté aussi l’excuse de la mauvaise connexion (spoiler : elle n’est plus au goût du jour et tout le monde sait que vous regardez Youtube en 4K dans un autre onglet).  

Souriez, vous êtes filmés

La caméra devient un curseur émotionnel : je l’allume quand je veux être vu et entendu. Je l’éteins quand je veux disparaître un peu, que la réunion m’exaspère, ou que je n’ai plus l’énergie d’exister en deux dimensions.

Et, presque miraculeusement, il a y a ces réunions où tout le monde allume sa caméra en même temps. Les visages apparaissent, imparfaits, bleuis par la lumière des écrans, fatigués mais présents. L’échange change immédiatement de texture. On hoche la tête. On sourit sans s’en rendre compte. On sent quand quelqu’un décroche, quand un sujet ennuie, quand une idée passe. Le travail redevient une interaction plutôt qu’une succession de voix désincarnées. Est-ce plus efficace ? En tout cas, c’est plus vivant.  

La journée a beau se lancer sur ces sourires, je décide de couper ma caméra lors de la visio suivante. Je ne le fais ni par flemme ni par désintérêt, mais parce que c’est le seul bouton qu’il me reste pour reprendre un peu de contrôle. Quand mon visage disparaît, je cesse d’être une surface à interpréter, un langage non verbal à surveiller, une expression à corriger. Je redeviens une pensée au travail, pas une image. 

Et dans ce retrait minuscule, alors que je m’étire de tout mon corps, je me dis que couper sa caméra, ce n’est pas fuir le collectif, c’est parfois refuser d’être constamment lisible ou mal interprété. Ce geste discret n’est pas une contestation, mais une respiration : une façon de rester engagé sans avoir à me montrer entièrement. 

Scènes de bureau

Les petits chaos ou les grandes scènes : la vie au bureau est ponctuée chaque jour de moments marquants ou amusants, parfois agaçants. Avec malice et lucidité, « Scènes de bureau » raconte le quotidien du travail à travers une expression, un nouveau rituel ou une vieille habitude mise à nu... Toujours avec humour et délicatesse.

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chronique

Intelligence artificielle : comment devenir bilingue IA

Intelligence artificielle

  3 mins

 

Équipe de travail échangeant autour des usages de l’intelligence artificielle

Dans une même équipe, l’adoption des assistants IA avance à des rythmes très différents. Certains les ont intégrés à leur routine comme on consulte sa messagerie ; d’autres hésitent encore, faute de réflexe, de repères ou de confiance. Ce n’est pas un problème individuel : c’est un phénomène presque mécanique dès qu’une nouvelle technologie bouscule les habitudes. L’enjeu n’est donc pas de forcer l’adoption, mais de comprendre où chacun se situe pour accompagner le mouvement avec bienveillance et efficacité. 

Imaginez un manager ouvrant la réunion du lundi matin : « Et si on utilisait l’IA pour accélérer ce projet ? » À sa gauche, le réticent se redresse, un peu méfiant. Il a testé deux ou trois fois, a vu des réponses bancales et s’inquiète des données, des hallucinations, de l’empreinte environnementale ou de ce qu’il lit dans les médias. En face, l'expérimentateur sourit prudemment : il s’en sert parfois pour reformuler un mail ou résumer un document, mais il ne voit pas encore clairement comment inviter l’IA dans son métier, au bon moment, sans perdre la main. Et au bout de la table, le bilingue a déjà ouvert son ordinateur : il sait cadrer une demande, guider le raisonnement, et prototyper en dix minutes une première version. Même sujet, même équipe, même objectif : trois mondes, trois rythmes, trois besoins.

À ces profils s’en ajoute un quatrième, de plus en plus visible : les superviseurs. Eux ne se contentent pas d’utiliser l’IA, ils l’installent dans le réel. Avec des outils no-code comme Power Automate, Make, Zapier ou n8n, ils créent de petites automatisations, structurent des flux, et donnent de l’autonomie aux équipes métiers. Ils ne remplacent pas la DSI : ils la soulagent, en prenant en charge ces “petits outils” que l’IT n’a pas toujours le temps de prioriser.

