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En France, le quota est clair : 6 % de travailleurs handicapés dans les entreprises de plus de 20 salariés. Mais dans les faits, on plafonne à 3,6 % du taux d’emploi dans le secteur privé. Près d’un tiers des entreprises préfèrent financer l’Agefiph plutôt que d’embaucher. Et même dans le secteur public, la cible n’est qu’effleurée.
Autrement dit, la règle existe, mais son application patine. Pendant ce temps, au sud de l’Europe, les systèmes de quotas produisent des résultats plus tangibles.
Sur le papier, la contrainte est claire. Un pourcentage imposé, une amende si l’on ne joue pas le jeu, des fonds pour financer l’insertion. La France a fixé un objectif ambitieux par rapport au reste de l’Europe : 6 % obligatoires. Pourtant, le compte n’est toujours pas bon : le chômage des personnes en situation de handicap stagne à 12%, soit le double du reste de la population active.
Pourquoi ? Parce qu’un quota fixe un cap, mais ne change pas les mentalités ni les pratiques. Beaucoup d’entreprises préfèrent payer la contribution plutôt que de recruter. D’autres se contentent du strict minimum, sans accompagnement réel ni adaptation de postes. La règle existe, mais elle n’entraîne pas, à elle seule, une vraie transformation.
En Espagne, au Portugal, en Italie ou en Grèce, les quotas ne sont pas plus magiques qu’ailleurs. Mais ils s’articulent avec autre chose : des aides ciblées, des subventions pour adapter les postes, un accompagnement associatif ou mutualiste et une administration moins tatillonne. La contrainte devient donc un levier plutôt qu’une simple formalité.
Ajoutez à cela un tissu économique dominé par les PME, plus souples et plus proches de leurs salariés, et une culture sociale où la solidarité familiale et collective est forte. Le handicap n’est pas vu comme une statistique, mais une réalité partagée. C’est cette combinaison — obligation, incitation et acceptation culturelle — qui explique pourquoi l’écart d’emploi y est plus faible qu’ailleurs en Europe.
Face à la règle, les entreprises méditerranéennes n’ont pas seulement embauché : elles ont inventé. Formations internes, réseaux d’employeurs, partenariats locaux, sensibilisation des équipes… Le quota a été le déclencheur, mais c’est l’écosystème autour (aides publiques, proximité managériale, solidarité sociale) qui a permis d’ancrer ces pratiques.
En France aussi le cadre existe, solide et ambitieux. Ce qui manque parfois, c’est la fluidité et la confiance pour transformer l’obligation en dynamique partagée. Nous gagnerons probablement à ne pas nous focaliser uniquement sur les quotas, mais sur tout l’écosystème nécessaire pour leur donner vie. Et peut-être que le secret d’une vraie inclusion réside moins dans un chiffre fixé par la loi que dans la culture qui l’entoure.
Melting work
Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.
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À New York, une nouvelle recrue, Lean In, présente son projet devant un cercle de dirigeantes. À Lagos, des banquières scellent des promesses d’entraide dans un club privé. À Milan, des cadres expérimentées se prêtent au jeu du reverse pitching, coachées par des juniors. Trois scènes, trois continents, un même fil rouge : la sororité.
Ici, pas de cocktails mondains ni de discours inspirants. Mais des rituels structurés où l’on s’engage, où les promesses se comptent en promotions et où la solidarité se mesure en sièges de “board”.
Le réseau Valore D, qui rassemble plus de 300 entreprises de Pirelli à UniCredit, a fait de la sororité un véritable outil de progression. Sisterhood Circles mensuels, speed mentoring, coaching pour accéder aux conseils d’administration : ces formats très pragmatiques débouchent sur des résultats concrets. Les participantes sont deux fois plus susceptibles d’obtenir une promotion, leur confiance grimpe de 32 %, et le turnover recule de 21 %.
En Italie, la sororité ne se résume pas à de belles intentions : elle se traduit par des carrières accélérées, une rétention mesurée et une représentation accrue dans les comités stratégiques. Bref, quand la solidarité adopte les codes du business, elle devient un moteur puissant de l’empowerment et de la performance.
Aux États-Unis, la sororité prend des airs de rituel codifié. Les Success Circles fonctionnent comme des groupes de stratégie de carrière, les dîners C-suite Pairing rapprochent des dirigeantes de secteurs différents, et chaque année, des rapports comme le WBC Women CEO Report mettent noir sur blanc les progrès réalisés. Derrière ces formats, on retrouve les géants du S&P 500, de JP Morgan à PepsiCo, qui financent et structurent l’ensemble.
Le résultat est visible : la cooptation ne relève plus du coup de chance ou du “coup de pouce entre copines”, mais d’un processus répété, presque automatique. Entrer dans un cercle, pitcher son projet, obtenir un mentor, puis une nomination : la mécanique est bien huilée. Et c’est peut-être là que réside la vraie force de ces rituels américains : transformer l’exception en process.
