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chronique

L’effet Zeigarnik : pourquoi notre cerveau n’aime pas l’inachevé

Sciences

  3 mins

 

Femme fermant la porte vitrée d’un bureau moderne, symbole de la clôture d’une tâche

Imaginez-vous devant votre ordinateur un vendredi soir, l’esprit encore occupé par cette présentation à terminer, ce rapport en attente et ces mails laissés sans réponse. Cette sensation familière d’inachèvement qui vous suit jusqu’à la maison a un nom : l’effet Zeigarnik. Comprendre le mécanisme de ce biais peut transformer votre rapport au travail et celui de vos équipes.

L'effet Zeigarnik : le rappel insistant de l'inachevé

En 1927, la psychologue russe Bluma Zeigarnik fait une découverte étonnante en observant des serveurs dans un café à Vienne. Elle remarque qu’ils mémorisent parfaitement les commandes en cours, mais oublient instantanément celles qui sont réglées. Cette observation la conduit à une expérimentation qui révèle une loi fondamentale : nous nous souvenons deux fois mieux des activités inachevées que de celles accomplies.

Et les neurosciences le confirment : lorsqu'une tâche est initiée, notre cerveau génère une forme de tension psychologique. Cette tension agit comme une "petite alarme" dans notre esprit, nous incitant fortement à terminer ce qui a été commencé. Tant que la boucle n'est pas "fermée", cette tension persiste, accaparant notre mémoire et augmentant notre charge mentale. Plus nous sommes consciencieux, plus cette tension est forte; le stress persiste jusqu’à la clôture de la mission.

La dopamine : l'hormone du "travail accompli"

Au cœur de cet effet, agit un neurotransmetteur essentiel au plaisir, à la motivation et à la récompense : la dopamine. Cette "molécule du plaisir" est libérée dans le "circuit de la récompense" lorsque nous atteignons un objectif, même minime, renforçant ainsi la sensation d'accomplissement et de plaisir. Ce mécanisme nous pousse à reproduire le comportement qui l'a déclenché. Lorsqu’il est bien géré, cet effet puissant devient moteur de motivation et de satisfaction continue. À l'inverse, tant que la tâche n’est pas terminée, demeure une tension cognitive qui nous pousse à y revenir pour soulager la frustration.  

L’impact des boucles ouvertes dans les organisations

En environnement professionnel, cet effet neurobiologique prend une dimension critique. Les boucles inachevées créent une “charge mentale” qui peut rapidement devenir toxique. Chaque boucle inachevée (indécision, flou, manque de communication…) mobilise de l’énergie et réduit celle nécessaire pour d’autres activités : écoute, réflexion, créativité. Cette tension cognitive permanente altère la performance et l’innovation. Se focaliser sur les sujets en suspens rend difficile le passage à autre chose et augmente le risque de stress.

Comment "fermer les boucles" et booster votre bien-être ?

Les neurosciences offrent des pistes concrètes pour transformer cette contrainte en source de performance. Bien entendu, en amont d’un projet, consacrer du temps à définir des objectifs précis et de qualité contribue à identifier clairement le moment où ces objectifs seront justement atteints, et donc accentue le sentiment de satisfaction. Ensuite, une piste consiste à découper le travail en jalons clairs. Cette approche exploite positivement l'effet Zeigarnik en créant de « micro-accomplissements » réguliers qui maintiennent la motivation. Autre outil, la technique de « fermeture cognitive ». Elle revient à créer des rituels de fin qui signalent explicitement au cerveau la clôture d’une activité. Ces rituels peuvent inclure la mise à jour d’un tableau de bord, la rédaction d’un compte rendu, ou tout simplement, le rangement symbolique d’un dossier. Le feedback et la reconnaissance, dans le cadre du retour d’expérience, valident explicitement la fin d’une mission et clôturent cette boucle.

Au-delà des techniques individuelles, c’est toute la culture d’entreprise qui peut être repensée à l’aune de ces découvertes. À travers des processus clairs et partagés, en développant l’autonomie et la responsabilité, en célébrant l’avancement des projets, c’est en réalité l’entreprise dans son entièreté qui bénéficie de l’effet Zeigarnik. 

Dans nos cerveaux

La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.

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Quand une mémoire saturée trahit nos limites cérébrales

Sciences

  3 mins

 

Homme pensif en réunion entouré de collègues flous dans un bureau

La surcharge mentale est un mal insidieux qui affecte de plus en plus de professionnels. Elle résulte de l'accumulation d'exigences cognitives, émotionnelles et organisationnelles qui dépassent nos capacités naturelles. Au cœur de ce phénomène, deux concepts clés : la mémoire de travail et l'attention, des ressources biologiquement limitées que nous mobilisons constamment pour traiter les informations et accomplir nos tâches.

Mémoire de travail : un espace limité

La mémoire de travail est souvent comparée à un tableau blanc mental. Elle nous permet de retenir temporairement des informations tout en les manipulant pour résoudre des problèmes ou prendre des décisions. Cependant, sa capacité est limitée : elle ne peut gérer qu’environ quatre à sept éléments simultanément. Lorsque nous essayons d'en faire trop, comme réfléchir profondément tout en exécutant une tâche complexe, cette mémoire sature, entraînant des erreurs et une baisse d'efficacité  

Des études montrent que le multitâche, souvent valorisé dans le milieu professionnel, est en réalité contre-productif. Le cerveau humain n'est pas conçu pour effectuer plusieurs tâches nécessitant une attention soutenue en parallèle. Passer rapidement d'une tâche à l'autre ("switch-tasking") engendre une perte de temps significative et augmente la charge cognitive.

