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chronique

Encore une idée fausse : “Recruter une personne en situation de handicap, c’est compliqué”

Inclusion

  4 mins

 

femme souriante utilisant la langue des signes lors d’un échange en visio sur ordinateur

12 % contre 7 %, c'est le taux de chômage qui sépare les personnes en situation de handicap du reste de la population active. Un écart qui révèle une réalité dérangeante : recruter une personne en situation de handicap reste perçu comme compliqué par de nombreux employeurs.

Il est temps de braquer les projecteurs sur ce sujet pour prouver que non, ce n'est pas forcément compliqué.

Ouvert aux candidatures de personnes en situation de handicap, fermé au recrutement

"Candidature ouverte aux personnes en situation de handicap". Cette mention fleurit sur les offres d'emploi depuis la loi de 2005, mais derrière cette politesse administrative se cache souvent une réalité moins reluisante. Car malgré l'obligation légale d'employer 6 % de personnes en situation de handicap pour les entreprises de plus de 20 salariés, seuls 3,6 % des emplois du secteur privé sont effectivement occupés par des travailleurs handicapés.

Pourquoi cet écart ? Parce que recruter une personne avec un handicap reste perçu comme un parcours du combattant par bon nombre d'employeurs. L'aménagement du poste va coûter cher, il faudra adapter les emplois du temps, affecter quelqu'un pour l'accompagner... Et puis, des interrogations subsistent : ne risque-t-elle pas d'être plus souvent absente, moins productive ? Des idées qui persistent, même si personne n'ose les formuler à voix haute.

Ces préjugés ont des conséquences concrètes. Les personnes en situation de handicap restent deux fois plus touchées par le chômage. Et quand elles trouvent un emploi, 64 % ne s'estiment pas rémunérées à leur juste valeur, contre 49 % dans l'ensemble de la population.

Une méconnaissance qui freine l’inclusion

La France accuse du retard sur ce sujet. Nous imaginons encore trop souvent le handicap avec un fauteuil roulant, alors que 80 % des handicaps sont invisibles. Cette représentation erronée nous empêche de saisir l'ampleur et la diversité des situations. Car le handicap invisible prend de multiples visages : maladies chroniques comme le diabète ou l'insuffisance cardiaque, troubles psychiques comme la dépression ou la bipolarité, troubles cognitifs comme la dyslexie, ou encore migraines chroniques et phobies. Des réalités professionnelles qui peuvent nécessiter des aménagements simples : flexibilité des horaires, accès au télétravail, pauses supplémentaires ou bureaux calmes.

Et même pour les handicaps visibles, les solutions sont souvent plus simples qu'imaginées. Un bureau ajustable en hauteur, un clavier ergonomique, un logiciel de reconnaissance vocale... De plus, la plupart des aménagements sont éligibles à des aides financières de l’Agefiph. Par exemple, l’aide à l’adaptation des situations de travail peut couvrir les frais d’équipements, de logiciels ou de mobilier spécifiques, jusqu’à 5 250 euros par poste. Des soutiens complémentaires existent également pour l’étude ergonomique du poste ou la formation à l’utilisation du matériel. Cette méconnaissance du handicap au travail touche directement à l'égalité de traitement et à l'égalité des chances. Et pour cause. Comment prétendre offrir les mêmes opportunités quand on ne comprend pas la diversité des situations ? Sensibiliser le collectif de travail est indispensable pour changer les mentalités et lutter contre les stéréotypes.

La première action à mener ? Éduquer vraiment les managers et les salariés au handicap. Expliquer ce que cela recouvre, démontrer que la plupart des aménagements sont minimes et finançables. Une campagne d'affichage, des ateliers de formation ou du mécénat de compétence peuvent permettre de mieux comprendre les défis rencontrés.

Heureusement, des entreprises montrent la voie. Accenture normalise le sujet du handicap avec ses collaborateurs en menant des actions de sensibilisation dès l'intégration, des ateliers avec casques de réalité virtuelle, et une formation systématique des managers et des recruteurs. “Le sujet du handicap n'est pas du tout tabou, nous en parlons facilement, c'est normalisé. En 10 ans de vie professionnelle, c'est la première fois que je tombe sur une entreprise aussi investie“ témoigne une collaboratrice en situation de handicap. Cdiscount mise sur sa "Handi Team", un réseau de collaborateurs volontaires qui relaient les engagements. Le groupe Accor, pionnier avec six accords successifs depuis 1992, a même embauché un sportif de haut niveau de cécifoot pour sensibiliser ses équipes.