Au Nigeria, la sororité prend des airs de plan national. Le programme WomenLift Health Leadership Journey, qui combine mentorat, coaching et immersion, annonce que 40 % des participantes obtiennent une promotion en un an. La Young Women’s Leadership Conference d’Abuja a réuni plus de 1 000 femmes et débouché sur des nominations publiques et privées.
La force nigériane tient à la densité des réseaux et à leur visibilité. Conférences, clubs d’entraide et programmes nationaux ont transformé la solidarité en infrastructure sociale. Ici, la sororité ne sert pas seulement à briser l’isolement, elle agit comme un levier systémique capable de hisser des centaines de femmes en même temps dans la banque, la tech ou l’industrie.
De Milan à Lagos en passant par New York, la sororité change d’échelle quand elle cesse d’être ponctuelle pour devenir un rituel. Au-delà du registre inspirant, elle installe les femmes au cœur de la décision.
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Un laptop ouvert sur une terrasse de Lisbonne, la mer pour horizon. À Barcelone, une réunion s’improvise dans la bibliothèque municipale. À Malte, un hall d’hôtel se transforme en hub pour freelances. Ces “troisièmes espaces” redessinent le travail plus vite que les open spaces ne s’effondrent.
Car derrière ces images de carte postale se dessine une mutation radicale : le bureau n’est plus un pivot central, mais une mosaïque où coworkings, cafés et bibliothèques remplacent l’open space classique.
À Lisbonne, 120 000 m² de bureaux occupés en six mois, un record qui confirme l’appétence pour l’hybride. Ici, pas de tours impersonnelles : des coworkings premium au cœur des quartiers historiques, où les immeubles anciens sont reconvertis en open spaces.
À Sliema, à Malte, le bureau s’installe en bord de mer. Des halls d’hôtels deviennent des hubs tech, ouverts autant aux résidents qu’aux équipes internationales de passage.
À Barcelone, cafés, terrasses et bibliothèques municipales servent de bureaux satellites aux freelances comme aux salariés hybrides. Le travail se fond dans la ville, brouillant les frontières entre vie pro et vie perso.
C’est une vraie lame de fond : en Europe du Sud, les coworkings pèsent déjà 12 % du parc de bureaux urbains. La flexibilité devient un pari stratégique des entreprises.
À Lisbonne, le géant de la traduction TransPerfect a transformé son siège en hybrid office de 744 m², avec des espaces conviviaux, des balançoires et des terrasses baignées de lumière. Ici, productivité et bien-être vont de pair.
Lisbonne et Barcelone figurent parmi les destinations les plus prisées des digital nomads en 2025. Dopées par leurs startups et un foisonnement de coworkings, elles attirent autant freelances que multinationales. Pour les entreprises, s’installer au soleil est devenu une stratégie de recrutement et de rétention.
Moins de trajets, plus de temps libre, un cadre qui stimule : l’équilibre méditerranéen est tangible. Mais il n’est pas universel. Le “slow work au soleil” exclut ceux qui n’ont ni mobilité ni accès à ces environnements premium. Derrière la carte postale, une fracture sociale se dessine entre insiders du bureau hybride et travailleurs assignés à des espaces contraints.
Dans les troisièmes espaces, on croise un salarié en visio, un freelance en plein pitch et une startup en réunion express. Ces lieux brassent des profils qui ne se seraient jamais rencontrés dans un siège classique. Le coworking devient un accélérateur d’idées, d’échanges rapides et de collaborations inattendues. L’Union Européenne envisage même un label Mediterranean third places pour valoriser leur rôle dans l’innovation et la cohésion sociale.
Mais que devient l’appartenance quand l’équipe se disperse entre cafés, hubs et domiciles ? Tous les salariés n’ont pas cette liberté, même en startup. La fracture existe à deux niveaux : au sein des organisations, entre ceux qui accèdent aux espaces premium et ceux qui restent au bureau classique, et, plus largement, entre ce nouveau monde flexible et les entreprises qui imposent encore le poste fixe.
Reste une question : si l’on peut travailler partout, où se construit encore le “nous” d’une organisation ?
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Un sketch mal cadré. Un faux patron mégalo. Une réunion Teams qui vire au cauchemar. Bienvenue sur HRejterzy, la chaîne YouTube de la pépite de tech polonaise qui a décidé de faire de l’humour absurde une stratégie RH, elle-même devenue au fil du temps une stratégie marque employeur sans même qu'elle ait été pensée dans ce sens initialement.
À première vue, on dirait une blague entre collègues un peu trop inspirés par les Monty Python. Mais derrière les vidéos absurdes de CodeTwo, il y a une réflexion et une vraie stratégie. La chaîne dynamite les codes RH, attire des profils qui ont de l’esprit et hisse l’entreprise parmi les marques les plus remarquées du secteur. L’humour paie, et pas qu’en "likes” : une page LinkedIn qui affole les compteurs (163 000 abonnés), une communauté fidèle bien au-delà des frontières et un prix YouTube Works Awards décroché en 2025 dans la catégorie Underdog, évidemment.
