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chronique

Quand le stress court-circuite notre cerveau

Sciences

  3 mins

 

Femme floue se tenant à un mur, la main sur le front, symbolisant le stress

Le stress, omniprésent dans la vie professionnelle, agit comme un vrai saboteur des capacités cognitives. Bien que certaines situations stressantes puissent stimuler la performance à court terme, un stress chronique ou mal géré a des effets délétères sur le cerveau et la prise de décision.  

Le stress limite l’accès à nos capacités cognitives

Lorsque nous sommes stressés, le cerveau passe en mode survie. L’amygdale, notre système d’alerte interne, prend le contrôle et court-circuite le cortex préfrontal, siège des fonctions exécutives (planification, concentration et prise de décision rationnelle). Sous l’effet du cortisol, hormone clé du stress, les capacités de mémoire de travail diminuent. Résultat ? On perd en concentration, en attention et en capacité à résoudre des problèmes complexes. Une étude de Penn State montre que le simple fait d’anticiper une journée stressante suffit à réduire nos performances cognitives, et ce, même si rien de grave ne se passe finalement.

Retour au mode automatique et rigide

En situation de stress aigu ou prolongé, le cerveau économise ses ressources. Il privilégie les réflexes et les comportements automatiques plutôt que la réflexion. Ce mécanisme de réaction, utile face à un danger immédiat, devient problématique dans le contexte professionnel où les décisions nécessitent souvent une analyse approfondie. Par exemple, une surcharge cognitive due au stress peut entraîner des erreurs répétitives ou des comportements rigides, réduisant ainsi l’aptitude à s’adapter à des situations nouvelles ou imprévues.

Les biais cognitifs se renforcent

Le stress amplifie également nos biais cognitifs, ces raccourcis mentaux qui influencent nos jugements. Sous pression, nous avons tendance à privilégier les informations qui confirment nos croyances et nos convictions (biais de confirmation) ou à surestimer les risques (biais de négativité). Ces distorsions peuvent conduire à des erreurs stratégiques ou relationnelles dans un environnement professionnel complexe.

Des dégâts sur le long terme

Les effets sur la durée du stress ne se limitent pas au court terme. À long terme, il favorise une inflammation chronique qui altère les circuits neuronaux et accélère le déclin cognitif. Une recherche menée par l’Université de Californie - San Francisco a démontré que le stress chronique chez les jeunes adultes augmente le risque de déclin cognitif significatif dès la quarantaine. En outre, le stress est associé à une augmentation des états anxieux et dépressifs, qui aggravent eux-mêmes ce déclin.

Comment reprendre le contrôle ?

Heureusement, la science et le bon sens apportent des réponses pour contrer ces effets néfastes. Instaurer un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle, apprendre à identifier et gérer ses émotions, s’entourer d’un environnement bienveillant ou encourager des activités comme la méditation ou le sport. Ces approches permettent de diminuer l’activité excessive de l’amygdale et de restaurer les fonctions du cortex préfrontal.

Le stress n’est pas qu’une question de ressenti ou d’émotions passagères. Il impacte directement notre capacité à penser clairement et à agir efficacement. Aussi, apprendre à gérer son stress n’est pas une option, c’est une nécessité pour préserver sa santé mentale… et sa performance.

 

Dans nos cerveaux

La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.

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chronique

Pourquoi notre cerveau résiste au changement malgré nos connaissances

Sciences

  3 mins

 

Main tenant un surligneur jaune en train de surligner du texte sur un document de réunion

Ça y est, vous sortez de la dernière formation sur la gestion du stress, gonflé à bloc. Vous avez tout compris, vous savez exactement comment mieux gérer vos émotions… Et pourtant, quelques semaines plus tard, patatras, vos mauvaises habitudes ont déjà raison de votre volonté. C'est comme si notre cerveau avait une mémoire sélective et décidait d’oublier vos résolutions de changement. Savoir ne suffit pas à passer à l’action.

Les chiffres sont là pour le prouver ; par exemple, bien que 65% des consommateurs se disent prêts à payer davantage pour des produits respectueux de l’environnement, seulement 26% le font réellement lors de leurs achats. Cet écart révèle un véritable fossé entre le savoir et l'action.

Pourquoi est-ce si difficile de changer même lorsque l’on comprend parfaitement les enjeux ? Notre cerveau, l’organe commun le plus complexe de l’univers, détient la réponse.

Le cerveau, roi de la routine et adepte du moindre effort

Notre cerveau est un randonneur paresseux qui préfère les chemins balisés aux sentiers à défricher. En effet, les neurosciences nous apprennent que le cerveau privilégie les routines établies car elles consomment moins d'énergie. C'est pourquoi il est si difficile de se défaire de nos vieilles habitudes, même lorsqu'elles ne nous rendent pas service.

Changer revient à créer de nouvelles connexions neuronales en répétant de nouveaux comportements. Chaque nouvelle attitude trace un nouveau chemin neuronal qui devient d’autant plus facile d’accès à mesure qu’on l'emprunte.

La bascule émotionnelle : le moteur du changement

Pourtant la simple compréhension rationnelle d'un problème ne suffit pas à déclencher le changement. Imaginez un collaborateur qui procrastine sur des projets importants : il sait pertinemment qu'il devrait planifier ses tâches, mais continue de repousser les échéances. Pourquoi ? Parce qu'il manque un ingrédient essentiel : la motivation à changer.