Ces exemples le prouvent : recruter une personne en situation de handicap n'est pas plus compliqué que recruter n'importe qui d'autre. C'est juste différent. Et cette différence peut devenir une richesse pour l'entreprise.

Mythes de bureau

La chronique bouscule les préjugés, les idées reçues et les croyances parfois fausses qui façonnent nos comportements professionnels. Parce que la réalité du travail se joue dans les nuances et rarement dans les certitudes, « Mythes de bureau » interroge ce qui semble évident et invite à dépasser les stéréotypes qui limitent notre vision du travail.

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chronique

Coucher ses enfants, rouvrir son ordinateur : quand la triple journée s'impose

Equilibre vie pro - vie perso

  3 mins

 

mère travaillant sur un ordinateur

La société parle de « double journée ». Pourtant, de plus en plus de parents (surtout des mères) en vivent une troisième : celle du soir, l’écran rallumé, le cerveau fatigué. Un phénomène invisible, rarement mesuré, mais bien réel : et si on en parlait enfin ?

Coucher mes enfants, rouvrir mon ordinateur : pour moi, c’est devenu un signal d’alerte. Quand ça devient trop fréquent, j’ai une alarme interne qui s’active. Elle me dit que je travaille trop, ou que je m’organise mal (ou les deux). J’ai rarement pris du plaisir à m’y remettre le soir. Après 20 heures, mon cerveau est moins efficace, plus lent. Je suis parfois interrompue par des proches qui viennent aux nouvelles ou par un enfant qui a fait un cauchemar. Contrairement aux rares fois où je travaille très tôt le matin, je ne tire aucun bénéfice à reprendre l’ordinateur le soir. Excepté celui de ne pas être en retard sur mon travail.

La triple journée

Quand on parle de parentalité, on entend souvent l’expression « double journée » (le temps passé au travail et le temps passé à s’occuper des enfants). Personnellement, j’ai souvent la sensation de vivre des triples journées : la journée de travail, les enfants, le travail le soir.

Comme je suis indépendante, on pourrait penser que le fait d’avoir mes propres clients et de fixer mes propres horaires constitue une « autoroute » qui mène aux heures supplémentaires du soir. Mais j’observe ce phénomène également chez des amis salariés et parents. Je me souviens notamment d’une de mes amies qui venait de prendre un nouveau poste. Au téléphone, elle m’annonce que son objectif est de rouvrir son ordinateur après avoir couché sa fille « seulement deux soirs par semaine ». Dès le début, elle a donc compris que les heures prévues dans son contrat de travail ne seraient pas suffisantes pour aller au bout de ses missions.

J’ai cherché des études sur le sujet. Il y en a peu. Y aurait-il un angle mort ? Préfère-t-on fermer les yeux ? J’ai bien croisé quelques indices, comme cette étude de 2022 qui montre qu’un actif sur cinq travaille sur son temps libre plusieurs fois par mois. Ou celle-ci qui montre que les cadres sont préoccupés par le travail hors des heures de bureau. En nous apprenant au passage que les mères de famille seraient les plus concernées par ce phénomène.

Le prix à payer ?

Je ne suis pas Sherlock Holmes, mais je la sentais venir, celle-ci. « Les mères de famille seraient les plus concernées par ce phénomène ». Mon enquête avance. On sait que les mères s’occupent davantage des enfants que les pères : selon la DREES, les mères consacrent 107 minutes par jour aux enfants, contre 40 minutes pour les pères. Travailler le soir serait-il le prix à payer pour gagner correctement sa vie ? Ma mère nous a élevés seule, mon frère et moi, mais n’a jamais travaillé le soir. Sa carrière non plus n’a jamais vraiment évolué.

De mon côté, si je devais arrêter d’ouvrir mon ordinateur après 20 heures, il faudrait que j’arrête un ou deux contrats en cours. Par conséquent, je gagnerais moins d’argent. Je n’aurais pas besoin de me poser cette question si je travaillais jusqu’à 19 heures tous les soirs. Mais je croiserais mes enfants seulement avant qu’ils aillent se coucher. J’ai une amie avocate qui fait ça, d’ailleurs. Avec son mari, ils payent chaque soir une baby-sitter pour s’occuper de leur fille après sa journée chez la nounou. Elle me parle souvent de la culpabilité qu’elle ressent. Mais moi aussi, je culpabilise. Car arrêter de travailler de 17h30 à 20h en sachant pertinemment que je vais rouvrir mon ordinateur après implique parfois de ne pas avoir l’esprit à 100 % avec mes enfants.

