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chronique

La retraite : qui la redoute et qui en rêve ?

Générations

  4 mins

 

Un fils souriant enlace son père retraité dans un jardin verdoyant

En octobre dernier, ma belle-mère a pris sa retraite. Plusieurs mois avant le d-day, elle en parlait, l’organisait, l’imaginait. Toujours avec une note craintive dans la voix au point que mon conjoint s’inquiétait qu'elle s'ennuie sans son quotidien professionnel.  

Pour ma part, j’ai commencé à développer une tonne d’idées sur ce qu'elle pourrait faire de ses journées. À savoir : tout ce que je n'ai pas le temps de faire des miennes (ou du moins, c'est l'excuse que je me trouve). Apprendre à dessiner, aller au cinéma, voir des films en avant-première, cuisiner de nouvelles recettes dont la liste d'ingrédients demande de faire les courses dans quatre magasins différents, et enfin, oui enfin, lire l'intégralité d’”À la recherche du temps perdu”.

Autour de moi, nous sommes nombreux à regarder avec envie nos parents prendre leur retraite. Nos parents, eux, la craignent ou la subissent de plein fouet. Pourquoi cette différence de perception ?

Est-ce parce que nous sentons que nos générations n'auront pas accès à une pension de retraite assez élevée pour aller au cinéma chaque mois ? Est-ce un manque de maturité de notre part que d'imaginer qu'une journée libre est la plus belle perspective qu'on puisse avoir ? Ou est-ce tout simplement parce que notre rapport au travail est différent de celui de la génération de nos parents ?

Tout d’abord, sachez que c’est bel et bien un fait : la retraite fait rêver, toutes générations confondues. Pour 50 % des personnes âgées de plus de 18 ans, c’est “une nouvelle vie qui commence”, tandis que presque 45 % d’entre elles sont attirées par le fait que la retraite offre “plus de temps pour soi”. Pour presque 30 %, la retraite est même synonyme de “repos”, de “sérénité” rapporte une étude de la Caisse des Dépôts.

Pourtant, selon cette même étude, quand on se retrouve aux portes de l’inactivité professionnelle, le bien-être chute significativement : -0,5 points sur 10 lors du passage à la retraite. Plongeon en piqué vers la déprime.

A rebrousse-poil de ces chiffres, j’aime à penser que, lorsque notre temps arrivera à nous aussi, les Millennials, de rendre nos tabliers, nous célébrerons la retraite comme l’étape de vie fantastique que nous avions imaginée.

Pourquoi ? Parce que les jeunes générations cherchent d’ores et déjà à se définir ailleurs que dans leur travail et à trouver du bien-être dans les activités parallèles qu’elles entreprennent. D’ailleurs, nous sommes de plus en plus à avoir des activités professionnelles en parallèle de notre boulot principal. En 2022, plus d’un quart des actifs français étaient déjà des “slasheurs” - soit des personnes ayant une deuxième activité en plus de leur job principal. Et 96 % le font par choix, et non par nécessité (étude Creatests).

En somme, les jeunes semblent craindre moins l’inactivité professionnelle parce qu’ils construisent déjà un système de sens dans leur vie personnelle.

Alors, derrière la crainte de nos aînés vis-à-vis de la retraite, il me semble qu’il se cache une leçon pour nos entreprises. Plus que de donner du sens au travail lui-même, ne serait-il pas formidable que les entreprises permettent aux individus de découvrir leur valeur en dehors de leur métier ?

Et si nos entreprises étaient capables de nous offrir, non seulement plus de sens, mais aussi assez de “temps de cerveau disponible”, en dehors de nos missions quotidiennes, pour faire de nous de meilleurs futurs retraités ? Des inactifs qui continueront à percevoir le travail comme foncièrement positif, à le prôner comme tel auprès des générations suivantes… mais qui n’auront pas peur de le quitter, car ils auront conscience de toutes les qualités qu’ils peuvent apporter ailleurs ?

Pour ça, il nous faudrait repenser la valeur travail elle-même, à l’aune de ce qu’elle apporte vraiment à la société.

J’en veux pour exemple mon père. Avec plus de quarante ans passés dans la même entreprise, il a été le plus fidèle de tous les collaborateurs. Quand il a pris sa retraite, il a continué à travailler plusieurs années pour le même employeur, mais en tant qu’indépendant. Et, lorsque cette même entreprise a commencé à lui proposer des missions ayant moins de sens pour lui, il a arrêté toute activité rémunérée, pour passer du côté retraité de la force : l’association de quartier et les siestes bien méritées.

Je rêve d’un monde où on nous aide moins à devenir de parfaits travailleurs que de formidables retraités. Travailler mieux, pour gagner plus de valeur à la retraite : ça vous parle ? 

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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Les jeunes : vraiment impossibles à manager ?

Générations

  4 mins

 

Homme mature en costume, l’air sceptique et concentré face à son ordinateur dans un bureau lumineux.

Lorsque j'étais en agence, un jour, ma manageuse m'a dit : "Eléonor, tu es difficile à manager". Elle avait pourtant à peine dix ans de plus que moi et nous entretenions une bonne relation. J’admirais son ardeur au travail, elle aimait ma manière de travailler.

Mais il existait une différence majeure entre nous. Elle se dédiait corps et âme à l’entreprise, assez ambitieuse pour accepter les virages à 180° de notre patron et avaler les couleuvres des clients avec le sourire. Une superbe directrice clientèle, en somme.

A contrario, je ne m’empêchais pas de râler. Pas devant les clients, bien sûr, ni devant le patron. Je râlais souvent seule, ou avec mes collègues, mais aussi auprès de cette manageuse.