Ce levier émotionnel est le déclic qui va transformer la compréhension en envie profonde. Un manager qui souhaite améliorer son leadership doit connecter cette volonté à une motivation plus personnelle : "Si je communique mieux, je vais retrouver une équipe soudée et un environnement de travail apaisé". Sans cette connexion émotionnelle, le changement restera un vœu pieux. Les émotions négatives peuvent aussi jouer un rôle moteur. Un manager qui perd un talent à cause de son manque d'écoute peut vivre un électrochoc émotionnel qui le poussera à changer en profondeur.

La bascule comportementale : passer de l'intention à l'action  

La troisième étape est concrète et cruciale : la bascule comportementale pour rentrer dans la réalité. En effet, sans un plan d'action précis qui prend vie dans votre agenda, les vieilles habitudes reprennent vite le dessus.

Pour réussir cette bascule comportementale, commencez petit et installez des routines simples. Par exemple, pour mieux gérer votre temps, réservez quinze minutes chaque matin pour planifier la journée. Ces petits gestes répétés ancrent de grandes transformations.

L'environnement joue également un rôle déterminant. Une entreprise qui veut encourager la collaboration peut aménager des espaces ou des temps pour favoriser les échanges informels (bureaux partagés, zones de pause conviviales, rituels du midi). Le changement est autant une affaire individuelle que collective.

Le triptyque du changement : comprendre, vouloir, agir  

Changer au travail ne se résume pas à acquérir de nouvelles compétences ou connaissances. Il faut enchainer les trois bascules :

  • Cognitive : je comprends pourquoi et comment changer.
  • Émotionnelle je trouve un sens ou un bénéfice personnel à changer
  • Comportementale : je pose des actions concrètes, répétées, jusqu'à en faire des habitudes.

Aligner la tête, le cœur et les actes permet d’ancrer durablement de nouveaux comportements pour se sentir mieux.  

Et vous, quelle mauvaise habitude allez-vous transformer? 

 

Dans nos cerveaux

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Alerte sur nos cerveaux : l’IA générative a un impact sur la pensée critique

Intelligence artificielle

  3 mins

 

Jeune femme étudiant avec un livre et un ordinateur portable dans une bibliothèque moderne.

« Elles étaient en pleurs, complétement perdues ! » m’explique Valérie, une amie intervenant également en école de Sciences de Gestion. Valérie décrit l’état de panique de ses étudiantes en Master, privées d’Intelligence artificielle pour cette épreuve de fin d’année. Pour ce partiel, ma collègue avait conçu un examen durant lequel les étudiants n’avaient pas le droit d’utiliser Internet, et donc pas d’IA, car leur intelligence « naturelle » devait suffire largement. Pourtant cette consigne a déclenché une vague d’émotions, traduisant déjà une forme d’addiction aux IA. Avons-nous déjà franchi le point de non-retour, jusqu’à ne plus pouvoir réfléchir sans IA ?

Déléguer nos efforts cognitifs à la technologie : rien de nouveau !

Plusieurs études récentes, dont celle de l’Université d’Austin  et une autre parue sur le site du British Journal of Education Technology, décrivent la manière dont l’IA commence à modifier nos capacités cognitives, notamment en termes de compréhension et d’analyse.  Ces études ciblent en particulier les étudiants qui peuvent développer une dépendance excessive quitte à faire preuve de « paresse métacognitive », c’est-à-dire de difficulté à se concentrer et réfléchir activement sur un sujet. Des étudiants qui ne sont pas les seuls concernés. Combien de numéros de téléphone connaissons-nous encore par cœur ? Très peu, parce que nous avons transféré la mémorisation de ces données à nos smartphones. David Allen, consultant américain créateur d’une des méthodes de productivité les plus célèbres « Getting Things Done – GTD » affirme que « le cerveau est fait pour avoir des idées, pas pour les retenir ».

 Alors pourquoi retenir les chefs-lieux de départements français quand on trouve l’information sur le web ? Nous avons tous progressivement adopté ce comportement. Pourtant, une nouvelle frontière dangereuse est sur le point d’être franchie : allons-nous également peu à peu déléguer notre capacité de réflexion à l’IA ? Une illustration qui parle à grand nombre d’entre nous : pour retrouver nos amis dans ce nouveau restaurant, visualisons-nous le trajet mentalement ou faisons-nous confiance aveuglément à Waze ? De même, pour préparer un repas de fête, cherchons-nous à imaginer spontanément de délicieuses recettes ou avons-nous recours illico à notre tablette pour dénicher des idées ? Aujourd’hui, nous pouvons même solliciter ChatGPT, et ce dès la perspective du moindre effort, dans notre vie professionnelle : répondre à un mail, organiser notre temps, rédiger nos posts sur Linkedin, analyser un tableau de données issues d’Excel. Certes l’IA décuple nos capacités de traitement, de synthèse et notre productivité. Et notre société n’est qu’à l’aube d’une nouvelle ère de la gestion des connaissances.  

Au risque de perdre sa capacité de jugement

Toutefois, une étude de Microsoft et de l’université de Carnegie Mellon portant sur 319 professionnels attire notre attention sur la confiance démesurée que nous sommes susceptibles d’accorder à l’IA. Elle met en évidence qu’un usage immodéré de l’IA réduit la pratique de nos compétences mentales et entraîne une dépendance cognitive. C’est l’ironie de l’automatisation. Le recours systématique à l’IA diminue notre capacité à muscler notre pensée critique sur des cas courants, et atrophie notre jugement. En favorisant des interactions rapides et peu nuancées, l’IA encourage une réflexion en surface plutôt qu’en profondeur. On parle de « convergence mécanisée » pour décrire cette propension des utilisateurs à ne pas appliquer leur jugement personnel ni à contextualiser les réponses de l’IA.

