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chronique

Au Canada, Shopify cultive l’esprit entrepreneurial de ses équipes

Management

  4 mins

 

Façade du siège de Shopify, symbole d’un modèle managérial fondé sur la confiance

 Un taux de sélection plus drastique que Harvard, des salaires à la carte et une culture d’entreprise bien à part : l’entreprise Shopify chamboule les codes de la tech. Un gros contraste avec la Silicon Valley, réputée pour ses recrutements éclair et un turnover assumé. Le géant canadien de l’e-commerce trace sa propre route et construit un écosystème de talents basé sur la confiance plutôt que sur le contrôle. 
En effet, au-delà du storytelling habituel des licornes tech, Shopify se démarque par un modèle singulier où l’autonomie est au cœur du système managérial. Comment l'entreprise parvient-elle à transformer la confiance en innovation, sans transiger sur ses standards de performance ? La réponse réside moins dans les process que dans un équilibre subtil entre la liberté et la responsabilité.

Choisir à qui l’on accorde sa confiance

En 2006, lorsque Tobias Lütke cherche des investisseurs pour Shopify, la Silicon Valley lui tourne le dos. Les venture capitalists californiens, obsédés par le duel Amazon-eBay, ne voient pas l’intérêt d’une nouvelle plateforme e-commerce. Qu’à cela ne tienne : l’entrepreneur allemand installé au Canada décide de construire son écosystème de talents ailleurs. Ce qui aurait pu être un désavantage concurrentiel devient alors une force stratégique. Alors que les géants de la tech mènent une guerre des talents onéreuse, Shopify cultive une approche radicalement différente. “À Ottawa et Toronto, la probabilité de travailler ensemble pendant cinq ou dix ans est énorme”, explique Lütke, “alors que la durée moyenne en poste dans la Silicon Valley est de 18 mois”. Cette stabilité permet de dessiner autrement les équipes et de construire une véritable organisation apprenante. Une sélectivité record de l’entreprise ferait pâlir les écoles les plus prestigieuses. Avec un taux d’acceptation de 0,3%, Shopify est dix fois plus sélectif que Harvard. Non pas par snobisme élitiste, mais par conviction profonde : la confiance exige une rigueur sans faille dans le choix de ceux à qui on l’accorde. Cette sélectivité s’applique aussi bien aux compétences techniques qu’aux soft skills, par exemple la capacité à prendre des initiatives, à reconnaître ses erreurs ou à collaborer sans hiérarchie formelle.

Des profils atypiques, une autonomie structurelle

À la différence des processus de recrutement codés de la tech, Shopify adopte une approche narrative pour que le parcours de vie du candidat révèle son potentiel d’innovation et sa capacité d’adaptation. L’entreprise a une appétence particulière pour les profils atypiques qui ont développé leurs compétences de manière non conventionnelle, par la diversité de leurs expériences et un apprentissage autonome. Ce parti pris reflète une vision où l’innovation naît de la diversité des parcours plutôt que de la conformité aux codes.  Cette philosophie se prolonge jusque dans la rémunération. Avec le système Shopify Flex Comp, les employés personnalisent leur package selon leurs priorités : plus de salaire fixe ou plus d'actions, au choix. Cette flexibilité a pour vocation de traduire une conviction profonde : la confiance ne se décrète pas, elle se construit à travers des mécanismes concrets qui accordent de l’autonomie aux équipes. Shopify pousse cette logique jusqu’à s’inspirer du modèle open source pour sa structure organisationnelle. Les collaborateurs évoluent dans un système où la hiérarchie s’efface au profit de la collaboration spontanée. En 2023, l’entreprise a investi 1,7 milliard de dollars en R&D, transformant l’autonomie accordée en une force d’innovation redoutable.

Des garde-fous pour canaliser l’innovation

“Nous ne sommes pas une famille, mais une équipe performante”. Cette phrase de Tobias Lütke résume l’alchimie subtile de Shopify. Certes, la confiance est au cœur du modèle, mais elle ne vient pas sans responsabilisation. Les employés sont désormais évalués selon une grille chiffrée de compétences et seule la progression dans cette échelle permet d’obtenir une augmentation.  Cette rigueur trouve son écho dans la valeur cardinale de l’entreprise : Be merchant obsessed. L'obsession client est une boussole qui guide l’innovation et prévient les dérives de l’autonomie. Les équipes disposent d’une liberté d’action considérable, mais celle-ci doit servir avant tout les besoins des clients. Ce cadre a permis à Shopify de déployer 800 nouvelles fonctionnalités en trois ans, sans perdre en cohérence.

Paradoxalement, cette culture de haute confiance génère sa propre forme de pression. Le syndrome de l’imposteur guette parfois ceux qui doutent d’être à la hauteur de l’autonomie accordée. Une tension créatrice qui interroge : la confiance serait-elle finalement plus exigeante que le contrôle ? C'est peut-être cela, la sauce secrète de Shopify : certes, l’innovation a besoin de liberté, mais aussi d’un cadre qui lui donne sens et direction.  
 

Melting work

Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.

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chronique

Mentoring inversé : et si on sortait du cliché « junior geek et senior largué » ?

Générations

  3 mins

 

Un jeune salarié échange avec un collègue senior lors d’une séance de mentoring inversé

Je rentre de vacances. Soleil, plage, et mes trois neveux, 13, 15 et 16 ans - soit deux Gen Z, et un Alpha. Figurez-vous qu’en cinq jours, j’ai appris l’existence d’un nouveau Pokémon, découvert le dernier rappeur en vogue, et surtout, comment activer une fonction cachée de mon iPhone. Pas mal, pour quelqu’un censé maîtriser la tech !

