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chronique

Quand c’est le père qui arrête de travailler

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Père barbu tenant tendrement son bébé endormi dans ses bras

Connaissez-vous votre numéro de Sécurité Sociale par cœur ? Moi, oui. Parmi les nombres faciles à retenir, il y a aussi 0,8 % : le pourcentage de pères qui prennent un congé parental en France. D’ailleurs, j’en ai côtoyé un.

Il y a des nombres que l’on retient mieux que d’autres. Moi, c’est mon numéro de Sécurité Sociale, que je connais enfin par cœur après des dizaines d’appels à la CPAM pendant mon congé maternité. Les trois premiers départements français (01 Ain, 02 Aisne, 03 Allier) car mon père nous apprenait la liste quand nous étions petits (désolée Papa, mais ma mémoire a été sélective et puis qui connaît vraiment le département 53 ?). 10 000, le nombre de pas que l’on doit faire par jour et qui se transforme en véritable charge mentale lorsque l’on travaille derrière un bureau et que le soir un commentaire ouais en rentrant à la maison, il faut choisir entre faire une rando ou nourrir ses enfants. Et… 0,8 %.

0,8 %, c’est le pourcentage de pères qui prennent un congé parental en France. Ce chiffre est issu d’une étude réalisée par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) en 2021.  

Le congé parental, chaque parent peut le prendre

Le congé parental d’éducation, que le gouvernement envisage d’ailleurs de réformer, permet à un parent salarié de cesser son activité professionnelle pour éduquer son enfant, pendant trois ans maximum. Le parent perçoit alors une indemnité de 428,71 € mensuels et ce, quel que soit son revenu salarié. Le gouvernement envisageait en 2024 de diminuer ce congé et d’augmenter son indemnisation.
Vous noterez que je n’ai pas écrit « la mère » ou « le père ». J’ai bien écrit « le parent ». En effet, le congé parental porte bien son nom : tout le monde peut le prendre. Mais pour le moment, tout le monde… ce sont les femmes. À plus de 99 %.
Est-ce dû au fait que les hommes gagnent encore plus que les femmes, et que les familles font le choix de conserver le plus haut salaire ? Ou bien au fait que la charge éducative revient encore plus souvent aux mères ? La réponse se situe sûrement entre les deux.

Je n’avais pas connaissance de ce pourcentage lorsque mon premier enfant a été gardé par son père les neuf premiers mois de sa vie. Mais les regards interloqués de notre entourage lorsque nous avons annoncé ce choix étaient sans équivoque : nous faisions figure d’exception. Plusieurs fois au cours de ces neuf mois, on lui a demandé « mais pourquoi tu ne reprends pas le travail ? ». Pourtant, la réponse, on l’avait déjà donnée : il voulait profiter de son fils et je voulais lancer mon activité.  

Les effets réels sur la vie des pères

Je vais aller droit au but, comme à Marseille : non, je ne vais pas vous dépeindre le tableau parfait de l’équilibre idéal enfin trouvé lorsque c’est le père qui arrête de travailler. Je laisse cela aux articles qui évoquent du modèle suédois (les pères suédois prennent le plus long congé parental du monde : 144 jours en moyenne). À l’arrivée de notre premier enfant, on a galéré, comme tout le monde. On a même eu droit à un baby clash, une dépression post-partum… J’aurais aimé défendre le congé parental pris par le père en disant que cela règle tous les problèmes. Mais si on m’a appris les départements (ou du moins, essayé), on m’a également appris à ne pas mentir.
Néanmoins, si l’on devait réécrire l’histoire 1000 fois, on referait 1000 fois ce choix-là. Surtout lui. Sa carrière n’en a pas souffert, bien au contraire. Elle a fait un bond considérable après ce long arrêt. Et puis, je cite, « il y a des moments qui ne reviennent jamais ».  

J’ai d’ailleurs été un peu jalouse parfois, je l’admets. Alors à notre deuxième enfant, c’est moi qui ai fait le choix d’arrêter de travailler plus longtemps. 50/50, donc : une combinaison que j’aimerais plus souvent croiser.

35h et des poussettes

Si comme moi vous jonglez entre réunions et changements de couches, rejoignez-nous pour des discussions franches, des astuces pratiques et une bonne dose d'humour. Si vous négociez des contrats tout en faisant les devoirs ou en préparant des biberons, cette chronique est faite pour vous ! Plongez avec moi dans le grand bain de la parentalité où carrière et famille se disputent la vedette.

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Fausse couche, vrai sujet : faut-il en parler au travail ?

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Femme triste et pensive en pyjama bleu assise devant un lit de bébé vide

Je fais partie de ces personnes qui pensent que sur les réseaux sociaux, tout n’est pas à jeter. Bien au contraire. Ils ont notamment permis la libération de la parole sur de nombreux sujets. Parmi eux : la fausse couche. 
De plus en plus de femmes demandent d’ailleurs à ce que l’on cesse d’utiliser ce terme et qu’on lui préfère l’expression de “grossesse arrêtée”. Car rien n’est faux, dans une grossesse qui s’arrête. Tout est réel, tangible, brutal.