À l’origine, c’était juste une vanne. Une parodie filmée avec un vieux téléphone, pour se moquer des clichés du recrutement en Pologne. On était en 2015, dans les bureaux en bois aggloméré de CodeTwo, quelque part entre Wrocław et la frontière tchèque. Et puis, la blague est devenue une chaîne YouTube. Puis une signature. Puis un ovni RH suivi par plus de 277 000 abonnés.
Le nom HRejterzy est un jeu de mots HR (ressources humaines) et hejterzy (haters), qui résume bien l’ADN de la chaîne : tourner en dérision tout ce que le monde du travail a de plus absurde, de codifié et de creux. On parle réunions inutiles, managers instables, collègues “chelous” et développeurs sous pression. Et puis, il y a des stars de la chaîne. Des personnages récurrents dignes d’une sitcom RH sous acide : JSON le faux CEO omniscient, Brajanek le plombier-développeur, ou encore Symeon qui rit à s’en étouffer dès qu’on évoque la sécurité au travail. Les vidéos sont écrites, tournées, jouées et montées par les employés eux-mêmes. Avec des moyens limités, mais une liberté créative totale.
Le ton ? Polonais, donc absurde, frontal, sans filtre. Comme le dit le fondateur de CodeTwo, Szymon Szczęśniak (a.k.a. JSON dans les vidéos) : « L’humour, c’est génial, tant qu’il s’équilibre avec quelque chose de sérieux. ». Et sérieux, ils le sont. CodeTwo fournit des solutions IT à des clients comme Facebook, UNICEF, Shell, Samsung, Volkswagen ou encore Crédit Agricole. Autant dire que l’image de rigueur et de fiabilité est bel et bien intacte.
Chez CodeTwo, HRejterzy n’est pas une opération de com’ sur la culture : c’est LA culture. Et ça marche très fort.
Tout d’abord, sur la cohésion. Les sketchs sont coécrits, joués, parfois improvisés par les salariés. Nouveaux arrivants, développeurs, RH… chacun peut proposer une idée, un rôle, une réplique. L’humour devient un langage commun. Un décodeur maison pour les frustrations du quotidien.
Ensuite, sur le recrutement. En se montrant authentique, cash et décalé, CodeTwo attire des profils qui se reconnaissent dans cette irrévérence maîtrisée. Pas besoin d’écrire “esprit d’équipe” dans une offre d’emploi quand une vidéo le démontre en 3 minutes, en jouant une réunion d’équipe qui part en vrille.
Enfin, sur la notoriété. Dans un secteur IT saturé, HRejterzy sort radicalement du lot. Avec plus de 300 vidéos publiées et des millions de vues et aussi des sujets très sérieux (sécurité numérique, santé mentale, environnement), la chaîne devient un média à part entière, suivi bien au-delà de la communauté tech.
Bref, l’humour est un langage de marque, un outil de management, un filtre culturel. Et ça fonctionne, sans nuire à la crédibilité. Car pendant que JSON fait des rimes en treize syllabes ou que Brajanek s’emmêle dans ses déploiements, CodeTwo continue de livrer des solutions IT complexes, certifiées ISO, à des clients très sérieux.
Tout le monde n’a pas un JSON dans ses rangs. Ni un goût prononcé pour l’humour absurde. Mais la démarche de CodeTwo a le mérite d’élargir la question : et si le ton employé en interne disait plus que mille chartes de valeurs ?
À force de devoir cocher toutes les cases, comme l’agilité, la bienveillance ou l’équilibre, la communication RH s’est aseptisée. L’expérience CodeTwo montre qu’un style affirmé — drôle, décalé ou juste sincère — peut rendre une culture visible, audible et vivante. Pas besoin de tourner des vidéos absurdes. Mais on peut déjà commencer par laisser de l’espace aux équipes, pour créer, détourner, raconter… Car l’humour, bien utilisé, ne décrédibilise rien. Il est même cathartique. Il révèle les tensions, les absurdités et les angles morts.
Alors non, toutes les entreprises n’ont pas besoin de lancer une chaîne YouTube maison. Mais toutes devraient se demander ce que leurs collaborateurs auraient envie de créer… si on leur laissait carte blanche. Le vrai signal d’alerte, ce n’est pas quand on rit trop. C’est quand plus personne n’en a envie. Parce que l’humour ne met jamais en péril une culture d’entreprise. Ce qui l’érode, c’est l’incapacité à en rire.
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Un système de santé qui repose sur les assurances privées, mais qui s’efforce de ne laisser personne au bord du chemin. Un système où les patients choisissent librement leur assureur, tout en étant protégés contre ses décisions arbitraires. Un système classé 4ᵉ mondial pour l’innovation en matière de santé et dans lequel 92% des patients chroniques déclarent recevoir des soins de bonne qualité. Irréel ? Pourtant cela existe ! Sans glorifier sa perfection, ce modèle hybride tout droit venu des Pays-Bas interpelle par sa recherche d’un équilibre entre concurrence et solidarité, entre privatisation et universalité, mais aussi entre innovation et équité.