À chaque période de vacances avec eux, ils réussissent à m’apprendre quelque chose. Ce qui m’a rappelé ce fameux concept qui traîne dans le monde du travail depuis quelques années : le reverse mentoring. Ou mentoring inversé, pour les non-anglophiles.

Papis dépassés VS jeunes geeks ?

L’idée : que les juniors viennent dispenser des formations ou des ateliers aux seniors dans leur entreprise. Un concept florissant, notamment dans le cadre de la transformation digitale des organisations. Nous autres, jeunes Millennials digital natives, avons très rapidement été mis à contribution pour former nos aînés aux outils numériques. Malin.

En revanche, l’image que l’on donne au reverse mentoring m’irrite. À lire certains articles, on croirait voir des papis et mamies devant leur clavier, complètement perdus, sauvés in extremis par un stagiaire en hoodie qui leur explique comment envoyer un mail avec une pièce jointe.

Spoiler : on n’en est plus là. Au fur et à mesure que la technologie évolue, l’illectronisme recule Alors, entre baby-boomers hyper connectés et managers Gen X qui scrollent TikTok en douce, les seniors d’aujourd’hui ne sont pas ces caricatures de “poules ayant trouvé un couteau”. Bref : on est loin de la fracture numérique telle qu’on l’imagine encore trop souvent.

L’agilité, pas les tutos

Est-ce que ça signifie que le reverse mentoring est inutile ? Pas du tout. En revanche, pas sous la forme “atelier de deux heures sur comment utiliser ChatGPT”, animé par un jeune padawan face à cinq managers blasés.

Le vrai sujet, ce n’est pas la transmission du savoir technique. C’est la posture à développer. Ce qui manque parfois aux plus expérimentés, ce n’est pas la compétence, mais la souplesse. Cette fameuse capacité à tester, à s’adapter, à ne pas craindre de se tromper. En un mot : l’agilité, la sacro-sainte, celle dont on rêve tous.  

Et soyons honnêtes : on ne développe pas l’agilité en rajoutant des process, des PowerPoint et des sessions “formation obligatoire” partout. L’agilité, ça se pratique.

Et si on osait l’informel ?

Le mentoring inversé peut à mon sens être un vrai levier intergénérationnel. À condition de revenir à sa base : le lien personnalisé. Un suivi one-to-one, régulier, où la confiance permet d’oser dire “je n’ai pas compris” ou “explique-moi encore”. Un peu comme un buddy (y comprendre, une marraine ou un parrain) qui vous suit de loin - pas un prof qui débite son cours. L’idée, c’est d’installer des espaces de dialogue naturels, décontractés, presque spontanés.

Au fond, on a tous quelque chose à apprendre des autres générations : un raccourci clavier, une nouvelle appli, une autre façon d’aborder le travail. Encore faut-il sortir du cliché “junior geek et senior largué” pour laisser place à la curiosité et à l’échange authentique.

Et si on créait ces espaces, tant physiques que managériaux, où les échanges intergénérationnels pourraient se faire de manière totalement spontanée ?

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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Career catfishing : le ghosting professionnel qui déstabilise les recruteurs

Générations

  3 mins

 

Un candidat trompe un recruteur en entretien, illustrant le phénomène de career catfishing

Confession personnelle : en tant que freelance, il m'arrive parfois de postuler à des offres d'emploi salarié. Pas pour signer un CDI (même si, parfois, c’est tentant), mais juste pour tester si je peux encore séduire un recruteur après huit ans d'indépendance.  Spoiler : ça fonctionne, et c'est flatteur.

Mais il ne me viendrait jamais à l'esprit d'accepter une offre… puis de ne pas me présenter au bureau le premier jour. Pourtant, c'est exactement ce que font bon nombre de jeunes aujourd'hui, au point que la pratique a un nom : le career catfishing.

Quand ton futur employé disparaît en fumée

Le career catfishing, c'est simple : il s’agit d’accepter un poste, de signer une promesse d'embauche… et puis, le jour J, de disparaître totalement. Plus un mail, plus un appel, plus rien. Ghosting total.

Ici, peut-être vous dites-vous que c’est “un truc de Gen Z”, cette génération toujours prompte à réécrire les règles du monde du travail. Et effectivement, ils sont champions de la discipline : 34 % des moins de 27 ans avouent s'y être déjà adonnés.  

Mais, surprise : la pratique ne s'arrête pas aux cadets de l’entreprise. 24 % des Millennials (de 28 à 43 ans) s'y mettent aussi, et même 11 % de la génération X (de 44 à 59 ans). Personne n'est donc à l'abri d'un petit "oops, j'ai oublié de venir bosser" !

Trois générations, trois manières de ghoster

Si seuls les jeunes s'y employaient, on pourrait se dire que le career catfishing est une lubie d'ados prolongée de quelques années, transposée dans le monde professionnel. Mais les chiffres nous poussent à avoir une lecture générationnelle plus fine, plus intéressante, du phénomène.

