
Faisons quelque chose d'incroyable ensemble
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Par culpabilité ou peur d’être perçus comme défaillants, de nombreux salariés sous-estiment les symptômes de burn-out. Mais si l’on regarde de plus près, on peut voir que l’épuisement professionnel est davantage une affaire d’environnement de travail que de fragilités individuelles. Alors, que faire ?
Imaginez deux salariés. Même poste. Même entreprise. Même pression. Au bout de 6 mois, l’un s’effondre, l’autre tient bon. Pourquoi ? Parce que chacun a son propre seuil de tolérance face au stress, influencé par ses capacités cognitives, physiques et émotionnelles. La littérature sur le burn-out le reconnaît d’ailleurs unanimement : certaines prédispositions augmentent le risque. Ceux qui manquent d’estime de soi ou doutent de leur efficacité personnelle se sentent plus vite submergés par les exigences du travail, ce qui accentue leur stress. Les profils perfectionnistes, qui cherchent à tout contrôler et placent la barre très haut, s’épuisent dans une quête de maîtrise impossible. Mais attention à ne pas inverser cause et conséquence. Ce n’est pas la personnalité qui déclenche le burn-out, mais l’environnement de travail qui le rend inévitable. Même les salariés les plus résistants finissent par flancher quand la pression devient insoutenable.
« C’est l’organisation du travail qui fait le terreau du burn-out », déclarait Marie Pezé, psychologue spécialiste du sujet, dans une interview en 2022. Une prise de position validée par l’Organisation mondiale de la santé qui reconnaît officiellement le burn-out comme un syndrome lié à un stress chronique au travail. Surcharge de travail, manque d’équité et de moyens, pression des délais, rythme effréné, absence de soutien, conflits latents, responsabilités floues… Autant de facteurs structurels et organisationnels qui transforment le quotidien des collaborateurs en terrain miné. Et quand l’organisation craque, c’est toute l’équipe qui vacille. Alors oui, aider les salariés à mieux gérer leur stress en leur apprenant à détecter les burn out peut limiter la casse. Mais si l’environnement reste toxique, ce ne sera pas suffisant. Il est alors vital d’agir en profondeur, sur les causes professionnelles. Mais comment ? Certaines actions sont simples et immédiates : apporter du soutien, donner plus de flexibilité et d’autonomie, alléger la charge de travail pour qu’elle reste soutenable. Ces ajustements ne demandent ni gros moyens ni réformes profondes, mais ils peuvent faire une vraie différence au quotidien.
Les managers, en première ligne comme des boucliers face à la pression organisationnelle, doivent également être mieux outillés. D’abord pour eux-mêmes : en leur offrant des espaces de dialogue pour exprimer leurs difficultés, en ajustant leurs propres objectifs pour éviter une surcharge intenable. Puis pour leurs équipes : en étant formés à la gestion du stress et des conflits, en disposant d’outils concrets pour piloter la charge de travail et prévenir l’épuisement avant qu’il ne s’installe. En somme, le burn-out n’est pas une question de faiblesse individuelle, mais le symptôme d’un environnement de travail défaillant. Avec 30% d’actifs ayant déjà été en burn-out au moins une fois dans leur carrière ( dernier baromètre publié en septembre 2024), n’est-il pas (enfin) temps de repenser nos critères de résilience et de succès ?
Mythes de bureau
La chronique bouscule les préjugés, les idées reçues et les croyances parfois fausses qui façonnent nos comportements professionnels. Parce que la réalité du travail se joue dans les nuances et rarement dans les certitudes, « Mythes de bureau » interroge ce qui semble évident et invite à dépasser les stéréotypes qui limitent notre vision du travail.
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Empathie, leadership, optimisme, créativité… autant de soft skills que l'on classerait dans la catégorie des "dons naturels", impossible à acquérir si on n'a pas eu la chance de naître avec. Pourtant, 44 % des entreprises ont formé leurs collaborateurs aux soft skills en 2024, selon le 5e Baromètre des soft skills 2025 “Les soft skills, Compétences de l’humain face à la machine baromètre” publié par Lefèbvre-Dalloz.
Alors pourquoi cette croyance persiste-t-elle ?
Avons-nous appris l'empathie à l'école ? À mieux gérer nos émotions ? Non. On nous a enseigné des savoirs, des techniques avec des règles claires : résoudre une équation, conjuguer un verbe, réciter une formule. Une logique bien loin du “soi” et du relationnel, qui nous suit jusqu'en entreprise.
Il suffit d’observer les catalogues de formations pour s'en rendre compte. Jusque dans les années 2010, les entreprises proposaient exclusivement aux collaborateurs de développer des compétences techniques, les fameuses hard skills. Rien pour se former aux soft skills, appelées aussi compétences humaines et comportementales. Et pour cause : la personnalité relevait de l'inné, et non de l'acquis. Les collaborateurs arrivaient avec leur tempérament et l'entreprise s'en accommodait. Naturellement charismatique ? Parfait pour manager. Plutôt réservé ? Cantonnement aux tâches techniques. Chacun restait dans sa case.
