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chronique

J’ai testé pour vous : échanger mon poste avec ma responsable

En immersion

  5 mins

 

Deux professionnels échangent un regard complice lors d’une réunion en bureau industriel

« Vas-y, prends ma place puisque c’est si facile ! »

Bon, ce n’est pas parti d’une phrase de ce type lâchée en pleine réunion, mais ça aurait pu. Franchement, qui n’a jamais pensé pouvoir faire mieux que son collègue ? Au choix : elle n’avance pas assez vite, il ne prend pas de décision, il est payé à ne rien faire, elle fait semblant de travailler… Ne me dites pas que vous n’avez jamais prononcé et partagé l’une de ces phrases avec un collègue.  Moi oui, plusieurs fois même. Et souvent à la suite de petites frustrations qui tronquent notre perception et notre regard.

J’ai décidé de franchir un mur invisible, et de tenter une semaine d’inversion des rôles avec ma manageuse. Elle dans mes baskets, moi dans son fauteuil. On va voir si c’est si facile...

Jour 1 : l’herbe est-elle plus verte ailleurs ?

Lundi matin, on officialise la bascule : on échange nos agendas, nos sujets, nos missions de la semaine. Son planning est trois fois plus rempli que le mien, mais mon tableau de tâches est trois fois moins lisible. À chacun son enfer ! Dès les premières heures, je découvre qu’être la ou le chef, ce n’est pas juste "donner des ordres". C’est aussi enchaîner les réunions, recoller les morceaux entre les équipes, arbitrer sans froisser, gérer les urgences invisibles… Bref, c’est être interrompu tout le temps, pour tout et (souvent) pour rien. J’ai un peu de mal à garder mon calme. De son côté, ma cheffe réalise que mes journées ne sont pas aussi simples à appréhender que ce qu’elle imaginait. 

Après s’être fait relancer trois fois pour un livrable, elle me demande à midi :

-  Tu as toujours autant de demandes floues ?

-  Bienvenue dans mon quotidien !

Le point d’étape à la pause déj’ nous révèle que chacun a eu beaucoup de mal à faire avancer les sujets de l’autre… Le test nous apparait irréaliste à maintenir à plein temps : je décide (car oui, c’est quand même moi le boss dans ce contexte) d’ajuster à la demi-journée.

Jours 2-3 : le fauteuil à bascule

Je sens déjà le regard des autres changer simplement parce que je m’assois sur le bureau dédié à la responsable du service. J’ouvre la boîte mails : 117 messages non-lus. Cent. Dix-sept. Je comprends mieux pourquoi ses réponses sont souvent laconiques, ou limitées à un émoticône. Je passe ma matinée à essayer d’arbitrer, transférer, challenger. Trois décisions importantes à prendre, une mini-crise à désamorcer, et un point avec la grande direction qui souhaite connaitre les résultats d’un projet. Je suis rincé.

De son côté, ma manageuse découvre que mes journées sont moins faites de décisions que de jonglage. Écrire, proposer des pistes, relire, demander des infos, ajuster le process, mettre à jour le doc de suivi, faire des relances : en boucle, sur des dizaines de projets. Elle finit par m’envoyer un message : "J’ai bossé toute la journée mais j’ai l’impression que rien n’a avancé !".

Jours 4-5 : oui, non. Pourquoi ? Je ne sais pas, c’est comme ça !

Je me surprends à faire quelque chose d’inhabituel, dire "non". Pas le choix, je comprends qu’il faut protéger son temps et savoir trancher, parfois à l’instinct, sans explication, même quand on m’en demande une. Je décale un projet mal cadré, j’interromps une réunion inutile, je dis oui, puis je dis non. Cette apparente sensation de pouvoir est vite remplacée par un sentiment de solitude. Ce que je gagne en autonomie, je sens que je le perds en complicité avec mes collaborateurs.

Pendant ce temps, ma manageuse rame sur un outil que je maîtrise par cœur. Après avoir finalisé une série de tâches, elle m’appelle : 
— Tu as mis ça où, le tableau de suivi ? Impossible de m’y retrouver. 
— Ah, c’est dans le drive, mais il faut passer par le lien dans le canal Teams, épinglé dans le fil du 9 mars. La discussion avec l’équipe marketing. 
— … non mais ce n’est pas possible de bosser comme ça Hadrien !  (Bon là, j’admets, la manageuse reprend le dessus...)