Agir ou réfléchir : pourquoi il faut choisir

Agir et réfléchir mobilisent des réseaux cérébraux distincts qui ne fonctionnent pas efficacement en même temps. Lorsque l’on réfléchit, on engage principalement le cortex préfrontal, responsable des fonctions exécutives comme la planification et la prise de décision. En revanche, l'action repose davantage sur des processus automatiques ou routiniers qui sollicitent d'autres régions cérébrales.

Essayer de combiner ces deux activités crée une surcharge cognitive. Par exemple, réfléchir à une stratégie tout en répondant à des courriels ou en participant à une réunion diminue notre capacité à bien faire l'un ou l'autre. Cela peut entraîner des erreurs, une perte de concentration et un sentiment de frustration.

Les conséquences sur le bien-être professionnel

Selon une étude récente, près de 67 % des salariés considèrent que la surcharge mentale perturbe leur efficacité au travail. Elle est également associée à une augmentation du stress, de l'anxiété et même du risque d'épuisement professionnel. Les interruptions fréquentes au travail (notifications, réunions impromptues) aggravent encore cette situation en fragmentant notre attention.

Comment alléger sa charge mentale ?

Pour préserver votre mémoire de travail et votre attention, il est essentiel d'adopter des stratégies simples mais efficaces :

  • Prioriser les tâches : classez vos tâches par ordre d'importance et concentrez-vous sur une seule à la fois.
  • Créer des routines : automatiser certaines activités libère de l'espace dans votre mémoire de travail pour les tâches complexes.
  • Protéger son attention : réservez des plages horaires sans interruption pour accomplir vos tâches les plus exigeantes cognitivement.
  • Déconnecter régulièrement : faire des pauses permet au cerveau de se reposer et améliore la concentration.
  • Apprendre à déléguer : partager les responsabilités réduit la charge mentale globale.

Dans un monde où tout semble aller toujours plus vite, il est crucial de reconnaître les limites naturelles du cerveau humain. Choisir entre agir ou réfléchir à un instant donné n'est pas un signe de faiblesse mais une stratégie pour maximiser son efficacité tout en préservant son bien-être mental. Les neurosciences nous rappellent que pour être performant, il faut savoir ménager ses ressources cognitives limitées. Alors, faites le choix conscient d’alléger votre charge mentale pour vous sentir mieux ! 

 

Dans nos cerveaux

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7 clichés sur le cerveau qui nous empêchent de prendre les bonnes décisions

Sciences

  3 mins

 

Images d'IRM cérébrales affichées sur un écran médical

Les neuromythes vous influencent peut-être sans le savoir. Les neuromythes, ce sont des croyances fausses sur le fonctionnement du cerveau. Ces idées erronées se propagent parfois comme des vérités absolues dans le monde professionnel. Pourtant, ces convictions peuvent influencer négativement des décisions managériales, les pratiques RH ou encore la formation des employés. Voici sept clichés à déconstruire pour éviter les pièges de la "neuromania".

«Nous n'utilisons que 10 % de notre cerveau »

Ce mythe persistant suggère que nous sous-exploitons notre potentiel cérébral. En réalité, les neurosciences montrent que l’ensemble du cerveau est actif, même pendant le sommeil. Ce cliché trouve son origine dans des études des années 1930 interprétées de façon incorrectes ou dans des simplifications médiatiques. Croire à ce mythe peut conduire à investir dans des formations ou outils promettant un "déblocage" fictif de capacités inexploitées.

 «Cerveau gauche logique, cerveau droit créatif »

L’idée que certaines personnes seraient "cerveau gauche" (rationnelles) ou "cerveau droit" (créatives) est séduisante mais fausse. Les deux hémisphères travaillent en synergie pour accomplir la plupart des tâches cognitives. Ce mythe découle d’une mauvaise interprétation des recherches sur la spécialisation cérébrale. L’adopter peut encourager des stéréotypes inutiles en entreprise.

«Les styles d’apprentissage (visuel, auditif, kinesthésique) »  

Dans le monde du développement professionnel circule la croyance qu’adapter la formation au style d’apprentissage préféré d’un individu améliore ses performances. Pourtant, les recherches montrent que cette approche n’a aucun fondement scientifique solide et peut même limiter les opportunités d’apprentissage. En entreprise, cela peut entraîner un gaspillage de ressources dans des formations inefficaces. Le plus efficace consiste à stimuler en parallèle les différents sens pour mieux ancrer l’apprentissage.

 «Tout se joue avant 3 ans »

L’idée que le développement cérébral est figé après les premières années de vie est inexacte. Bien que l’enfance soit une période cruciale pour l’apprentissage, le cerveau conserve une plasticité tout au long de la vie, permettant l’acquisition de nouvelles compétences y compris à l’âge adulte. Ce mythe peut conduire à sous-estimer l’agilité et le potentiel de développement continu des employés.

«Le multitâche augmente la productivité »

Dans un monde professionnel où la polyvalence est valorisée, croire que le cerveau peut gérer efficacement plusieurs tâches en simultané est une erreur. Les études montrent que le multitâche réduit la performance, limite l’attention et augmente le stress, car le cerveau doit constamment basculer entre les tâches. Encourager cette pratique peut nuire à la qualité du travail et au bien-être des collaborateurs.