Râler est une discipline olympique française, héritage de notre Révolution, peut-être d'autant plus dans le milieu pro. Et désormais, cette discipline ne se fait plus en secret, à la machine à café, mais ouvertement, face aux principaux intéressés. Des histoires d’amis prêts à en découdre avec leur manager face à une injustice ou un désaccord, j’en ai des dizaines. Alors sommes-nous tous devenus "impossibles à manager” ?

Pour répondre à cette question, je me tourne vers ma propre expérience. Dans cette même agence, au bout de quelques mois, on me propose un poste de cheffe de projet. Je me retrouve dans une situation délicate : je dois guider une équipe dont les membres sont aussi jeunes que moi. Pire encore : ils sont pour certains devenus des amis.

Me voilà face à mes collègues chéris, à devoir animer une réunion hebdomadaire où je leur demande des comptes sur leur travail. Et devinez quoi ? Je les trouve difficiles à manager aussi. Ils justifient de n’avoir pas pu finir leur tâche par la quantité de boulot que tel autre chef de projet leur a donné. Ils remettent en cause les objectifs fixés. Ils attendent de moi que je les félicite d’avoir finalisé une mission qui a trois semaines de retard. Miroir, miroir.

Tant bien que mal, j’essaie d’appliquer les basiques du management bienveillant. Patience, empathie, reconnaissance. J’essaie aussi de donner du sens aux tâches que je leur confie, y compris quand il est pour moi aussi assez flou. Ironie du sort : je me retrouve à être une bien piètre manageuse, incapable de rattraper les retards accumulés, molle face à mes collègues et démunie devant mon boss.

Et là, ça me frappe. Les jeunes ne sont pas impossibles à manager. Les managers ne sont juste pas à la hauteur de leurs besoins. D’ailleurs, les jeunes veulent être managés - ils sont 72 % à dire qu’un leadership fort est essentiel pour qu’ils se sentent bien dans une entreprise (The Born Digital Effect, Citrix Systems). Mais ils veulent être managés à leur juste valeur.

Or, on ne naît pas manager, et il n’existe pas de guide du parfait manager. Il n’y a que des managers qui essaient, qui échouent, pour mieux créer l’engagement de leurs talents et les faire briller. Chris Argyris, théoricien des organisations, nous donnait dans les années 60 une méthode pour repenser le management : l’apprentissage organisationnel en double boucle.

Actuellement, nos entreprises fonctionnent par apprentissage en simple boucle : le manager détecte un écart entre l’objectif et le résultat ; il ou elle essaie de le corriger en adaptant méthodes et processus. Par l’apprentissage en double boucle, si un écart est constaté plusieurs fois, il s’agit de remettre en question les valeurs qui sous-tendent l’objectif lui-même.

Prenons une comparaison pour éclaircir le propos. Si votre thermostat vous indique qu’il fait 25° chez vous, et que vous continuez à claquer des dents, vous ne remettez pas en question le fait que vous avez froid (apprentissage en simple boucle) : vous vous tournez vers les réglages de votre thermostat (apprentissage en double boucle).

Pour le management, il en va de même. Si tous vos jeunes collaborateurs sont malheureux, peu performants, et s’en vont, inutile de blâmer leur attitude. Revoyez plutôt les réglages de l’organisation : ses valeurs et la manière dont elles sont appliquées au quotidien.

En somme, il s’agit de remettre en question de manière systémique la manière dont on apprend de nos erreurs, en prenant en compte les comportements et les motivations des collaborateurs.

Collaborateurs et managers ne sont alors plus de simples rouages d’une machine qu’il faut faire tourner à tout prix. Ils deviennent les fondements même de pourquoi cette machine fonctionne, et comment elle pourrait mieux tourner.

Pour répondre à la question initiale, voici une hypothèse. Peut-être sommes-nous simplement coincés dans un système obsolète qui nous empêche d’être, plus manageables d’un côté et meilleurs managers de l’autre.  

Et si on redéfinissait ensemble, toutes les générations main dans la main, les valeurs qui sous-tendent le management ? 

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Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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C’est qui le boss ? La figure du patron au prisme des différentes générations

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  3 mins

 

Un salarié vient présenter son rapport à son patron.

Récemment, je suis tombée sur un article (ne me demandez pas comment - vive la sérendipité des réseaux sociaux) décrivant le “management à la suédoise”. Dans cet article, l’auteur décrivait les valeurs que devait incarner un bon manager. Accessible pour ses collaborateurs, transparent, bienveillant et respectueux : ce manager semble incarner “le bon collègue” que l’on rêve tous d’avoir comme supérieur hiérarchique.

“Tous”, ai-je dit ? Peut-être pas, notamment si l’on observe les attentes des uns et des autres sous la loupe des différentes générations. J’en veux pour exemple mon père (encore lui !) : lorsque je lui parle de hiérarchie flat, il tord immédiatement le nez. Et je suis prête à parier qu’il n’est pas le seul boomeur à trouver ce concept saugrenu, voire totalement contre-productif.

Il est donc temps de se retrousser les manches et de mettre le nez dans les chiffres.

Dans la génération X – les personnes nées entre les années 1965 et 1980, la fameuse génération qui précède la mienne, les qualités les plus recherchées chez un manager ou une manageuse seraient les capacités d’écoute et de communication (30 %), les compétences en coaching (26 %), la capacité à partager ses connaissances (23 %) et celle à responsabiliser ses collaborateurs (21 %) (étude Zety). La reconnaissance du travail accompli n’arrive qu’en cinquième position sur le podium et, bien loin derrière, le fait qu’un manager se préoccupe du bien-être de son équipe.