Des croyances qui ont longtemps conditionné (et conditionnent encore) les carrières. De nos jours, il est encore fréquent de promouvoir des collaborateurs extravertis au poste de manager parce qu'ils sont "naturellement" fédérateurs et audacieux, contrairement aux introvertis jugés timides et sensibles.
Les stéréotypes de genre renforcent cette fatalité. "Les femmes sont empathiques", "les hommes ont l'autorité dans le sang". Des raccourcis qui biaisent le recrutement et limitent les évolutions de carrière, transformant des compétences développables en prédestinations génétiques. Pourtant, les contre-arguments ne manquent pas.
En 2025, on peut objectivement prouver que oui, les soft skills s’apprennent.
Avec l’essor du télétravail, de la technologie et des enjeux économiques et sociaux, le monde du travail s'est transformé. Et avec lui, nos besoins en compétences. Si bien qu'il est impossible aujourd'hui de naviguer dans l'incertitude sans développer certaines aptitudes considérées hier comme innées.
Prenons l’exemple de l'empathie. Longtemps vue comme un trait de caractère figé, elle se révèle en fait parfaitement mesurable en entreprise. Un collaborateur empathique reformule les propos de ses interlocuteurs pour vérifier sa compréhension, adapte son discours selon son audience, prend en compte les émotions dans ses décisions. Des comportements observables, donc développables.
D'autant que la science nous donne raison : les recherches sur la neuroplasticité prouvent que notre cerveau se réinvente en permanence. Nous pouvons littéralement sculpter nos réflexes comportementaux.
Et les chiffres le confirment : une enquête Wiley de 2024 révèle que 63% des salariés ayant suivi une formation soft skills constatent un impact positif sur leur performance au travail, et 48% d’entre eux jugent que cela a eu le même impact sur leur évolution professionnelle. Une étude menée par des chercheurs d'Harvard, de Boston et de Michigan's Ross School of Business révèle aussi que les collaborateurs formés aux savoir-être sont 12% plus productifs que leurs pairs non formés, avec un retour sur investissement de 256%.
Alors oui, les soft skills s'apprennent bel et bien. Les entreprises qui persistent à croire que l’empathie ou le leadership sont des loteries génétiques se privent d'un levier de développement majeur. Et dans un contexte marqué par une forte concurrence et des métiers en tension, il est plus que jamais temps de mettre fin à cette idée reçue.
Mythes de bureau
La chronique bouscule les préjugés, les idées reçues et les croyances parfois fausses qui façonnent nos comportements professionnels. Parce que la réalité du travail se joue dans les nuances et rarement dans les certitudes, « Mythes de bureau » interroge ce qui semble évident et invite à dépasser les stéréotypes qui limitent notre vision du travail.
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"Nous n'avons rien à cacher." La transparence est devenue le nouveau mantra des entreprises pour gagner la confiance des collaborateurs. Mais lorsqu’elle est mal maîtrisée, la transparence peut devenir une source de tensions plutôt qu'un vecteur de confiance.
Objectifs de réduction carbone affichés publiquement, grilles salariales partagées en interne, feedbacks qui circulent librement dans les opens spaces. Ces pratiques incarnent une nouvelle vision de l'entreprise : celle où la transparence devient le pilier de la confiance. La promesse ? En ouvrant ses portes et en partageant ses décisions stratégiques et ses engagements sociétaux, l'organisation crée un lien authentique avec ses salariés.
Un lien qui peut devenir un puissant levier de performance RH : sens au travail, augmentation de l’engagement, de l’attractivité et de la performance selon l’enquête Talkspirit
Mais attention aux excès de zèle. Cette transparence, aussi séduisante soit-elle, peut s'avérer contre-productive. Et pour cause : en divulguant des informations jusque-là restées confidentielles, les entreprises prennent le risque de dévoiler les écarts entre le dire et le faire. En encourageant les collaborateurs et managers à “tout se dire” sans cadre ni cohérence, des tensions peuvent voir le jour. Résultat ? La transparence se transforme en source de désillusion, créant plus de méfiance que de confiance.
Que penser d’une entreprise qui impressionne par ses engagements RSE tout en collaborant en même temps avec des sous-traitants douteux ? Forcément, le décalage entre les valeurs affichées et les pratiques mises en œuvre a de quoi décrédibiliser le discours de l’organisation et éroder la confiance des collaborateurs.
La transparence salariale (sujet d’actualité avec la directive européenne) peut elle aussi se transformer en pomme de discorde. Afficher des grilles de rémunération sans mode d'emploi, c'est ouvrir la boîte de Pandore des comparaisons : "Pourquoi mon collègue gagne-t-il plus ?" Ces questions, laissées sans réponse, creusent des fossés plutôt que de construire des ponts.