L’enquête est donc loin d’être clôturée, pourtant un semblant de verdict semble s’imposer : on a un problème. Un problème élémentaire, mon cher Watson.

35h et des poussettes

Si comme moi vous jonglez entre réunions et changements de couches, rejoignez-nous pour des discussions franches, des astuces pratiques et une bonne dose d'humour. Si vous négociez des contrats tout en faisant les devoirs ou en préparant des biberons, cette chronique est faite pour vous ! Plongez avec moi dans le grand bain de la parentalité où carrière et famille se disputent la vedette.

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chronique

J’ai testé… venir tous les jours au taf à vélo

Culture d'entreprise

  3 mins

 

homme à vélo sur le trajet du matin vers le travail

On est lundi matin, il est 8 heures passées de deux minutes. J’enfourche mon vélo avec la même énergie que Rocky montant sur un ring, mais, mon ring à moi, c’est juste le bureau, à vingt minutes de là. Vingt minutes de pédalage le long du canal du Midi, bordé de platanes et de joggeurs matinaux.

Cette semaine, j’ai décidé de laisser la voiture au garage, de dire adieu aux bouchons et surtout, bonjour à la liberté.          Spoiler : liberté rime avec bons mollets!

Jour 1 - motivation à plein régime

Le premier jour, tout m’apparait grisant. L’air frais sur le visage, le cliquetis régulier de la chaîne... Un bonheur simple au goût de madeleine. Je croise les mêmes voitures coincées au feu que d’habitude, mais cette fois je les dépasse. Un sentiment de victoire puéril m’envahit, comme si j’incarnais la mobilité durable depuis toujours. J’arrive au bureau légèrement transpirant, les joues rouges, et plutôt fier de ma première. La journée commence bien.

Je poste une photo dans la discussion d’équipe avec la mention « Cette semaine je prépare le Tour de France ». J’obtiens plus de rires que d’enthousiasme, mais je reste motivé. Le trajet de retour est une partie de plaisir.

Jour 2 - retour à la réalité

Mardi, il pleut. Pas une pluie diluvienne, non. Une bruine perfide, celle qui ne semble rien mouiller mais qui s’infiltre partout. Ma veste imperméable ne l’est finalement pas tant que ça. Mon jean colle aux cuisses et mes dents claquent. Je pédale au ralenti, je crois que Rocky a pris un K.O.

En arrivant, j’essaie de sécher discrètement mes manches avec le sèche-mains des toilettes, mais c’est peine perdue. « Alors, pas de photo aujourd’hui le sportif ? ». À 18 heures, j’enfile mon imper encore trempé : le retour va être long.

Jour 3 - je pédale un peu dans la semoule

Mercredi, le soleil revient, et avec lui la joie simple du mouvement. Je retrouve un rythme, un souffle, une sensation de clarté. Je pédale sans réfléchir, guidé par la lumière qui traverse les arbres au bord du canal. Les passants deviennent familiers : le joggeur au short rouge, la dame au petit chien… Ce matin-là, j’ai même une idée brillante pour un projet. Entre deux virages, je fais une petite pause et sens ma créativité se réveiller.

Attends. Mais qu’est-ce que je raconte là ? Je rêvasse sous les premiers rayons du soleil et pour finir, j’arrive en retard à ma réunion. À court d’excuse, je prétexte un problème de rayon…

Jour 4 - le coup de pompe

J’ai sous-estimé deux choses en ce jeudi 30 octobre : le vent d’autan et mon envie d’être à l’heure. Je pédale à contre-courant d’une rafale toulousaine, le visage plissé comme un accordéon. Je maudis le canal, la physique et la fragilité de mon optimisme. J’arrive au bureau crevé, le café sera ma rustine. Dès la première gorgée, je me rends compte que j’ai oublié mes affaires de rechange. Cette journée commence avec un t-shirt humide, c’est super. Vraiment super.