Je n’ai malheureusement pas trouvé de classement similaire pour ma génération, celle des Millennials. Mais, lorsque l’on sait que nous sommes 57 % à vouloir que nos efforts soient reconnus par nos managers et 65 % à dire que “l’ambiance de travail” est l’élément qui compte le plus dans nos choix professionnels (étude EY), on se doute que notre attention est plus portée sur le management bienveillant que sur le leader charismatique.

En revanche, des chiffres existent pour les plus jeunes encore : ceux de la Gen Z, soit les 18 - 24 ans. Pour eux, le manager idéal est celui qui “crée un environnement de travail épanouissant” (31 %), “reconnaît le travail accompli” (30 %), “donne confiance” (21 %) et “fait progresser” (20 %) (étude Fondation Jean Jaurès). Selon la même étude, l’élément qui manque le plus aux entreprises aujourd’hui est “la place accordée à la parole et à la participation des salariés”. Et 20 % d’entre eux rêvent même d’une “relation d’égal à égal” avec leur manager.

Alors, que s’est-il passé, en l’espace de trois générations, pour que l’on passe d’une envie d’être managé par un collègue via une structure hiérarchique claire, à l’appétence pour un management transversal, voire plat ?

À mon sens, cela a grandement à voir avec l’émergence du digital, et notamment d’Internet. La génération de nos parents a connu une entreprise où, pour contacter son boss, il fallait frapper à son bureau - ou bien, pratique qui semble préhistorique pour bien des collaborateurs aujourd’hui : l’appeler au téléphone. Désormais, le patron est accessible en deux temps trois clics, via mail ou messagerie instantanée, parfois sans avoir besoin de voir son visage. Une distance qui, immédiatement, désacralise le manager.

Qui plus est, sans Internet, le manager était détenteur du savoir, de la connaissance. Désormais, à portée de souris, on obtient l’historique de tout ce que l’on a besoin de savoir - voire mieux : on peut se former, et devenir peut-être même plus compétent que le patron lui-même.

Ajoutez à cela que le management est souvent plus un statut obtenu par “évolution naturelle” dans l’entreprise que par compétence réelle et vous obtenez de jeunes collaborateurs qui divinisent beaucoup moins la figure du patron.

Alors, que nous reste-t-il, à l’heure où nos boss sont potentiellement aussi bien outillés que nous ? Je vous le donne en mille : l’humain derrière la cravate.

Petit à petit, les plus jeunes semblent nous faire nous diriger vers un management à la suédoise. Et si c’était moins par manque de respect pour l’autorité que par pur besoin de contact humain ? 

 

 

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Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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Et toi, tu fais quoi dans la vie ?

Générations

  4 mins

 

Homme tricotant un pull jaune devant son ordinateur portable dans un espace cosy

Pas un mois ne se passe sans que, au détour d’une rencontre, on ne me pose la question fatidique : “Et toi, tu fais quoi dans la vie ?”.  

Si, il y a des années de ça, j’étais heureuse de donner la réponse attendue (“tel poste, dans telle entreprise”), désormais, je trouve cette réponse très triste. J’ai même envie de répondre à contre-sens : “Je fais du yoga et je suis la reine des quiches chèvre / épinards”. Cette réponse me semblerait plus intéressante pour la personne face à moi que de lui expliquer mon métier (que la plupart des gens ne comprennent, de toute façon, pas vraiment).

En 2025, il me semble que je suis loin d’être la seule, dans la génération Millennials, à ne plus avoir envie d’être définie par mon métier. À l’inverse, nos parents semblent toujours aussi enclins à se définir par leur travail, y compris pour ceux qui sont désormais à la retraite. D’où vient ce changement apparent de paradigme ?

La première réflexion qui me vient à l’esprit lorsque je compare nos deux générations, c’est la mutation du marché du travail entre notre génération et celle de nos aînés. Aujourd’hui, le plein emploi semble être devenu un mythe inventé pour nous faire rêver, l’ascenseur social est en panne permanente au sous-sol et, au fil des JT, l’avenir semble de moins en moins rayonnant. Sans compter qu’avec l’avènement des nouvelles technologies, certains métiers semblent n’avoir même plus d’avenir du tout - dont le mien, voué à disparaître peut-être avec l’essor de l’IA.

Au point qu’aujourd’hui, un étudiant sur deux pense qu’il lui sera difficile de trouver un premier emploi - et que deux sur trois pensent que ce travail ne correspondra pas nécessairement à leurs aspirations, selon une étude de l’APEC.

Dans ce contexte, difficile de baser son identité sur quelque chose d’aussi incertain et mouvant que le marché actuel. Par conséquent, on cherche à se définir par d’autres moyens. On se trouve un métier avec une bonne rémunération (le critère le plus important pour 59 % des jeunes, selon cette même étude de l’APEC). Mais pour nourrir nos envies de voyages, nos espoirs d’acheter un appartement ou juste pour payer notre prochain restaurant entre amis sans se soucier de devoir “faire une folie”.  

On cherche un métier assez flexible pour pouvoir profiter de notre vie personnelle - et ce, quitte à travailler sur des horaires non conventionnels, comme 53 % des jeunes qui se disent prêts à travailler très tôt le matin ou très tard le soir dixit l’enquête OpinionWay x Le Parisien.

On rêve de l’entrepreneuriat. Mais pas de son modèle hyper-capitaliste : plutôt de celui de la toute petite entreprise qui permet d’obtenir un équilibre vie professionnelle / vie personnelle parfait. Et pourtant, même dans ce modèle, on s’échine à ne pas parler de notre métier en soirée.