400 000 personnes touchées par an

Longtemps tabou, le sujet est de plus abordé. En témoigne notamment le succès du compte Instagram @mespresquesriens et ses 31 000 abonnés, derrière lequel se cache Mathilde Lemiesle, qui a fait de la grossesse arrêtée son cheval de bataille. Et il n’est pas rare de croiser en scrollant sur les réseaux une créatrice de contenus évoquant avec tristesse et transparence une grossesse arrêtée, permettant ainsi à des milliers de femmes de se sentir moins seules.  

Des milliers, voire… Des centaines de milliers ? Car en France, 200 000 femmes subissent cela chaque année. Une grossesse sur quatre s’arrête au cours du premier trimestre. 200 000 femmes et donc, par ricochet, environ 200 000 co-parents concernés.  

Une grossesse qui s’arrête pour 400 000 personnes, c’est tout sauf «presque rien»

Pourtant, dans le cadre professionnel, souvent, les femmes préfèrent le taire. Les raisons évoquées sont multiples. Et compréhensibles. Parmi elles : la honte, la pudeur, la peur de dévoiler au travail le désir d’avoir un bébé, l’appréhension face aux éventuelles réflexions maladroites telles que « t’en feras d’autres », « tu n’aurais pas dû faire autant de sport » ou encore « au moins tu sais que ça fonctionne ».  

Un mouvement de société en cours

Si les dirigeantes qui traversent une telle épreuve peuvent arrêter de travailler quelques jours sans devoir vraiment le justifier, ce n’est pas le cas des salariées. Jusqu’à récemment, les femmes salariées confrontées à une interruption médicale de grossesse pouvaient bénéficier d’un arrêt de travail classique (pas toujours proposé par les médecins, mais c’est un autre sujet) incluant les habituels trois jours de carence. Ce n’est que depuis le 1er juillet 2024 que ces jours de carence ont été supprimés, grâce notamment à une mobilisation massive sur les réseaux sociaux et à une pétition publiée dans le journal Le Monde ayant récolté plus de 38 000 signatures.

Mais subsiste encore cette question : faut-il en parler au travail ? La réponse est loin d’être évidente, et je sais que pour de nombreuses femmes encore, c’est un « non » catégorique. Pour nuancer ce « non », je pourrais parler de cette amie qui l’a fait. Je me souviens qu’elle a longtemps hésité. Mais entre le moment où elle a appris que le cœur du fœtus avait cessé de battre et le moment où a eu lieu l’intervention, deux semaines sont passées. Deux semaines de souffrance indicible, de larmes, de rendez-vous médicaux. Deux semaines interminables, pendant lesquelles elle avait pourtant des comptes à rendre au travail, des délais à respecter, une équipe à manager.

Lorsqu’elle a fini par parler de cette interruption de grossesse à son supérieur hiérarchique, elle s’est sentie soulagée. Car contre toute attente, cette annonce a été accueillie par cet homme avec beaucoup de bienveillance et d’empathie. Les mots qu’il a eus à l’égard de mon amie lui ont même fait penser qu’il avait certainement traversé un jour cette épreuve avec sa femme. Elle a donc pu avoir le temps de la tristesse, du deuil (car c'est de cela dont il s'agit) et l’attachement à l’entreprise pour laquelle elle travaille n’en a été que renforcé.  

Il existe donc un monde du travail dans lequel la souffrance des femmes traversant cet événement traumatique n’est pas minimisée.  

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Parents et assistantes maternelles : la guerre des horaires

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Maman aide sa fille malade à se moucher, assise avec son doudou en main.

Ce n’est pas la première fois que j’entends ce discours : le manque de souplesse de nombreuses assistantes maternelles concernant les horaires. En y réfléchissant bien, je réalise que les deux assistantes maternelles embauchées pour mes enfants ont toujours été très claires dès la signature du contrat : les horaires sont les horaires. Pour chaque retard, même de quelques minutes, l’heure supplémentaire sera entièrement facturée.

En sondant d’autres parents autour de moi, je constate pourtant que rares sont ceux qui, comme moi, décident de respecter ces horaires à la lettre sans rechigner. Ils évoquent notamment leur rythme effréné. Sur les forums, celles qu’on appelle également « les nounous » mentionnent, elles aussi, leur rythme effréné. Et se plaignent des parents qui enchaînent retard sur retard. « Toujours les mêmes », disent-elles.

Le problème des horaires ne concerne pas seulement les retards

Il y a quelques semaines, lorsque j’arrive pour récupérer ma fille chez sa nounou, cette dernière se confond en excuses. Il est 16 h 50 et mon bébé n’a toujours pas pris son goûter. Les parents des enfants qu’elle garde sont tous arrivés en avance. Cela fait donc presque une heure qu’elle est occupée à rassembler précipitamment les affaires d’un enfant, lui enfiler son manteau et ses chaussures, faire le récit détaillé de la journée, avant de reproduire la même scène avec un autre enfant et un autre parent. Pendant ce temps-là, ma fille a attendu patiemment - et en vain - sur sa chaise haute qu’on lui donne sa compote, ouverte sur la table, mais pas encore entamée. La nounou, débordée par cet enchaînement de départs inopinés, s’en veut. Elle a l’air également d’en vouloir aux parents de ne pas respecter l’heure habituelle. Avec quatre enfants à garder, son organisation est millimétrée. Le moindre imprévu au planning vient tout bouleverser.  