L’objectif, pour beaucoup d’organisations, est de faire grandir le plus grand nombre vers un usage bilingue : fluide, pertinent et responsable. Et la bonne nouvelle, c’est qu’on sait comment y parvenir, à condition de commencer par l’humain, pas par la technologie. Acculturer d’abord, pour dépasser les freins en parlant franchement des limites et des risques (biais, hallucinations, explicabilité, sécurité, empreinte, perte d’expertise) et éviter de rester bloqué sur des peurs d’hier alors que tout évolue très vite. Renforcer ensuite la pratique, parce qu’une IA, comme n’importe quel outil, devient beaucoup plus fiable quand on apprend ce que l'on peu lui demander et quand ont peut s’abstenir. Et surtout, partager : ce sont les exemples concrets entre collègues, les astuces du quotidien, les déclics sur des cas métiers qui transforment un usage “occasionnel” en réflexe.

Pour que tout cela tienne dans la durée, un cadre d’usage responsable est indispensable : quelques principes simples au départ pour sécuriser, rassurer et clarifier les zones rouges, puis un cadre renforcé dès qu’on touche à l’automatisation et aux données sensibles. En pratique, les organisations qui progressent le plus vite commencent par prendre une photo honnête des usages et des freins, renforcent l’esprit critique sur les limites, entraînent les équipes sur des cas métiers, puis identifient des superviseurs pour diffuser l’autonomie au plus près du terrain.

On ne devient pas “bilingue IA” du jour au lendemain. Certains auront besoin de temps, d’autres accéléreront vite et c’est normal. L’essentiel est ailleurs : accompagner chacun à son rythme, valoriser les progrès, garder l’humain au centre. Parce qu’au fond, la maturité IA n’est pas une course aux outils ; c’est une histoire d’équipes, de confiance et d’apprentissage partagé. 

Futur IA

Vous vous interrogez sur l’impact de l'intelligence artificielle, vous n’êtes pas les seuls car tout va très vite ! L'évolution des modèles d’IA pousse les entreprises à repenser leurs process et à adapter au plus vite leurs stratégies. Avec “FuturIA”, je vous guide dans l'exploitation du potentiel de l'IA, vous donne les clés pour comprendre et maîtriser au mieux cette révolution technologique.

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Le fameux “point rapide”, ce mensonge collectif assumé

Bureau

  4 mins

 

groupe de collegues echanges lors d une reunion informelle au bureau

La phrase tombe à 11h42, entre deux réunions, avec cette légèreté trompeuse des promesses qu’on sait déjà intenables. Je regarde mon agenda, je calcule ce que rapide peut encore vouloir dire dans un monde pro où même les pauses café ont besoin d’un créneau, et j’accepte. Bien sûr que j’accepte. Le supposément “petit point” commence toujours de la même manière : des caméras qui s’allument à moitié, des micros qu’on oublie, un « vous m’entendez ? » lancé comme une incantation. L’instigateur annonce qu’il ne prendra pas longtemps. Tout le monde acquiesce, soulagé. On y croit encore.

Alea jacta est

Les premières minutes sont efficaces. Synthèse du sujet, échange d’infos utiles, partage des tâches. On se dit intérieurement que cette fois, peut-être, on va y arriver. Puis quelque chose bascule, presque imperceptiblement. Une précision appelle une explication. Une explication appelle un contexte. Le contexte appelle une anecdote. L’anecdote appelle un souvenir, et le souvenir finit par devenir un récit complet avec des personnages secondaires. Je regarde le minuteur tourner, lentement, implacablement. Dix minutes. Quinze. Vingt. Le « petit point » commence à prendre de l’assurance, à s’installer confortablement, comme s’il avait toujours été prévu qu’il dure. Personne ne s’en étonne vraiment. On s’adapte. On recule mentalement les autres tâches, on reprogramme son après-midi en silence.

Ce qui me fascine dans ces réunions, ce n’est pas tant leur durée que le pacte collectif qui les entoure. Personne ne dit rien. Personne ne se lève pour rappeler la promesse initiale. On partage cette politesse étrange qui consiste à faire semblant que le temps n’existe pas. On hoche la tête, on prend des notes de plus en plus vagues, on acquiesce à des décisions qui auraient pu être prises par mail. Le point rapide devient un espace où l’on dépose tout ce qu’on n’a pas su traiter ailleurs. Une zone tampon, salle d’attente géante où les sujets s’accumulent, faute de mieux. Et moi, je suis là, à la fois agacé et curieusement résigné, comme si cette dérive était inscrite dans le contrat dès le départ.