En revanche, la génération qui suit la mienne semble porter un autre regard sur le travail. Les (encore très jeunes) Z ne se font aucune illusion sur le fait que le monde professionnel n’est pas des plus gais mais ils agissent avec courage pour le rendre plus beau pour eux. Ils sont déjà 38 % à avoir quitté un emploi parce que celui-ci entravait leur vie personnelle (Randstad) et 98 % se définissent comme déterminés et curieux (EY x Skema).

Ils ne cherchent pas du sens dans ce qui se présente à eux : ils construisent leur propre sens. Certains (dont nos aînés) diraient qu’ils sont fous - je dis d’eux qu’ils sont inspirants. Inspirants pour chacun d’entre nous, individuellement ; mais aussi et surtout pour les entreprises, qui cherchent à insuffler du sens dans le quotidien de leurs collaborateurs.

Aidez vos talents à trouver le sens de leur travail, individuellement, en leur proposant des formations passionnantes, des évolutions de carrière stimulantes, des perspectives (même lointaines) trépidantes, qui collent à leurs rêves et en toute honnêteté. Ils vous le rendront. Ils seront enfin fiers de répondre à cette fameuse question “Tu fais quoi dans la vie ?”. Et qui sait ? Peut-être même qu’ils mentionneront le nom de votre entreprise. 

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Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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POV : La génération Alpha débarque en entreprise

Générations

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Trois jeunes de la génération Alpha dans un ascenseur

En décembre, le plus grand de mes neveux a fêté ses quinze ans. Il fait donc partie de la génération Alpha, née entre 2010 et 2020. Et moi, tata aux trente-trois bougies soufflées il y a peu de temps, je reste bouche bée quand il me raconte son stage de troisième et ses ambitions pour l'avenir. Le petit (plus si petit que ça !) a passé une semaine entière à suivre des avocats au Tribunal, à assister à des procès et il n'a désormais qu'une idée en tête : travailler dans le droit - peut-être le droit des entreprises. Slay.

La différence entre ma perception du travail à quinze ans et la sienne est saisissante. À son âge, je voulais être journaliste, "juste pour passer mon temps à écrire” et n’avait absolument aucune idée de comment en arriver là.

Loin de me faire paniquer, cette différence me pousse plutôt à imaginer ce à quoi ressemblera une entreprise où la génération Alpha déboule. Laissez-moi vous en peindre un portrait plus positif que ce que l’on pourrait en penser.

Les Alpha viennent d’une génération hyper-connectée - plus encore que leurs aînés, les Gen Z. Assistés par des outils d’automatisation dès leur plus jeune âge, on peut penser qu’ils vont lutter avec une attention hyper-fragmentée et avoir du mal à s’adonner à des tâches répétitives. Pourtant j’ai envie d’imaginer qu’ils seront plutôt capables d’accueillir un flux d’information immense et, s’ils sont bien formés, à le traiter mieux que nous. Quant au fait d’être rebuté par les tâches répétitives… c’est quand, la dernière fois où vous étiez heureux de devoir remplir à la main, ligne après ligne, votre infernal tableur Excel, dites ?

Mais les Alpha ne sont pas seulement hyper-connectés : ils sont également habitués à l’hyper-personnalisation. Tout leur tombe tout cru entre les doigts : les recommandations de vidéos qui leur plaisent sur YouTube, les contenus qui parlent de leurs sujets de prédilection sur TikTok. Alors doit-on s’attendre à une génération nombriliste, incapable de s’habituer au management, au travail en équipe, et à ses concessions ?

Ma perception est tout autre. Ces jeunes auront surtout beaucoup plus de facilité que nous à exprimer leur identité, et à se créer un personal branding - pas seulement autour de leur formation ou de leur expérience, mais aussi à partir de leurs compétences proprement humaines. D’autant qu’ils sont habitués à apprendre de manière autonome sur Internet, et vont donc rapidement nous faire revoir notre copie à propos des “Bac + 72” demandés dans les fiches de poste actuelles. Ne devrions-nous pas célébrer le fait qu’ils vont enfin nous pousser à remettre en question un système de reconnaissance poussiéreux, basé sur des grilles obsolètes ?

Parce que, dans un monde en crise perpétuelle, où les inégalités sociales s’accroissent au détriment des moins avantagés, il est probablement temps de revoir nos façons de recruter, de travailler, de collaborer. Les Alpha le savent déjà mieux que nous, puisqu’ils sont nés dans ce monde bouleversé. On ne leur en voudra donc pas de ne pas faire confiance aux institutions préétablies, qui n’apportent ni preuves concrètes de leur efficacité ni sens réel, ou bien de remettre en question un management vertical dont nous-mêmes souffrons déjà.

C’est une certitude : les Alpha vont nous pousser à revoir plus profondément encore le système de sens que l’on met derrière le travail. Ils sont déjà plus de 30 % à exprimer le désir de consacrer leur avenir à aider les gens ou la planète (étude Razorfish). Pas nombrilistes pour un sou, ils voudront également aider leurs pairs les plus proches : 96 % des Alpha de 7 à 9 ans croient en un traitement équitable pour tous (étude Cogan). Ce chiffre me ferait presque monter les larmes aux yeux.

J’en suis persuadée : la génération Alpha va être celle qui va enterrer les vieilles habitudes professionnelles qui nous heurtent déjà : management descendant, méthodes de recrutement surannées, inégalités de traitement et de salaire, manque de reconnaissance, process dépassés… Ils deviendront nos meilleurs alliés pour dessiner un monde du travail qui a plus de sens, qui profite à tous, et qui permet à chacun de s’épanouir.