En insérant la clé dans le contact de ma voiture pour rentrer chez moi avec ma fille qui n’a pas pris son goûter, je pense aux trois parents, sûrement ravis de pouvoir récupérer leurs enfants plus tôt que prévu. Sans se douter un instant qu’ils allaient perturber le rythme de l’assistante maternelle et, par conséquent, des enfants gardés.

Je pense aussi à cette femme qui m’a dit un jour envisager de changer d’assistante maternelle, car cette dernière n’acceptait pas ses retards fréquents pour récupérer son fils le soir. « Je travaille, c’est la course, et parfois, je ne parviens pas à partir à l’heure », m’avait-elle expliqué.

Des droits et des obligations  

Pourtant, la relation entre les parents et les assistantes maternelles est encadrée par un contrat de travail qui mentionne précisément ces horaires. En effet, l’assistante maternelle est la salariée des parents, qui ont des droits, mais aussi des obligations. Comme celles de respecter les horaires et, quand ils ne le peuvent pas, de prévenir et de rémunérer les heures supplémentaires prévues par le contrat.  

Si certaines assistantes maternelles sont « spécialisées » dans les horaires atypiques et acceptent de fait les enfants dont les parents ont des plannings compliqués, la majorité d’entre elles organisent, comme la majorité d’entre nous, leur vie privée autour de leur travail. Pour cela, elles ont besoin d’anticipation et d’organisation.  

Dans un forum, l’une d’elles rappelle que quand ça se passe bien, c’est qu’il y a avant tout une bonne communication. Ainsi, sans surprise encore une fois : bien communiquer est la clé. Une clé qui ouvre la porte de la sérénité. Et ce, des deux côtés.

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Longue maladie d’un enfant : quand le travail s’arrête brutalement

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Enfant assis jouant avec des jouets colorés devant un rideau décoré d'étoiles et planètes

Ils évoluent dans un monde parallèle. Un monde que l’on entrevoit au détour d’une publication ou d’une vidéo Instagram. Un monde qu’il est parfois difficile de regarder en face. Car ce monde-là fait peur, aucun parent n’a envie d’y habiter. C’est le monde des parents dont l’enfant est atteint d’une grave maladie.

Cela commence souvent par une intuition, un symptôme. Puis arrive un parcours, parfois long, ponctué de tests, d’analyses, de rendez-vous médicaux. Et enfin, un diagnostic : cancer pédiatrique, maladie génétique, maladie orpheline… Ces mots, implacables et terrifiants, marquent le début d’un nouveau quotidien. Un quotidien où il va être question de se battre, jour après jour. Un quotidien où le rôle de parents va côtoyer une nouvelle fonction : celle d’aidant. Un quotidien qu’il faut réinventer.

Cela commence souvent par arrêter de travailler

Contactée par téléphone, Amélie Aesbacher raconte que la question du travail ne s’est pas posée à l’annonce du diagnostic du cancer pédiatrique de son fils Léo, décédé à l’âge de 16 mois après de longs mois de combat. Elle était encore en congé maternité, et son mari Bastien a simplement prévenu son employeur. La nouvelle assomme, le travail n’est pas un sujet. Mais passé le choc de l’annonce, il faut quand même s’y pencher. L’entreprise de son mari a lancé le dispositif « dons de congés » qui lui a permis de bénéficier de six mois de congés payés offerts par ses collègues. Quant à elle, son médecin traitant l’a mise en congé longue maladie. Elle précise d’ailleurs que rares sont les médecins qui acceptent de le faire. Dans ce cas, l’un des deux parents peut bénéficier d’une allocation mensuelle d’environ 1000 euros par mois.  

Si le parcours de soin est bien pris en charge en France, il y a de nombreux « à côté » et l’argent peut rapidement devenir une problématique. Une grande partie des soins de Léo avait lieu à Paris et la prise en charge du voyage depuis Toulouse n’était prévue que pour un seul accompagnant. Il leur arrivait pourtant souvent de se rendre à Paris en famille, avec Tom, leur premier enfant. Cela leur a permis de passer tous ensemble les dernières semaines de vie de Léo. À leur frais. Dans ce cas, un système D se met en place. Leurs amis ont lancé une cagnotte en ligne, massivement partagée sur les réseaux sociaux, qui leur a permis de récolter 16 000 euros.