Avoir confiance en soi pour préserver son esprit critique

Ce phénomène est amplifié par la confiance que nous nous attribuons, versus celle donnée à l’IA. Moins nous avons confiance en notre savoir et plus nous acceptons aveuglément les résultats fournis par l’IA. Inversement, une confiance en soi plus élevée est associée à une pensée critique renforcée.  

L’IA est bien là, et nous rendra chaque jour de nouveaux services, il serait inapproprié de ne pas s’en servir. Pourtant, comment l’utiliser à bon escient, pour démultiplier nos capacités plutôt que pour nous en priver ? Un conseil : confrontez-vous au moins une fois par jour à « l’effort » de faire un trajet sans Google Maps, de retenir une citation par cœur, de résumer mentalement en 3 points une conversation dense, voire … de lire un livre (ok j’exagère peut-être !). 
 

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Éco-anxiété, solastalgie : les nouveaux maux du cerveau

Sciences

  3 mins

 

Homme méditant en pleine nature, yeux fermés, illustrant la gestion de l’éco-anxiété

L’éco-anxiété est un terme qui s’est largement popularisé depuis 2019 pour décrire une forme de détresse liée aux enjeux écologiques. Il n’en existe pas de définition consensuelle et scientifique, et l’éco-anxiété n’est pas reconnue comme un trouble mental selon l’OMS. Néanmoins, elle touche une grande partie de la population. Une étude de 2021 réalisée auprès de 10 000 jeunes et parue dans The Lancet Planetary Health  montre que 84 % d’entre eux se déclarent inquiets face au changement climatique, avec des répercussions significatives sur leurs vies professionnelle et personnelle. Pourtant, comprendre et gérer son éco-anxiété permet de la transformer en une force motrice pour l'action individuelle comme collective.

Une anxiété d’anticipation

Globalement, l'éco-anxiété se réfère à l'anxiété liée aux crises environnementales, y compris le changement climatique, la destruction des écosystèmes, la perte de biodiversité, et la pollution (selon la définition de Clayton & Karazsia en 2020). Elle est souvent décrite comme une anxiété d'anticipation, une inquiétude pour l'avenir en raison de menaces environnementales imminentes. L’éco-anxiété n’est pas une pathologie, mais une réponse normale et rationnelle face à la gravité avérée des menaces environnementales.

Éco-Anxiété et Solastalgie: deux émotions distinctes

L'éco-anxiété se distingue de la solastalgie, bien que ces termes soient parfois utilisés de manière interchangeable. La solastalgie, néologisme créé par Glenn Albrecht, se réfère à la tristesse causée par la perte ou la dégradation d'un lieu cher en raison du changement climatique (la forêt détruite de votre enfance ou la plage perdue de vos vacances). La solastalgie est tournée vers le passé alors que l'éco-anxiété est une anxiété d’anticipation d’un avenir sombre.  Ces deux émotions sont des réponses normales d’adaptation face aux bouleversements écologiques : la conscience de signaux objectifs de dégradation des situations climatiques nous enjoint à réagir afin de nous adapter.

Manifestation de l’éco-anxiété

L’éco-anxiété peut se manifester par des troubles : cognitifs ou émotionnels (peur, colère, culpabilité, ruminations, tristesse ou désespoir), physiques (insomnies ou attaques de panique) et/ou comportementaux (addictions, troubles alimentaires, isolement social, difficultés relationnelles). Selon Henri Laborit, éminent neurobiologiste français, ces symptômes sont liés aux réponses classiques du stress : fuite, inhibition et lutte. L'éco-anxiété, lorsqu’elle se manifeste à un niveau élevé, peut prendre la forme de déni (fuite), d’une paralysie de l’action (inhibition) ou d’extériorisation plus ou moins contrôlée de l’énergie (lutte, critique, recherche de coupables voire violence). Les recherches en neurosciences cognitives et comportementales ont démontré que le stress chronique, tel que celui associé à l'éco-anxiété, peut altérer les fonctions cognitives et affecter la santé mentale (selon Lupien et al., 2009). Cependant, des stratégies de régulation émotionnelle et de soutien social peuvent atténuer ces effets négatifs.

En faire en levier constructif

L’éco-anxiété, si elle est gérée à un niveau approprié, peut en revanche devenir un formidable moteur de l’action individuelle et collective. Pour en faire un levier constructif, plusieurs stratégies peuvent être mises en place :

  1. Reconnaître la validité de l’expérience émotionnelle
  2. Engager une forme constructive d’espoir : cultiver un espoir réaliste qui repose sur une compréhension claire des problèmes et des solutions possibles. L'espoir est une émotion mobilisatrice qui peut contribuer à réduire le stress (Snyder 2000)
  3. S’engager dans l’action individuelle ou collective : l'action, qu'elle soit individuelle ou collective, est essentielle pour transformer l'anxiété en énergie positive. Une étude parue en janvier 2024 sur le site Louvain Médical explique que l'engagement pro-environnemental augmente le sentiment de contrôle et réduit l'anxiété.
  4. Porter son attention sur le présent car il demeure la seule temporalité dans laquelle nous pouvons agir et contribuer à transformer notre environnement
  5. Se connecter avec d'autres personnes partageant les mêmes préoccupations peut renforcer le soutien social, un facteur clé de résilience face au stress, toujours selon l’étude parue en janvier 2024 sur le site Louvain Médical
  6. Prendre soin de sa santé mentale quitte à consulter un spécialiste si l’angoisse est trop importante.