- Je n’ai pas le choix, je t’avais déjà remonté le point…. Aucun manager ne veut changer ce process, c’est une galère à chaque fois.

Nous partageons un rire nerveux en réalisant que le quotidien de l’autre est surmonté d’autant d’embuches que le sien.

Vendredi, on termine l’expérience plus tôt que prévu, autour d’un café. Forcément, aucun n’a pu terminer les missions de l’autre. Je suis épuisé par son agenda, et j’ai la sensation que la plupart de mes interactions sont des combats solitaires, que j’ai des comptes à rendre à tout le monde. Elle est sonnée par la variété et la complexité de mes tâches, énervée par la lourdeur de certains dysfonctionnements entre les équipes.

Bilan du test

Cette expérience aura surement été la plus enrichissante de la série. On change vite de regard quand on découvre le métier de manager. Exactement comme avec de nouvelles lunettes : on voit flou au début, et puis tout s’éclaire différemment. Maintenant, je vois beaucoup mieux ce que ça implique… et elle comprend mieux ce que je vis au quotidien.

À celles et ceux qui veulent tenter l’aventure, je recommande vivement :

  • Faites une bascule symbolique, pas réelle et prolongée. Une seule journée dans les chaussures de l’autre peut déjà permettre de mieux se comprendre.
  • Préparez-vous à changer de regard, votre fibre empathique va forcément vibrer !  
  • Organisez un debrief ouvert, car la vision de l’autre, même si elle est différente, pourra vous aider à mieux aborder votre propre job.

On questionnera facilement la réussite de ce test et la pertinence du format, mais cela aura en tout cas permis de faire un pas vers l’autre, et d’ouvrir un nouveau dialogue sur les difficultés du quotidien. Pas de transformation, mais une meilleure compréhension.

J’ai testé pour vous. Et si on continuait à tester ensemble d’autres façons de travailler ? Quelque chose me dit que je ne suis pas seul à avoir envie d’expérimenter, concrètement ! Rendez-vous dans une prochaine chronique pour une nouvelle plongée au cœur du monde professionnel. Je partage avec vous mes expériences, mes émotions et mon analyse. 

 

J'ai testé...

Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.

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chronique

J’ai testé la méthode Montessori avec mes collègues

En immersion

  4 mins

 

Une réunion de présentation au travail

Quand on pense à la méthode Montessori, on pense immédiatement à une salle de classe colorée, remplie d’enfants qui choisissent librement leurs activités, guidés par un adulte bienveillant qui observe sans intervenir. Mais que se passerait-il si l’on transposait un tel fonctionnement et de tels principes dans le monde du travail ? L’autonomie, la confiance, la coopération et l’attention portée à l’environnement, au cœur de la pédagogie Montessori, pourraient bien transformer notre manière de collaborer au bureau.


C’est en tombant, encore et encore, sur des vidéos de parentalité via l’algorithme d’Instagram que l’idée m’est venue : pourquoi ne pas expérimenter la méthode Montessori avec mes collègues ? Pendant une semaine, j’ai décidé de la mettre en pratique pour voir ce qu’elle pourrait apporter à notre quotidien professionnel.

Jours 1 - 2 : je laisse faire, sans trop intervenir

Dès le lundi matin, je m’attaque au premier principe : l’autonomie. Plutôt que de lancer la semaine avec mon habituelle liste de tâches à effectuer (et les briefs, deadlines et instructions qui vont avec), j’évoque plus largement les sujets du moment et propose à l’équipe de choisir librement ses actions en fonction des envies, de l’énergie et de ce qui lui semble le plus important.

Certains collaborateurs adorent. D’autres, un peu moins. Un collègue m’avoue : « Mais comment je sais si je fais les bonnes choses ? ». Habitué à un cadre très précis, il a du mal dès que les consignes disparaissent. Pour se rassurer, il se lance dans des tâches inutiles et planifie deux réunions sans objectifs réels ; à deux doigts du "task masking". Cette réaction me rappelle la part du « work about work » dans le quotidien, et me questionne sur notre effroyable capacité à perdre toute logique ou bon sens une fois le costume enfilé. Faire et défaire, c’est toujours travailler.