«La musique classique rend plus intelligent »

L’effet Mozart, popularisé dans les années 1990, prétendait que l’écoute de musique classique augmentait l’intelligence. Bien qu’elle puisse temporairement améliorer certaines performances cognitives (comme les capacités spatiales), il n’existe aucune preuve qu’elle booste durablement l’intelligence. Les entreprises investissant dans ce type de solutions risquent de perdre leur temps.

«Les tests de personnalité définissent vos aptitudes professionnelles »

L’utilisation abusive de tests psychométriques basés sur des catégories rigides (introverti/extraverti, bleu/vert/rouge/jaune) repose souvent sur des bases scientifiques discutables. Ces outils simplifient excessivement la complexité humaine et peuvent mener à des décisions biaisées ou contre-productives. D’où l’importance de croiser ces résultats avec des entretiens qualitatifs qui tiennent compte de la complexité des sujets.

Neuromythes, quel danger ?

Les neuromythes façonnent nos croyances et peuvent influencer nos pratiques professionnelles. En entreprise, ils peuvent conduire à des choix managériaux erronés, au gaspillage de ressources ou à des attentes irréalistes vis-à-vis des employés. Par exemple, une étude a révélé que 67 % des enseignants adhèrent à au moins un neuromythe, illustrant leur prévalence même chez les professionnels formés.

Pour éviter ces écueils, il est essentiel d’adopter une approche critique et informée face aux découvertes neuroscientifiques. Investir dans des formations basées sur des preuves solides et s’appuyer sur des experts qualifiés sont deux leviers clés pour démystifier ces croyances et maximiser le potentiel humain au travail.

Méfiez-vous des raccourcis séduisants mais fallacieux : votre cerveau mérite mieux ! 

 

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La charge mentale est-elle un problème français  ?

Sciences

  3 mins

 

Une parisienne songeuse a une terrasse d’un café regardant une petite tarte posée sur la table

La notion de "charge mentale", popularisée par la célèbre bande dessinée "Fallait demander" d’Emma en 2017, s’est largement répandue dans les médias et dans les discussions professionnelles. Mais saviez-vous que ce concept est profondément enraciné dans le champ de la recherche francophone ? Une spécificité qui interroge : pourquoi cette problématique a-t-elle trouvé un écho si particulier dans les cultures françaises, canadiennes ou belges, mais reste peu diffusée, ailleurs, dans le monde ?  

Une origine solidement ancrée dans le monde francophone  

La "charge mentale" telle que nous la comprenons aujourd’hui tire ses racines des travaux de sociologues francophones. La thèse pionnière de Monique Haicault en 1984, "La gestion ordinaire de la vie en deux", a été l’une des premières à conceptualiser la superposition des responsabilités domestiques et professionnelles, notamment pour les femmes. Ce n’est donc pas un hasard si cette notion a émergé dans des pays où les tâches sont inégalement réparties entre les femmes et les hommes et où cette "charge invisible" est souvent associée à un sentiment de double peine.  

En parallèle, des chercheurs canadiens tels que Diane-Gabrielle Tremblay ont également contribué à la réflexion en liant la charge mentale à des normes sociales qui favorisaient une répartition inégalitaire des tâches domestiques. Cependant, au-delà de la sphère francophone, le concept trouve difficilement son équivalent. Les anglophones le traduisent par "mental workload" ou "mental burden", mais ces termes restent flous et peinent à intégrer pleinement les dimensions sociale et émotionnelle que la recherche francophone a fait émerger.  

Une perception culturellement influencée  

Ce tropisme francophone repose sur un contexte historique et culturel particulier. En France, la reconnaissance des tensions entre vie professionnelle et personnelle a toujours été un sujet sensible. Des lois sur le temps de travail (congés payés, 35 heures, droit à la déconnexion) témoignent d’une volonté sociale et culturelle de préserver un équilibre, un besoin que d’autres cultures valorisent moins. Aux États-Unis, par exemple, le concept de "mental workload" est davantage exploré en lien avec la productivité ou les performances cognitives, sans inclure les responsabilités domestiques ou l’épuisement émotionnel.  

On pourrait aussi se demander si la réflexion autour de la charge mentale n’est pas exacerbée dans les sociétés où l’idéologie égalitaire place des attentes élevées sur les individus et les organisations. Cet idéal peut parfois rendre les déséquilibres plus perceptibles, augmentant ainsi la pression ressentie.  

Et dans l’entreprise ?  

Cela signifie-t-il que la charge mentale est un problème uniquement francophone ?  
Bien sûr que non.  
Cela conduit à en faire un sujet légitime de réflexion dans les entreprises en France et dans les pays francophones, notamment dans les démarches de prévention des risques psychosociaux (RPS). Selon une étude de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité), publiée en 2022, 64 % des salariés français déclarent souffrir de surcharge mentale au travail, un chiffre en forte hausse depuis 2017.

Pourtant, le monde de l’entreprise dispose aujourd’hui de leviers pour agir. Les neurosciences cognitives, par exemple, proposent des clés pour comprendre comment notre cerveau gère les sollicitations multiples. Des pratiques issues de la gestion du stress, comme la mindfulness, ou des méthodes d’organisation (matrice d’Eisenhower, capacité à dire "non") se montrent efficaces.  