    L’action et l’entourage permettent de réguler le stress lié à l’éco-anxiété. À votre échelle ou celle de votre communauté, quid de vos engagements pour réduire votre éco-anxiété et décider de passer à l’action ?

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Surcharge mentale : le mal invisible qui nous épuise

Sciences

  3 mins

 

Femme allongée sur un canapé illustrant la surcharge mentale et la fatigue

Impossible de passer à côté de ce véritable fléau des temps modernes : la charge mentale. Concept flou mais si souvent évoqué, la charge mentale s’invite dans toutes les discussions tant professionnelles qu’amicales. Les médias et les réseaux sociaux, qu’ils traitent d’économie, de RH, de management, de développement personnel ou de bien-être, rivalisent de trucs et astuces pour vous alléger cette maudite charge. Pourtant, il y a fort à parier que malgré tous les articles lus, tous les exercices de respiration, toutes les to-do lists soigneusement rédigées … rien n’y fasse. Vous êtes régulièrement surchargé.  

Une question de charge cognitive et émotionnelle

Si la charge mentale n’est pas un concept scientifique à proprement parler, elle conjugue deux notions qui, elles, sont abondamment étudiées par les sciences humaines et sociales : la charge cognitive et la charge émotionnelle. La première désigne l’effort de notre cerveau pour traiter des informations en parallèle ; la seconde, l’intensité des émotions générées par ces responsabilités. Leur combinaison forme la pression psychologique liée à la coordination de nos multiples responsabilités.  

Or, dès que vous avez une responsabilité, vous avez une charge. Vous êtes « en charge » de vos enfants, de votre animal domestique, de votre logement, etc. Ce qui ne pose pas forcément de problème et vous apporte, espérons-le, quelques joies ! En revanche, lorsque ces responsabilités se superposent dans un espace-temps contraint, avec des ressources limitées… c’est le drame de la SURcharge !  

Elle se manifeste dans trois situations :

  • Trop de choses à gérer (exemple : organiser un départ en vacances).
  • Une tâche unique mais anxiogène (exemple : aller chez le dentiste).
  • Des contraintes extérieures fortes, même pour des tâches simples (exemple : une échéance raccourcie, en urgence).

Notre cerveau, tel un ordinateur, atteint alors ses limites.

Les facteurs aggravants dans le monde du travail

Le monde professionnel est particulièrement touché par la surcharge mentale : en France, 87 % des cadres déclarent être stressés (Baromètre Mooncard / Ifop). Les salariés seraient même 23% à s’évaluer « à risque de dépression » (Enquête Teale). Et les entreprises feraient bien de s’en préoccuper. Car la santé mentale est, entre autres, un levier avéré de performance.

D’où provient cette saturation mentale, particulièrement prégnante dans le contexte professionnel ?  

Les neurosciences cognitives montrent que notre mémoire de travail peut gérer, en moyenne, jusqu’à 7 éléments à la fois (Georges A Miller, The magical number 7). Mais l’environnement professionnel actuel impose :

  • Multitâche et interruptions constantes.
  • Volume croissant d’informations.
  • Pression temporelle permanente.
  • Complexité accrue des missions.

Ces facteurs saturent nos capacités cognitives, déclenchant stress, anxiété et fatigue. La surcharge mentale affecte alors nos performances (trous de mémoire, difficulté de concentration), nos émotions (irritabilité, mal-être) et notre santé physique (troubles du sommeil, douleurs chroniques).

Alléger la surcharge : trois axes

Pour réduire la surcharge mentale, il faut agir sur ses trois sources : la pression cognitive, émotionnelle et organisationnelle.

  1. Lâcher prise sur la perfection. Abandonner les injonctions de contrôle ou de réussite absolue diminue naturellement la charge cognitive. Par exemple, accepter qu’un dîner imparfait puisse offrir un moment convivial reste l’essentiel.
  2. Rééquilibrer les émotions. Selon le neuroscientifique Rick Hanson, notre cerveau agit comme du Velcro pour le négatif et du Tefal pour le positif. Cultiver un journal des petits bonheurs — un café, un fou rire, un dossier bouclé — renforce notre perception des moments agréables. Les moments de rupture, de pause, d’errance mentale apportent, preuves scientifiques à l’appui, performance et mieux-être.
  3. Mieux s’organiser. Développer son assertivité, apprendre à dire non quand cela est justifié, planifier et anticiper sont des compétences essentielles pour reprendre le contrôle sur ses priorités.

Comment enclencher une spirale vertueuse ?

S’alléger ne demande pas un effort surhumain ni des transformations radicales mais plutôt de petits ajustements progressifs. Choisissez un geste simple : lâcher une mauvaise habitude, savourer un moment ou mieux planifier votre semaine. Associez un moment agréable à chacune de vos nouvelles routines. Moins de surcharge, c’est plus de liberté.  Alors, quel sera le prochain fardeau dont vous allez vous délester ? 

 

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J’ai demandé à mon IA si j’allais bien. Elle m’a répondu : « Tu veux en parler ? »

Intelligence artificielle

  3 mins

 

Femme portant un casque de réalité virtuelle futuriste aux reflets colorés levant la main

Si vous avez déjà confié à une IA comme ChatGPT vos doutes, vos angoisses, ou simplement demandé un conseil en pleine nuit, rassurez-vous : vous êtes loin d’être seul!  