Les Néerlandais semblent avoir réussi un pari audacieux : confier leur santé à des assureurs privés, tout en gardant comme impératif d’éviter une fracture sociale. Le système repose sur une obligation d’assurance pour tous, avec une obligation pour les assureurs d’accepter tous les clients, sans discrimination. Les compagnies d’assurance n’ont pas le droit de refuser un patient pour ses antécédents médicaux ou son âge. Le gouvernement définit un panier de soins minimum que tous les assureurs doivent couvrir et les Néerlandais choisissent librement leur prestataire. Cette organisation a donné des résultats a priori inattendus : la privatisation peut conduire à une meilleure couverture santé. Par le jeu de la concurrence, les assureurs sont incités à innover en qualité plutôt qu’en rognant sur la couverture des risques. Ils doivent améliorer la prévention et l’efficacité des soins plutôt qu’évincer les malades coûteux.
La santé et les inégalités sociales, c’est un serpent de mer. Si beaucoup de pays travaillent déjà sur ce lien, les Néerlandais ont pris le taureau par les cornes et ont adopté une approche bidirectionnelle. Cette vision en “double hélice” reconnaît qu’une mauvaise santé peut limiter l’éducation, l’emploi et la mobilité sociale, créant un cercle vicieux. Être malade coûte cher et peut conduire à la pauvreté, qui elle-même détériore la santé. Les Néerlandais ont compris qu’investir dans la santé est un moyen de lutter contre les inégalités sociales. Cette approche bidirectionnelle se traduit par des politiques ciblées, comme les dépistages précoces dans les quartiers défavorisés, un accompagnement personnalisé des patients chroniques pour maintenir leur emploi, ou encore des programmes d’éducation à la santé adaptés aux différents niveaux socioculturels. Les soins dentaires, par exemple, révèlent les forces et les faiblesses du modèle néerlandais. Malgré un taux remarquablement bas de renoncement aux soins chez les plus défavorisés, les soins dentaires pour adultes ne sont pas inclus dans l’assurance de base et peuvent avoir un coût conséquent. Pourtant, les Néerlandais consultent fréquemment leurs dentistes (3,3 visites annuelles en moyenne), grâce à une politique de prévention massive dès l’enfance et de gratuité des soins jusqu’à 18 ans. Dans l’ensemble, les performances globales de ce système de santé sont impressionnantes. D’après un rapport récent de l’OCDE, 74% des malades chroniques déclarent être en bonne santé physique, 85% en bonne santé mentale, et 90% estiment recevoir des soins adaptés à leurs besoins, soit des scores supérieurs à la moyenne de l’OCDE.
Les Pays-Bas ont par ailleurs pris une position tranchée en confiant à leurs territoires le soin de soigner. Ainsi, ce sont les municipalités néerlandaises qui ont une responsabilité centrale quant aux soins de proximité, qu’elles gèrent selon les besoins spécifiques de leur population. Cette décentralisation s’appuie sur un système de soins primaires solide avec le rôle central du médecin généraliste qui coordonne l’accès aux spécialistes et la prise en charge globale. Cette organisation raccourcit les temps d'attente et réduit les actes redondants. Le revers de ce système pourrait être l’apparition d’inégalités territoriales criantes. Cependant, les Néerlandais l’ont anticipé en maintenant un cadre national solide qui garantit des standards minimums partout, tout en laissant aux territoires une marge de manœuvre pour expérimenter et s’adapter. Les 31 bureaux de soins régionaux jouent un rôle de gardien pour s’assurer que la décentralisation ne se transforme pas en fragmentation. Un modèle qui transforme les régions en véritables laboratoires d’innovation sociale et médicale.
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Chez Pixar, on chérit particulièrement les bébés moches. Avant de vous indigner, une précision s’impose : dans cette chronique, personne n’insultera votre progéniture ou vos neveux et nièces. Personne ne ruinera non plus l’image féerique de Pixar. Non. Au studio à la lampe sauteuse, une idée ratée ou une version zéro franchement gênante porte un surnom affectueux : un « bébé moche ». Et tenez-vous bien : là-bas, on les adore.
Car ces bébés moches sont la matière brute des chefs-d’œuvre. Détonnant dans un monde corporate où l’on cache honteusement les échecs. Mais chez Pixar, on les garde précieusement et on les analyse. Mieux encore : on les considère comme une étape tout à fait naturelle du processus créatif. Et si cette philosophie était une vraie révolution managériale ?
Chez Pixar, l’échec n’est pas une anomalie, mais un passage obligé. Chaque film passe par une phase qu’on appelle en interne le meltdown. C’est le moment où tout s’effondre : le scénario est bancal, les personnages sonnent creux et l’histoire ne tient plus du tout la route.