Sauf que… il va falloir les convaincre d’avoir envie d’y participer ! Eh oui : 76 % d’entre eux veulent être leur propre patron, ou s’engager dans une activité secondaire (étude Visa). Ça vous dit qu’on se mette à y réfléchir dès maintenant ? 

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Boomers, X, Millennials & Gen Z au travail : de quoi parle-t-on (vraiment) ?

Générations

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Trois collègues de générations différentes collaborent autour d’un ordinateur au bureau


Depuis quelques semaines, je vous parle dans cette chronique des différentes générations au travail. Et, en relisant la dernière, je me rends compte que je commence moi-même à m’emmêler les pinceaux entre les différentes générations. Il est peut-être temps de faire un point sur ces différents groupes ?

Ok, (Baby) Boomer !

Les Baby-Boomers sont nés entre 1946 et 1964, dans un contexte d’après-guerre, de reconstruction, et (les chanceux !) d’essor économique, de plein emploi. Ils ont donc grandi et évolué une bonne partie de leur vie professionnelle dans un modèle patriarcal dominant. Déjà à la retraite ou en passe de l’être (re les chanceux !), ils ont fait preuve de loyauté, de sens du devoir et de respect de la hiérarchie dans leur carrière. Une carrière souvent passée dans la même entreprise, à travailler avec acharnement pour progresser linéairement dans la pyramide hiérarchique. C’est probablement de leur rigueur qu’est née dans la bouche des Millennials l’expression “Ok Boomer !”.

X, la “génération oubliée”

Les membres de la génération X sont nés entre 1965 et 1980. Au cours de leur vie, ils ont vécu l’éclatement des modèles familiaux traditionnels. Ce sont d’ailleurs les premiers “enfants à clé” : ceux qui rentraient de l’école seuls avec la clé de la maison autour de cou, car maman comme papa étaient tous deux au travail. Pour les X, le monde a été moins rose : sur fond de chocs pétroliers et de montée du chômage, ils voient naître le numérique et ses nouveaux codes, avec lesquels ils se débattent pour progresser. Au travail, ils sont autonomes, adaptables et pragmatiques. C’est d’ailleurs la première génération à rechercher un plus grand équilibre vie pro / vie perso. Leur rêve au travail ? Un statut social construit à la force de leur ambition, et une belle rémunération. Afin de concurrencer la dolce vita que leurs aînés, les Boomers, ont vécue.

Millennials : les digital natives secouent l’entreprise

Les Millennials, aussi appelés génération Y, sont nés, eux, entre 1981 et 1996. C’est ma génération - mais promis, pas de favoritisme ici ! Notre monde, depuis l’enfance, a été marqué par de grandes crises économiques, une explosion du numérique, et une mondialisation sans précédent. Élevés avec Internet (d’où le surnom de digital natives), nous nous sommes inspirés du monde du web pour devenir des serial zappeurs au travail. Donnez-nous une mission sans sens : on passera à la suivante en un claquement de doigts. Ce qui peut nous retenir ? La collaboration, la reconnaissance, les valeurs et la flexibilité. Rien que ça. Peut-être que ces exigences expliquent pourquoi les managers des générations précédentes adorent nous détester.

Gen Z : les p’tits derniers ultra-connectés

Les bébés de nos entreprises actuelles sont les Gen Z : ceux qui sont nés après 1997, dans un monde ultra-digital, en urgence climatique, les réseaux sociaux comme baby-sitter. Le web n’ayant pas de frontières, ils sont de vrais citoyens du monde, et sont très sensibles aux causes sociétales. Dans le monde du travail, on les dit en besoin de stimulation constante, d’instantanéité, d’authenticité - quitte à sembler inadaptés aux yeux des générations précédentes. Les plus sympas d’entre nous les décriront plutôt comme multi-potentiels, inclusifs, et pleins de ressources. Bien qu’encore juniors, ces jeunes collaborateurs prennent la relève des Millennials, et font complètement craquer les codes traditionnels de l’entreprise.

Multi-génération : l’entente impossible ?

Face à ces portraits-robots si différents, c’est à se demander comment ces quatre générations parviennent à collaborer au sein d’une même structure. Quatre employés sur dix disent d’ailleurs préférer travailler avec des personnes qui ont à peu près le même âge qu’eux, selon l’étude “Different Generations in the Workplace” publiée en 2002, et on peut le comprendre !

Mais au fond, le monde de l’entreprise demeure simplement le miroir de nos sociétés, de nos nations, de nos familles. Alors, tout comme on parvient à se rassembler en famille pour Noël, sans trop d'accrocs, au nom d’un bien commun (comprenez : “faire plaisir à Mamie”), au travail aussi les générations collaborent tant bien que mal pour avancer dans le même sens. Parce qu’au fond, si 89 % des personnes considèrent que la diversité générationnelle en entreprise est un élément positif, c’est parce que chacune des générations a quelque chose à nous apprendre sur notre propre rapport au travail. 

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Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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Ah ! Si j'étais riche

Générations

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Jeune femme souriante discute au téléphone tout en consultant sa tablette dans son atelier

"Comment ça va, le boulot ?" me demande mon père au bout du fil. Friande de partager mes aventures d'entrepreneuse avec lui, je lui raconte mon dernier rendez-vous professionnel avec un prospect, et lui explique que la mission n'a pas l'air trépidante. "Mais ça paye bien ?" réplique-t-il. Oui, ça paye bien, papa. "Alors c'est bien, fonce. Il faut bien payer les factures."