La plateforme Character.AI, lancée en 2022 par d’anciens ingénieurs de Google, est un cas d’étude intéressant pour illustrer ces nouveaux usages avec les assistants IA. Celle-ci est justement spécialisée dans les interactions sociales avec une IA, et elle compte aujourd’hui plus de 20 millions d’utilisateurs dans le monde. Deux heures par jour, c’est le temps moyen passé à discuter avec les assistants proposés par la plateforme, souvent choisis pour leur écoute immédiate et leur disponibilité sans faille. 

(Character.ai avec ses différents assistants)

Et pour cause: ces assistants IA offrent une oreille attentive, patiente, et surtout, sans jugement. Les utilisateurs de la plateforme Character.ai, souvent jeunes - 66 % ont entre 18 et 24 ans et 72 % sont des femmes - trouvent là un soutien précieux face à l’anxiété ou à la solitude, particulièrement quand les ressources humaines font défaut.

Ces conversations virtuelles séduisent par leur facilité d’accès et leur caractère rassurant. Sur Character.AI, les 475 chatbots « thérapeutes » ont déjà échangé près de 78 millions de messages avec des utilisateurs en quête d’aide ou de réconfort.  Pour beaucoup, ces interactions apportent un soulagement immédiat, une présence rassurante accessible 24 heures sur 24, et permettent d’exprimer sans crainte des préoccupations parfois trop lourdes à porter seul ou à partager avec son entourage.

Mais ces interactions ne sont pas sans limites. L’empathie apparente de l’IA reste artificielle : si elle peut réconforter par ses réponses rapides et pertinentes, elle demeure incapable d’une compréhension profonde des émotions humaines. Un bot ne lit pas entre les lignes, ne perçoit pas les subtilités d’un silence ou d’une intonation. Ainsi, malgré son apparente compréhension, il peut répéter des conseils génériques, réconfortants certes, mais superficiels et dépourvus de la finesse d’un dialogue humain authentique.

Pire, la facilité d’usage peut se transformer en dépendance émotionnelle. Marisa Cohen, psychologue, raconte avoir développé une relation sérieusement addictive avec son chatbot au point qu’il lui a été difficile de s’en séparer. D’autres utilisateurs décrivent un véritable attachement à leur compagnon virtuel, passant des heures à discuter avec lui au détriment de leur vie réelle. Une internaute témoignait récemment entamer un « processus de rétablissement » après deux ans d’utilisation intensive de Character.AI, tant l’attachement émotionnel à son IA était devenu toxique.

Ces dérives extrêmes, comme celle tragiquement médiatisée d’un adolescent américain ayant mis fin à ses jours après une relation intense avec un chatbot inspiré d’un personnage fictif, ont poussé Character.AI à prendre des mesures de régulation. La plateforme a renforcé ses filtres automatiques, lancé une version spécifique pour les mineurs avec des règles strictes, et introduit des notifications invitant à prendre du recul après une heure d’échange continu.

Mais la régulation technologique seule ne suffit pas. Comme le souligne le Stanford Review, une vraie question sociétale reste entière : pourquoi tant d’adolescents préfèrent-ils chercher du réconfort auprès d’une intelligence artificielle plutôt que chez leurs proches ? La popularité croissante de ces confidents virtuels révèle un symptôme inquiétant : l’affaiblissement des liens sociaux et affectifs réels.

La véritable réponse réside alors moins dans la technologie que dans notre capacité collective à recréer et renforcer le tissu humain, familial, amical, communautaire. Oui, ces nouveaux outils offrent une écoute immédiate, sans jugement et constamment disponible, mais rien ne remplacera jamais l’empathie authentique, l’écoute attentive, et l’engagement émotionnel sincère d’un être humain. Le vrai défi est donc là : réapprendre à s’écouter les uns les autres pour que plus personne n’ait besoin de demander à une IA si tout va bien.

Et vous, vous allez bien ? 

Futur IA

Vous vous interrogez sur l’impact de l'intelligence artificielle, vous n’êtes pas les seuls car tout va très vite ! L'évolution des modèles d’IA pousse les entreprises à repenser leurs process et à adapter au plus vite leurs stratégies. Avec “FuturIA”, je vous guide dans l'exploitation du potentiel de l'IA, vous donne les clés pour comprendre et maîtriser au mieux cette révolution technologique.

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Déléguer à l’IA : comment gagner du temps sans perdre trop de neurones

Intelligence artificielle

  3 mins

 

Déléguer à l’IA : libérer du temps sans affaiblir nos compétences

On les appelle des « copilotes ». Mais à force de leur confier le volant, ne risquons-nous pas d’oublier comment conduire ? Les nouveaux assistants IA sont incroyablement utiles, mais ils posent une vraie question d’hygiène cognitive : que choisit-on de déléguer… et que décide-t-on de renforcer ? Ne soyons plus naïfs face à nos pertes de capacités subies dans l’usage récurrent de ces assistants. Le dilemme est clair : ces assistants peuvent affaiblir certaines capacités, mais ils peuvent aussi en révéler de nouvelles. Tout dépend de la conscience qu’on met dans leur usage. Alors, jouons carte sur table : quelles capacités sentez-vous avoir déjà perdues… et lesquelles avez-vous gagnées grâce à vos assistants ? Voici trois leviers pour tendre vers une balance nette positive : plus de capacités gagnées que de compétences perdues !