Tu quoque mi fili

À un moment, quelqu’un (le traitre ou le messie, au choix) ose dire qu’il doit partir. On le félicite en silence. Il s’excuse et promet de relire le compte rendu. Classique, implacable. Son départ crée un léger trouble, vite dissipé. La réunion continue. Elle a maintenant sa propre inertie, sa logique interne, son rythme. Le mot “rapide” a disparu du dictionnaire et fait désormais partie d’une langue morte. Il flotte encore quelque part, dans nos esprits échaudés. Je me surprends à penser que le problème n’est peut-être pas la durée, mais l’écart entre ce qui a été annoncé et ce qui se produit réellement. Cette dissonance douce mais persistante qui fatigue plus que le temps lui-même.

Et pourtant, au bout de cinquante-sept minutes, alors que je croyais être définitivement aspiré par cette faille temporelle, quelque chose se produit. On conclut. Vraiment. Quelqu’un résume, une autre remercie. Les caméras s’éteignent. Le silence revient. Je regarde ma montre avec un mélange de surprise et de résignation. Une heure s’est écoulée. Le petit point rapide a tenu toutes ses promesses, sauf celle de la brièveté. Et dans ce moment de calme retrouvé, je réalise que ces réunions interminables sont aussi le reflet de notre difficulté collective à hiérarchiser, à couper, à oser se dire stop. On ne sait plus très bien où finit l’essentiel et où commence le superflu. Alors on parle, on étire, on remplit.

Veni, vidi, vici

Plus tard dans la journée, c’est moi qui croise une collègue et lance spontanément un fameux « tu as deux minutes ? ». Je le fais sans ironie, presque avec espoir. Je crois encore que cette fois sera différente. Et quand cette réunion inopinée démarre, je réalise vite que ça déborde de plus en plus. Ma question en appelle une autre. Le temps glisse sans que je comprenne pourquoi, et j’en perds mon latin. 

Un peu honteux mais lucide, je sais désormais qu’un point rapide n’est pas un mensonge. C’est une intention fragile, toujours menacée par notre besoin de tout dire, tout expliquer, tout sécuriser ensemble. Peut-être que ce n’est pas la promesse de la brièveté qui est fautive, mais notre incapacité chronique à accepter qu’un point puisse vraiment rester petit.

Scènes de bureau

Les petits chaos ou les grandes scènes : la vie au bureau est ponctuée chaque jour de moments marquants ou amusants, parfois agaçants. Avec malice et lucidité, « Scènes de bureau » raconte le quotidien du travail à travers une expression, un nouveau rituel ou une vieille habitude mise à nu... Toujours avec humour et délicatesse.

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Machine à café et générations : le malentendu du small talk

Générations

  4 mins

 

Échanges entre collègues de générations différentes autour d’une machine à café

Après des années à travailler seule chez moi, j'ai repris il y a quelques mois une mission récurrente en présentiel. Et dès la première réunion, ça m'a frappé : ma cliente attendait qu'on papote un peu. Vraiment. Pas juste un "bonjour" fonctionnel avant d'attaquer le sujet. Non, elle voulait savoir comment j'allais, raconter son week-end, échanger sur nos hobbies.

Les premières fois, j'ai cherché la transition. Parce que dans ma tête, on était là pour bosser. Mais j'ai vite compris que ce petit rituel n'était pas optionnel. C'était un code. Un sas social obligatoire dont personne ne m'avait jamais expliqué les règles.

Et c'est là que la question m'est venue : le small talk au bureau, lien social indispensable ou perte de temps qu'on n'ose pas nommer ?

Le small talk : banal en apparence, révélateur en profondeur

Le small talk n'est jamais neutre. Ce que certains vivent comme du lien indispensable, d'autres le perçoivent comme une obligation floue, chronophage, voire intrusive.

La machine à café, l'ascenseur, les cinq minutes avant la réunion : pour certains, c'est le ciment du collectif. Pour d'autres, un sas inutile entre deux tâches. Pour d'autres encore, une épreuve sociale quotidienne où il faut trouver le bon ton, le bon sujet, la bonne dose de perso.

Le small talk n'est pas qu'une conversation anodine. C’est un code social du travail, appris, intégré… ou subi. Et comme tout code implicite, il crée des insiders et des outsiders.

Un même rituel, des lectures profondément générationnelles

Et si ce malaise n'était pas qu'une affaire de personnalité, mais de génération ?