La solution pour éviter ces dérives ? Orchestrer la transparence avec précision et méthode. Tout d’abord, les directions doivent poser un cadre clair, définir ce qui peut être partagé et ce qui doit rester confidentiel. Pour les salaires par exemple, privilégier des fourchettes globales aux rémunérations individuelles peut éviter bien des écueils.
La clé réside aussi dans l'art de la contextualisation : expliquer les critères d'évolution, poser les limites des engagements, donner du sens aux décisions. Enfin, les managers sont en première ligne pour incarner la transparence. À ce titre, il est important qu’ils soient formés au dialogue et au feedback constructif.
En somme, la transparence ne doit jamais être une fin en soi. Car son succès ne se mesure pas à la quantité d'informations partagées, mais à sa capacité à renforcer les liens en entreprise plutôt qu'à les distendre.
Mythes de bureau
La chronique bouscule les préjugés, les idées reçues et les croyances parfois fausses qui façonnent nos comportements professionnels. Parce que la réalité du travail se joue dans les nuances et rarement dans les certitudes, « Mythes de bureau » interroge ce qui semble évident et invite à dépasser les stéréotypes qui limitent notre vision du travail.
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Il est là, beaucoup trop tôt, comme s’il nous avait pris au dépourvu … Septembre ! Avec son lot d’urgences à gérer, à accomplir, de résolutions plus ou moins fermes, et de frustrations liées à un rythme contraint et effréné à retrouver. Pourtant, pour amortir le choc, il est possible de se créer une bulle quotidienne de calme afin de se recentrer et d'aborder ce mois avec sérénité. Pour cela, la technique du Brain Dump est une approche dont la simplicité n’égale que la puissance.
La coupure de l’été a été franche, bouffée d’air pur indispensable, parenthèse de lâcher-prise et de siestes. Le retour dans ce monde anxiogène, instable et imprévisible, est brutal. Certes, l’environnement dans lequel nous baignons influence notre santé mentale de façon non négligeable. Combiné au pic de tâches à accomplir pour bien redémarrer l’année, notre engagement de zenitude en prend un coup. Difficile d’échapper à la surcharge mentale, au trop plein de sollicitations, alors que nos ressources sont contraintes. Cet envahissement cognitif et émotionnel entraîne une fatigue mentale, provoquant oublis, agacements, troubles du sommeil ou relations tendues avec notre entourage.
Alors comment garder son cap - et son teint halé - en traversant le tumulte de la rentrée avec détachement ?
Activité physique, sommeil et alimentation de qualité ont des effets avérés sur l’humeur, l’attention et la concentration. En outre, une bonne organisation est indispensable pour limiter les efforts cognitifs couteux. À cet effet, une technique d’une facilité déconcertante apporte des résultats surprenants : le Brain Dump.
Cet outil de « vidage de cerveau » consiste à écrire spontanément toutes ses pensées, idées, tâches et préoccupations sur un support externe ou un document numérique. Son but est de libérer de l’espace mental et de désencombrer l’esprit des pensées parasites. Tout ce que nous avons en tête est « maintenu à bout de bras » par notre mémoire de travail. Elle garde à disposition les informations utiles pour traiter la situation courante. Or, les sciences du cerveau postulent que notre mémoire de travail est limitée, d’après la règle de Miller, à 7 +/- 2 données (soit entre 5 et 9 environ). Nous ne pourrions avoir à notre disposition immédiate que 7 informations environ. Ce qui conduit David Allen, l’un des meilleurs consultants en organisation personnelle, à affirmer « Votre tête est faite pour avoir des idées, pas pour les garder ».
D’abord, phase 1, en un laps de temps limité (5 à 15 mn), couchez sur papier ou support électronique tout ce qui traine dans votre tête. Surtout ne triez pas, n’organisez rien, écrivez tout en vrac. Les études en neurosciences montrent que l’externalisation immédiate de vos pensées et autres préoccupations, sans aucun filtre ni jugement, a deux effets. D’une part, elle libère de la mémoire de travail en la désengorgeant. D’autre part, elle enclenche l’activation d’un mode précis de fonctionnement de votre cerveau : le réseau du mode par défaut, qui favorise un état de flow créatif correspondant à une pensée divergente. Les informations émergent au fur et à mesure que vous écrivez. Comme si vous retrouviez des cartons oubliés au fond de votre cave.
Ensuite, phase 2, la pensée convergente : vous reprenez toutes ces idées et vous les organisez par thème, selon les critères qui vous parlent (urgence, importance, intérêt, difficulté, temps requis …). Vous y voyez déjà plus clair.
Enfin, phase 3, la mise en œuvre. Vous décidez des prochaines actions et vous leur faites une jolie place dans votre agenda. Ce qui n’est pas dans votre calendrier n’existe pas.
Pour rendre le Brain Dump encore plus puissant, il est possible d’exploiter les résultats de la phase 1 et de demander à une intelligence artificielle générative de réaliser les phases 2 et 3 (organisation et priorisation). Dans votre prompt, précisez les critères significatifs pour vous afin que l’IA puisse rendre un résultat pertinent.