Cette discussion, nous l'avons eue des dizaines de fois. Et à chaque fois, nous tombons tous deux dans le fossé générationnel qui nous sépare. De son côté de l'abîme, il me parle de "job alimentaire". Du mien, je lui assène que "certes, mais je préfère manger des patates à répétition plutôt que de m'ennuyer dans mon métier".

Mais aujourd'hui, je ne lui réponds rien de spécifique. Je me demande juste s'il s'agit bien d'un fossé générationnel ou bien d'une divergence d'opinions individuelles. Que disent donc les chiffres sur le sujet ?

La dernière étude à date que j’ai pu trouver date de l’année dernière, et est issue de l’APEC. Et elle n’a pas fini de me montrer que le fossé des générations n’est peut-être finalement qu’une simple mare aux canards.

L’étude demande à différentes tranches d’âge ce qui est le plus important à leurs yeux dans leur vie professionnelle. Et, que ce soit pour les 18-29 ans, pour les 30-44 ans, ou pour les 45-65 ans, le résultat est le même : 55 % des répondants indiquent qu’il s’agit du fait “d’avoir des revenus réguliers / élevés”. Sur les deux autres places du podium trônent, quasi à égalité entre les différentes générations, le fait “d’avoir un travail intéressant”, puis “l’équilibre vie personnelle / vie professionnelle”.

Là où l’argent ne semble pas faire le même bonheur entre les différentes générations, c’est lorsqu’on s’intéresse à la fameuse notion de “travail alimentaire”, dont mon père me parle souvent. D’un côté, 35 % des baby-boomers privilégieraient la sécurité de l’emploi (étude Zety). De l’autre, les experts annoncent une vague de démissions de Millennials et de Gen Z pour 2025… parce que les jeunes s’estiment sous-payés.

Les jeunes seraient-ils donc plus attachés encore à leur rémunération que leurs aînés ? Il semblerait que oui - mais un biais d’analyse semble intéressant à mentionner : l’âge des personnes lorsqu’elles ont été interrogées pour ces différentes enquêtes. Nos aînés seraient-ils plus attachés à leur rémunération parce qu’ils sont déjà parents de grands enfants ? C’est ce vers quoi l’étude Zety semble pointer lorsqu’elle montre que ce qui motive les boomers à travailler c’est avant tout “les responsabilités familiales”, à 27 %.

Alors, si l’on avait interrogé les boomers avant qu’ils ne fondent une famille, auraient-ils été moins frileux à quitter une entreprise qui ne les payait pas assez ? Ou bien : les boomers, proches de l’âge de la retraite, n’auraient-ils pas simplement peur de ne pas retrouver d’emploi en quittant leur job actuel ? J’aurais tendance à penser que la réponse à ces deux questions est oui. Qui dit moins de responsabilités familiales, dit plus de légèreté à prendre des risques professionnels.  

Bref : difficile de statuer sur qui des différentes générations compte de plus près ses sous dûment gagnés.  

Néanmoins, j’ai tendance à penser que l’influence des générations précédentes et de leur rapport au travail, nous marque plus que ce que l’on en pense. Encore enfants en mai 68, les boomers ont vu leurs parents trimer pour obtenir de meilleures conditions de travail. Nous, les plus jeunes, avons profité de ces droits sans trop nous en soucier : raison pour laquelle, selon moi, nous craindrions moins d’aller voir ailleurs pour remplir notre portefeuille.

Je vous laisserais avec un dernier chiffre parlant. Au fil des années, nous semblons de plus en plus à l’aise pour parler rémunération. En 2024, 54 % d’entre nous se disaient à l'aise pour parler de ce sujet avec leurs collègues, contre 17 % en 2019 (étude Hellowork). Les plus jeunes d’entre nous peuvent remercier leurs parents pour cette (nécessaire !) ouverture de la parole.  

Finalement, les conversations entre mon père (ou peut-être le vôtre) et moi (ou peut-être vous), où l’on opposait rémunération et intérêt pour le travail, auront au moins eu ça de bon ! 

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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chronique

Sommes-nous tous des slasheurs/slasheuses?

Générations

  3 mins

 

Portrait d’un homme souriant dans trois rôles : ouvrier, consultant et serveur

Le terme “slasheur”, ça vous parle ? Avant de devenir professeure de yoga l’an passé, en parallèle de mon métier de marketeuse, ce mot ne me disait rien. Pourtant, il semblerait bien que je fasse aussi partie de la famille des slasheurs, ces individus qui cumulent deux emplois à la fois. Une famille plus grande qu’il n’y paraît d’ailleurs : selon les derniers chiffres à date, en 2022 nous représentions plus d’un quart des actifs français d’après une étude réalisée pour le Salon SME par Creatests

Un phénomène typique de ma génération ? Peut-être pas tant que ça.  

Slashing : un “truc de jeunes” ?

Vous vous représentez peut-être les slasheurs comme des petits jeunes qui lancent leur business en ligne ou leur activité artisanale en plus de leur CDI ? À l’origine, j’imaginais moi aussi ce portrait-type du slasheur. Après tout, dans ma génération Y, tout comme dans celle mes cadets de la Gen Z, nous sommes habitués au multitasking (entendons par là, habitués à effectuer plusieurs tâches simultanément) - et ce, depuis nos études. Selon l’INSEE, en 2023, 22 % des jeunes de 15 à 29 ans occupaient un emploi en parallèle de leurs études. Il ne serait donc pas étonnant que la génération zapping continue à avoir la bougeotte une fois son diplôme décroché, et veuille continuer à exercer ses multiples talents dans plusieurs emplois. J’imaginais aussi les slasheurs comme des individus en quête d’un revenu complémentaire, surtout à l’heure où la crise économique gèle les augmentations de salaire et fait des processus de recrutement un véritable casse-tête. Mais devinez quoi ? Une fois n’est pas coutume dans cette chronique sur les générations au travail : il semblerait que ce ne soit pas seulement une affaire générationnelle.