La charge mentale traverse les disparités culturelles

La charge mentale est autant un phénomène universel qu'une construction culturelle. Les chercheurs francophones ont posé des mots sur une réalité vécue par des millions de personnes, mais qui reste peu formalisée dans d’autres contextes. Dans un monde du travail en constante évolution, il est essentiel de continuer à former et à sensibiliser les organisations à ces enjeux, tout en adaptant les réponses aux particularités culturelles. Car, si la charge mentale n’est pas un concept exporté partout dans le monde, ses conséquences, elles, n’épargnent personne. 

 

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Quand le stress court-circuite notre cerveau

Sciences

  3 mins

 

Femme floue se tenant à un mur, la main sur le front, symbolisant le stress

Le stress, omniprésent dans la vie professionnelle, agit comme un vrai saboteur des capacités cognitives. Bien que certaines situations stressantes puissent stimuler la performance à court terme, un stress chronique ou mal géré a des effets délétères sur le cerveau et la prise de décision.  

Le stress limite l’accès à nos capacités cognitives

Lorsque nous sommes stressés, le cerveau passe en mode survie. L’amygdale, notre système d’alerte interne, prend le contrôle et court-circuite le cortex préfrontal, siège des fonctions exécutives (planification, concentration et prise de décision rationnelle). Sous l’effet du cortisol, hormone clé du stress, les capacités de mémoire de travail diminuent. Résultat ? On perd en concentration, en attention et en capacité à résoudre des problèmes complexes. Une étude de Penn State montre que le simple fait d’anticiper une journée stressante suffit à réduire nos performances cognitives, et ce, même si rien de grave ne se passe finalement.

Retour au mode automatique et rigide

En situation de stress aigu ou prolongé, le cerveau économise ses ressources. Il privilégie les réflexes et les comportements automatiques plutôt que la réflexion. Ce mécanisme de réaction, utile face à un danger immédiat, devient problématique dans le contexte professionnel où les décisions nécessitent souvent une analyse approfondie. Par exemple, une surcharge cognitive due au stress peut entraîner des erreurs répétitives ou des comportements rigides, réduisant ainsi l’aptitude à s’adapter à des situations nouvelles ou imprévues.

Les biais cognitifs se renforcent

Le stress amplifie également nos biais cognitifs, ces raccourcis mentaux qui influencent nos jugements. Sous pression, nous avons tendance à privilégier les informations qui confirment nos croyances et nos convictions (biais de confirmation) ou à surestimer les risques (biais de négativité). Ces distorsions peuvent conduire à des erreurs stratégiques ou relationnelles dans un environnement professionnel complexe.

Des dégâts sur le long terme

Les effets sur la durée du stress ne se limitent pas au court terme. À long terme, il favorise une inflammation chronique qui altère les circuits neuronaux et accélère le déclin cognitif. Une recherche menée par l’Université de Californie - San Francisco a démontré que le stress chronique chez les jeunes adultes augmente le risque de déclin cognitif significatif dès la quarantaine. En outre, le stress est associé à une augmentation des états anxieux et dépressifs, qui aggravent eux-mêmes ce déclin.

Comment reprendre le contrôle ?

Heureusement, la science et le bon sens apportent des réponses pour contrer ces effets néfastes. Instaurer un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle, apprendre à identifier et gérer ses émotions, s’entourer d’un environnement bienveillant ou encourager des activités comme la méditation ou le sport. Ces approches permettent de diminuer l’activité excessive de l’amygdale et de restaurer les fonctions du cortex préfrontal.

Le stress n’est pas qu’une question de ressenti ou d’émotions passagères. Il impacte directement notre capacité à penser clairement et à agir efficacement. Aussi, apprendre à gérer son stress n’est pas une option, c’est une nécessité pour préserver sa santé mentale… et sa performance.

 

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Pourquoi notre cerveau résiste au changement malgré nos connaissances

Sciences

  3 mins

 

Main tenant un surligneur jaune en train de surligner du texte sur un document de réunion

Ça y est, vous sortez de la dernière formation sur la gestion du stress, gonflé à bloc. Vous avez tout compris, vous savez exactement comment mieux gérer vos émotions… Et pourtant, quelques semaines plus tard, patatras, vos mauvaises habitudes ont déjà raison de votre volonté. C'est comme si notre cerveau avait une mémoire sélective et décidait d’oublier vos résolutions de changement. Savoir ne suffit pas à passer à l’action.

Les chiffres sont là pour le prouver ; par exemple, bien que 65% des consommateurs se disent prêts à payer davantage pour des produits respectueux de l’environnement, seulement 26% le font réellement lors de leurs achats. Cet écart révèle un véritable fossé entre le savoir et l'action.

Pourquoi est-ce si difficile de changer même lorsque l’on comprend parfaitement les enjeux ? Notre cerveau, l’organe commun le plus complexe de l’univers, détient la réponse.

Le cerveau, roi de la routine et adepte du moindre effort

Notre cerveau est un randonneur paresseux qui préfère les chemins balisés aux sentiers à défricher. En effet, les neurosciences nous apprennent que le cerveau privilégie les routines établies car elles consomment moins d'énergie. C'est pourquoi il est si difficile de se défaire de nos vieilles habitudes, même lorsqu'elles ne nous rendent pas service.