Des frais exceptionnels

Le système D fait aussi partie de la vie de Nate et de sa famille. Morgane May, à l’origine du compte Instagram @lesouriredenate, partage chaque jour son quotidien de mère d’un enfant polyhandicapé. Son fils Nate, âgé de bientôt 5 ans, est atteint d’une maladie génétique rare appelée « syndrome d’Allan Herndon Dudley ». Cette maladie, qui induit notamment une hypotonie axiale sévère, une absence de marche et de langage ainsi qu’une alimentation par gastrostomie, a été diagnostiquée alors qu’il avait peine quelques mois. Morgane a fondé une association qui lui permet de récolter des fonds pour acheter le matériel spécialisé non pris en charge dont son fils a besoin pour vivre, les stages intensifs, les séances de rééducation… Régulièrement, elle organise aussi des tombolas ou des courses solidaires.

Elle a également arrêté de travailler à l’annonce de la maladie de son fils. Le monde du travail n’est pas compatible avec les nombreux rendez-vous médicaux, généralement fixés à des horaires imposés. Amélie a essayé, un temps, de garder une petite activité professionnelle, mais travailler dans la chambre d’hôpital de son fils ou dans les espaces communs était presque impossible. Elle évoque aussi la perte de sens. Après avoir côtoyé ce qu’elle appelle « les abysses de la vie », elle se demande comment elle a fait pour travailler sept années durant pour des industries.

Morgane n’a jamais repris le travail depuis. Au détour d’une story, il lui arrive d’évoquer sa vie d’avant. Et de dire, à demi-mot, que son travail lui manque.  

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Travailler ou s’occuper des tâches domestiques ? Un choix purement mathématique !

Egalité femmes - hommes

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Un couple cuisine ensemble pendant que leurs enfants jouent dans la cuisine familiale.

On n’en parle pas assez et pourtant, c’est un fait : les tâches domestiques ont un coût caché. En France, selon une étude publiée par l’INSEE en 2022, les femmes consacrent en moyenne 3h26 par jour aux tâches domestiques et familiales, contre 2h pour les hommes. Cela représente environ 1 250 heures par an, soit plus de 7 semaines de travail à temps plein.

Mon professeur de mathématiques de quatrième n’en reviendrait pas, mais pour vous, j’ai fait le calcul : en valorisant ce temps au SMIC horaire, cela équivaut à 14 562 € bruts par an pour une personne effectuant 3h30 de tâches par jour.

Ne vous réjouissez pas : personne ne vous versera cet argent. Pire : vous allez le payer, d’une certaine façon. Le jour où il est question de partir à la retraite, par exemple. Toujours selon l’INSEE, les pensions de retraite des femmes sont inférieures de 31 % à celles des hommes. Il est donc question de repenser véritablement notre rapport aux tâches domestiques.

J’ai donc décidé de le faire.

J’ai choisi de faire régulièrement appel à une aide-ménagère après des années d’hésitation : parce qu’après tout, pourquoi payer pour quelque chose que je peux faire moi-même ? Mais en choisissant de penser « mathématiquement » (un comble pour la littéraire réfractaire aux chiffres que je suis), le choix a été plus facile. Si je fais moi-même 3 h de ménage, je ne gagne rien (à part une maison propre). Mais si je fais appel à quelqu’un que je paie et que je travaille pendant ce temps-là, je gagne de l’argent, car cela me rapporte plus que cela ne me coûte.  Et à la fin ? La maison est toujours propre !

Je suis même allée plus loin dans cette démarche.  

Le mois dernier, j’ai demandé à l’assistante maternelle qui s’occupe de ma fille d’augmenter le contrat qui nous lie à raison d’une heure et demie par semaine. Non sans culpabiliser, bien sûr, je suis une maman (ça fait partie du rôle, non ?). J’ai fait cette demande car j’ai dû me rendre à l’évidence : sans augmenter les heures de présence de ma fille, je ne parviendrai pas à tout faire rentrer dans mes journées. Le travail (je n’en manque pas), le sport (mes 4 séances hebdomadaires sont essentielles pour tenir ce rythme de vie souvent effréné) et les diverses tâches du quotidien - que je ne vais pas citer, car si vous lisez cette chronique, vous êtes certainement un parent, donc vous savez.

J’ai fait ce choix d’après un savant calcul. Certes, cette heure et demie supplémentaire par semaine va me coûter de l’argent. Mais ce que je gagne en travaillant une heure et demie supplémentaire est largement supérieur à ce montant. Financièrement parlant, c’est un bon choix. Encore une fois, c’est mathématique. Ne soyez pas trop indignés vis-à-vis du temps que je perds avec ma fille : je rogne sur trois demi-heures matinales (l’emmener à 8h30 au lieu de 9h). Et le temps du matin est rarement un temps de qualité : ça aussi, si vous êtes parent, vous le savez.  

Est-ce que continuer à faire des choix de ce type pour mon quotidien va impacter le temps que je passe avec mes enfants ? Oui, mais dans le bon sens. En 2017, l’Université British Colombia révélait dans une étude que les personnes qui payaient pour déléguer certaines tâches étaient plus heureuses et moins stressées.  

En 2025, pour ma retraite et pour mes enfants, j’ai donc décidé d’être plus heureuse et moins stressée. Et plus riche, aussi. C’est mathématique. 