Un phénomène systémique au-delà des générations

En sortant le nez des chiffres, et en tournant le regard vers mes proches, je me rends compte que le nombre de slasheurs qui m’entourent croît. Mon voisin, la cinquantaine, monteur dans le cinéma, vend en parallèle ses créations en céramique. La vendeuse du supermarché à côté de chez moi, la soixantaine, promeut à qui veut l’entendre, entre deux bips de caisse, son activité d’énergéticienne. Et mon père, la retraite arrivée, s’est jeté sur une activité de consultant en freelance. Le phénomène prend tellement d’ampleur qu’il dépasse une simple tendance fugace. Un Observatoire du Slashing a même été créé en 2021. Dans un rapport il nous éclaire sur ce qui fait qu’on devient slasheur. Je vous arrête tout de suite : les contraintes financières n’y sont pour rien, puisque 93 % des slasheurs le font par choix pur et dur. En réalité, pour 47,1 % des slasheurs, l’élément déclencheur qui les pousse vers le multi-emploi est… roulement de tambour... la quête de sens dans la vie professionnelle !

Le goût du (multi-)travail

Cette quête de sens, c’est le point de convergence entre mon voisin, ma caissière, mon père et moi. Quatre tranches d’âge distinctes, une même envie : trouver plus de profondeur dans une carrière peut-être trop morose, peut-être trop peu créative… en tout cas, pas assez stimulante. À l’ère où les changements de cap stratégiques des entreprises et les décisions managériales nous semblent souvent dénués de sens, le slashing s’impose comme une solution (pas toujours évidente à gérer !) pour retrouver le contrôle sur nos vies professionnelles. Regagner le goût de travailler avec un objectif qui a du sens, impulser de la couleur de nos idéaux, être aligné sur nos valeurs, et nos envies.  Et l’envie, ça n’a rien de générationnel. Le slashing, c’est le résultat d’un monde de l’emploi qui oublie qu’on est avant tout des êtres faits d’émotion - à décrypter via sa racine latine, ex - movere, “mettre en mouvement”. Le slashing, c’est la mise en mouvement d’individus qui veulent mieux qu’un “9 à 5” potentiellement ennuyeux. Alors, attention les yeux : dans les années qui viennent, si les entreprises ne parviennent pas à nous redonner le goût de l’emploi unique, il y a fort à parier que ça va slasher dur ! 

Générations

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chronique

L’afterwork est-il définitivement un truc de vieux ?

Communication interne

  3 mins

 

Groupe de collègues partageant des cocktails en terrasse après le travail

“Je ne peux pas venir au yoga mardi soir, j’ai un verre avec des collègues”. La semaine dernière, une amie m’a envoyé ce message, assorti d’un emoji qui pleure. Pourtant, cette amie adore son travail et son équipe… mais, a priori, pas autant que le fait de faire des chiens tête en bas avec moi. Face à ce message, je me rends compte que très peu des amis de ma génération (celle des Millennials, dans la trentaine) a vraiment envie de participer à des afterworks avec leurs collègues. Que ce soit un team building, un dîner de Noël, ou un simple verre au bar du coin, tous semblent plutôt contraints d'y aller - pas directement par leur entreprise, mais plutôt par les règles inhérentes de la sociabilité au travail.

Retrouver sa vie perso après le travail

A contrario, je vois mon père qui adore raconter des anecdotes issues des nombreux apéros professionnels qu’il a pu faire dans sa carrière, et qui continue à s’inscrire à tous les événements lancés par l’association de retraités de son ancienne entreprise. Alors, l’afterwork serait-il “un truc de vieux” ?

 

Si l’on en croit les chiffres repris par le média Assistant Plus, 65 % des employés qui participent à des afterworks se sentent plus investis dans leur entreprise. Cependant, aucune étude en France ne semble avoir fait de différence entre les générations.

 

Je crois personnellement que nos nouveaux modes de travail, et notamment le travail à distance démocratisé depuis la période Covid, nous ont ouvert les yeux sur un fait : la sociabilisation avec les collègues ne fait pas partie de nos fiches de poste, et on n’a aucune obligation de trinquer avec le camarade Jean-Michel une fois le boulot terminé.

 

Et je ne suis pas la seule à le penser. Dans un récent article de Welcome to the Jungle, Marie Benedetto-Meyer, sociologue du travail, explique qu’en travaillant plus souvent à distance “[...] on pourrait imaginer passer du temps à sociabiliser, mais c’est difficile car on ne croise pas les mêmes personnes, et on a plein de tâches à accomplir une fois de retour au bureau, ce qui rend les échanges plus artificiels, condensés et parfois ressentis comme obligatoires”.  

 

Résultat : une fois l’ordinateur éteint, en présentiel comme à distance, on n’a plus vraiment envie de parler à notre voisin de bureau, mais plutôt de retrouver notre vie personnelle.

L’apéro entre collègues, symbole du “carriérisme” ?