Changer revient à créer de nouvelles connexions neuronales en répétant de nouveaux comportements. Chaque nouvelle attitude trace un nouveau chemin neuronal qui devient d’autant plus facile d’accès à mesure qu’on l'emprunte.

La bascule émotionnelle : le moteur du changement

Pourtant la simple compréhension rationnelle d'un problème ne suffit pas à déclencher le changement. Imaginez un collaborateur qui procrastine sur des projets importants : il sait pertinemment qu'il devrait planifier ses tâches, mais continue de repousser les échéances. Pourquoi ? Parce qu'il manque un ingrédient essentiel : la motivation à changer.

Ce levier émotionnel est le déclic qui va transformer la compréhension en envie profonde. Un manager qui souhaite améliorer son leadership doit connecter cette volonté à une motivation plus personnelle : "Si je communique mieux, je vais retrouver une équipe soudée et un environnement de travail apaisé". Sans cette connexion émotionnelle, le changement restera un vœu pieux. Les émotions négatives peuvent aussi jouer un rôle moteur. Un manager qui perd un talent à cause de son manque d'écoute peut vivre un électrochoc émotionnel qui le poussera à changer en profondeur.

La bascule comportementale : passer de l'intention à l'action  

La troisième étape est concrète et cruciale : la bascule comportementale pour rentrer dans la réalité. En effet, sans un plan d'action précis qui prend vie dans votre agenda, les vieilles habitudes reprennent vite le dessus.

Pour réussir cette bascule comportementale, commencez petit et installez des routines simples. Par exemple, pour mieux gérer votre temps, réservez quinze minutes chaque matin pour planifier la journée. Ces petits gestes répétés ancrent de grandes transformations.

L'environnement joue également un rôle déterminant. Une entreprise qui veut encourager la collaboration peut aménager des espaces ou des temps pour favoriser les échanges informels (bureaux partagés, zones de pause conviviales, rituels du midi). Le changement est autant une affaire individuelle que collective.

Le triptyque du changement : comprendre, vouloir, agir  

Changer au travail ne se résume pas à acquérir de nouvelles compétences ou connaissances. Il faut enchainer les trois bascules :

  • Cognitive : je comprends pourquoi et comment changer.
  • Émotionnelle je trouve un sens ou un bénéfice personnel à changer
  • Comportementale : je pose des actions concrètes, répétées, jusqu'à en faire des habitudes.

Aligner la tête, le cœur et les actes permet d’ancrer durablement de nouveaux comportements pour se sentir mieux.  

Et vous, quelle mauvaise habitude allez-vous transformer? 

 

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Alerte sur nos cerveaux : l’IA générative a un impact sur la pensée critique

Intelligence artificielle

  3 mins

 

Jeune femme étudiant avec un livre et un ordinateur portable dans une bibliothèque moderne.

« Elles étaient en pleurs, complétement perdues ! » m’explique Valérie, une amie intervenant également en école de Sciences de Gestion. Valérie décrit l’état de panique de ses étudiantes en Master, privées d’Intelligence artificielle pour cette épreuve de fin d’année. Pour ce partiel, ma collègue avait conçu un examen durant lequel les étudiants n’avaient pas le droit d’utiliser Internet, et donc pas d’IA, car leur intelligence « naturelle » devait suffire largement. Pourtant cette consigne a déclenché une vague d’émotions, traduisant déjà une forme d’addiction aux IA. Avons-nous déjà franchi le point de non-retour, jusqu’à ne plus pouvoir réfléchir sans IA ?

Déléguer nos efforts cognitifs à la technologie : rien de nouveau !

Plusieurs études récentes, dont celle de l’Université d’Austin  et une autre parue sur le site du British Journal of Education Technology, décrivent la manière dont l’IA commence à modifier nos capacités cognitives, notamment en termes de compréhension et d’analyse.  Ces études ciblent en particulier les étudiants qui peuvent développer une dépendance excessive quitte à faire preuve de « paresse métacognitive », c’est-à-dire de difficulté à se concentrer et réfléchir activement sur un sujet. Des étudiants qui ne sont pas les seuls concernés. Combien de numéros de téléphone connaissons-nous encore par cœur ? Très peu, parce que nous avons transféré la mémorisation de ces données à nos smartphones. David Allen, consultant américain créateur d’une des méthodes de productivité les plus célèbres « Getting Things Done – GTD » affirme que « le cerveau est fait pour avoir des idées, pas pour les retenir ».

 Alors pourquoi retenir les chefs-lieux de départements français quand on trouve l’information sur le web ? Nous avons tous progressivement adopté ce comportement. Pourtant, une nouvelle frontière dangereuse est sur le point d’être franchie : allons-nous également peu à peu déléguer notre capacité de réflexion à l’IA ? Une illustration qui parle à grand nombre d’entre nous : pour retrouver nos amis dans ce nouveau restaurant, visualisons-nous le trajet mentalement ou faisons-nous confiance aveuglément à Waze ? De même, pour préparer un repas de fête, cherchons-nous à imaginer spontanément de délicieuses recettes ou avons-nous recours illico à notre tablette pour dénicher des idées ? Aujourd’hui, nous pouvons même solliciter ChatGPT, et ce dès la perspective du moindre effort, dans notre vie professionnelle : répondre à un mail, organiser notre temps, rédiger nos posts sur Linkedin, analyser un tableau de données issues d’Excel. Certes l’IA décuple nos capacités de traitement, de synthèse et notre productivité. Et notre société n’est qu’à l’aube d’une nouvelle ère de la gestion des connaissances.  