Pour les générations plus anciennes (Baby-boomers, Gen X), le small talk, c'est de la politesse. Du savoir-être. Ne pas y participer, c'est envoyer un signal : distance, froideur, désengagement. Dans leur culture du travail, être présent, c'est aussi être disponible socialement. Le lien se tisse dans ces micro-moments informels, bien avant la réunion officielle.

Les Millennials, eux, sont tiraillés. Ils ont grandi entre deux mondes : celui où "bien se comporter au travail" passe par ces rituels sociaux et celui où l'efficacité devient une valeur cardinale. ​​Conscients de l'utilité du small talk pour créer du lien, ils ressentent aussi un malaise face à son côté parfois artificiel, obligé, performatif. Comme s'il fallait jouer un rôle pour être accepté.

Et puis il y a la Gen Z. Plus directe. Plus fonctionnelle. Elle préfère des échanges authentiques… ou pas d'échange du tout. Pour elle, le small talk ressemble à une injonction sociale inutile, une perte de temps dans une journée optimisée. Pourquoi parler pour parler ?

Le malentendu n'est pas sur le fait de parler ou non. Il est sur ce que parler veut dire au travail.

Le small talk, miroir du rapport générationnel au temps

Peut-être que le small talk n'est pas une question de personnalité, mais de rapport au temps.

"Prendre le temps" de papoter s'inscrit dans une culture du travail où être présent longtemps est une preuve d'engagement. Où les heures passées comptent autant que les résultats. Dans ce cadre, le small talk a du sens : il remplit le temps, crée du lien dans la durée.

Les jeunes générations valorisent l'efficacité et les résultats. Elles voient ces échanges comme une distraction. Pas par froideur, mais parce que leur rapport au travail s'est construit autrement : moins de présentéisme, plus de flexibilité.

Les chiffres l'illustrent. Chez les travailleurs plus âgés, 82 % font des heures supplémentaires (étude Pipedrive), comme si être présent était une forme d'appartenance. Chez les 18-35 ans, seulement 59 % dépassent les horaires - mais ils obtiennent de meilleurs résultats. Cette culture de l'efficacité façonne aussi leur rapport au small talk : moins de conversations "parce qu'on est là", plus d'échanges ciblés.

Ça semble clair : quand une génération valorise le temps passé ensemble, le small talk devient un rituel d'intégration. Quand une autre valorise la rapidité et la performance, il devient une interruption.

Chacun son lien, tous dans le même bateau

Peut-être que le débat n'oppose pas ceux qui aiment parler à ceux qui préfèrent se taire. Peut-être qu'il oppose surtout des générations qui n'ont pas appris à créer du lien de la même façon.

Pour certains, le collectif passe par le détour, la conversation, le temps partagé. Pour d'autres, il passe par l'efficacité, le respect du temps de chacun, la clarté des échanges.

Et si le vrai enjeu n'était pas de savoir s'il faut faire du small talk au travail, mais d'accepter que, selon les générations, le lien ne se crée pas toujours au même endroit ?

Parce qu'au fond, on cherche tous la même chose : appartenir à un collectif sans avoir à renoncer à ce qu'on est.

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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& inspirez-vous au quotidien

By Elise, 9 January, 2026

La grande promesse de la digitalisation RH était simple : faire gagner du temps, fiabiliser les process, automatiser ce qui pouvait l’être. Objectif atteint ? Globalement… Oui.
Mais, paradoxe de notre époque, alors que les organisations n’ont jamais eu autant de données RH, les directions des ressources humaines peinent encore à en tirer un véritable avantage stratégique.

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chronique

Quand l'école devient ton employeur bis

Parentalité

  3 mins

 

Parent jonglant entre travail et contraintes scolaires du quotidien

Il y a une sorte d’incompatibilité structurelle entre le salariat et moi, alors j’ai préféré travailler en freelance. En devenant maman, je ne pensais pas que lorsque mon fils atteindrait ses trois ans, j’allais rencontrer un nouvel employeur : le système scolaire.

Hormis mes jobs étudiants, j’ai été salariée une fois dans ma vie. Cette expérience a duré un an.

Au moment de l’embauche, j’ai dû envoyer de nombreux documents administratifs avant de signer le contrat. Et envoyer des documents administratifs, je déteste ça. Chaque jour, en arrivant à mon poste de travail, je consultais mes mails. Je devais y répondre le plus rapidement possible. Normal : je n’engageais pas uniquement mon nom mais aussi celui de l’entreprise.