Chez les Gen Z, le career catfishing ressemble à une façon d'affirmer leur pouvoir. Après tout, quand on a passé des mois à envoyer des candidatures sans même recevoir un mail automatique de refus, ne pas se présenter le premier jour devient une forme de revanche poétique. Nous, les Millennials, avons grandi avec la promesse qu'un diplôme ouvrait toutes les portes. En réalité, notre génération a surtout connu la crise de 2008, les stages à rallonge et les CDD en série. Résultat : on sait que la loyauté ne paie pas toujours, et le ghosting devient pour nous une réponse pragmatique, presque mécanique, à notre lassitude. Quant à la génération X, celle qu'on pensait irréductiblement docile et prête à tout accepter sans broncher, elle commence elle aussi à tester le career catfishing. Comme un petit plaisir coupable, ou la preuve que même les plus endurcis finissent par craquer.

Recrutement & karma

Selon moi, le fond de l'affaire, c'est que le career catfishing n'est pas tombé du ciel. Les recruteurs ont longtemps ghosté les candidats. Vous savez, ce fameux : "Merci pour votre candidature… mais nous ne donnerons pas suite." Ou pire : pas même un accusé de réception. Aujourd'hui, le rapport de force s'inverse : "Merci pour votre offre… mais je ne donnerai pas suite (ou pire : aucun mail du tout)."

En somme, le career catfishing est un miroir ironique. Il révèle comment chaque génération redéfinit à sa manière la loyauté, l'engagement… et l'art de disparaître à point nommé. Après avoir ghosté des centaines de candidats, les entreprises découvrent le goût amer du silence radio.  

Et si le career catfishing n'était pas un bug, mais une mise à jour du marché du travail ? 

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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IA : les jeunes cliquent, les aînés flippent ?

Générations

  3 mins

 

Perceptions contrastées de l’IA au travail entre jeunes salariés et générations plus âgées

Cet été, en l’espace d’un week-end, ChatGPT a fait irruption dans ma famille à deux reprises. La première, c’était quand mon neveu de seize ans a dégainé une application d’IA afin de vérifier qui était une célébrité dont je lui parlais. La deuxième, quand mon père m’a montré les visuels cartoons qu’il avait conçus avec l’IA la veille.

Voici donc deux usages très différents d’un même outil, pour deux générations qui ne sont pas encore, ou plus, sur le marché du travail. De quoi me faire me demander comment ils agiraient, avec les réflexes propres à leur génération, face à l’IA en situation de travail. Un super sujet de chronique, autrement dit !

L’IA, adorée par les jeunes, redoutée par les autres ? es jeunes cliquent, les aînés flippent

Je suis donc allée chercher des études. J’y découvre que ma génération, les Millennials, est championne incontestée de l’IA au travail. Nous sommes 43 % à l’utiliser au moins une fois par semaine, contre seulement 34 % de la Gen Z, 32 % de la génération X, et 20 % des baby-boomers. Plus encore : près de la moitié des Millennials (48 %) considère qu’elle est essentielle à leur travail!

À l’autre bout du spectre, les baby-boomers ont majoritairement raté le train de l’IA. Et pour cause : ils ne font pas confiance à cette technologie à 45 %, contre 25 % des Gen X, 21 % des Millennials et 18 % de la Gen Z.

D’un côté, on s’extasie, de l’autre, on s’inquiète : deux salles, deux ambiances.

Un révélateur de nos insécurités ?

Bien sûr, on peut attribuer cette différence de perception à l’appétence des différentes générations pour les nouvelles technologies. Mais, selon moi, s’arrêter là, c’est rater une interprétation qui en dit long sur une fracture générationnelle dans le monde du travail.

À mon sens, les Millennials se sont rués sur l’IA car ils ont été les premiers à prendre conscience de son potentiel… mais aussi des risques qui vont avec. Beaucoup d’entre nous ont eu la sensation de “devoir s’y mettre” pour pouvoir progresser dans leur carrière, et pour éviter de se faire dépasser, voire remplacer, par la technologie.

Donc, pour éviter cela, on teste la techno, on la dresse à notre image… et on montre à l’entreprise qu’elle a besoin de nous comme co-pilote d’IA. A contrario, nos aînés, déjà bien placés dans des postes managériaux, qu’ils pensent “à l’abri” de tout remplacement par l’IA, sont bien moins craintifs de l’impact de la technologie sur leur carrière.

La Gen AI arrive !

Les managers, toutes générations confondues, feraient bien de se préparer à l’arrivée de la génération Alpha, dite aussi Gen AI, dans le monde du travail ! Bien qu’ils soient encore sur les bancs de l’école, on peut d’ores et déjà prévoir qu’ils vont arriver avec l’IA sous le bras - et pas uniquement pour gérer des tâches opérationnelles.

Ces jeunes auront connu leurs années fondatrices avec l’IA : ils l’auront utilisée à l’école, demander des conseils sur leur orientation et apprendre à cuire un œuf dur. L’IA sera leur troisième bras, et ils pourront demander à un chatbot de les coacher et de les former.

Quelle sera alors la valeur ajoutée des managers et du travail collaboratif ? C’est à nous d’en définir les lignes dès maintenant ! 

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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Que faire de ses vacances ? Encore une histoire de générations !

Générations

  4 mins

 

Jeune homme souriant en randonnée, en haut d’un point de vue côtier ensoleillé

Aujourd’hui, laissez-moi vous emmener dans un voyage dans le passé : je vais vous peindre un portrait-robot de ma famille en vacances lorsque j’étais plus jeune.

Quand il n’était pas encore à la retraite, pendant ses congés, mon père planifiait des réunions et consultait ses mails tous les jours. Ma sœur, institutrice de sept ans mon aînée, continuait à préparer ses cours pendant ses vacances. Quant à mon frère, chef d’entreprise, c’est bien simple : il semble qu’il n’a jamais réellement pris de repos.