Au risque de perdre sa capacité de jugement

Toutefois, une étude de Microsoft et de l’université de Carnegie Mellon portant sur 319 professionnels attire notre attention sur la confiance démesurée que nous sommes susceptibles d’accorder à l’IA. Elle met en évidence qu’un usage immodéré de l’IA réduit la pratique de nos compétences mentales et entraîne une dépendance cognitive. C’est l’ironie de l’automatisation. Le recours systématique à l’IA diminue notre capacité à muscler notre pensée critique sur des cas courants, et atrophie notre jugement. En favorisant des interactions rapides et peu nuancées, l’IA encourage une réflexion en surface plutôt qu’en profondeur. On parle de « convergence mécanisée » pour décrire cette propension des utilisateurs à ne pas appliquer leur jugement personnel ni à contextualiser les réponses de l’IA.

Avoir confiance en soi pour préserver son esprit critique

Ce phénomène est amplifié par la confiance que nous nous attribuons, versus celle donnée à l’IA. Moins nous avons confiance en notre savoir et plus nous acceptons aveuglément les résultats fournis par l’IA. Inversement, une confiance en soi plus élevée est associée à une pensée critique renforcée.  

L’IA est bien là, et nous rendra chaque jour de nouveaux services, il serait inapproprié de ne pas s’en servir. Pourtant, comment l’utiliser à bon escient, pour démultiplier nos capacités plutôt que pour nous en priver ? Un conseil : confrontez-vous au moins une fois par jour à « l’effort » de faire un trajet sans Google Maps, de retenir une citation par cœur, de résumer mentalement en 3 points une conversation dense, voire … de lire un livre (ok j’exagère peut-être !). 
 

Dans nos cerveaux

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Éco-anxiété, solastalgie : les nouveaux maux du cerveau

Sciences

  3 mins

 

Homme méditant en pleine nature, yeux fermés, illustrant la gestion de l’éco-anxiété

L’éco-anxiété est un terme qui s’est largement popularisé depuis 2019 pour décrire une forme de détresse liée aux enjeux écologiques. Il n’en existe pas de définition consensuelle et scientifique, et l’éco-anxiété n’est pas reconnue comme un trouble mental selon l’OMS. Néanmoins, elle touche une grande partie de la population. Une étude de 2021 réalisée auprès de 10 000 jeunes et parue dans The Lancet Planetary Health  montre que 84 % d’entre eux se déclarent inquiets face au changement climatique, avec des répercussions significatives sur leurs vies professionnelle et personnelle. Pourtant, comprendre et gérer son éco-anxiété permet de la transformer en une force motrice pour l'action individuelle comme collective.

Une anxiété d’anticipation

Globalement, l'éco-anxiété se réfère à l'anxiété liée aux crises environnementales, y compris le changement climatique, la destruction des écosystèmes, la perte de biodiversité, et la pollution (selon la définition de Clayton & Karazsia en 2020). Elle est souvent décrite comme une anxiété d'anticipation, une inquiétude pour l'avenir en raison de menaces environnementales imminentes. L’éco-anxiété n’est pas une pathologie, mais une réponse normale et rationnelle face à la gravité avérée des menaces environnementales.

Éco-Anxiété et Solastalgie: deux émotions distinctes

L'éco-anxiété se distingue de la solastalgie, bien que ces termes soient parfois utilisés de manière interchangeable. La solastalgie, néologisme créé par Glenn Albrecht, se réfère à la tristesse causée par la perte ou la dégradation d'un lieu cher en raison du changement climatique (la forêt détruite de votre enfance ou la plage perdue de vos vacances). La solastalgie est tournée vers le passé alors que l'éco-anxiété est une anxiété d’anticipation d’un avenir sombre.  Ces deux émotions sont des réponses normales d’adaptation face aux bouleversements écologiques : la conscience de signaux objectifs de dégradation des situations climatiques nous enjoint à réagir afin de nous adapter.

Manifestation de l’éco-anxiété

L’éco-anxiété peut se manifester par des troubles : cognitifs ou émotionnels (peur, colère, culpabilité, ruminations, tristesse ou désespoir), physiques (insomnies ou attaques de panique) et/ou comportementaux (addictions, troubles alimentaires, isolement social, difficultés relationnelles). Selon Henri Laborit, éminent neurobiologiste français, ces symptômes sont liés aux réponses classiques du stress : fuite, inhibition et lutte. L'éco-anxiété, lorsqu’elle se manifeste à un niveau élevé, peut prendre la forme de déni (fuite), d’une paralysie de l’action (inhibition) ou d’extériorisation plus ou moins contrôlée de l’énergie (lutte, critique, recherche de coupables voire violence). Les recherches en neurosciences cognitives et comportementales ont démontré que le stress chronique, tel que celui associé à l'éco-anxiété, peut altérer les fonctions cognitives et affecter la santé mentale (selon Lupien et al., 2009). Cependant, des stratégies de régulation émotionnelle et de soutien social peuvent atténuer ces effets négatifs.