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Les super-mamies sous pression  : le nouveau visage des grands-parents actifs

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Grand-mère de 68 ans à vélo avec son petit-fils et leur golden retriever dans un parc

Ils enchaînent les allers-retours à l’école comme des parents bis. Ou claquent la porte pour partir faire de la salsa et du rock. Bienvenue dans l’ère des grands-parents tiraillés entre baby-sitting et liberté !

« Le lundi, je récupère à l’école les enfants de mon fils. Le mardi, je vais chercher le petit garçon de ma fille. Le mercredi après-midi, je suis avec les trois. Le jeudi, je n’ai rien. Et le vendredi soir, je suis à nouveau avec mon petit-fils que je garde jusqu’au samedi matin. C’est une grosse logistique, je ne profite pas beaucoup de ma retraite. »

Ces mots sont ceux d’une grand-mère, croisée un vendredi soir au parc où j’emmène régulièrement mes enfants. Elle avait l’air exténuée. Et sincèrement, je peux le comprendre. Techniquement, elle gère plus d’enfants que moi (j’en ai deux).  

Je me souviens avoir été mi-jalouse de ses enfants, mi-peinée pour elle. Je m’explique : ma mère n’est pas encore à la retraite. Elle garde parfois mes enfants pendant le week-end, mais le lundi, elle a salsa, le mardi elle va à la gym, le mercredi c’est rock et le jeudi cours d’espagnol. Enfin, je crois que c’est dans cet ordre-là. Alors les soirs en semaine, il est rare que je lui demande de venir garder mes enfants. Même si, je l’admets, parfois cela m’arrangerait bien. D’où le petit sentiment de jalousie ressenti vis-à-vis des enfants de cette grand-mère.  

Ce sentiment a néanmoins vite été chassé par un autre, bien plus puissant : la peine, et un peu de colère aussi. Ne mérite-t-elle pas de profiter un peu plus de sa retraite ? Ses enfants, n’abuseraient-ils pas légèrement ?

Ma mère est cependant celle qui correspond le plus à la « mamie d’aujourd’hui ». En effet, l’âge moyen où l’on devient grand-parent évolue (54 ans pour les grands-mères en 2010 contre 51,5 ans en 1998) et les grands-parents sont plus actifs qu’auparavant.  J’en parlais récemment avec mes amies : nos grands-mères étaient du genre à faire des confitures, des tartes aux pommes et portaient des tabliers à motifs pour cuisiner. Nos mères qui sont devenues mamies ? Elles font du pilate et sont sur Instagram.

Cela ne signifie pas qu’elles sont moins engagées en tant que grand-mères, bien au contraire. Mais après avoir travaillé toute leur vie, elles arrivent en fin de carrière ou à la retraite avec l’envie de profiter et de s’affranchir des contraintes. Parfois même complètement. En 2024, un article du Monde titrait d’ailleurs, « C’est fini, on arrête de garder les petits-enfants! : la tentation de l’égoïsme positif ». On y découvrait notamment le témoignage de Marie-Rose, qui refuse de garder ses petits-enfants : « Il me reste dix ou quinze ans à vivre en étant en forme. J’ai envie de jardiner, de cuisiner, de voyager, de passer des soirées en amoureux avec mon mari, bref, tout ce qu’on ne pouvait pas faire du temps où l’on travaillait comme des dingues et où, en plus, on s’occupait des enfants. Sinon, la vie, si on n’en profite jamais, à quoi ça sert ? »

Les grands-parents de 2025 avancent donc sur un fil, tiraillés entre l’envie de profiter de leur vie et celle d’être présents pour leurs petits-enfants. En face, des parents qui jonglent entre des emplois prenants et des modes de garde coûteux. Alors la tentation est grande de se reposer sur ses propres parents, quand ils sont proches géographiquement.  

Quelle est la solution? Cette chronique n’en apporte pas. À moins, peut-être, que l’on s’interroge collectivement sur le rôle des grands-parents aujourd’hui et que l’on respecte mieux leurs envies et leurs limites. D’ailleurs, je me suis interrogée sur ce que je ferai, moi, quand je serai à la retraite. Sûrement de la salsa et du rock. 

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Quand devenir mère booste la carrière

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Mère souriante en télétravail avec son enfant sur les genoux, devant un ordinateur portable

Petit retour en 2020. Je tombe un soir sur l'émission Cash Investigation consacrée aux inégalités salariales entre les femmes et les homme, et une information m'interpelle particulièrement : l'écart de salaire entre les unes et les autres se creuse nettement à l’âge où l’on devient parent. La courbe du salaire des femmes commence à stagner puis à baisser aux alentours de 30 ans tandis que celle des hommes prend petit à petit son envol.  

J’allais bientôt devenir mère lorsque j’ai visionné ce reportage. Et ce graphique m’a marquée.  