Alors quand moi, la cadette, avec mon envie de vacances perpétuelles, j’ai eu l’âge de poser des congés, je me suis tout de suite sentie différente. La vision des congés que l’on peut avoir est influencée par bien des critères : les responsabilités requises par le poste occupé, le type de métier, et peut-être même la personnalité de chacun. Mais n’y a-t-il pas non plus une question générationnelle derrière cette manière d’envisager ses jours de repos ?

Pour les plus jeunes des collaborateurs (la Gen Z), les congés semblent véritablement sacro-saints. Ils sont 58 % à dire qu’ils préféreraient obtenir plus de jours off qu’une augmentation de salaire, et 30 % seraient prêts à renoncer à une promotion en l’échange d’une semaine de congés payés en plus. De quoi rentrer dans les clichés qui continuent à circuler sur cette génération : les jeunes seraient donc bien fainéants, toujours en quête du moindre effort. Si vous lisez fréquemment cette chronique, vous le savez : je ne suis pas du genre à m’arrêter à ce type d’idées reçues.

Alors, en continuant à fouiller dans les études, je tombe sur un fait surprenant : même si les jeunes générations rêvent à plus de congés, elles en prennent paradoxalement moins que leurs aînés. La Gen Z renonce en moyenne à 3,7 jours de congés payés annuels, tandis que les Baby-Boomers en poseraient 0,3 supplémentaires. En tout, ce seraient donc cinq mois de vacances à l’échelle de leur carrière sur lesquels les Gen Z s'assiéraient ! Toujours selon cette étude, les raisons pour lesquelles les jeunes s’empêchent de prendre des vacances sont multiples. Parmi elles, on retrouve notamment la culpabilité de se faire remplacer par leurs collègues (47 % pour les Gen Z, contre seulement 15 % pour les Baby-Boomers), ou encore la crainte de manquer quelque chose d’important (51 % pour les jeunes, contre 16 % pour leurs aînés).

Sans compter que, lorsque les jeunes prennent effectivement des congés, c’est pour moins bien se reposer. Une fois en vacances, seuls 38 % des Gen Z affirment réussir à se déconnecter du travail, contre 45 % pour les Millennials, 55 % pour les générations X, et 67 % pour les Baby-Boomers selon un sondage Indeed et Censuswide réalisé en 2025. En bref : être un jeune actif aujourd’hui, c’est ressentir plus de pression à ne pas prendre de repos, tout en rêvant à quelques jours de congés, quitte à être moins payé.

Alors, à force de creuser ce sujet, je me demande surtout si l’on parle de génération… ou bien simplement d’âge. Si l’on avait lancé ces études à l’époque où mes parents avaient mon âge, qu’auraient-ils répondu sur le sujet ? Bien entendu, ils auraient eu moins de peine à déconnecter, sans les boucles de mails infinies aujourd’hui. Mais, par exemple, auraient-ils été aussi catégoriques sur l’importance de la rémunération par rapport au nombre de jours de congés ?

À bien y réfléchir, j’aime imaginer que mes aînés ont fait pareil de leur temps, lorsqu’ils étaient encore juniors. Qu’ils ont rêvé à une vie qui combine rémunération et congés, sans pour autant en profiter, remplis d’ambition et d’envie de progresser dans leur carrière. Et puis, qu’un jour, ils ont calculé le nombre d’années qu’il leur restait encore à travailler jusqu’à la retraite, et qu’ils ont compris qu’une carrière était un marathon plutôt qu’un sprint. Et qu’alors ils ont décidé de davantage poser les valises - ou plutôt, de plus souvent plier bagage pour couper avec le travail.

La seule différence générationnelle que je pressens porte sur le moment de leur carrière où les plus jeunes générations vont prendre conscience du besoin de pleinement se reposer pendant leurs congés. Là où nos parents, peu aguerris au concept de santé mentale, ont continué à cravacher jusqu’à tard dans leur carrière, je pressens que nous, Millennials et Gen Z, saurons profiter de nos vacances avant que la vie professionnelle ne nous dévore.

Et si on développait plutôt une vraie culture des congés… avant que nos enfants ne se souviennent de nous comme des vacanciers accrochés à leur boîte mail ? 

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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Revenge quitting : la Gen Z claque la porte, la Gen X serre les dents

Générations

  3 mins

 

Jeune salariée quittant son bureau illustrant le phénomène du revenge quitting

“Au revoir, au revoir Président !” Vous vous souvenez de cette publicité mythique pour le Loto, dans laquelle l’heureux gagnant quitte son patron en chantant à tue-tête ? Cette pub a rythmé une partie de ma jeunesse devant la télé. Et je crois que, comme beaucoup, j’ai toujours trouvé l’idée assez jouissive. 

Eh bien, le revenge quitting, c’est un peu ça… mais sans le ticket gagnant. Et surtout sans préavis.

Le revenge quitting, késako ?

Née aux États-Unis, cette tendance RH arrive en France. Le principe : quitter son emploi de la façon la plus problématique possible pour son employeur. Ça peut prendre plusieurs formes : partir pile en période de rush, ne rien transmettre à son successeur, couper l’accès aux outils, voire supprimer quelques données au passage. Ambiance...