En faire en levier constructif

L’éco-anxiété, si elle est gérée à un niveau approprié, peut en revanche devenir un formidable moteur de l’action individuelle et collective. Pour en faire un levier constructif, plusieurs stratégies peuvent être mises en place :

  1. Reconnaître la validité de l’expérience émotionnelle
  2. Engager une forme constructive d’espoir : cultiver un espoir réaliste qui repose sur une compréhension claire des problèmes et des solutions possibles. L'espoir est une émotion mobilisatrice qui peut contribuer à réduire le stress (Snyder 2000)
  3. S’engager dans l’action individuelle ou collective : l'action, qu'elle soit individuelle ou collective, est essentielle pour transformer l'anxiété en énergie positive. Une étude parue en janvier 2024 sur le site Louvain Médical explique que l'engagement pro-environnemental augmente le sentiment de contrôle et réduit l'anxiété.
  4. Porter son attention sur le présent car il demeure la seule temporalité dans laquelle nous pouvons agir et contribuer à transformer notre environnement
  5. Se connecter avec d'autres personnes partageant les mêmes préoccupations peut renforcer le soutien social, un facteur clé de résilience face au stress, toujours selon l’étude parue en janvier 2024 sur le site Louvain Médical
  6. Prendre soin de sa santé mentale quitte à consulter un spécialiste si l’angoisse est trop importante.

    L’action et l’entourage permettent de réguler le stress lié à l’éco-anxiété. À votre échelle ou celle de votre communauté, quid de vos engagements pour réduire votre éco-anxiété et décider de passer à l’action ?

Dans nos cerveaux

La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.

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chronique

Surcharge mentale : le mal invisible qui nous épuise

Sciences

  3 mins

 

Femme allongée sur un canapé illustrant la surcharge mentale et la fatigue

Impossible de passer à côté de ce véritable fléau des temps modernes : la charge mentale. Concept flou mais si souvent évoqué, la charge mentale s’invite dans toutes les discussions tant professionnelles qu’amicales. Les médias et les réseaux sociaux, qu’ils traitent d’économie, de RH, de management, de développement personnel ou de bien-être, rivalisent de trucs et astuces pour vous alléger cette maudite charge. Pourtant, il y a fort à parier que malgré tous les articles lus, tous les exercices de respiration, toutes les to-do lists soigneusement rédigées … rien n’y fasse. Vous êtes régulièrement surchargé.  

Une question de charge cognitive et émotionnelle

Si la charge mentale n’est pas un concept scientifique à proprement parler, elle conjugue deux notions qui, elles, sont abondamment étudiées par les sciences humaines et sociales : la charge cognitive et la charge émotionnelle. La première désigne l’effort de notre cerveau pour traiter des informations en parallèle ; la seconde, l’intensité des émotions générées par ces responsabilités. Leur combinaison forme la pression psychologique liée à la coordination de nos multiples responsabilités.  

Or, dès que vous avez une responsabilité, vous avez une charge. Vous êtes « en charge » de vos enfants, de votre animal domestique, de votre logement, etc. Ce qui ne pose pas forcément de problème et vous apporte, espérons-le, quelques joies ! En revanche, lorsque ces responsabilités se superposent dans un espace-temps contraint, avec des ressources limitées… c’est le drame de la SURcharge !  

Elle se manifeste dans trois situations :

  • Trop de choses à gérer (exemple : organiser un départ en vacances).
  • Une tâche unique mais anxiogène (exemple : aller chez le dentiste).
  • Des contraintes extérieures fortes, même pour des tâches simples (exemple : une échéance raccourcie, en urgence).

Notre cerveau, tel un ordinateur, atteint alors ses limites.

Les facteurs aggravants dans le monde du travail

Le monde professionnel est particulièrement touché par la surcharge mentale : en France, 87 % des cadres déclarent être stressés (Baromètre Mooncard / Ifop). Les salariés seraient même 23% à s’évaluer « à risque de dépression » (Enquête Teale). Et les entreprises feraient bien de s’en préoccuper. Car la santé mentale est, entre autres, un levier avéré de performance.

D’où provient cette saturation mentale, particulièrement prégnante dans le contexte professionnel ?  

Les neurosciences cognitives montrent que notre mémoire de travail peut gérer, en moyenne, jusqu’à 7 éléments à la fois (Georges A Miller, The magical number 7). Mais l’environnement professionnel actuel impose :

  • Multitâche et interruptions constantes.
  • Volume croissant d’informations.
  • Pression temporelle permanente.
  • Complexité accrue des missions.

Ces facteurs saturent nos capacités cognitives, déclenchant stress, anxiété et fatigue. La surcharge mentale affecte alors nos performances (trous de mémoire, difficulté de concentration), nos émotions (irritabilité, mal-être) et notre santé physique (troubles du sommeil, douleurs chroniques).

Alléger la surcharge : trois axes

Pour réduire la surcharge mentale, il faut agir sur ses trois sources : la pression cognitive, émotionnelle et organisationnelle.

  1. Lâcher prise sur la perfection. Abandonner les injonctions de contrôle ou de réussite absolue diminue naturellement la charge cognitive. Par exemple, accepter qu’un dîner imparfait puisse offrir un moment convivial reste l’essentiel.
  2. Rééquilibrer les émotions. Selon le neuroscientifique Rick Hanson, notre cerveau agit comme du Velcro pour le négatif et du Tefal pour le positif. Cultiver un journal des petits bonheurs — un café, un fou rire, un dossier bouclé — renforce notre perception des moments agréables. Les moments de rupture, de pause, d’errance mentale apportent, preuves scientifiques à l’appui, performance et mieux-être.
  3. Mieux s’organiser. Développer son assertivité, apprendre à dire non quand cela est justifié, planifier et anticiper sont des compétences essentielles pour reprendre le contrôle sur ses priorités.