Mais plutôt que de paniquer et blâmer à tour de rôle, l’équipe se rassemble. On rembobine, on retravaille, on re-raconte, encore et encore… Comme le résume bien le cofondateur du studio, Ed Catmull : “Early on, all our movies suck”… Traduction : “Au début, tous nos films sont nuls”. Pas très corporate comme aveu.
C’est bien tout l’objectif du process propre à Pixar, le braintrust : un feedback sans filtres que tous les créateurs s’autorisent pendant les réunions régulières sur les projets en cours. Durant le braintrust, chacun peut critiquer librement, mais à une condition : ne jamais juger personne. La sauce secrète, c’est l’empathie. L’objectif est de nourrir les idées, même les plus fragiles, et de permettre à chacun d’oser présenter des « bébés moches ». Bref : chez Pixar, on échoue souvent. Mais on échoue vite. Et collectivement. Et c’est pour cela qu’on finit par réussir.
Disons-le franchement : dans le monde corporate, montrer qu’on doute et qu’on n’a pas la réponse à tout, c’est prendre une pente savonneuse. Mais pas chez Pixar, Pete Docter, réalisateur de Vice-Versa et de Là-haut raconte qu’il a passé des mois à se demander si son scénario tenait la route. Qu’il n’était pas sûr de son ton. Ni de son message. Ni même de son envie de continuer. Et pourtant, c’est ce doute assumé qui a nourri l’un des films les plus puissants jamais produits par le studio. Parce que le doute, ici, n’est pas un bug du système. C’est LE système.
Mais rien de tout cela ne fonctionnerait sans un ingrédient clé : la sécurité psychologique des équipes. Chez Pixar, on peut dire « je ne suis pas sûr », « je crois que je me suis planté », ou « je ne comprends pas » sans risquer le placard ou l’étiquette « pas fiable ». La vulnérabilité devient une ressource collective, un espace d’exploration et un sas de créativité. Et au fond, une belle leçon : ce ne sont pas les idées parfaites qui font les grandes œuvres. Ce sont celles qu’on ose partager… même quand elles sont encore bancales.
Au pays de l’élégance à la française, on vénère le raffinement et la beauté. Et certainement pas les bébés moches. On préfère les présentations léchées, les PowerPoints millimétrés, les idées brillantes qui sortent toutes armées du front de Zeus. Alors, on balaie l’échec sous le tapis, on sucre le feedback et on réserve la vulnérabilité pour les journées d'équipe.
Dans beaucoup d’entreprises, le Graal, c’est de prouver qu’on est compétent… sans pouvoir expérimenter (et se planter). Beaucoup d’idées restent coincées dans la tête des employés et meurent lentement, étouffées par les réunions de validation, les process en cascade et la peur du regard des autres. Et pendant ce temps, l’innovation patine.
La méthode Pixar, c’est un peu le poil à gratter des cultures managériales classiques. Elle émerveille certains, mais crispe ceux qui tiennent le stylo en haut de l’organigramme. Parce qu’elle bouscule un système où l’on valorise la maîtrise, la façade et la solitude silencieuse des décideurs infaillibles. On laisse peu de place à l’erreur. Encore moins à la vulnérabilité. Quant à demander de l’aide ? C’est encore trop souvent vu comme un aveu d’incompétence. Et si, au lieu d’attendre l’idée parfaite, on apprenait à chouchouter les bébés moches ? Parce qu’au fond, le vrai gâchis, ce n’est pas de rater. C’est de n’avoir jamais essayé.
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Pas d’éclats de voix. Pas de dossiers qui claquent sur la table. Pas de messes basses à la machine à café. Juste un échange calme où chacun expose son point de vue. Même sur un sujet sensible. Même s’il y a désaccord. Plus on monte vers le nord de l’Europe, plus les relations semblent feutrées. Les voix ne portent pas, les différends non plus. Ici, pas de confrontation frontale, ni de non-dits soigneusement entretenus : on préfère prévenir que guérir, discuter plutôt qu’esquiver.
La Finlande pourrait bien être un modèle de gestion des conflits. Deux ingrédients y jouent un rôle clé : une hiérarchie discrète et une communication sobre, factuelle, respectueuse. Pas besoin de chef pour arbitrer, ni de clash pour avancer. Le conflit, s’il survient, se règle sans cris ni larmes.
En Finlande, pas besoin d’un chef pour régler les conflits. On a mieux : une organisation du travail qui évite qu’ils ne dégénèrent. Geert Hofstede, chercheur en management international, parle d’une faible distance hiérarchique. Le pouvoir y est largement décentralisé et la hiérarchie existe essentiellement par souci de commodité, mais pas pour imposer l’autorité. Les managers facilitent et responsabilisent les employés, plutôt que de contrôler ou de diriger de façon autoritaire. À chacun de prendre ses responsabilités, de signaler un malaise et de proposer une solution.