Chaque matin, j’essayais d’arriver en étant présentable, c’est-à-dire à peu près coiffée, maquillée, l’œil vif ou faisant semblant d'être réveillée. Une question d’image. Au bout de quelques mois, j’ai été convoquée pour le traditionnel entretien annuel : le seul de ma vie. Un moment plutôt désagréable pour moi, qui n’aime pas tellement rendre des comptes.

De temps en temps, plutôt que de rentrer chez moi, je participais à des afterworks auxquels je me forçais à aller. J’aimais bien mes collègues mais j’aimais aussi la quiétude de mon canapé. Lorsque je souhaitais partir en vacances hors des moments de fermeture de l’entreprise, je devais en faire la demande à ma supérieure hiérarchique. 

J’ai mis fin à cette expérience salariale, pourtant riche en apprentissages, pour me lancer à mon compte. J’ai besoin de liberté, de prendre rendez-vous chez le dentiste sans demander l’autorisation à quelqu’un.

Je n’ai jamais regretté ce choix.

Sauf qu’aujourd’hui, j’ai un nouvel employeur. Plus exactement depuis que j’ai un enfant. Et non, ce n’est pas lui mon patron : c’est son école.

Au moment de son inscription, j’ai dû envoyer de nombreux documents administratifs, dont certains plusieurs fois et en plusieurs exemplaires. Il est scolarisé dans la même école maternelle depuis 3 ans maintenant et pourtant à chaque rentrée, je renvoie les mêmes documents, en remplissant religieusement les mêmes informations. Même s’il n’a pas changé de date de naissance depuis la petite section.

Chaque soir, je consulte son carnet de liaison. Je dois signer le plus rapidement possible chaque mot et chaque information. Normal, car le contraire me ferait passer pour une mère indigne et je risquerais de rater à regret la date limite des commandes de torchons personnalisés avec les dessins de tous les enfants de l’école.

Chaque année, je suis convoquée pour un entretien annuel qui ne me concerne pas. C’est pire, car il est question de mon enfant. Enfant qui, contrairement à moi, ne semble pas avoir bien compris que l’on ne frappe pas ses collègues de travail en cas de désaccord.

Chaque matin, je tâche d’arriver présentable devant l’école malgré le fait que mon statut d’indépendante me permette d’écrire mes chroniques en pyjama si je le souhaite. En trois ans, j’ai certes réussi à trouver des parades pour être en pyjama sans en avoir l’air. Mais c’est quand même une charge mentale, cette histoire d’image.

Régulièrement, le soir, plutôt que de rentrer chez moi, je me rends à des apéros de parents d’élèves pour parler de la prochaine kermesse ou du prochain vide-grenier organisé par l’association. J’aime bien les parents d’élèves, mais j’aime bien aussi la quiétude de mon canapé.

Lorsque j’envisage de partir hors des vacances scolaires, je dois aussi le demander.

Les parallèles entre les deux expériences sont troublants. Documents à fournir. Délais à respecter. Entretiens obligatoires. Présentation soignée. Réunions sur le temps personnel. Vacances sous conditions.

La seule différence, finalement, c’est que je ne peux pas démissionner. Ça tombe bien, je n’en ai pas envie. J’ai même prolongé mon contrat : j’ai fait un deuxième enfant.

35h et des poussettes

Si comme moi vous jonglez entre réunions et changements de couches, rejoignez-nous pour des discussions franches, des astuces pratiques et une bonne dose d'humour. Si vous négociez des contrats tout en faisant les devoirs ou en préparant des biberons, cette chronique est faite pour vous ! Plongez avec moi dans le grand bain de la parentalité où carrière et famille se disputent la vedette.

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chronique

L’entretien annuel est-il vraiment inutile ?

Entretiens

  4 mins

 

Entretien annuel entre un manager et un salarié dans un bureau

Mercredi 14h30, salle de réunion. Marine soupire en ouvrant le dossier de son entretien annuel. "Encore une heure de perdue", pense-t-elle en face de son manager qui consulte ses notes d'un air embarrassé. Même rituel, mêmes questions convenues, même impression de jouer une pièce dont tout le monde connaît déjà la fin.

Cette scène, des milliers de salariés la vivent chaque année. Et pour cause : l'entretien annuel traîne une réputation de grand oral inutile, de formalité administrative sans lendemain. Mais derrière cette défiance généralisée se cache une réalité plus complexe, où les vrais responsables ne sont peut-être pas ceux qu'on croit.