Une “apparente égalité”

Qu'est-ce qui se cache derrière la courbe des femmes à l’âge où elles commencent à faire des enfants ? Le congé maternité, l’allaitement, le temps partiel, les réunions à 18 heures où l’on ne peut plus être, les horaires qui doivent désormais matcher avec les nounous, l’école et les rendez-vous pédiatres… Je le sais, certains pourraient crier à l’injustice : « Le père de mes enfants les emmène à l’école », « mon mari va aux rendez-vous pédiatre », « je suis père et je vais au parc chaque jour avec mes enfants »... Encore récemment, une femme qui analysait simplement une situation sur LinkedIn a vu son profil banni à cause des commentaires injurieux qu’elle a reçus par centaine. Elle disait en substance que les pères ont tendance à emmener les enfants à l’école et que les mères vont les chercher : d’après elle, cette apparente égalité masque une autre réalité. En effet, toujours selon elle, les réunions importantes au travail et les moments de « réseautage » qui peuvent être décisifs pour développer sa carrière ont plutôt lieu en fin de journée. Que l’on soit d’accord ou pas avec elle, les chiffres parlent d’eux-mêmes et le reportage de 2020 pourrait malheureusement encore être diffusé aujourd’hui. Dans le secteur privé, les femmes gagnent 23,5 % de moins que les hommes en moyenne. Plus d’une femme sur quatre travaille à temps partiel, ce qui n’est le cas que de moins de 10 % des hommes. Et les femmes assurent plus des 3/4 du travail domestique non rémunéré.  

Bref, le tableau n’est pas glorieux.

La parentalité, une opportunité pour la carrière ?  

En 2020, je me souviens avoir pensé que ma carrière allait prendre un sérieux coup au moment où j’allais entrer dans le monde de la maternité. Pourtant, c’est tout l’inverse qui s’est produit. La naissance de mon fils m’a donné l’impulsion qui manquait pour combattre ce sentiment d’imposture que je traînais depuis des années et me lancer enfin dans l’entrepreneuriat. Avant lui, je n’avais jamais été aussi efficace au travail, aussi organisée. En deux heures, j’étais capable d’effectuer une tâche qui me prenait le double de temps auparavant.  

Je parle ici de mon cas, mais de nombreuses femmes font mentir les chiffres et voient leur carrière décoller après la naissance de leurs enfants. On peut évoquer le cas d’Allison Cavaillé, cette aide-soignante qui, en allaitant son troisième enfant, a eu l’idée de couper au ciseau les t-shirts de son mari pour donner le sein plus facilement. Quelques semaines plus tard naissait la première marque de vêtements d’allaitement française, TajineBanane. Un succès incontestable. Ou encore Salomé Géraud, co-fondatrice de l’enseigne Le Drive Tout Nu, qui vient de boucler une nouvelle de 7 millions d’euros et qui développe l’entreprise tout en ayant trois enfants rapprochés. Au-delà de l’entrepreneuriat, on a toutes et tous des exemples de femmes salariées dont la carrière a décollé après être devenues mères.  

Bien qu’interdite, on sait que la question « souhaitez-vous avoir des enfants ? » continue parfois d'être posée lors des entretiens d’embauche. Les recruteurs qui le font voient alors les enfants comme un frein. Je fais partie des personnes qui pensent que ce n’en est pas un. Au contraire, c’est une opportunité. Celle de devenir une meilleure version de soi-même, dans sa vie personnelle comme dans sa carrière.  

Alors pour faire bouger les chiffres, peut-être faut-il d’abord faire bouger les mentalités.

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Pas assez au travail, pas assez avec ses enfants : entre dilemme et culpabilité

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  3 mins

 

Mère et fille dans une cuisine, entre travail à distance et moment de complicité

La culpabilité parentale s’invite souvent dans la vie de celles et ceux qui jonglent entre réunions de dernière minute et goûters des enfants, deadlines intenables et histoires du soir. Et si ce sentiment révélait surtout l’injonction silencieuse à être un parent parfait ?

La plupart des parents qui travaillent ont ressenti ça au moins une fois : ce fort sentiment de culpabilité de ne pas être assez présent. Pas assez présent au travail ou pas assez présent avec ses enfants. Parfois les deux en même temps. Cela change selon les périodes, les jours, parfois les heures même. Cela se cristallise à des moments très différents. Lorsque l’on pense aux dossiers qu’il faut boucler alors qu’on est en train de jouer avec ses enfants. Lorsque l’école appelle et qu’il faut partir en urgence en laissant ses collègues en plan. Lorsque l’on doit mettre à regret ses enfants au centre aéré pendant une semaine de vacances, car on ne peut plus poser de congés. Lorsque l’on enchaîne trop les déplacements. Et cette liste n'est pas exhaustive...

J’aurais pu continuer cet article en choisissant d’évoquer la notion de « qualité plutôt que quantité » qui est, à mon sens, tout à fait pertinente. Mais j’ai choisi plutôt de creuser le sujet de la culpabilité. Selon l'étude "Les Français et la parentalité" publiée par Opinionway en mars 2025, 55% des parents ont au moins de temps en temps le sentiment de ne pas être de bons parents. La notion de burn-out parental (liée à l’échec et donc à cette volonté de performance en tant que parents) apparaît pour la première fois en 1983 dans le livre Parent Burnout (éditions Doubleday). Plus tôt, dans les années 70, on commençait à voir apparaître dans les librairies des ouvrages tels que « Tout se joue avant 6 ans » (éditions Robert Laffont). Avant cela, la notion de parentalité n’existait pas. Il était simplement question « d’élever des enfants ». Bien sûr, il n’est pas question de dire que c’était mieux avant. C’était… différent. Mais cela permet toutefois de prendre un peu de distance avec ce sentiment. Surtout lorsque l’on apprend, toujours dans le même article, que le marché de la « culpabilité parentale » pèse aujourd’hui en France plus de 20 millions d’euros en librairie, selon l’institut GfK. Notre culpabilité serait-elle en réalité un business rentable ?