Dans ce mode d’organisation plat, les tensions ont peu de chance de dégénérer en guerre de tranchées. Les difficultés relationnelles sont débusquées plus vite, se discutent à égalité et se résolvent sans escalade. L’autorité est discrète, la parole circule et le rapport de force devient sans objet. Certaines entreprises finlandaises en ont même fait le cœur de leur stratégie. Chez Reaktor ou Futurice, deux fleurons de la tech locale, les équipes fonctionnent avec une autonomie presque totale. Pas de hiérarchie visible. Pas de luttes de pouvoir. Pas de clashs qui pourrissent l’ambiance. Mais des collaborateurs responsabilisés, capables de coopérer sans supervision constante.
Une légende urbaine raconte que plus une organisation est féminisée, plus les tensions émotionnelles sont fortes. Faux. Le psychologue néerlandais Geert Hofstede démontre que plus une culture est féminine, plus elle valorise la coopération, la prise en compte de chacun et chacune ainsi que la recherche de consensus, plutôt que la compétition et la réussite individuelle à tout prix. Quel impact sur la gestion de conflits ?
En Finlande, on peut être en désaccord sans que ce soit un problème. Mieux : sans que ce soit personnel. On y met plutôt l’accent sur l’égalité et la solidarité, ce qui limite l’escalade. Pas besoin d’élever la voix, d’accuser, ou de ruminer en silence pendant six mois. On dit les choses, posément, clairement, sans chercher un coupable.
L’une des clés est la communication. On parle des faits, pas des intentions. On formule un besoin, pas une attaque. Et surtout, on écoute pour comprendre, pas pour répondre. Dès l’école, les Finlandais apprennent à débattre sans s’invectiver, à argumenter sans dominer. Plus tard, dans les entreprises, le désaccord est vu comme une discussion, pas comme un drame. C’est tout un état d’esprit : désamorcer au lieu de gérer. Collaborer au lieu de trancher. Et surtout, ne jamais confondre conflit et violence.
En France, le poids hiérarchique est encore bien présent. Le désaccord peut vite être perçu comme une insubordination. Alors, on balaie les tensions sous le tapis, on esquive les conflits, jusqu’à ce qu’ils poussent le couvercle de la cocotte-minute. Ou qu’ils pourrissent lentement l’ambiance, comme un sandwich au thon oublié dans le frigo de la cafétéria. La culture du management à la française valorise le contrôle, la verticalité, la décision venue d’en haut. Parfois, exprimer un malaise peut passer pour une faiblesse ou pire, un affront. Et comme la communication reste souvent indirecte, les signaux faibles restent bloqués entre les étages. On croit maintenir l’harmonie, on cultive les frustrations.
Qu’un cadre sain vaut mieux qu’un énième atelier sur la communication bienveillante. Que la parole circule si elle n’a pas besoin d’être validée. Que la hiérarchie, quand elle écoute au lieu de trancher, calme bien des tensions. Et que prévenir, ce n’est pas fuir le conflit. Pas besoin de devenir finlandais. Mais on peut, nous aussi, désamorcer sans dramatiser. Faire de la parole un outil, pas un risque. Et si grandir, pour une organisation, c’était d’abord apprendre à s’engueuler intelligemment ?
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En France, la retraite, c’est souvent l'équivalent du générique de fin. Une vie de travail bien remplie, un pot de départ, quelques petits fours, un bout de discours, puis rideau. Place au repos bien mérité… À condition de ne pas trop coûter. Au Danemark, on ne s’empresse pas d’éteindre la lumière. On la règle différemment. La retraite ne sonne pas la fin d’une vie active. Les seniors peuvent continuer à travailler, transmettre, s’engager, cohabiter avec des étudiants ou conseiller une start-up. Car la société danoise a décidé collectivement que les seniors avaient de la ressource.
Ce qui caractérise le modèle danois de retraite, c’est l’esprit du collectif. Les retraites et les transitions sont l’affaire de tous. Pas une variable d’ajustement budgétaire. Concrètement, ce système hybride articule trois piliers :
Cette politique se traduit par un taux de remplacement parmi les plus élevés d’Europe, soit 84 %. Et une forme de sécurité qui offre un vrai choix aux retraités : continuer à s’impliquer, changer de rythme, ou se retirer, sans subir. Mais comment garantir la soutenabilité de ce modèle ? En indexant l’âge légal de départ sur l’espérance de vie. Chaque génération sait qu’elle partira un peu plus tard. Aujourd’hui fixé à 67 ans, l’âge de départ atteindra 70 ans en 2040.