Levier 1 - Conscientiser la balance et choisir ses combats

Chaque fois que nous confions une tâche à l’IA, nous gagnons en confort, en temps et en qualité. Mais chaque délégation nous fait aussi perdre un peu d’entraînement. J’en ai fait l’expérience avec l’anglais : au début, j’étais ravi de laisser ChatGPT rédiger mes courriels en anglais. Fluide, précis : un gain de temps énorme…  Jusqu’à ce que je réalise que mes propres automatismes s’étaient affaiblis. En laissant l’IA porter l’effort, j’avais perdu des réflexes, des tournures et ma confiance dans la maitrise de la langue anglaise. J’ai alors décidé d’inverser la logique : désormais, j’écris moi-même, et je demande à l’IA de corriger, comme un coach bienveillant. C’est plus long, certes, mais je regagne en compétence et je l'améliore  !

À l’inverse, j’ai accepté de déléguer totalement la capacité à résumer des textes longs. Résultat : ma capacité de synthèse naturelle s’est clairement émoussée. Mais c’est un choix assumé. C’est le prix caché de la délégation.  

L’essentiel est là : cartographier ses compétences et décider celles que l’on veut continuer de prendre le temps de muscler (avec l’aide de l’IA !) et celles qu’on accepte de voir s’éroder au profit de gains de temps.

Levier 2 - Vaincre la page blanche par l’auto-questionnement

L’IA ne sert pas seulement à écrire à notre place. Elle peut devenir un miroir pour structurer notre pensée. Quand je suis face à une page blanche, j’utilise souvent ce type de prompt : « Pose-moi 5 questions, une à la fois, pour bien comprendre mon besoin, mes attentes et mes contraintes »; prompt très pratique également pour compléter son contexte, ô combien important dans cet art du prompting !

Ce questionnement socratique change tout. Il m’oblige à préciser mon intention, à identifier mes angles morts, à clarifier ce que je veux vraiment. À la fin, le contenu qui émerge n’est pas celui de la machine, mais bien le mien, simplement mieux structuré. L’IA n’est plus une béquille qui produit un contenu tout fait, elle devient un partenaire de réflexivité.

Levier 3 - Booster la curiosité, développer l’esprit critique

Enfin, ces assistants décuplent notre curiosité. Plus accessibles et réactifs que notre bon vieux Google, ils offrent des réponses courtes, personnalisées, qui ouvrent aussitôt de nouvelles pistes. Chaque échange donne envie de creuser davantage, et plus on questionne, plus on se surprend à requestionner ce qu’on lit, ce qu’on entend, ce qu’on croyait acquis. C’est ainsi que naît l’esprit critique : non pas anesthésié par la machine, mais stimulé par elle.  

Tel un pharmakon — à la fois poison et remède — l’IA peut devenir l’alliée inattendue qui entretient notre curiosité et aiguise notre discernement.

 

Futur IA

Vous vous interrogez sur l’impact de l'intelligence artificielle, vous n’êtes pas les seuls car tout va très vite ! L'évolution des modèles d’IA pousse les entreprises à repenser leurs process et à adapter au plus vite leurs stratégies. Avec “FuturIA”, je vous guide dans l'exploitation du potentiel de l'IA, vous donne les clés pour comprendre et maîtriser au mieux cette révolution technologique.

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Pourquoi l’IA pourrait être votre pire ennemi… ou votre meilleur mentor 

Intelligence artificielle

  4 mins

 

Deux robots, l’un noir et l’autre blanc, se faisant face, symbolisant l’IA ennemie ou mentor

Bon, si l’on se réfère aux définitions du Larousse, l’ennemi est une personne qui veut du mal à quelqu'un, qui cherche à lui nuire, qui lui est très hostile, tandis que le mentor est une personne expérimentée qui contribue, bénévolement ou non, au développement personnel ou professionnel d'un débutant. Or, l’IA n’est pas une personne mais un outil, donc fin de la chronique ? Si on creuse plus sérieusement la question, l’IA est un outil, oui, mais un outil puissant, bien plus puissant qu’un marteau, que Word, ou encore que le célèbre moteur de recherche Google, d’ailleurs actuellement en pleine transformation pour se mettre au diapason de l’IA générative.

Ennemi ou mentor : la vraie menace n’est pas celle que l’on croit

À grand pouvoir, grande responsabilité ! Cet outil peut, entre de bonnes mains, être redoutablement efficace et actionner, nous le savons aujourd’hui, de nombreux gains (temps, qualité, confort, inspiration et expertise). Contrairement à ce que l’on affirme aujourd’hui, ce n’est donc pas l’IA votre pire ennemi, mais la personne qui saura la maîtriser mieux que vous dans vos tâches du quotidien ! Cette personne sera alors, sur le plan du travail, plus une menace que l’outil lui-même. Pour autant, il ne faut pas voir cette personne comme un ennemi : elle n’est pas forcément malveillante, elle a simplement su être curieuse, et a pris le temps et fait l’effort nécessaire pour maîtriser un nouvel outil. Cette personne, d’ailleurs, pourrait très bien être vous !