Anatomie d'une idée reçue

Les chiffres tombent comme un couperet : 41% des salariés considèrent leur entretien annuel comme peu utile, sans effet sur leur carrière, selon un sondage 2025 Ifop pour RD Deel relayée par BFM.

Comment cette défiance s'est-elle installée ? L'entretien annuel porte en lui les stigmates de notre rapport français à l'évaluation. Hérité du modèle scolaire, il charrie cette vision verticale où l'un détient la vérité sur l'autre. Conseil de classe, bulletin de notes, appréciation du professeur... Tout y est. Alors adulte et compétent dans son métier, le salarié se retrouve en position d'élève face à un manager qui endosse malgré lui le rôle du prof principal.

D'ailleurs, observons le vocabulaire : on "passe" son entretien comme on "passe" un examen. On "prépare" ses réponses comme on bachotait jadis. Cette mécanique bien huilée transforme un moment d'échange en oral de rattrapage. Résultat ? Les collaborateurs arrivent sur la défensive, les managers en position d'interrogateurs gênés.

Mais ce n'est pas tout. L'entretien annuel cristallise aussi nos frustrations face aux promesses non tenues. Combien de "on va voir pour ta formation", "on reparle de ton évolution", "tes remarques sont très pertinentes" qui finissent aux oubliettes ? Cette accumulation de déceptions forge progressivement la conviction que l'exercice n'est qu'une mascarade administrative. Un passage obligé sans lendemain. Justement. Quand la promesse d'échange devient monologue, quand l'outil de développement se mue en simple validation du statu quo, peut-on vraiment s'étonner que salariés et managers finissent par y voir une perte de temps ?

Quand le système tout entier dysfonctionne

Alors non, l'entretien annuel n'est pas inutile par essence. Mais pointer du doigt "la méthode" revient à soigner les symptômes en ignorant la maladie. Car le vrai problème, c'est l'écosystème dans lequel cet entretien s'inscrit.

D'abord, la formation. Comment peut-on demander à des managers de mener des évaluations constructives quand la plupart n'ont jamais été formés à l'exercice ? Donner du feedback, questionner sans juger, co-construire des objectifs... Ces compétences ne s'improvisent pas. Conséquence directe : des managers mal à l'aise qui bâclent l'échange par manque d'outils, et des collaborateurs qui le ressentent immédiatement.

Ensuite, la pression temporelle. Quand il faut boucler 15 entretiens en trois semaines entre deux urgences, difficile de créer un véritable moment d'échange. L'entretien devient alors une case à cocher, un formulaire à remplir. Et les collaborateurs, loin d'être dupes, adaptent leurs attentes à la baisse.

Pourtant, certaines entreprises cassent ce cercle vicieux. Chez JCDecaux, l'équipe RH a revu sa copie : auto-évaluation en amont, questions ciblées, suivi trimestriel des actions décidées. Résultat ? Des collaborateurs qui témoignent : "Cette année, j'ai fait mon entretien et ça ne servait pas à rien". Révolutionnaire ? Non. Simplement cohérent. Chez Picard Surgelés, autre approche : digitalisation de l'outil, formation des managers, harmonisation des pratiques. Le taux de complétion est passé de 40% à 88%. Pas mal pour un exercice soi-disant "inutile".

Mais attention à ne pas tomber dans l'illusion technologique. Ce qui change vraiment la donne, c'est le passage d'une logique de contrôle à une logique d'accompagnement. Transformer l'évaluateur en coach. Remplacer le verdict par le dialogue. Car au fond, l'entretien annuel révèle surtout notre rapport au management : encore trop vertical, pas assez collaboratif.

Finalement, l'entretien annuel n'est ni intrinsèquement inutile ni naturellement efficace. Il est le miroir de nos pratiques managériales et de notre capacité collective à faire du dialogue un véritable outil de développement. Mais tant que nous traiterons l'évaluation comme un exercice administratif plutôt que comme un investissement humain, pourrons-nous vraiment nous étonner que les collaborateurs y voient une perte de temps ?

Mythes de bureau

La chronique bouscule les préjugés, les idées reçues et les croyances parfois fausses qui façonnent nos comportements professionnels. Parce que la réalité du travail se joue dans les nuances et rarement dans les certitudes, « Mythes de bureau » interroge ce qui semble évident et invite à dépasser les stéréotypes qui limitent notre vision du travail.

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