Au Danemark, la retraite ne signifie pas le retrait. Les entreprises, les collectivités et associations œuvrent pour maintenir les seniors dans la vie active. Les entreprises jouent le jeu. Par exemple, Novo Nordisk, géant pharmaceutique danois, encourage les seniors à rester dans leur emploi, en aménageant les postes, en allégeant les horaires ou encore en instaurant le mentorat entre générations. Les collectivités innovent également. À Odense, le programme Senior Talent Pool invite les retraités à siéger dans des conseils municipaux, à accompagner des start-ups ou intervenir dans les écoles. À Aarhus, des logements intergénérationnels permettent aux étudiants et aux seniors de cohabiter, avec un soutien financier de la municipalité. La société civile n’est pas en reste. L’organisation DaneAge Association (Ældre Sagen), qui compte plus de 900 000 membres, propose un accompagnement social aux personnes âgées isolées, des conseils personnalisés sur la retraite ou la fiscalité, et valorise l’engagement bénévole des seniors. Enfin, le Danemark mise aussi sur la silver economy. Des startups développent des solutions technologiques pour favoriser l’autonomie des personnes âgées, comme la domotique, la télémédecine, ou encore des plateformes d’échange intergénérationnel. C’est aussi une façon de faire du vieillissement un levier d’innovation sociale. Bref, les retraites au Danemark, c’est un vrai projet de société. Et cela se voit dans les chiffres.
Le Danemark affiche aujourd’hui des indicateurs enviables. Le taux d’activité des 65-69 ans y atteint environ 18 % contre 6 % en France, et l’espérance de vie en bonne santé dépasse la moyenne européenne. La prévention, la médecine de proximité, l’accompagnement à domicile : tout est pensé pour que les années gagnées soient aussi des années utiles. Le vieillissement devient ainsi un champ d’expérimentation sociale. Des ateliers de codage ou de jardinage entre générations, des plateformes de bénévolat en ligne… Le quotidien des seniors se réinvente, loin de la solitude ou de la mise à l’écart. Mais, malgré cette réussite, tout n’est pas parfait et certaines inégalités persistent. Les femmes, souvent marquées par des carrières incomplètes, touchent des pensions plus faibles. Les personnes immigrées peinent à accéder à la pension universelle à taux plein, faute de durée de résidence suffisante. L’indexation de l’âge de départ, la clé de voûte du système, ne fait pas non plus consensus. Chez les travailleurs manuels ou aux parcours longs, elle suscite des débats sur l’équité et la pénibilité.
Et en France ?
Le débat sur les retraites reste focalisé sur l’âge. 62, 64 ou 67 ans… Et si poser la question du seuil, sans traiter la question du sens, passait à côté de l’essentiel ? Le système danois n’est pas une solution miracle. Mais il nous invite à changer de regard : celle d’une société qui considère le vieillissement non comme un problème à régler, mais comme un avenir à organiser. Et si, plutôt que de gérer la fin de carrière, on repensait collectivement ce que cela signifie, vieillir ensemble ?
Melting work
Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.
chronique
3 mins
Soyons honnêtes. Nos boîtes mail sont devenues des tiroirs à bazar, remplies de discussions décousues. Les réunions peuvent s’enchaîner sans décision concrète. Les projets patinent souvent, englués dans des boucles de validation infernales… Personne n’a vraiment inventé l’antidote. Pourtant, parfois, il suffit d’un pas de côté pour gagner en clarté. Lever la tête (du guidon) et regarder ailleurs. Direction le pays du Soleil-Levant.
Le nemawashi est une pratique ancestrale japonaise qui pourrait bien révolutionner la communication au bureau. Nemawashi signifie littéralement “travailler autour des racines”. Cette méthode se préoccupe de l’invisible, mais aussi de l’essentiel : avant de transplanter un arbre, le jardinier prépare minutieusement le sol et les racines. En effet, la réussite de tout projet repose sur un art subtil de préparer le terrain.
Chez Sony par exemple, cette approche a transformé la gestion de projet. Désormais, les managers consacrent 60% de leur temps aux échanges informels avec leurs équipes. Cela peut sembler démesuré, pourtant, cette méthode réduit de moitié le temps de mise en œuvre des projets. Pourquoi ? Parce que les obstacles sont identifiés et désamorcés en amont. Le manager, tel un jardinier consciencieux, retire les cailloux avant de planter sur un terrain fertile.
Mais comment cela fonctionne-t-il concrètement ? La véritable révolution du nemawashi réside dans son approche du consensus. Contrairement à nos réunions occidentales où les décisions se prennent dans le feu de l’action, le nemawashi cultive patiemment l’adhésion. Cette méthode repose sur trois piliers : la préparation, la consultation et le consensus. Prenons l’exemple de son implémentation chez Toyota.
Les bénéfices de nemawashi feraient rêver n’importe quel manager occidental :
Rassurez-vous : transposer ce concept japonais ne signifie pas renoncer à notre culture du débat. Pas question de copier-coller et d’attendre des miracles. Une culture n’est pas exportable. Cependant, c’est une invitation à enrichir nos pratiques managériales. Comme un jardinier qui adapte ses techniques au climat local, chaque entreprise pourrait trouver son équilibre entre la confrontation d’idées à la française et l’harmonie collective à la japonaise.
Comment faire ? Pour réussir cette acclimatation, quelques règles s’imposent :
Mais le plus grand défi n'est pas technique, il est culturel. Dans les entreprises où les échanges humains se raréfient au profit des écrans, où les boucles d’emails remplacent les conversations, on s’accroche aux réunions comme aux derniers bastions d’interaction directe. Résultat ? Des séances chaotiques où tout le monde veut enfin s’exprimer, faute de pouvoir le faire en amont.