Et les chiffres montrent que le phénomène ne se limite pas à quelques cas isolés : 17 % des salariés américains déclarent avoir déjà pratiqué le revenge quitting. En France, la pratique reste plus marginale, mais l’envie est bien présente : 36 % des salariés disent vouloir potentiellement quitter leur job cette année. Et sans surprise, ce sont les jeunes qui caracolent en tête : 46 % des 18-24 ans et 52 % des 25-34 ans rêvent déjà d’une grande sortie théâtrale.

Pourquoi tant de rage ?

Ceux qui s’adonnent au revenge quitting ne se privent pas d’expliquer pourquoi. Management toxique, charge de travail déraisonnable, communication interne inexistante… Bref, le cocktail parfait pour transformer une démission en acte de vengeance. Et accessoirement, en post TikTok aux milliers de likes.

Une affaire de générations ?

On pourrait croire que seuls les Gen Z aiment appuyer sur le bouton “drama” avant de partir. Mais au fond, soyons honnêtes : on a tous, toutes générations confondues, probablement déjà caressé l’idée d’un revenge quitting. La différence, c’est que certains en rêvent tout bas quand d’autres diffusent déjà sur Instagram.

Chez leurs aînés, ce rêve reste souvent coincé dans la gorge. La génération X, par exemple, est la plus inquiète à l’idée de démissionner : 48 % des 45-54 ans redoutent de le faire, d’après une étude Indeed x CensusWide 2025 (non diffusée publiquement). Leurs freins ? La peur de l’instabilité financière, l’habitude du confort, la crainte des regrets. Ils rêvent peut-être d’un départ façon soap opéra, mais finissent le plus souvent par rester très silencieux.

Le vrai risque : le revenge staying

Et si le plus gros danger pour les entreprises n’était pas les courageux qui partent, mais les mécontents qui restent ? Avec la crise, les incertitudes liées à l’IA et la difficulté à retrouver un emploi, beaucoup de salariés choisissent de ne pas bouger. Et les plus déçus de leur entreprise entrent alors dans une forme de “revenge staying” : ils ne croient plus en leur job, traînent des pieds, voire sabotent passivement les projets.

Mais, si vous me connaissez, vous le savez : j’ai envie d’être optimiste. Oui, il y a des départs théâtraux et des TikTok de démissions rageuses. Mais j’y vois surtout un signal : les collaborateurs ne veulent plus subir, ils veulent être de plus en plus acteurs du monde du travail. Et ça, c’est plutôt la bonne nouvelle.

Alors au lieu de redouter le revenge quitting ou le revenge staying, pourquoi ne pas inventer l’inverse ? J’appellerais ça l’engaged staying : des collaborateurs qui restent parce qu’elles et ils s’y sentent bien, ont coconstruit leur environnement de travail avec les RH et la direction, et voient du sens dans ce qu’ils font.

Les entreprises qui vont tirer leur épingle du jeu sont celles qui s’accorderont le temps de prendre la température régulièrement, d’ajuster, d’écouter vraiment. Bref, celles qui oseront remettre de l’humain là où on a mis beaucoup (trop) de process. 

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Travail asynchrone ou réunion : le match des générations

Générations

  4 mins

 

Réunion informelle entre jeunes collègues sur des poufs, avec ordinateurs et smartphones.

Mon téléphone vibre sur le bureau. C’est José [ndlr : son véritable prénom a été modifié pour garantir la confidentialité], le client qui passe son temps à m’appeler… pour finaliser chaque appel par : “Je t’envoie un résumé de ce que je viens de te dire par mail”.  

José, c’est un super client, je l’aime beaucoup. Mais José est l’incarnation du “mème” “This meeting could have been an email” - cette réunion (ou cet appel) aurait pu être un mail. Et, ça ne sera pas une grande surprise pour la plupart des jeunes lecteurs : José fait partie de la génération X. Sur ce sujet, bien que je fasse partie de la génération des Millenials, je me rapproche plutôt des 23% des Gen Z qui seraient touchés par la téléphobie, cette peur complètement irrationnelle de parler au téléphone. Ces jeunes passent d’ailleurs en moyenne cinq minutes seulement au téléphone ou en visioconférence par jour.

C’est un fait : les plus jeunes de vos collaborateurs préfèrent la communication asynchrone, par messages ou par vocaux, plutôt que les réunions, les appels ou les Zoom. Leurs avantages ? Ces canaux leur permettent de contrôler leur discours finement, ne leur imposent pas d'apporter une réponse immédiate à ce qui leur est demandé… et surtout, ils évitent ces moments qui peuvent être gênants, voire anxiogènes comme les flottements dans une conversation, ou les hésitations. En langage jeune, on appelle ça “cringe”.

Il faut dire que nous, Millennials et Gen Z, avons tous grandi avec des modes de communication digitaux entre les mains. Tandis que les Millennials ont formé leurs premières amitiés sur MSN ou dans des chatrooms, la génération suivante perçoit la communication numérique comme une seconde nature. Tous, nous sommes fanatiques de la communication instantanée mais asynchrone. A contrario, nos aînés, les boomers et X, privilégient plutôt les relations personnelles, et la communication directe et formelle. Les appels téléphoniques, les interactions en face-à-face, et les comptes-rendus de réunion font partie de leurs méthodes de relation et de travail originelles… et ils ne sont pas vraiment prêts à les lâcher !