La théorie du gâteau

Pour éviter de m’auto-flageller, depuis que mon fils est entré à l’école, j’ai développé une théorie. Certains développent la théorie de la relativité générale, d’autres des théories du complot. Moi, j’ai développé la théorie du gâteau. C’est parti d’un constat : j’ai eu le débat des gâteaux industriels dans la boîte à goûter pour l’école avec la plupart de mes amies mamans. Ce dilemme s’est aussi imposé à moi : je travaille trop pour avoir le temps de faire des pâtisseries maison toutes les semaines, mais je m’en veux de donner des gâteaux industriels à mon enfant. J’ai culpabilisé souvent. Mes amies aussi. On évoquait des alternatives, on testait des choses, mais ça ne tenait jamais vraiment. Et le bon vieux gâteau industriel de mon enfance finissait toujours par s’inviter aussi dans la boîte à goûter de mon fils. Avec un arrière-goût de culpabilité, parce qu’on sait pertinemment qu’il n’y a pas grand-chose de bon, dans ces gâteaux du supermarché. Et que si je ne travaillais pas autant, j’aurais le temps de faire des gâteaux maison.  

Et puis un jour, je me suis aperçue que ce sujet résumait à lui seul toute la culpabilité que l’on peut ressentir quand on est parent et que l’on travaille beaucoup. Ce tiraillement intérieur, cette sensation que ce n’est jamais assez parfait.  

Alors j’ai développé la théorie du gâteau : essayer de se ficher la paix en n’oubliant pas que l’on fait chaque jour du mieux que l’on peut. Et que c’est déjà bien assez.   

35h et des poussettes

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chronique

Parents en télétravail, une espèce à part ?

Parentalité

  3 mins

 

Père en télétravail distrait par ses enfants jouant avec des post-it autour de lui à la maison

L’annonce est tombée fin 2024 : l’entreprise Amazon a choisi de faire machine arrière au sujet du télétravail avec l’obligation d’un grand retour sur site cinq jours par semaine. La société états-unienne est loin de faire figure d’exception. Sans faire autant de bruit, d'autres entreprises, y compris en France - à l’instar de Velux, Renault ou Engie-, ont choisi de réduire le temps de télétravail hebdomadaire de leurs collaboratrices et collaborateurs. Le télétravail qui semblait presque être devenu la norme, fait par endroit l'objet de tensions. Pour justifier ce choix, les entreprises évoquent notamment un sentiment d’appartenance délité et un problème d’intégration des nouveaux collaborateurs. La fin d’une époque ? Peut-être. Pourtant les salariés ne sont pas tout à fait de cet avis : selon une étude publiée par l’APEC à l’été 2024, les cadres n’envisagent pas un retour en arrière. « 72 % des cadres aimeraient télétravailler un à quatre jours par semaine, alors qu’ils ne sont que 61 % à le faire aujourd’hui », souligne l’étude.  

 Éviter « le tunnel du soir »

Je m’interroge : est-ce que les 72 % en question sont des parents ? C’est probable. Je me souviens des mots de cette amie cadre qui se rend sur site seulement une fois par mois en moyenne. Mère de deux enfants, elle m’expliquait ne pas pouvoir envisager les choses autrement. « Sans le télétravail quotidien, je n’aurais pas la même vie », m’affirmait-elle. Mais de quelle vie parle-t-on ? J’ai ma petite idée.  

Depuis quelques années que je suis à mon compte (et maman), j’ai eu le temps d’observer mes journées. Et ce qu’on appelle communément « le tunnel du soir » (la période qui se situe entre le moment où l’on récupère les enfants et celui où on les couche) n’a pas le même goût les jours où je suis restée à la maison pour travailler. Pourquoi ? Car j’ai eu le temps (ou pris le temps) de préparer le repas à l’avance, de lancer une machine, de ranger la maison après le passage de mes tornades matinales… En revanche, les jours de tournages ou de rendez-vous extérieurs, les fins de journée avec mes enfants ressemblent plus à un champ de bataille qu’à une pub Ricoré.  

Le risque d’une explosion du travail domestique

Aux journées de travail en extérieur, il faut en effet ajouter le temps de transport (et choisir ce que l’on préfère entre les embouteillages ou les rames de métro bondées) et le temps de préparation personnelle, qui n’est pas le même si l’on croise des collègues et clients ou si l’on reste seule face à son ordinateur. Suis-je la seule à utiliser ces précieuses heures gagnées pour effectuer des tâches certes rébarbatives mais essentielles au bon fonctionnement de ma famille ? Les études s’accordent à dire que non, ce temps récupéré sert à s’occuper de soi, des tâches domestiques, à récupérer ses enfants plus tôt et… le niveau de stress diminue. Mais l’alerte est donnée pour les femmes, qui ont été les plus impactées par les tâches domestiques pendant la crise sanitaire et qui continuent à l'être : la porosité entre vie personnelle et vie professionnelle les jours de télétravail peut affecter à terme leur santé mentale. Et pourrait même conduire tout droit vers la dépression.  