Jour 5 - le calme intérieur

Vendredi, le trajet se fait presque tout seul. Mon corps connaît la route, mon esprit divague. Je réalise que ces vingt minutes, chaque matin et chaque soir, sont devenues un sas. Ni boulot, ni maison. Un entre-deux précieux, un temps pour respirer, observer, penser. Le canal s’étire sous la lumière automnale, les platanes dessinent des ombres sur l’eau.

Je n’ai pas trouvé le secret de la productivité, ni sauvé la planète. Mais j’ai trouvé un petit coin de zénitude dans mes journées pressées. Une expérience banale, qui change subtilement mon rapport au temps.

Test concluant, je vais le poursuivre. Pour autant, n’y voyez pas un acte héroïque, ni un manifeste pro-écologie. Simplement l’envie d’un moment de reconnexion à soi, qui m’invite à encourager la mobilité douce en entreprise. Car chaque coup de pédale est un petit rappel que nos journées ne se résument pas à un enchainement de mails et de réunions.

J'ai testé...

Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.

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chronique

"Le Ministère du futur" : un roman qui défie le fatalisme climatique

Sciences

  4 mins

 

Couverture du roman Le ministère du futur de Kim Stanley Robinson, fiction climatique engagée

L’auteur américain Kim Stanley Robinson imagine une institution créée pour défendre les droits des générations futures face au climat. Son roman suit Mary Murphy, directrice du Ministère du futur, qui réussit la transition écologique de la Planète après une vague de chaleur meurtrière en Inde.

« Le ministère du futur » s’inscrit dans un nouveau genre, la science-fiction climatique - ou « cli-fi » - qui explore les conséquences du changement climatique. 
Mais contrairement à beaucoup de dystopies, le roman est porteur d’espoir.

Pourquoi ce livre est important ?

Raison numéro une : le livre redonne foi en l’action politique et collective. Raison numéro deux : c’est un vrai roman d’aventure. À rebours de la dystopie noire où tout commence bien mais où tout finit mal, Kim Stanley Robinson montre que par le combat humain et politique, un autre futur est possible. 
Le récit s’ouvre sur une vague de chaleur causant des millions de morts en Inde. Cet événement signe un point de rupture mondiale et déclenche (enfin) une prise de conscience planétaire. Mary Murphy, ancienne avocate et ancienne ministre des Affaires étrangères de la République d’Irlande  est choisie pour diriger le nouveau « Ministère du futur », une agence créée par l’ONU et destinée à « plaider la cause des générations futures de citoyens du monde », ceux dont « les droits sont aussi valables que les nôtres. » 
Femme engagée, pragmatique et déterminée, Mary Murphy s’engage dans une lutte politique intense pour la transition écologique avec Frank May, un travailleur humanitaire traumatisé par la catastrophe. Tous les deux ont un rôle déterminant dans les dix années nécessaires à la transformation de l’histoire de l’humanité.

Le roman est l’histoire des dix années nécessaires pour donner un nouveau futur à la Planète. Il nous emmène avec elle dans la transformation de l’agriculture, la redistribution des ressources, la création d’une nouvelle monnaie. Une aventure qui est aussi l’occasion de se plonger dans une réflexion très informée sur la science climatique, l’économie, la psychologie politique et les rapports de force mondiaux. Le roman illustre la nécessaire multiplicité des voix et des approches pour réinventer le futur. Il montre aussi combien le changement climatique est aussi une affaire humaine et  émotionnelle.

Les plus du livre

 

  • Les chapitres courts racontent à la fois des réunions stratégiques, des actions de terrain, des discussions informelles à l'ONU ou à la Fed, les luttes internes entre intérêt économique et justice climatique.
  • Le récit choral : de nombreux chapitres présentent des points de vue complémentaires et mettent en scène à la fois l’engagement individuel, les négociations institutionnelles et la recherche de solutions concrètes à travers le monde entier. Comme l'indique l'auteur dans une note, certaines "associations et projets (...) sont bien réels et déjà à l'œuvre pour lutter contre le dérèglement climatique."
  • Le livre se projette vers le futur mais il est écrit comme pourrait l"être une reportage. L'écriture est vive, très contemporaine et contribue à nous projeter dans un vrai tour du monde des solutions climatiques. 
     

Pourquoi ce titre ?

La clé du titre est donnée dès le début du roman. L’auteur explique que c’est le nom donné à l’agence onusienne fictive créée par l’Accord de Paris par « un journaliste [qui] crut bon de surnommer cette agence « ministère du Futur », une expression qui se répandit comme une trainée de poudre ». Le ministère, placé à Zurich, n’est pas un ministère classique : il incarne le droit d’agir « pour le futur » et symbolise la volonté de penser le long terme et de dépasser l’horizon court-termiste.