 

D’ailleurs, à bien y réfléchir, il me semble que cette socialisation après le travail n’est pas tant une affaire de générations qu’un concept à regarder par le prisme du carriérisme. Car, après tout, rien de mieux qu’un verre accoudé au bar avec son patron pour lui glisser dans l’oreille qu’on adorerait prendre plus de responsabilités. Et je genre volontairement ledit “patron” au masculin, tant les femmes, qui doivent aller chercher les enfants à la crèche ou à l’école après le boulot, semblent plus souvent exclues de ces moments de convivialité.

 

Pour résumer le fil de ma pensée, les jeunes seraient donc plus enclins à protéger leur vie privée, quitte à manquer des opportunités de développement professionnel, que leurs aînés… et donc moins enclins à se forcer à boire une bière avec leur boss après 18 heures.

 

Et vous, si vous vous sentiez en droit de dire franchement “non”, iriez-vous à cet énième pot après le travail ? Ou préféreriez-vous risquer d’être mis au ban de l’entreprise en considérant que la sociabilité ne dépasse pas le cadre de vos 35 heures ?

 

 

Générations

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Personne ne joue au babyfoot dans votre entreprise ? Rien d’étonnant...

Générations

  4 mins

 

Collègues de différentes générations jouant au babyfoot dans l’espace détente de l’entreprise

Lorsqu’on m’a proposé de prendre en charge cette chronique, fin 2024, j’ai échangé avec Emmanuelle, la rédactrice en chef de ce média, pour parler de quelques sujets que j’aimerais développer. Parmi eux, je lui ai expliqué avoir envie d’aborder le sujet de la Qualité de Vie au Travail, en prenant l’exemple du fameux babyfoot. Mais si, vous savez : le babyfoot dans la salle de pause de toutes les startups.  À la fois anecdotique et symbolique...

Le niveau zéro de la QVT

Lors de cette discussion, Emmanuelle m’explique que chez Eurécia, le babyfoot est en permanence en surchauffe. Et ça ne m’étonne pas vraiment : la moyenne d’âge annoncée sur le site de l’entreprise est de 34 ans. Dites-moi si je me trompe, mais j’ai du mal à imaginer un directeur marketing de plus de cinquante ans s’échiner à marquer des buts contre son collaborateur… Bien sûr, j’ai pris cet exemple en sachant combien il est cliché. Le babyfoot est devenu un lieu commun des entreprises au niveau zéro de la QVT. Mais le babyfoot continue aujourd’hui à se décliner dans de nombreuses couleurs de bullshit-QVT : cours de yoga, de Pilates ou de méditation, poufs oversize dans la salle de pause, console de retrogaming reliée à un écran dans une salle de réunion, atelier de cuisine, de poterie, de céramique, et j’en passe. Quel que soit l’exemple que je prends, j’ai du mal à imaginer toutes les générations se rassembler autour d’une telle initiative, et se sentir plus heureux dans son job grâce à ça. D’ailleurs, toutes ces initiatives semblent, à mes yeux, avoir été prises par une RH de quarante-cinq ans, mère de trois enfants, qui prend exemple sur son petit dernier et sa lubie du moment. 

Après tout, on sait que les différentes générations ne placent pas l’accent au même endroit en matière de bien-être au travail. Comme je l’expliquais dans une précédente chronique sur la rémunération à travers les âges, toutes les générations placent le fait d’avoir un revenu régulier et élevé comme leur premier critère de choix d’une entreprise. Puis viennent deux autres critères communs : avoir un travail intéressant, et un bon équilibre vie professionnelle / vie personnelle. Voilà le trio de base de la QVT cross-générationnelle.

Comment satisfaire tout le monde ?

Mais, au-delà de ce podium, des différences majeures apparaissent. Les baby-boomers privilégient la sécurité de l’emploi quand la génération X se concentre sur le soutien de leur management. Les Millennials sont attentifs à l’ambiance au travail, et la GenZ au développement de leurs compétences. Compliqué de satisfaire tout le monde, en apparence ! Pour comprendre l’essence de la QVT, je me suis intéressée aux leaders en la matière : les entreprises nommées Great Place to Work. Ce prix est notoirement compliqué à obtenir, puisque l’entreprise doit obtenir un indice de confiance d’au moins 65/100 au questionnaire de satisfaction qui est envoyé aux collaborateurs. Ce questionnaire est basé sur cinq critères d’évaluation : la fierté, la convivialité, l’équité, le respect, la crédibilité.

Si l’on prend le babyfoot sous le prisme de ces critères, on se rend compte qu’il agit uniquement sur le levier “convivialité” (et encore : quand il est bien utilisé par les collaborateurs !). Inutile donc d’investir dans un babyfoot pour travailler votre QVT si vous n’avez pas mis en place une politique de rémunération équitable, un management bienveillant et reconnaissant, ou encore des formations qui poussent les collaborateurs à évoluer dans leur carrière. En fait, pour réussir sa stratégie QVT, il faut s’intéresser aux tendances des différentes générations, mais surtout faire du sur-mesure. C’est pour cela que le babyfoot, solution one-size-fits-all, est aussi irritant en 2025.

Alors, au-delà de toutes les viennoiseries gratuites que vous pourriez distribuer à vos collaborateurs, ou des consoles de jeux que vous brancheriez à vos grands écrans, interrogez vos collaborateurs sur ce qu’ils attendent de leur entreprise. Chez Eurécia, si le babyfoot est devenu un lieu de bien-être aussi fort, c’est qu’il représente bien l’esprit de l’entreprise, et notamment, sa culture du partage et du feedback.  

Osez demander : peut-être qu’après tout, vos stagiaires rêvent bien de battre leur boss au baby-foot… 
 

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Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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