Tester pour ne pas juger trop vite  

En découvrant ces nouveaux outils, vous apprenez à mieux comprendre leurs tenants et leurs aboutissants, les opportunités qu’ils offrent mais aussi leurs limites et leurs risques. Ces étapes de test sont essentielles pour démystifier l’outil et développer un esprit critique constructif à son égard. Bon nombre de personnes réticentes à un outil sont très souvent celles qui ne l’ont jamais testé. J’ai eu l’occasion d’interviewer de nombreux artistes dans les domaines des arts visuels, musicaux mais aussi olfactifs et gustatifs ! De véritables artisans. Chacun de ces artistes interviewés a un point commun : ils ont testé ces nouveaux outils d’IA générative et ils ont pu y trouver une nouvelle corde à mettre à leur arc pour démultiplier leur inspiration et leur créativité. Ils s’accordent tous à dire qu’il est urgent, pour les artistes réticents, de tester et de jouer avec ces outils avant de les juger. Ces outils ne sont pas parfaits. Ils embarquent des limites et des risques : risque écologique, biais, hallucinations, dangers sur la propriété intellectuelle, perte d’expertise sur certains sujets. Comme pour tout outil, il est important de connaître ces points faibles et d’identifier des solutions : outils open source, exécution en local sur un ordinateur ou serveur sécurisé intégrant les bonnes pratiques du GreenIT, esprit critique, etc.

Christian Lous Lange, homme politique norvégien et Prix Nobel de la Paix en 1921, affirmait : « La technologie est un serviteur utile mais un maître dangereux ». Une citation particulièrement pertinente aujourd’hui, alors que l’intelligence artificielle se fait une place toujours plus importante dans nos vies personnelles et professionnelles. À nous, donc, de veiller à ce que ce serviteur reste à sa juste place, en choisissant en conscience comment nous souhaitons l'utiliser.

S’éduquer pour mieux maîtriser  

Pour transformer l’IA en véritable mentor capable de nous aider à monter en compétences, développer de nouvelles expertises et rester concurrentiels, il n’y a pas de mystère : il faut s'éduquer et pratiquer. Sans éducation ni mise en pratique, impossible de développer un esprit critique solide et de disposer des leviers indispensables pour rester résilients et proactifs face à ces nouvelles technologies qui ne font que s’accélérer !  Mais l'apprentissage ne va pas seulement dans un sens. Plus vous utilisez ces outils d'intelligence artificielle, plus vous nourrissez leur progression grâce à vos interactions, retours et ajustements. En retour, leur évolution constante vous oblige à continuer à apprendre, à tester, et à vous adapter. Ainsi se crée une boucle d’amélioration perpétuelle dans laquelle humain et IA se façonnent mutuellement. Cette dynamique co-évolutive nous pousse à rester curieux, attentifs, et constamment en mouvement, prêts à accueillir chaque nouvelle avancée technologique.

Aujourd’hui c’est l’IA générative, hier c’était Photoshop pour certains, Internet pour d’autres, demain ce sera une nouvelle technologie. L’histoire, comme toujours, se répète, et les "ennemis" ou "mentors" seront toujours là ! À vous de choisir votre place !  

Futur IA

Vous vous interrogez sur l’impact de l'intelligence artificielle, vous n’êtes pas les seuls car tout va très vite ! L'évolution des modèles d’IA pousse les entreprises à repenser leurs process et à adapter au plus vite leurs stratégies. Avec “FuturIA”, je vous guide dans l'exploitation du potentiel de l'IA, vous donne les clés pour comprendre et maîtriser au mieux cette révolution technologique.

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chronique

Travailler avec une IA, c’est comme adopter un chat : imprévisible et indispensable

Intelligence artificielle

  3 mins

 

Homme travaillant sur un ordinateur portable avec un chat perché sur son épaule

L’IA générative a bouleversé notre quotidien. Son adoption en entreprise explose : en seulement un an, la proportion de TPE et PME utilisant ces outils est passée de 12 % à 31 %, l’étude « L’adoption de l’IA générative dans les TPE-PME » de Bpifrance Le Lab. Ces assistants intelligents – ChatGPT, Mistral, Gemini, Claude – s’imposent progressivement comme des compagnons de travail incontournables et indispensables. Mais s’ils sont puissants, ils ont aussi une particularité à ne pas sous-estimer : leur imprévisibilité.  

Un changement de paradigme  

Depuis quinze ans, les avancées en IA reposent sur une approche connexionniste : des réseaux de neurones artificiels inspirés du cerveau humain. Contrairement aux méthodes traditionnelles fondées sur des instructions précises avec des langages de programmation, ces nouveaux modèles apprennent à partir de gigantesques quantités de données et génèrent des réponses en fonction de probabilités.  

L’IA générative, née fin 2022, a rendu cette technologie accessible à tous et toutes grâce à une simple interaction en langage naturel, le fameux art du prompting. Fini le code, place aux conversations. Mais cette facilité d’usage a un revers : la sortie d’un modèle n’est jamais totalement prévisible.  

Pourquoi l’IA ne donne-t-elle jamais deux fois la même réponse ?  

Contrairement à un tableur Excel ou une calculatrice, qui renvoient toujours le même résultat pour une même donnée, les modèles de langage sont probabilistes. Ils génèrent du texte en évaluant la probabilité des mots à venir.  

Prenons un exemple avec l’excellent outil pour l’éducation Vittascience qui permet de visualiser ces probabilités en direct.  À la requête « Parle-moi de Toulouse », Vittascience nous montre que l’assistant IA de Mistral peut répondre :  

« Toulouse est une ville du Sud-Ouest » (avec 92 % de probabilité).  

Ou bien : « Toulouse est une ville française située dans le Sud-Ouest » (avec seulement 0,5 % de probabilité).  

Le fond reste identique, mais l’ordre des mots et les détails varient. Cette variabilité se retrouve partout, y compris dans des tâches critiques. Demandez à une IA de noter des CV de candidats sur 20 : chaque itération produira des notes légèrement différentes !  