Pourtant, en 2025, impossible de blâmer l’illectronisme de ces générations pour ces fameux meetings qui pourraient être des mails. On a bien vu pendant les confinements de 2020 que toutes les générations avaient réussi à s’approprier les outils de collaboration à distance - que ce soient les outils de visioconférence ou les logiciels de messagerie instantanée. Alors pourquoi cette notion de communication synchrone ou asynchrone semble-t-elle diviser autant les générations au travail ?

Bien entendu, cette question pose celle, plus large, de la gestion du travail. Quand José me propose une réunion ou un call qui pourrait se résumer en un mail, il me “coupe” dans mes tâches quotidiennes, et m’empêche d’avancer dans ma to-do list. Mais ça, ça n’a rien de générationnel : José lui-même doit régulièrement être embêté par une réunion calée dans son planning par son N+1. J’irais donc plus loin dans cette réflexion. Est-ce qu’organiser une réunion pour simplement diffuser des informations ou demander de réaliser une tâche ne serait pas le symbole, pour les plus jeunes, de générations qui perçoivent toujours le management dans un style trop directif, “à la papa” ?  

Lorsqu’un manager issu de la génération des baby-boomers ou de la Gen X organise ce type de meeting, un jeune collaborateur peut aisément l’interpréter comme un besoin de contrôle, de micro-management - et donc, un manque d’autonomisation ou de confiance. Pourtant, je ne doute pas que, dans la tête de nos aînés, c’est surtout un moyen de créer un lien humain, dans un monde du travail chaque jour plus distanciel et digitalisé.

Alors, serait-on condamnés à subir ces réunions synchrones qui, en apparence, ne nous servent à rien ? Ou bien doit-on majoritairement imposer une communication par courriel ou par messagerie instantanée ? Comme souvent, la réponse se trouve à mi-chemin - et surtout, dans la collaboration intergénérationnelle.

Et si on s’accordait tous sur ce à quoi ressemble une réunion ou non ? Si on parlait de ce qu’on attend d’un moment de synchronicité entre collaborateurs, de la longueur idéale d’une réunion, du nombre de participants maximum… et de tous ces autres irritants dont on n’ose jamais parler ?

Pour ça, promis, on pourra organiser une réunion en bonne et due forme ! 

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Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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La Gen Z plaque le management… et elle a ses raisons

Générations

  4 mins

 

Jeune femme pensive avec lunettes devant une valise et des icônes illustrant des idées

En 2019, alors que je rencontre le patron d’une belle agence de marketing parisienne, il me propose un poste de directrice de clientèle. Figurez-vous que je passe les différentes étapes du recrutement, que je rencontre tous les grands patrons, que je vais jusqu’à négocier mon salaire potentiel… pour finalement dire “non”.

J’ai eu très peur, tout à coup. Peur de prendre un poste aussi important, potentiellement aussi chronophage… et surtout, aussi managérial. Sans le savoir, j’ai fait ce que les jeunes d’aujourd’hui appellent du Conscious Unbossing – autrement dit le fait d’éviter consciemment les postes à responsabilité.

C’est la Gen Z qui commence à populariser ce terme, via TikTok notamment. Sur le réseau social, on voit des dizaines de jeunes professionnels de moins de trente ans expliquer combien les postes managériaux les rebutent. Ils seraient d’ailleurs 52 % à ne pas vouloir être manager - dont 16 % à être certains de réussir à éviter ce type de poste tout au long de leur carrière ! Si ma propre histoire de Conscious Unbossing cachait en fait un grand manque de confiance de ma part, le refus de prise de responsabilités des Gen Z n’est pas exactement lié à ce type de souci. Toujours dans cette même enquête Robert Walters, on découvre que 69 % d’entre eux ne veulent pas de rôle managérial car ce type de poste est à la fois trop stressant et pas assez récompensé. Mais surtout, 72 % des Gen Z disent qu’ils préfèrent mettre l’accent sur un parcours individuel (soit centré sur leur montée en compétences et leur développement personnel). En somme, ils veulent continuer à progresser tout au long de leur carrière - et le management leur paraît être une voie de garage, où l’on n’évolue plus, où l’on n’apprend plus, tant on doit faire face à des situations opérationnelles stressantes et peu épanouissantes.

En somme, le Conscious Unbossing semble condenser tout ce contre quoi la Gen Z s’érige dans le monde du travail : le manque d’évolution personnelle au profit des besoins des entreprises, la difficulté à équilibrer vies professionnelle et personnelle, ou encore la rémunération qui laisse à désirer. Voilà qui est impossible à contrer.

Mais, pour une fois, j’ai envie de prendre un peu moins la défense des plus jeunes générations, et de soulever les problèmes à plus long terme que, selon moi, le Conscious Unbossing pourrait poser. En effet, comment pouvons-nous nous assurer que nos environnements de travail restent intergénérationnels et inclusifs si une majeure partie d’une génération se met à refuser de prendre un rôle de leadership ? En somme, il me semble que derrière le Conscious Unbossing réside un risque : celui d’appauvrir la diversité intergénérationnelle, en purgeant les rôles de leaders d’une génération tout entière.

Alors, pour répondre à cette problématique d’avenir, réfléchissons à un renouveau de nos modèles managériaux. Très sincèrement, je ne peux que comprendre le manque d’attrait de la Gen Z pour le management, quand je vois combien de managers finissent leurs semaines sur les rotules - et pas plus épanouis que ça !  Parce que, ce que la Gen Z fuit, ce ne sont pas les responsabilités, mais plutôt la posture du manager qui prend tous les coups, coincé entre le marteau de la direction et l’enclume de son équipe, sans pour autant bénéficier d’un travail avec plus de sens.