Le Brain Dump ne fonctionne que si l’on s’en sert ! Expérimentez-le, appropriez-vous cette méthode, tordez-là, modifiez-la, bricolez-la pour qu’elle colle à vos habitudes et votre personnalité. Post-it, smartphone, bullet journal, coin de nappe en papier, peu importe. Faites un point du moment qui sera le plus opportun pour vous : au fil de l’eau, le matin, au réveil, en arrivant au bureau, lors de la pause déjeuner, en fin de journée… Testez-la durant une semaine pour démarrer. Trouvez votre rythme, et vous en ressentirez rapidement les bienfaits.
Dans nos cerveaux
La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.
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Nous avons tous ce collègue dont le simple tic de langage, la manie d’interrompre ou même le bruit des touches de clavier nous hérisse – parfois sans raison claire. Ces micro-frustrations peuvent sembler anodines, mais elles drainent de l’énergie mentale, nourrissent les tensions et, mal gérées, fragilisent la coopération.
Pourquoi sommes-nous si sensibles aux comportements d’autrui, et pourquoi est-ce souvent disproportionné ? Les neurosciences cognitives et comportementales offrent quelques clés éclairantes.
Notre cerveau, telle une pâte à modeler, se configure progressivement à travers notre histoire. Les événements marquants, notre éducation et les expériences passées structurent nos stratégies comportementales : ce qu’il est bon de faire, ce qu’il vaut mieux éviter. Ce sont nos automatismes mentaux qui enregistrent nos « hot buttons » i.e. nos irritants. Des études montrent d’ailleurs que certains schémas éducatifs peuvent rendre l’esprit rigide et générer une forme d’intolérance aux comportements jugés « inadéquats ». Le mode mental automatique, comme le décrit l’Approche Neurocognitive et Comportementale (ANC) de Jacques Fradin, puise dans ces vécus pour catégoriser de façon réflexe ce qui, selon nous, « ne se fait pas ». Ainsi, un collègue qui parle fort ou arrive en retard peut réveiller nos propres souvenirs négatifs et nous agacer, signe qu’une limite héritée de notre culture familiale a été franchie.
Bien entendu, certaines situations peuvent appeler une réaction légitime de notre part, si les codes de fonctionnement en commun ont été outrepassés.
La psychologie cognitive rappelle que notre perception d’autrui est rarement objective. Si un collaborateur nous agace sur un détail (comportement, manie, hygiène…), notre cerveau, par souci d’économie, va généraliser et amplifier ce trait de caractère, biaisant ainsi notre jugement global. Si un autre collaborateur nous coupe la parole une fois, notre mémoire accentuera cette tendance et nous semblera confirmer que « c’est typiquement son style ». C’est le biais de l’effet de halo : un détail frustrant contamine notre jugement global sur une personne.
Les statistiques illustrent l’ampleur du phénomène : en France, un tiers des salariés déclare être gêné au moins une fois par semaine par l’attitude d’un collègue, et un quart se dit particulièrement agacé par des comportements tels que le bruit, le commérage ou le manque d’hygiène. Par ailleurs, on estime que 22 % des salariés rapportent avoir subi des comportements hostiles au travail, un indice en nette augmentation ces dernières années.
La psychologie sociale montre aussi que nous acceptons davantage les écarts chez ceux que nous percevons comme « proches », semblables ou partageant nos valeurs sociales. Alors que nous pouvons être très critiques avec ceux qui transgressent nos normes culturelles. Un accent différent, un rapport au temps moins linéaire, une façon d’interagir jugée « étrange », peuvent activer ce sentiment de méfiance. L’agacement devient alors une forme de réaction à l’altérité, parfois inconsciente mais bien réelle.
Heureusement, la prise de conscience de ces mécanismes est le premier pas vers une régulation émotionnelle adaptée. Solliciter le mode adaptatif du cerveau, comme le propose l’ANC, permet de prendre du recul : se questionner sur l’origine réelle de notre agacement, prendre une intention (« je vais écouter sans jugement »), reformuler positivement et verbaliser avec respect permet d’élargir sa perspective et de diminuer la charge émotionnelle.
La clé réside dans la prise de conscience de nos propres comportements, souvent inconscients, dans l’intelligence collective et la verbalisation responsable des « irritants ». Plutôt que d’incriminer spontanément la personne, mieux vaut traiter l’agacement comme une opportunité de s’ajuster dans le groupe pour mieux travailler ensemble.
Dans nos cerveaux
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En entreprise les "valeurs" sont sacro-saintes. On les placarde sur les murs, on les invoque dans les discours, on s’y réfère pour prendre des décisions stratégiques, telles des boussoles rassurantes dans un monde tumultueux. Mais ces repères peuvent-ils, parfois, nous entraîner droit dans le mur ? Et si nos propres valeurs, celles qui nous animent le plus, étaient aussi nos plus grands pièges professionnels ? Explorons les zones d'ombre de notre bon sens... et de notre cerveau.