Qui est l’auteur ?

Kim Stanley Robinson, né en 1952 dans l’Illinois aux États-Unis, est un auteur majeur de la science-fiction contemporaine. Auteur d’un thèse sur Philip K. Dick, il s’intéresse depuis toujours aux utopies, à l’histoire alternative et aux changements climatiques. Avant la publication de « Le Ministère du futur », il était surtout connu pour sa trilogie sur Mars : « Mars la rouge », « Mars la verte » et « Mars la bleue ». Son œuvre est connue pour sa précision scientifique. En 2008, le magazine états-unien Time lui a décerné le titre de « Héros pour l’environnement ».

Verdict : c’est oui ou bien c’est non ?

Alerte chef d’œuvre. Le livre se distingue par sa capacité à mettre en scène avec lucidité la question la plus brûlante et globale de notre époque : l’urgence climatique. Mais au lieu d’un futur désolé, Kim Stanley Robinson choisit de montrer qu’un basculement est possible. Enfin un roman de science-fiction malin et porteur d’espoir.


Fiche d’identité

Éditeur : Braguelonne - collection « SF Poche »
Auteurs : Kim Stanley Robinson (traduit de l’anglais US par Claude Mammier)
Genre : roman
Date de publication : 2024 (France), 2020 (États-Unis)
Nombre de pages : 670

Références

Vous cherchez des œuvres qui nourrissent la réflexion et le débat d'idées ? Chaque mois, je sélectionne pour vous un essai, une BD, une série ou un film marquant qui dit des choses importantes sur notre époque. En quelques points essentiels, « Références » décrypte ce qui rend cette œuvre incontournable : ses messages forts, ses intuitions pertinentes et les citations qui marquent les esprits. De quoi enrichir votre réflexion et élargir vos perspectives.

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chronique

Nous n’avons pas de talent mais une « efficacité naturelle », et c’est la science qui le dit !

Compétences

  4 mins

 

L’efficacité naturelle pour ce travailleur agricole

Bonne nouvelle, nous avons tous des « zones de talent », qu’elles soient professionnelles ou personnelles. Ces aptitudes à faire naturellement ce que d’autres trouvent ardu, peuvent être innées ou acquises par l’expérience. Nous pouvons tous ressentir cette facilité à faire dans certains domaines, alors que d’autres peinent. Quoi que séduisant, ce concept n’existe pas du point de vue des sciences du cerveau. En revanche, les neurosciences ont apporté le concept révolutionnaire de neuroplasticité : car, oui, le cerveau peut se reconfigurer tout au long de la vie. Dans la mesure où l’on s’en sert pour développer ses … talents.

La "zone de talent" n'existe pas selon les sciences

Le concept de « zone de talent » (ou « zone de génie ») a été développé par Gay Hendricks. Selon ses recherches, dans cette zone, nous disposons d’aptitudes qui nous prédisposent à agir avec peu d’effort, avec fluidité (on comprend vite et on exécute facilement), avec énergie (on se sent stimulé, pas fatigué), avec satisfaction (liée à la facilité), et avec des résultats supérieurs à la moyenne (sans forcer).

Pourtant ce concept de zone de talent n'a aucune validité du point de vue des neurosciences. L'approche des neurosciences cognitives et comportementales préfère parler de prédispositions et de zones d’efficacité naturelle (Z.E.N.). En effet, ces domaines, bien que favorisant l'expérience de flow, sont définis de manière plus scientifique. La Z.E.N. est basée sur l'hypothèse de l’efficience neuronale : à performance égale, certaines personnes ou certains cerveaux consomment moins de ressources ou requiert un effort mental plus faible pour certaines familles de tâches. C'est là où le cerveau consomme moins d'énergie cognitive que l'individu perçoit l'activité comme « naturelle ».

Pourtant notre ressenti atteste qu’elle existe...

Malgré l'absence d'une appellation formelle, les neurosciences expliquent pourquoi certaines activités sont vécues avec plus d'aisance et de plaisir, correspondant à cette "zone de talent".