Comment enclencher une spirale vertueuse ?

S’alléger ne demande pas un effort surhumain ni des transformations radicales mais plutôt de petits ajustements progressifs. Choisissez un geste simple : lâcher une mauvaise habitude, savourer un moment ou mieux planifier votre semaine. Associez un moment agréable à chacune de vos nouvelles routines. Moins de surcharge, c’est plus de liberté.  Alors, quel sera le prochain fardeau dont vous allez vous délester ? 

 

Dans nos cerveaux

La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.

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chronique

J’ai demandé à mon IA si j’allais bien. Elle m’a répondu : « Tu veux en parler ? »

Intelligence artificielle

  3 mins

 

Femme portant un casque de réalité virtuelle futuriste aux reflets colorés levant la main

Si vous avez déjà confié à une IA comme ChatGPT vos doutes, vos angoisses, ou simplement demandé un conseil en pleine nuit, rassurez-vous : vous êtes loin d’être seul!  

La plateforme Character.AI, lancée en 2022 par d’anciens ingénieurs de Google, est un cas d’étude intéressant pour illustrer ces nouveaux usages avec les assistants IA. Celle-ci est justement spécialisée dans les interactions sociales avec une IA, et elle compte aujourd’hui plus de 20 millions d’utilisateurs dans le monde. Deux heures par jour, c’est le temps moyen passé à discuter avec les assistants proposés par la plateforme, souvent choisis pour leur écoute immédiate et leur disponibilité sans faille. 

(Character.ai avec ses différents assistants)

Et pour cause: ces assistants IA offrent une oreille attentive, patiente, et surtout, sans jugement. Les utilisateurs de la plateforme Character.ai, souvent jeunes - 66 % ont entre 18 et 24 ans et 72 % sont des femmes - trouvent là un soutien précieux face à l’anxiété ou à la solitude, particulièrement quand les ressources humaines font défaut.

Ces conversations virtuelles séduisent par leur facilité d’accès et leur caractère rassurant. Sur Character.AI, les 475 chatbots « thérapeutes » ont déjà échangé près de 78 millions de messages avec des utilisateurs en quête d’aide ou de réconfort.  Pour beaucoup, ces interactions apportent un soulagement immédiat, une présence rassurante accessible 24 heures sur 24, et permettent d’exprimer sans crainte des préoccupations parfois trop lourdes à porter seul ou à partager avec son entourage.

Mais ces interactions ne sont pas sans limites. L’empathie apparente de l’IA reste artificielle : si elle peut réconforter par ses réponses rapides et pertinentes, elle demeure incapable d’une compréhension profonde des émotions humaines. Un bot ne lit pas entre les lignes, ne perçoit pas les subtilités d’un silence ou d’une intonation. Ainsi, malgré son apparente compréhension, il peut répéter des conseils génériques, réconfortants certes, mais superficiels et dépourvus de la finesse d’un dialogue humain authentique.

Pire, la facilité d’usage peut se transformer en dépendance émotionnelle. Marisa Cohen, psychologue, raconte avoir développé une relation sérieusement addictive avec son chatbot au point qu’il lui a été difficile de s’en séparer. D’autres utilisateurs décrivent un véritable attachement à leur compagnon virtuel, passant des heures à discuter avec lui au détriment de leur vie réelle. Une internaute témoignait récemment entamer un « processus de rétablissement » après deux ans d’utilisation intensive de Character.AI, tant l’attachement émotionnel à son IA était devenu toxique.

Ces dérives extrêmes, comme celle tragiquement médiatisée d’un adolescent américain ayant mis fin à ses jours après une relation intense avec un chatbot inspiré d’un personnage fictif, ont poussé Character.AI à prendre des mesures de régulation. La plateforme a renforcé ses filtres automatiques, lancé une version spécifique pour les mineurs avec des règles strictes, et introduit des notifications invitant à prendre du recul après une heure d’échange continu.

Mais la régulation technologique seule ne suffit pas. Comme le souligne le Stanford Review, une vraie question sociétale reste entière : pourquoi tant d’adolescents préfèrent-ils chercher du réconfort auprès d’une intelligence artificielle plutôt que chez leurs proches ? La popularité croissante de ces confidents virtuels révèle un symptôme inquiétant : l’affaiblissement des liens sociaux et affectifs réels.

La véritable réponse réside alors moins dans la technologie que dans notre capacité collective à recréer et renforcer le tissu humain, familial, amical, communautaire. Oui, ces nouveaux outils offrent une écoute immédiate, sans jugement et constamment disponible, mais rien ne remplacera jamais l’empathie authentique, l’écoute attentive, et l’engagement émotionnel sincère d’un être humain. Le vrai défi est donc là : réapprendre à s’écouter les uns les autres pour que plus personne n’ait besoin de demander à une IA si tout va bien.

Et vous, vous allez bien ? 

Futur IA

Vous vous interrogez sur l’impact de l'intelligence artificielle, vous n’êtes pas les seuls car tout va très vite ! L'évolution des modèles d’IA pousse les entreprises à repenser leurs process et à adapter au plus vite leurs stratégies. Avec “FuturIA”, je vous guide dans l'exploitation du potentiel de l'IA, vous donne les clés pour comprendre et maîtriser au mieux cette révolution technologique.

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