Que disent les neurosciences cognitives de nos valeurs aussi bien individuelles que collectives ?
Le cerveau, pilote de notre comportement, a une fonction essentielle en dehors d’assurer notre survie ; nous orienter vers ce qui est « bon/agréable/satisfaisant » pour nous, et nous éviter ce qui est « mauvais/désagréable/douloureux ». En cela, il se base sur des stratégies comportementales acquises en grande partie. Nos valeurs sont des croyances profondes, enracinées dans notre culture, notre éducation, nos expériences, et notre personnalité. Les valeurs comprennent des dimensions cognitives (ce que nous pensons vrai), affectives (ce que nous apprécions ou rejetons), et comportementales (ce que nous jugeons souhaitable de faire).
Premier problème évident : la notion de « bon » vs « mauvais » demeure purement subjective, et se réfère à une échelle toute personnelle. Une tartine de Nutella est un parfait goûter pour certains et une horreur pour d’autres ! Stopper les pesticides est crucial pour l’un et suicidaire pour l’autre. Le psychologue américain Milton Rokeach, puis le psychologue social israélien Shalom Schwartz, ont montré que les valeurs sont universelles mais hiérarchisées différemment selon chacun. C’est d’ailleurs une raison majeure de conflits entre personnes.
Deuxième écueil : outre leur origine individuelle, les valeurs sont influencées par l’environnement social. Imaginez : vous évaluez une proposition de partenariat. Vous la trouvez géniale. Mais est-ce vraiment son contenu ou est-ce parce qu'elle a été faite dans une ambiance super cocooning, par une personne hyper sympa qui a "contaminé" votre perception de sa valeur ? Sous la pression sociale, les modes, les tendances, nos valeurs peuvent évoluer, quitte à renier ce que nous adorions hier. Qui a déjà porté un pantalon troué ou des motifs Galaxie ici ?
Au quotidien, notre cerveau attribue constamment une "valeur" à tout ce qui nous entoure – une "monnaie neuronale commune" qui met tout sur la même échelle, du gâteau sucré au projet stratégique. Voilà pourquoi vous allez scroller « encore cinq minutes » au lieu de rédiger ce document urgent.
Et ceci dans le but de nous orienter vers ce qui est « bon » pour nous. Le hic ? Cette évaluation est souvent automatique, impulsive et inconsciente. La science nous apprend que cette estimation s’appuie sur notre structure mentale, elle-même façonnée selon nos valeurs. Si notre choix se confirme être bon, un petit shoot de dopamine va renforcer le comportement. Sinon, le stress nous informe du décalage entre l’attendu et la réalité. Nos valeurs sont ancrées dans une réalité biologique parfois imprévisible, souvent invisible pour notre contrôle conscient.
Dans le monde du travail, vous êtes un pro, vous aimez le travail bien fait, c'est une de vos valeurs profondes. Mais votre souci du détail – certes important à vos yeux – est-il réellement adapté à la demande du client ? La perfection qui nous anime répond-elle à NOTRE besoin personnel ou est-elle justifiée pour la finalité du projet ? Notre évaluation de ce qui est important (valeurs) doit être partagée, pour adapter collectivement nos comportements. Car notre intransigeance individuelle peut nous priver de l’intelligence collective nécessaire à une situation.
De même, lorsque votre entreprise, focalisée sur la réactivité, vous demande de bâcler (selon vous) une tâche ou de vendre un service de moindre qualité. C'est ce qu'on appelle la "qualité empêchée". Vos valeurs professionnelles se cognent à la réalité, créant un conflit de valeurs, une dissonance cognitive. Résultat ? Stress, frustration, malaise, voire sentiment d'inutilité et de désengagement. C’est le phénomène de "brown-out". Six actifs sur dix en France y seraient exposés.
Enfin, attention à l'inertie ! Vos valeurs, aussi solides soient-elles, peuvent devenir des prisons si elles vous empêchent d'évoluer. Un manager "hiérarchique" traditionnel, par exemple, valorise son "pouvoir" lié à la taille de son équipe et son budget, et voit l'organigramme comme le reflet de sa valeur. Il peut même freiner les initiatives qui bousculeraient son statut. Face à un monde en constante mutation (technologie, concurrence, attentes de la Génération Y), cette rigidité peut figer l’entreprise, lui faire rater ses objectifs et la priver de talents.
Au contraire, la flexibilité et l'adaptabilité exigent de "remettre en question" et d'être "curieux, souple, nuancé, prendre du recul". Elles impliquent d'accepter de ne pas être le "propriétaire" d'un budget, de détacher des collaborateurs, et d'être évalué sur la plus-value dégagée pour l'entreprise plutôt que sur le statut. Nos valeurs, si elles deviennent des certitudes inébranlables, peuvent nous "braquer" et nous empêcher de voir les solutions.