La zone d'efficacité naturelle apparaît à l’intersection de trois éléments clés. D’abord les prédispositions cognitives, chacun de nous disposant de formes d’attention, de mémoire et de perception qui sont optimisées pour certains types de tâches. Ces aptitudes sont natives ou acquises. Ensuite les motivations intrinsèques. Ancrées profondément dans notre cerveau, elles déclenchent le système de récompense (dopamine) du cerveau, rendant l'effort acceptable voire agréable. C'est ce qui donne du sens ou un plaisir inconditionnel à l'effort. Et enfin, les expériences répétées, la pratique délibérée façonnant l'architecture cérébrale et fluidifiant notre capacité à agir.

... Et nous pouvons en développer tout au long de la vie !

L'une des découvertes majeures des neurosciences qui nuance tout déterminisme est la neuroplasticité, cette capacité du cerveau à se remodeler en créant de nouvelles connexions neuronales tout au long de la vie. Les raisons ? L'entraînement, qui façonne le cerveau; d’ailleurs des études démontrent que l'apprentissage modifie la structure cérébrale. Par exemple, les chauffeurs de taxi londoniens, après un entraînement intensif, ont accru la capacité de leur cerveau qui gère l’orientation dans l’espace. Autre explication, le développement de nouvelles compétences. En effet, explorer de nouvelles méthodes de travail tout au long de sa vie professionnelle permet de reconfigurer sans limite son cerveau. Et puis l’interaction entre inné et acquis. L’expérience s’appuie certes sur l’acquis, mais la remettre en cause est essentiel pour s’adapter et la développer.

Mettre à profit sa Z.E.N au travail

La connaissance de cette zone d'efficacité naturelle est essentielle pour la performance durable au sein des organisations. Travailler dans sa Z.E.N. favorise la confiance, la créativité, la résilience et une performance stable. À l'inverse, travailler loin d’elle génère de la fatigue, du stress et de la démotivation. Par ailleurs, nourrir ses motivations intrinsèques (le plaisir inconditionnel de faire l'activité) est plus efficace et plus durable que de se fier aux récompenses extérieures (motivations extrinsèques). Le plaisir découlant de la tâche elle-même ne peut être surpassé par des systèmes de récompense artificiels. Et puis, la connaissance de la façon dont le cerveau fonctionne (efficience, biais cognitifs) permet aux managers d'adopter une posture "neuro compatible". Cela implique de s'intéresser au collaborateur en tant qu'humain, et non seulement à la tâche.

Les neurosciences appliquées fournissent ainsi un nouvel éclairage, aussi bien aux manageurs qu’aux collaborateurs. Elles permettant de renforcer des compétences clés, notamment l'intelligence émotionnelle, la prise de décision et la gestion du changement. Elles aident également à identifier les activités dans lesquelles nous pourrons au mieux exprimer nos zones d’efficacité naturelle.

Dans nos cerveaux

La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.

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Qu'est-ce qu'un logiciel de recrutement ?

Un logiciel de recrutement digitalise toutes les missions liées aux embauches. Son objectif est double :

  • Faciliter la tâche de l’employeur en automatisant les tâches récurrentes.
  • Augmenter la qualité des process de recrutement pour améliorer l’expérience candidat.

 

Il est aussi appelé logiciel ATS, pour « Applicant tracking system » ou « système de suivi des candidatures » en français.

Que veut dire IJSS ?

Les Indemnités Journalières de la Sécurité Sociale, appelées communément « IJSS » représentent la part d’indemnisation spécifique de la Caisse d’Assurance Maladie en cas d’absence non prévue, en rapport avec l’état de santé du professionnel. Les situations suivantes peuvent donner lieu à une indemnisation :

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chronique

Le flow, cet état surprenant lié à votre zone de talent

Sciences

  4 mins

 

Personne en plein flow, illustrant la zone de talent et la performance naturelle

Vous organisez le prochain événement d’entreprise pour 50 invités avec une facilité déconcertante ? Vous rédigez ce rapport complexe sans aucun effort ? Vous expliquez ce concept ardu face à une large assemblée d’experts sans aucune appréhension ? Vous êtes sûrement dans votre « zone de talent ». Vous ne comprenez même pas où est la difficulté pour les autres dans la mesure où cela vous paraît « normal ». Pourtant cette normalité vous est singulière. 

Disposons-nous tous d’une « zone de talent » ? Qu’en disent les sciences du cerveau ? Explications.