Entre le choix drastique de l’entreprise Amazon et ce qu’on appelle le full remote, il existe peut-être un juste milieu idéal pour les parents qui travaillent. Il semblerait que l’on appelle ça « le travail hybride » et qu’il soit considéré comme le futur de la vie en entreprise. Un futur déjà de plus en plus présent. 

35h et des poussettes

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chronique

Reprendre le travail en cuissardes 3 semaines après un accouchement : et alors ?

Parentalité

  3 mins

 

femme qui s'apprête à faire un travail physique

Lorsqu’une femme reprend le travail après son accouchement, il y a toujours un débat : « trop tôt », « trop tard », « trop tout » ou au contraire « pas assez ». Et si la reprise du travail en post-partum était enfin mieux considérée et plus accompagnée ?

Il y a quelques jours, la thérapeute et créatrice de contenus Louise Chabat est apparue sur de nombreuses vidéos diffusées sur Instagram lors d’un festival dédié à la maternité. Le problème ? Elle rayonne, et elle est en cuissardes. Mais où est le problème, me demanderez-vous. Au moment où sont tournées les vidéos, elle a accouché trois semaines auparavant de son deuxième enfant. Cette apparition a suscité un tollé sur les réseaux sociaux. De nombreuses mères ont critiqué le fait qu’elle s’affiche ainsi alors que souvent, trois semaines après un accouchement, on est au fond de son lit.

Sa présence à ce festival est liée à son travail, qui consiste notamment à faire des vidéos et à parler publiquement de la parentalité. Louise Chabat reprend donc le chemin du travail trois semaines après avoir accouché, le clame haut et fort… Et se fait critiquer.

J’ai sélectionné quelques extraits des commentaires :

« J’ai deux enfants et la phase nourrisson a été de loin la plus éprouvante. Le post-partum n’est pas facile Mesdames, vous avez le droit de lever ce tabou plutôt que d’écouter des sornettes d’influenceuse qui perpétue l’omerta »

« Non, se vanter d’être à 3 semaines post-partum en cuissardes à un événement, ce n’est pas la norme. Ça perpétue l’image néfaste qui veut que la femme qui vient d’accoucher soit fraîche et sur tous les fronts. Moi, à 3 semaines post-partum […] j’attends que mon bébé dorme pour aller aux toilettes »

La plupart des critiques contiennent des expériences personnelles. Je me suis alors interrogée : est-ce que c’est Louise Chabat qui dérange ou plutôt ce que ça réveille en nous ?

Si les réseaux sociaux peuvent exacerber la comparaison, elle est loin d’être un concept récent. Dans « Rhétorique », Artistote évoquait déjà le phthonos, la douleur ressentie face à la réussite d’autrui et née de la comparaison. Alexis de Tocqueville, dans « De la démocratie en Amérique » écrit au XIVe siècle que « Les hommes, semblables et égaux, voient sans cesse d’autres hommes semblables qui ont ce qu’ils n’ont pas.”

J’ai quant à moi eu le loisir d’observer ma mère qui, bien avant que les réseaux sociaux n’existent, nous comparait régulièrement aux enfants de ses collègues de travail. Des études montrent que les comparaisons sociales ascendantes (que l’on fait avec des personnes perçues comme “mieux que nous”) diminuent l’estime de soi et augmentent la détresse émotionnelle, surtout sur les réseaux sociaux. Et plus la sphère comparée touche à des sujets identitaires, tels que la réussite professionnelle ou la parentalité, plus l’effet est fort.

Si Louise Chabat et ses cuissardes sont critiquées, il semble que le vrai problème ne soit pas là. La réalité du post-partum est abrupte pour de nombreuses mères. Selon le site Améli, 50 à 80 % des mères traverseraient un baby-blues après leur accouchement et 10 à 20 % d’entre elles une dépression du post-partum. D’après une étude de Santé Publique France, 73 % des mères se disent fatiguées pendant cette période, 39 % se sentent isolées et 33 % présentent de l’anxiété.

La réalité du post-partum reste encore taboue en France. Si de nombreux médias et influenceuses tentent de lever le voile sur ce sujet depuis quelques années, il reste encore du chemin à parcourir avant que cela n’arrive sur la table des politiques.

Ironie du sort, Louise Chabat fait d’ailleurs partie des femmes qui ont abordé leurs difficultés sans filtre et sans tabou sur les réseaux lors de sa première grossesse. Je propose que l’on choisisse plutôt de se réjouir quand une mère traverse un post-partum doux et serein. Et que l’on utilise notre colère pour faire en sorte que cette période souvent difficile soit mieux reconnue et mieux accompagnée.

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