Se méfier de ses propres valeurs, ce n'est pas les renier. C'est faire preuve d'intelligence adaptative et de recul. C'est comprendre que notre cerveau a ses automatismes et ses biais, que le monde du travail peut créer des conflits profonds avec nos idéaux, et que la fidélité à des valeurs trop rigides peut nuire à notre épanouissement et à la performance collective. Interrogeons-les régulièrement, mettons-les à l'épreuve des faits et de la complexité, et cultivons une flexibilité qui nous permettra de naviguer avec sérénité dans un monde en perpétuel changement.
Dans nos cerveaux
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Imaginez-vous devant votre ordinateur un vendredi soir, l’esprit encore occupé par cette présentation à terminer, ce rapport en attente et ces mails laissés sans réponse. Cette sensation familière d’inachèvement qui vous suit jusqu’à la maison a un nom : l’effet Zeigarnik. Comprendre le mécanisme de ce biais peut transformer votre rapport au travail et celui de vos équipes.
En 1927, la psychologue russe Bluma Zeigarnik fait une découverte étonnante en observant des serveurs dans un café à Vienne. Elle remarque qu’ils mémorisent parfaitement les commandes en cours, mais oublient instantanément celles qui sont réglées. Cette observation la conduit à une expérimentation qui révèle une loi fondamentale : nous nous souvenons deux fois mieux des activités inachevées que de celles accomplies.
Et les neurosciences le confirment : lorsqu'une tâche est initiée, notre cerveau génère une forme de tension psychologique. Cette tension agit comme une "petite alarme" dans notre esprit, nous incitant fortement à terminer ce qui a été commencé. Tant que la boucle n'est pas "fermée", cette tension persiste, accaparant notre mémoire et augmentant notre charge mentale. Plus nous sommes consciencieux, plus cette tension est forte; le stress persiste jusqu’à la clôture de la mission.
Au cœur de cet effet, agit un neurotransmetteur essentiel au plaisir, à la motivation et à la récompense : la dopamine. Cette "molécule du plaisir" est libérée dans le "circuit de la récompense" lorsque nous atteignons un objectif, même minime, renforçant ainsi la sensation d'accomplissement et de plaisir. Ce mécanisme nous pousse à reproduire le comportement qui l'a déclenché. Lorsqu’il est bien géré, cet effet puissant devient moteur de motivation et de satisfaction continue. À l'inverse, tant que la tâche n’est pas terminée, demeure une tension cognitive qui nous pousse à y revenir pour soulager la frustration.
En environnement professionnel, cet effet neurobiologique prend une dimension critique. Les boucles inachevées créent une “charge mentale” qui peut rapidement devenir toxique. Chaque boucle inachevée (indécision, flou, manque de communication…) mobilise de l’énergie et réduit celle nécessaire pour d’autres activités : écoute, réflexion, créativité. Cette tension cognitive permanente altère la performance et l’innovation. Se focaliser sur les sujets en suspens rend difficile le passage à autre chose et augmente le risque de stress.
Les neurosciences offrent des pistes concrètes pour transformer cette contrainte en source de performance. Bien entendu, en amont d’un projet, consacrer du temps à définir des objectifs précis et de qualité contribue à identifier clairement le moment où ces objectifs seront justement atteints, et donc accentue le sentiment de satisfaction. Ensuite, une piste consiste à découper le travail en jalons clairs. Cette approche exploite positivement l'effet Zeigarnik en créant de « micro-accomplissements » réguliers qui maintiennent la motivation. Autre outil, la technique de « fermeture cognitive ». Elle revient à créer des rituels de fin qui signalent explicitement au cerveau la clôture d’une activité. Ces rituels peuvent inclure la mise à jour d’un tableau de bord, la rédaction d’un compte rendu, ou tout simplement, le rangement symbolique d’un dossier. Le feedback et la reconnaissance, dans le cadre du retour d’expérience, valident explicitement la fin d’une mission et clôturent cette boucle.
Au-delà des techniques individuelles, c’est toute la culture d’entreprise qui peut être repensée à l’aune de ces découvertes. À travers des processus clairs et partagés, en développant l’autonomie et la responsabilité, en célébrant l’avancement des projets, c’est en réalité l’entreprise dans son entièreté qui bénéficie de l’effet Zeigarnik.
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La surcharge mentale est un mal insidieux qui affecte de plus en plus de professionnels. Elle résulte de l'accumulation d'exigences cognitives, émotionnelles et organisationnelles qui dépassent nos capacités naturelles. Au cœur de ce phénomène, deux concepts clés : la mémoire de travail et l'attention, des ressources biologiquement limitées que nous mobilisons constamment pour traiter les informations et accomplir nos tâches.
La mémoire de travail est souvent comparée à un tableau blanc mental. Elle nous permet de retenir temporairement des informations tout en les manipulant pour résoudre des problèmes ou prendre des décisions. Cependant, sa capacité est limitée : elle ne peut gérer qu’environ quatre à sept éléments simultanément. Lorsque nous essayons d'en faire trop, comme réfléchir profondément tout en exécutant une tâche complexe, cette mémoire sature, entraînant des erreurs et une baisse d'efficacité
Des études montrent que le multitâche, souvent valorisé dans le milieu professionnel, est en réalité contre-productif. Le cerveau humain n'est pas conçu pour effectuer plusieurs tâches nécessitant une attention soutenue en parallèle. Passer rapidement d'une tâche à l'autre ("switch-tasking") engendre une perte de temps significative et augmente la charge cognitive.