Le flow, un état aussi naturel qu’intriguant

15 mai 1988 - Qualifications du Grand Prix de Formule 1 de Monaco. Ayrton Senna vole la pole position à Alain Prost, son coéquipier, avec 1,4 seconde d’avance au terme d’un tour incroyable qui restera l’une des plus impressionnantes performances de pilotage. Surpris lui-même par son exploit, il décrit avoir eu l'impression de piloter la voiture au-delà de ses limites, sans même en avoir conscience. Il rapporte s’être senti dans « une autre dimension, comme dans un tunnel, où il continuait à repousser les limites, réussissant l'impossible par un pilotage instinctif ». Une expérience presque mystique, qu’on appellerait aujourd’hui « état de flow ».

La notion de flow est un concept développé par le psychologue Mihály Csíkszentmihályi. Le flow décrit l’état mental d'une personne totalement absorbée et immergée dans une activité. Cet état, caractérisé par une concentration intense, un sentiment de contrôle et de puissance, et une profonde satisfaction, est souvent mentionné par les athlètes de haut niveau. Cet état qui mêle performance et légèreté, est recherché car, sur le plan mental, il offre un moment d’attention sans effort, ni conflit, ni stress.

Le flow survient lorsque les compétences d’une personne sont en adéquation parfaite avec les défis qu’elle rencontre. Si l’activité est trop simple, c'est l'ennui ; si elle est trop complexe, c'est le stress. Une des composantes essentielles est la perte du sentiment de conscience de soi. Le trait distinctif de cet état est un sentiment de joie spontané, voire d'extase, pendant l'activité. Carrément !

Chacun de nous peut-il atteindre cet état si singulier ? Sans nous comparer à l’expérience extraordinaire de Senna, il nous arrive tous d’être performants, avec facilité et naturel, dans une activité que nous affectionnons ; une discipline, un loisir, une activité sportive ou artistique … Le tout réside dans notre capacité à trouver notre zone de talent pour faire émerger le flow en nous !

Est-ce notre zone de "talent" ?

Ce que les psychologues appellent flow est intimement lié à ce que l'on désigne aussi comme la « zone de talent » ou la « zone de génie ». Cette zone, popularisée par Gay Hendricks, est l’espace dans lequel nos dons innés s’expriment pleinement, où nous expérimentons naturellement cet état d'absorption intense et perdons la notion du temps.

Agir dans cette zone favorise notre capacité à entrer en état de flow. Dans cet état, l'activité elle-même est la source de satisfaction, qualifiée d'autotélique. Elle se suffit à elle-même et elle n’est pratiquée que pour le plaisir immédiat qu’elle procure. En zone de talent, nous ressentons un alignement de nos activités avec nos aptitudes naturelles, générant un sentiment d’accomplissement durable.

Comment trouver sa zone de talent ?

Le flow émerge de la zone de talent, mais notre zone de talent ne nous permet pas systématiquement d’accéder au Graal. En effet, « zone de talent » ne rime pas mécaniquement avec passion. On peut être doué pour une activité et ne pas aimer la pratiquer. Nous aurons simplement des facilités pour la mettre en œuvre, sans obligatoirement nous sentir plein d’énergie après l’avoir pratiquée.

Alors comment identifier sa ou ses zones de talents ? Tout d’abord, il arrive souvent que nous ne soyons même pas conscients de nos propres zones de talent, tellement elles nous paraissent fluides et naturelles. Cette zone se manifeste fréquemment parce que vous apprenez vite dans ce domaine. Ce que certains trouvent difficile vous semble évident.

Vous n’êtes pas épuisé après l’effort. Au contraire, vous pouvez être rechargé (si cette zone correspond à une motivation profonde, intrinsèque). Vous êtes régulièrement sollicité-ée pour cela, car les autres vous reconnaissent clairement cette aptitude. Vous améliorez facilement vos performances. Vos progrès sont rapides et durables.

Explorez vos activités personnelles tout d’abord. On trouve plus facilement nos zones d’aptitude lorsqu’il y a peu d’enjeu et donc moins de stress. Trouver ses zones de talent, c’est offrir avec facilité aux autres, ce pour quoi nous sommes faits.

 Alors... soyez généreux !

Dans nos cerveaux

La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.