Est-ce que le manager de demain, qui répond à la fois aux besoins de l’entreprise, à ceux de son équipe et aux siens, n’est pas plutôt une sorte de coach, de mentor, qui aide ses collaborateurs à gagner en autonomie et en prise d’initiative ? Un manager qui peut continuer à exercer les tâches opérationnelles qu’il affectionne, tout en aidant chacun à répondre aux objectifs stratégiques de l’entreprise ?  

Que vous soyez en phase ou non avec cette vision idéalisée du leadership de demain, le fait de revoir notre copie sur la posture accordée aux managers dans l’entreprise devient urgent. Dans l’enquête toujours, 36 % des Gen Z affirment qu’ils s'attendent à devoir occuper un tel poste à un moment ou à un autre de leur carrière, même s’ils ne le souhaitent pas. Alors, si l’on veut éviter de voir tous ces individus devenir des managers démotivés et démotivants, il est temps de réinventer le management, pour le rendre attractif et épanouissant.

L’écriture de cette chronique me donnerait presque envie de prendre le poste que j’ai décliné en 2019, tiens - ça commence bien !  

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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chronique

Help ! La Gen Z fait craquer les codes de l’entreprise

Générations

  3 mins

 

Jeune femme utilisant la commande vocale de son smartphone pour communiquer de manière décontractée

Sur Instagram et TikTok, je vois souvent passer des posts sur la génération Z dans le monde du travail.  Avez-vous déjà vu ces publications où on a “demandé au stagiaire Gen Z de monter la vidéo”, et où on se retrouve avec une interview composée uniquement des moments les plus gênants de l’interview du boss ? Ou bien ces posts où défilent les signatures d’email des Gen Z, plus irrévérencieuses les unes que les autres ? À titre personnel, ces posts me font beaucoup rire. Mais a priori, ils peuvent aussi provoquer la réaction inverse chez certains collaborateurs, dans leur vie de bureau de tous les jours !

Changer de management avec les jeunes

En faisant des recherches pour cette chronique sur les générations au travail, je tombe sur un chiffre : 18 % des managers auraient songé à quitter leur poste à cause du stress provoqué par la Gen Z, et doivent aussi s’adapter à la montée des Zillennials. Sur le podium des raisons pour lesquelles les managers ne supportent pas ces jeunes, on retrouve : leur mauvaise éthique de travail, leur manque d’initiative, leur mauvaise gestion du temps, leur professionnalisme qui laisse à désirer… et bien entendu, leur utilisation excessive des smartphones sur le lieu de travail.  Conséquence ? Deux-tiers des managers disent avoir changé leur style de management pour s’adapter à leurs jeunes collaborateurs. Ils leur donnent plus de feedback, les micro-managent, et prévoient plus de temps pour réaliser leurs tâches. Vous allez me dire : c’est une étude étatsunienne. Mais laissez-moi vous rétorquer que des études menées en France corroborent ce ras-le-bol. Dans notre pays, presque un dirigeant sur deux trouve qu’il est difficile de faire évoluer cette génération dans le monde de l’entreprise, et les targue de “moins fidèles”, “moins investis”, et “moins respectueux” que leurs aînés. Outch. Alors oui, je le confesse : moi aussi, parfois, je les trouve un peu agaçants, ces Gen Z, avec leurs envies de liberté, de penser “out of the box” et de redéfinir les codes bien établis, bien rassurants, de l’entreprise. Mais au fond, est-ce qu’on n’a pas tous déjà rêvé de faire un pied-de-nez à notre patron face à une énième demande insensée ? Et, au-delà du fait qu’il sommeille en nous un employé irrévérencieux que l’on bride… les règles du monde du travail sont-elles établies parce qu’elles sont vraiment bénéfiques ou continuons-nous à les suivre par simple habitude ?

Un peu de compassion pour la Gen Z ?  

Pour moi, ce débat rejoint celui qui ressort chaque année avec la nouvelle édition du dictionnaire, où des mots qui paraissent incongrus pour les générations précédentes apparaissent (comme crush ou ghoster en 2025). Les plus jeunes s’en réjouissent, les plus conservateurs s’en indignent. Mais les mots du dictionnaire doivent-ils être “adoubés” dans le dictionnaire par leur usage - ou bien est-ce l’inverse ? En entreprise, c’est pareil : doit-on suivre les mœurs de l’entreprise, ou doit-elle s’habituer à celles de ses collaborateurs ? Sachant qu’en 2025, 27 % des salariés font partie de la Gen Z, le débat devient plus qu’important. Personnellement, j’ai beaucoup de compassion pour cette génération qui vient tout juste d’arriver dans monde du travail. Je me souviens de l’époque (pas si lointaine !) où je commençais, et combien j’étais en manque de repères pour naviguer dans ce monde aux mœurs étranges, si lointaines de ce que j’avais connu avant. Et je compatis d’autant plus avec la Gen Z quand je comprends dans quel monde elle a grandi. Comme le rappelle Annette Chazoule, manager de l’offre Management et Changement chez Cegos : “Ce qui caractérise une génération, c’est ce qu’elle a vécu de sa naissance à ses 25 ans”.

Alors refaites le tour des événements marquants des vingt dernières années (Covid, guerres, effondrement de la biodiversité pour ne citer qu’eux), et dites-moi si, vous aussi, en grandissant dans cette atmosphère, vous n’auriez pas envie de vous évader un peu plus de la morosité de l’open-space en signant votre email de manière humoristique. 