Une IA aussi imprévisible… qu’un chat !  

Cette imprévisibilité est parfois déroutante, mais elle fait partie du jeu. Tout comme un chat peut décider un jour d’ignorer vos appels et le lendemain de se lover sur vos genoux, une IA peut produire des réponses cohérentes, puis surprendre avec une variante inattendue.  

Faut-il alors s’en méfier ? Non, mais il est essentiel d’intégrer cette logique probabiliste à nos usages. L’IA ne remplacera pas les outils déterministes comme une calculatrice, mais elle les complète avec une autre force : la créativité et la capacité à s’adapter aux contextes complexes.  

Travailler avec l’IA, c’est donc accepter une part d’incertitude, mais aussi bénéficier d’un levier extraordinaire pour gagner en productivité, en inspiration et en efficacité. L’esprit critique est et demeurera toujours de mise pour faire face à ces probabilités !  

Comme un chat, une IA ne fait jamais exactement ce qu'on attend... mais une fois qu’on y a goûté, difficile de s’en passer !

Futur IA

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La France plutôt en avance sur l'intelligence artificielle frugale

Impact

  3 mins

 

Robot flottant dans l’eau illustrant l’évolution écologique de l’intelligence artificielle

En 2023, vous avez probablement lu ou entendu que poser une simple question à ChatGPT revenait à consommer dix fois plus d’énergie qu’une recherche Google, ou encore qu’une discussion un peu longue coûtait jusqu'à un demi-litre d’eau pour refroidir les serveurs. Autant se le dire, il est fort probable que votre responsable RSE ait dû avaler son café de travers en découvrant le potentiel impact écologique de ces nouvelles technologies. Mais voilà, comme souvent avec la tech, ça va vite. Très vite même. Deux ans plus tard, en 2025, le paysage a déjà bien changé, et des leviers d’amélioration existent encore.

Premier levier : quand les concepteurs de puce dépassent la loi de Moore

Connaissez-vous la loi de Moore ? Ce principe prédit depuis les années 60 que les capacités des microprocesseurs doublent environ tous les 18 mois. Mais NVIDIA, premier concepteur de puces au monde, a décidé de passer à la vitesse supérieure. En 2024, et en moins d’un an, cette entreprise a créé des unités de calcul deux fois plus puissantes pour une même empreinte écologique. Soit deux fois moins de sueurs froides pour votre responsable RSE au moment de scruter son bilan carbone. 

Deuxième levier : la frugalité comme norme

Mais la solution ne vient pas seulement du matériel. C’est aussi une histoire de méthode. Derrière ces modèles d’IA l’ingénierie a pris le tournant de la frugalité : de la donnée de meilleure qualité et des réseaux neuronaux plus optimisés. Il faut aussi comprendre que plus c’est frugal, moins c’est cher, et plus c’est rentable pour tous ces grands fournisseurs d’IA. En France, on est plutôt bons élèves sur l’IA frugale avec la SPEC AFNOR 2314, que j’ai eu le plaisir de contribuer à élaborer. Au menu, 31 bonnes pratiques pour réduire l’empreinte environnementale d’une IA. Et ça marche : une récente étude publiée par l'institut de recherche Epoch AI indique que l’impact énergétique d’une requête sur GPT-4o en 2025 est jusqu'à dix fois inférieur aux estimations alarmistes de 2023. 

Troisième levier : vous (oui, vous !)

Parce que tout ne dépend pas que du matériel ou des data scientists : l’utilisateur que vous êtes a aussi son rôle à jouer. Le consortium mené par Hugging Face l’a bien compris en lançant, en février 2025, l’Energy Score, sorte de Nutriscore pour l'efficacité énergétique des modèles d’IA. Ce genre d’indicateur pousse l’offre à devenir plus sobre, exactement comme le Nutriscore a rendu vos céréales préférées plus vertueux. Et puis, mention spéciale à EcoLLM, une startup française qui teste actuellement un plugin navigateur pour afficher l’empreinte CO2 de chaque conversation IA. Autrement dit, vous allez bientôt pouvoir constater combien pèsent vos conversations numériques. Un outil prometteur pour aider à la sensibilisation des citoyens ! 

Alors, la planète est sauvée ?

Soyons honnêtes : la planète n’est pas sauvée, mais votre RSE a désormais une meilleure boussole pour naviguer entre sobriété et innovation. Voici une liste de quelques bons réflexes que nous pouvons tous adopter :

  • Opter autant que possible pour les derniers modèles "Flash" ou "Mini", clairement moins gourmands.
  • Former les équipes à l'art subtil du "prompt". Plus les questions seront claires et bien formulées, plus les résultats seront efficients
  • Continuer de mener une veille sur ces sujets en constante évolution. Des outils de mesure facilement accessibles à tous vont prochainement débarquer !
  • Enfin, n'oublions pas que la meilleure façon de réduire l'empreinte liée à l'usage de l'IA est de savoir exactement quand l’utiliser et quand laisser place au jugement humain. 

Futur IA

Vous vous interrogez sur l’impact de l'intelligence artificielle, vous n’êtes pas les seuls car tout va très vite ! L'évolution des modèles d’IA pousse les entreprises à repenser leurs process et à adapter au plus vite leurs stratégies. Avec “FuturIA”, je vous guide dans l'exploitation du potentiel de l'IA, vous donne les clés pour comprendre et maîtriser au mieux cette révolution technologique.

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