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chronique

J’ai testé : déjeuner chaque jour avec un nouveau collègue

En immersion

  4 mins

 

Salariés partageant un déjeuner convivial pour renforcer les liens entre collègues

Tout a commencé par une conversation anodine devant le micro-ondes, à ce moment précis où, en file indienne, chacun regarde jalousement le tupperware de l’autre. Un collègue, cherchant peut-être à éviter une remarque sur les restes de tajine dans son assiette, s’exclamant un peu gêné : " On mange encore à la même heure ce midi ! Finalement je déjeune toujours avec les mêmes personnes ".

Et votre serviteur, dans un élan de folie douce, lançant : " Tu as raison, je vais d’ailleurs changer ça ! "...

C’est ainsi que je me suis retrouvé, une semaine durant, à partager chaque déjeuner avec une personne différente. Pas des gens rencontrés dans un parc ou au hasard d’une rue. Non. Des collègues. Certains que je connaissais à peine, d’autres que je croisais depuis des années mais sans jamais dépasser le stade du “ Salut, ça va ? ”.

Jour 1 : un sourire poli

Lundi suivant donc, 12h30, je pointe timidement le nez de ma gamelle à la cafèt’. Je repère Marianne, une collègue du juridique croisée à la machine à café mais avec qui je n’ai jamais échangé plus de quatre phrases. Je m’assois en face d’elle. Elle a ce regard surpris, plus interrogatif que flatté, celui qu’on a quand on est bousculé dans nos habitudes mais pas maître de la situation. Son " Oui, bien sûr, installe-toi  " est libérateur.

Je ne lui cache rien de ma démarche, et les premières minutes ressemblent à un entretien d’embauche très détendu : météo, transports, repas (trop sec pour elle), puis un " Et toi, tu bosses sur quoi en ce moment ? ". On est encore dans le protocole, les zones neutres. Mais à mesure que chacun dévoile des facettes de son métier à l’autre, nous trouvons des points d’intérêt insoupçonnés. Le sourire poli a laissé place à un autre, plus sincère, au moment de se quitter.

Jour 2 : le collègue un peu bavard

Mardi, j’ai déjeuné avec Yann de l’équipe IT. Lui, je le connais de vue. En réalité, je n’ai pas parlé beaucoup ce jour-là. Il a tout raconté : sa passion pour le Real Madrid, ses trois déménagements, et même la recette secrète de son chili. Je ne pense pas qu’il connaisse mon prénom, mais moi, je connais la vraie explication du nom de son chien (Bergamote, mais c’est une longue histoire). 

J’ai hoché la tête pendant 45 minutes et c’était… reposant. Rien à prouver, juste écouter quelqu’un qui, manifestement, avait besoin d’un auditoire.

Jour 3 : bonjour / au revoir

J’ai pris mon courage à deux mains en ce milieu de semaine pour poser mes couverts en face d’Hélène. Elle a l’habitude de manger seule, mais m’accueille poliment à sa table. Elle ne raconte rien de son quotidien à la compta, et je reste tout aussi évasif après une matinée bien chargée. Peu de phrases échangées, et chacun finit sur son téléphone, sans pour autant qu’un malaise ne s’installe.

Un déjeuner silencieux, mais pas désagréable. Parfois, on n’a rien à se dire, et c’est très bien comme ça.

Jour 4 : l’agréable surprise

J’enchaine avec Malik du marketing. On se connait à travers des boucles de mails, mais finalement pas plus que ça. Très vite on parle boulot, projets, idées, puis ça glisse sur le sport, les voyages, et quelques rêves un peu fous. On se découvre des points communs absurdes : on a grandi à quelques kilomètres l’un de l’autre, on a eu la même prof de maths. On poursuit le dej’ autour d’un café et on se fixe un créneau pour mettre à plat une idée de projet à présenter à nos directions.

En deux ans, j’ai passé plus de temps à lire ses mails qu’à apprendre à le connaître. Mais ça, ça va changer !

Jour 5 : y a quelqu’un ?

Vendredi, dernier déjeuner, et j’ai du mal à trouver un regard intéressé dans la cafèt’ pour participer à mon expérience. C’est là que déboule Benjamin, aka “Big Ben” parce qu’il aime être toujours à l’heure. Je (re)découvre une personne douce, passionnée, plutôt drôle, bien loin de l’image rigide et distante que je m’étais faite, et que son surnom laisse penser.

Un dernier repas pour clore la semaine, au goût de leçon : combien d’images fausses fabriquons-nous en silence, juste parce qu’on ne s’assoit pas à la même table ?

J'ai testé...

Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.

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