Le nemawashi nous rappelle cette sagesse simple : la réussite d’un projet dépend de ce qui se cultive sous la surface. Un arbre ne pousse pas plus vite quand on tire sur ses branches. Un projet n’avance pas plus vite quand on multiplie les réunions improductives. Accepterions-nous de reconnaître que la préparation, ce temps “invisible” est aussi précieux que le temps “visible” de la décision ?
Finalement, nemawashi n’est pas qu’une méthode de management. C’est une invitation à revenir aux fondamentaux : recréer du lien humain dans nos organisations. Une philosophie qui nous rappelle que la réussite, comme créer un jardin luxuriant, se cultive dans l’échange, la patience et la considération de l’autre. Loin des écrans interposés.
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Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.
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Des congés à volonté, des jours off en cas de rupture amoureuse et aucun horaire imposé. Nous ne sommes pas dans un roman de work fiction, mais dans la réalité de certaines entreprises néo-zélandaises. Le plus fou, ce n’est pas tant l’idée que ses résultats : ces entreprises croulent sous les candidatures et leur productivité s’envole.
En 2017, lors d’un recrutement, l’entreprise de jeux vidéo RocketWerkz a reçu plus de 600 CV. Un exploit pour une société de 40 salariés située au bout du monde, à Dunedin, Nouvelle-Zélande. Pourquoi cet engouement ? L’entreprise détonne dans le paysage : des congés illimités, des horaires libres et un management basé sur la confiance plutôt que sur le contrôle.
Six ans plus tard, l’histoire se répète. Hobby Lords, nouvelle venue dans l’univers des jeux de société, adopte la même philosophie. Résultat ? Plus de 150 candidatures spontanées dans un marché du travail sous tension. Liam O’Neill a vu les ravages du burnout dans sa carrière dans l’automobile. Pour sa nouvelle entreprise, il a choisi un modèle radicalement différent. Chez Hobby Lords, congés illimités et autonomie des équipes sont inscrits dans l'ADN même de l'entreprise.
Le plus surprenant ? Aucun abus constaté. Chez RocketWerkz, le fondateur Dean Hall, refuse de gérer toute une équipe en fonction des rares personnes qui tenteraient de frauder.
Le concept des congés illimités n’est pas nouveau. C’est Netflix qui a ouvert la voie dès 2004, suivi par d’autres entreprises américaines, comme LinkedIn, Dropbox ou encore Microsoft. Mais c'est en Nouvelle-Zélande que cette révolution managériale prend une saveur particulière. Dans ce pays lointain, qui cherche à attirer les talents internationaux, la confiance et la flexibilité deviennent des arguments de poids.
En effet, les industries créatives demandent une bonne dose d’innovation. Difficile d’attendre que les employés accouchent d’idées originales dans un cadre trop strict. De nombreux managers seraient sans doute effrayés par l’idée d’une telle autonomie. Paradoxalement, dans ces entreprises néo-zélandaises, l’engagement monte en flèche. Plus les employés sont libres de leurs congés, plus ils s’investissent. Paradoxalement, loin des abus, la liberté responsabilise.
Finalement, cette approche a probablement plus d’avantages que d’inconvénients : productivité en hausse, attractivité record et, plus surprenant encore, les employés ne prennent en moyenne que deux à cinq jours de congés supplémentaires par rapport à la normale. Ces entreprises, ont-elles craqué le code pour trouver l’équilibre entre liberté et responsabilité ?
Alan dans l’assurance, Welcome to the Jungle dans les médias, mais aussi Luko, OpenClassrooms ou encore Popchef... Une poignée d’entreprises françaises a fait le grand saut vers les congés illimités. Cependant, cette pratique semble se limiter aujourd’hui aux startups et aux entreprises tech qui cherchent à se démarquer dans la guerre des talents.
Le concept a du mal à s’implanter en France, en commençant par des raisons réglementaires. Les congés illimités viennent nécessairement s’ajouter aux cinq semaines légales, là où aux États-Unis, cette politique vise d’abord à inciter les salariés à prendre des vacances ! D'une certaine manière, la crainte de devoir accorder plus de congés, bien au-delà du cadre légal généreux par rapport à d’autres pays, rend les entreprises frileuses.
Les freins sont autant culturels que pratiques. Du côté des collaborateurs, tout n’est pas rose non plus : sous ses airs de liberté totale, les congés illimités peuvent aussi générer du stress. Peur d’être jugé par ses collègues, crainte de perturber l’équipe, ambiguïté dans la gestion... Le “libre choix” se heurte inévitablement à la question de la culture d’entreprise.
Car au fond, c’est bien une question culturelle. Dans un pays où le présentéisme reste une valeur sûre, difficile d'imaginer lâcher totalement les rênes. Sommes-nous vraiment prêts à embrasser une liberté qui exige autant de confiance que de responsabilité ?
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Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.