Agir et réfléchir mobilisent des réseaux cérébraux distincts qui ne fonctionnent pas efficacement en même temps. Lorsque l’on réfléchit, on engage principalement le cortex préfrontal, responsable des fonctions exécutives comme la planification et la prise de décision. En revanche, l'action repose davantage sur des processus automatiques ou routiniers qui sollicitent d'autres régions cérébrales.
Essayer de combiner ces deux activités crée une surcharge cognitive. Par exemple, réfléchir à une stratégie tout en répondant à des courriels ou en participant à une réunion diminue notre capacité à bien faire l'un ou l'autre. Cela peut entraîner des erreurs, une perte de concentration et un sentiment de frustration.
Selon une étude récente, près de 67 % des salariés considèrent que la surcharge mentale perturbe leur efficacité au travail. Elle est également associée à une augmentation du stress, de l'anxiété et même du risque d'épuisement professionnel. Les interruptions fréquentes au travail (notifications, réunions impromptues) aggravent encore cette situation en fragmentant notre attention.
Pour préserver votre mémoire de travail et votre attention, il est essentiel d'adopter des stratégies simples mais efficaces :
Dans un monde où tout semble aller toujours plus vite, il est crucial de reconnaître les limites naturelles du cerveau humain. Choisir entre agir ou réfléchir à un instant donné n'est pas un signe de faiblesse mais une stratégie pour maximiser son efficacité tout en préservant son bien-être mental. Les neurosciences nous rappellent que pour être performant, il faut savoir ménager ses ressources cognitives limitées. Alors, faites le choix conscient d’alléger votre charge mentale pour vous sentir mieux !
Dans nos cerveaux
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Les neuromythes vous influencent peut-être sans le savoir. Les neuromythes, ce sont des croyances fausses sur le fonctionnement du cerveau. Ces idées erronées se propagent parfois comme des vérités absolues dans le monde professionnel. Pourtant, ces convictions peuvent influencer négativement des décisions managériales, les pratiques RH ou encore la formation des employés. Voici sept clichés à déconstruire pour éviter les pièges de la "neuromania".
Ce mythe persistant suggère que nous sous-exploitons notre potentiel cérébral. En réalité, les neurosciences montrent que l’ensemble du cerveau est actif, même pendant le sommeil. Ce cliché trouve son origine dans des études des années 1930 interprétées de façon incorrectes ou dans des simplifications médiatiques. Croire à ce mythe peut conduire à investir dans des formations ou outils promettant un "déblocage" fictif de capacités inexploitées.
L’idée que certaines personnes seraient "cerveau gauche" (rationnelles) ou "cerveau droit" (créatives) est séduisante mais fausse. Les deux hémisphères travaillent en synergie pour accomplir la plupart des tâches cognitives. Ce mythe découle d’une mauvaise interprétation des recherches sur la spécialisation cérébrale. L’adopter peut encourager des stéréotypes inutiles en entreprise.
Dans le monde du développement professionnel circule la croyance qu’adapter la formation au style d’apprentissage préféré d’un individu améliore ses performances. Pourtant, les recherches montrent que cette approche n’a aucun fondement scientifique solide et peut même limiter les opportunités d’apprentissage. En entreprise, cela peut entraîner un gaspillage de ressources dans des formations inefficaces. Le plus efficace consiste à stimuler en parallèle les différents sens pour mieux ancrer l’apprentissage.
L’idée que le développement cérébral est figé après les premières années de vie est inexacte. Bien que l’enfance soit une période cruciale pour l’apprentissage, le cerveau conserve une plasticité tout au long de la vie, permettant l’acquisition de nouvelles compétences y compris à l’âge adulte. Ce mythe peut conduire à sous-estimer l’agilité et le potentiel de développement continu des employés.
Dans un monde professionnel où la polyvalence est valorisée, croire que le cerveau peut gérer efficacement plusieurs tâches en simultané est une erreur. Les études montrent que le multitâche réduit la performance, limite l’attention et augmente le stress, car le cerveau doit constamment basculer entre les tâches. Encourager cette pratique peut nuire à la qualité du travail et au bien-être des collaborateurs.
L’effet Mozart, popularisé dans les années 1990, prétendait que l’écoute de musique classique augmentait l’intelligence. Bien qu’elle puisse temporairement améliorer certaines performances cognitives (comme les capacités spatiales), il n’existe aucune preuve qu’elle booste durablement l’intelligence. Les entreprises investissant dans ce type de solutions risquent de perdre leur temps.