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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Sexisme au travail : la jeunesse face à ses propres divisions

Générations

  4 mins

 

Quatre jeunes collègues, trois femmes et un homme, levant le poing en signe de solidarité et d’égalité au travail

Récemment, un ami m’a raconté son dernier entretien d’embauche. Au détour d’une question, sa manageuse potentielle lui demande : “Ça ne te dérange pas de travailler avec des femmes ? Parce qu’on est uniquement des femmes dans l’équipe”. Mon premier réflexe : en tant que féministe aguerrie, j’ai applaudi des deux mains face à ce mini-matriarcat. Mais quelques secondes plus tard, un goût amer prend le dessus : en 2025, faut-il continuer à s’inquiéter de l’arrivée d’un homme dans une équipe majoritairement féminine ?

En lançant cette chronique, je savais que j’avais envie de parler des inégalités femmes-hommes. Et le faire sous l’angle des générations au travail, c’est pour moi l’occasion de penser que peut-être la lutte féministe aboutira chez les nouvelles générations.

Des jeunes plus clivés sur le sujet  

Quoi de mieux pour trouver des chiffres sur le sexisme que de creuser le dernier rapport du Haut Conseil de l’Égalité ? On y apprend sans surprise que les inégalités entre les femmes et les hommes au travail persistent. D’ailleurs, le travail est considéré comme le lieu où les inégalités de traitement entre les femmes et les hommes sont le plus reconnues (à 76 %), devant des espaces comme la rue, les transports ou encore le monde politique. On y découvre aussi que les actes de sexisme “ordinaire” indignent de moins en moins les individus, quel que soit leur genre. Par exemple, une réunion de travail où il n’y a que des hommes n’est jugée révoltante que par 44 % des personnes - un chiffre en chute de 5 points par rapport à l’année précédente. Mais ce rapport fait-il cas de différences entre les générations au travail ? Pas vraiment - en tout cas, il ne nous éclaire pas beaucoup sur la manière dont les jeunes vivent les discriminations de genre dans le monde du travail lui-même.

Le rapport fait cependant la lumière sur la manière dont les 15/24 ans appréhendent le sexisme. Tandis que les jeunes femmes sont toujours plus nombreuses à considérer qu’il est difficile d’être une femme dans la société, les jeunes hommes s’emparent autrement du sujet. Ils sont de plus en plus nombreux à clamer qu’il est également difficile d’être un homme dans la société. Les générations plus anciennes (et surtout les hommes) se désintéressent de la question. Mais les jeunes hommes sont de plus en plus prompts à mettre en avant leurs propres difficultés à vivre leur genre dans la société. Le rapport conclut : “Les jeunes femmes ne suivant pas, pour le moment, la même trajectoire d’opinion, il peut s’agir ici d’une nouvelle ligne de clivage au sein des jeunes générations dans la manière d’appréhender le sexisme”. Joyeux, n’est-ce pas ?

Le travail : lieu-miroir d’une société inégalitaire

Les politiques d’inclusion et d’égalité femmes-hommes au travail n’auraient donc pas l’impact escompté - ni sur l’écart salarial, ni sur les mœurs des collaborateurs et collaboratrices ? Apparemment, non. Et, malgré tout l’espoir que je mettais en ces nouvelles générations pour endiguer ces discriminations, je me dis aujourd’hui que cela n’a rien de surprenant. Qu’on le veuille ou non, le travail est un espace nécessairement politique. Et les individus qui “font société” en entreprise sont nécessairement influencés par ce qui se passe à l’extérieur. Or, chez les jeunes, les biais algorithmiques et autres bulles Social Media ne favorisent pas la discussion sur l’égalité femmes-hommes… Le pire ? Les jeunes, comme les plus âgés, ont perdu l’habitude de débattre ainsi que la capacité à accueillir la différence.

Une théorie pour garder l’espoir ?

Alors, la faute aux politiques d’égalité femmes-hommes, trop “molles”, des entreprises ? Et si le problème se trouvait plutôt dans l’air du temps ? Au cours de mes recherches, je suis tombée sur une théorie sociologique concernant les générations. Certes controversée, elle est assez éclairante sur ce suje.  Il s’agit de la théorie générationnelle de Strauss-Howe. L’idée ? Que l’histoire des sociétés évolue selon un cycle récurrent de quatre archétypes générationnels, qui se succèdent tous les 20 à 25 ans - soit environ une génération. En somme : chaque génération vient influencer les événements historiques et les tendances culturelles, et 4 archétypes répètent le même schéma dans l’histoire tous les 80 à 100 ans. Pour faire simple, si l’on suit cette théorie, en ce moment, nos plus jeunes collaborateurs font partie de l’archétype des “artistes”. Ils vivent en période de crise, qui les pousse à être sensibles, introvertis, et à se terrer dans un repli identitaire.

Après les Gen Z arriveront les Alpha. On rentrera alors dans un nouveau cycle générationnel, appelé le “réveil collectif”, dont l’archétype générationnel est le “prophète”. Celui-ci prône la cohésion sociale, les idéaux moraux, les nouvelles idées visionnaires. Mais il faudra peut-être attendre la génération suivante, celle du “réveil spirituel” et de son archétype, les “nomades”, pour faire émerger un nouveau mouvement féministe - comme, à l’époque, celui de la libération des femmes dans les années 60 et 70.

Du coup, on se retrouve dans quarante ans pour la suite de cette chronique ? 

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Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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