L’utilisation abusive de tests psychométriques basés sur des catégories rigides (introverti/extraverti, bleu/vert/rouge/jaune) repose souvent sur des bases scientifiques discutables. Ces outils simplifient excessivement la complexité humaine et peuvent mener à des décisions biaisées ou contre-productives. D’où l’importance de croiser ces résultats avec des entretiens qualitatifs qui tiennent compte de la complexité des sujets.
Les neuromythes façonnent nos croyances et peuvent influencer nos pratiques professionnelles. En entreprise, ils peuvent conduire à des choix managériaux erronés, au gaspillage de ressources ou à des attentes irréalistes vis-à-vis des employés. Par exemple, une étude a révélé que 67 % des enseignants adhèrent à au moins un neuromythe, illustrant leur prévalence même chez les professionnels formés.
Pour éviter ces écueils, il est essentiel d’adopter une approche critique et informée face aux découvertes neuroscientifiques. Investir dans des formations basées sur des preuves solides et s’appuyer sur des experts qualifiés sont deux leviers clés pour démystifier ces croyances et maximiser le potentiel humain au travail.
Méfiez-vous des raccourcis séduisants mais fallacieux : votre cerveau mérite mieux !
Dans nos cerveaux
La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.
chronique
3 mins
La notion de "charge mentale", popularisée par la célèbre bande dessinée "Fallait demander" d’Emma en 2017, s’est largement répandue dans les médias et dans les discussions professionnelles. Mais saviez-vous que ce concept est profondément enraciné dans le champ de la recherche francophone ? Une spécificité qui interroge : pourquoi cette problématique a-t-elle trouvé un écho si particulier dans les cultures françaises, canadiennes ou belges, mais reste peu diffusée, ailleurs, dans le monde ?
La "charge mentale" telle que nous la comprenons aujourd’hui tire ses racines des travaux de sociologues francophones. La thèse pionnière de Monique Haicault en 1984, "La gestion ordinaire de la vie en deux", a été l’une des premières à conceptualiser la superposition des responsabilités domestiques et professionnelles, notamment pour les femmes. Ce n’est donc pas un hasard si cette notion a émergé dans des pays où les tâches sont inégalement réparties entre les femmes et les hommes et où cette "charge invisible" est souvent associée à un sentiment de double peine.
En parallèle, des chercheurs canadiens tels que Diane-Gabrielle Tremblay ont également contribué à la réflexion en liant la charge mentale à des normes sociales qui favorisaient une répartition inégalitaire des tâches domestiques. Cependant, au-delà de la sphère francophone, le concept trouve difficilement son équivalent. Les anglophones le traduisent par "mental workload" ou "mental burden", mais ces termes restent flous et peinent à intégrer pleinement les dimensions sociale et émotionnelle que la recherche francophone a fait émerger.
Ce tropisme francophone repose sur un contexte historique et culturel particulier. En France, la reconnaissance des tensions entre vie professionnelle et personnelle a toujours été un sujet sensible. Des lois sur le temps de travail (congés payés, 35 heures, droit à la déconnexion) témoignent d’une volonté sociale et culturelle de préserver un équilibre, un besoin que d’autres cultures valorisent moins. Aux États-Unis, par exemple, le concept de "mental workload" est davantage exploré en lien avec la productivité ou les performances cognitives, sans inclure les responsabilités domestiques ou l’épuisement émotionnel.
On pourrait aussi se demander si la réflexion autour de la charge mentale n’est pas exacerbée dans les sociétés où l’idéologie égalitaire place des attentes élevées sur les individus et les organisations. Cet idéal peut parfois rendre les déséquilibres plus perceptibles, augmentant ainsi la pression ressentie.
Cela signifie-t-il que la charge mentale est un problème uniquement francophone ?
Bien sûr que non.
Cela conduit à en faire un sujet légitime de réflexion dans les entreprises en France et dans les pays francophones, notamment dans les démarches de prévention des risques psychosociaux (RPS). Selon une étude de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité), publiée en 2022, 64 % des salariés français déclarent souffrir de surcharge mentale au travail, un chiffre en forte hausse depuis 2017.
Pourtant, le monde de l’entreprise dispose aujourd’hui de leviers pour agir. Les neurosciences cognitives, par exemple, proposent des clés pour comprendre comment notre cerveau gère les sollicitations multiples. Des pratiques issues de la gestion du stress, comme la mindfulness, ou des méthodes d’organisation (matrice d’Eisenhower, capacité à dire "non") se montrent efficaces.
La charge mentale est autant un phénomène universel qu'une construction culturelle. Les chercheurs francophones ont posé des mots sur une réalité vécue par des millions de personnes, mais qui reste peu formalisée dans d’autres contextes. Dans un monde du travail en constante évolution, il est essentiel de continuer à former et à sensibiliser les organisations à ces enjeux, tout en adaptant les réponses aux particularités culturelles. Car, si la charge mentale n’est pas un concept exporté partout dans le monde, ses conséquences, elles, n’épargnent personne.
Dans nos cerveaux
La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.