À deux bureaux de lui, une autre collègue se lance à corps perdu dans un projet « plaisir », au ROI largement discutable.

Mardi je n’interviens pas lors d’un point d’équipe, à moins qu’on ne me sollicite. J’observe, mais n’interromps personne. Je réponds à une question par une autre, pour pousser mes collègues à prendre seuls des décisions.

Jours 3 - 4 : un cadre qui libère

Mercredi, je m’inspire d’un autre principe #montessori   : l’environnement comme outil d’apprentissage. Je reste un peu limité dans l’open space mais j’arrive à créer un coin « créatif » avec du matériel en accès libre : feutres, post-its, cartes de logique, tableau blanc…

Je n’impose rien, je propose. Les réactions sont timides. Je crois qu’un collègue – totalement désintéressé par mon approche - a deviné mon double jeu en sous-entendant que je vais avoir besoin de plus d’une semaine pour appliquer des principes d’éducation à des adultes.

Jeudi, je teste le principe de l’auto-évaluation : lors du daily, je demande à chacun de faire un point sur ses réussites de la semaine, ses difficultés et ses besoins. Je suis agréablement surpris par un échange sincère, alors même que certains collaborateurs tendent la main pour aider sur des points de blocage.

Jour 5 : de la pédagogie… à la coopération

Vendredi, je termine mon expérience par un atelier collaboratif inspiré de Montessori, durant lequel je demande à chacune et chacun de choisir une action pour améliorer notre fonctionnement d’équipe. Zéro directive, 100 % initiative. Un résultat intéressant se détache avec une collaboratrice qui suggère de consolider plusieurs tableaux de données pour simplifier notre suivi au quotidien. 
En fin de journée, je découvre que mon test aura réussi à fédérer mes collègues sur un sujet : toutes et tous s’accordent à me dire qu’il faut que j’arrête les expériences stupides.

Je quitte le bureau en les félicitant pour cette semaine, et entre rires et regards noirs, je leur souhaite un bon weekend. Sous les huées (ou presque), je leur rappelle que j’ai pleine confiance en eux pour qu’ils deviennent des moteurs du changement.

Bilan du test

Alors, transposer la méthode Montessori sur des adultes et dans le  monde du travail, est-ce que ça fonctionne ? Vous aurez compris que mes collègues ont facilement décortiqué mon approche, mais il n’empêche, plus sérieusement, qu’il y a des principes de cette pédagogie qui méritent d’être explorés dans nos quotidiens pro. Pour les plus téméraires, voici quelques conseils :

  • Encourager l’autonomie : moins de directives et plus de directions !
  • Proposer un environnement de travail modulable, qui favorise la concentration et la créativité.
  • Favoriser l’auto-évaluation à travers des temps d’échange où chacun peut s’exprimer sur ses ressentis, ses réussites et ses blocages.
  • Laisser de la place aux initiatives (car on est souvent surpris) en explicitant la possibilité.

Oui, c’est amusant laisser ses collègues choisir librement leurs tâches comme dans une salle de classe, de créer des coins créatifs avec des post-its comme si c’étaient des cubes sensoriels. Mais la « méthode » trouve vite ses limites dans un environnement pro qui impose souvent des objectifs et des deadlines.

Cela dit, il y a des idées à piocher. Redonner un peu d’autonomie, faire confiance, soigner l’environnement de travail… Et vous, seriez-vous disposés à appliquer ce principe aux grands enfants que nous sommes souvent tous restés ?
 

J'ai testé...

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No meeting week : j’ai testé une semaine sans réunions

En immersion

  4 mins

 

Homme debout près d’une fenêtre, concentré sur sa tablette

Les réunions sont-elles un fléau pour les entreprises ? Ne me dites pas que vous n’avez jamais soupiré en voyant votre agenda envahi de créneaux "point rapide" qui s’éternisent ou de "brainstorming" qui tournent en rond ? Ce fameux collègue qui en vous croisant vous dit « c’est juste pour reboucler rapidement avec toi ».... Et quand l’invitation arrive, surprise, il a prévu 1 heure.

Mais peut-on vraiment s’en passer… totalement ? C’est le pari de la No Meeting Week, une semaine entière sans aucune réunion, pour se concentrer exclusivement sur son travail. L’idée me séduit immédiatement, mais est-elle vraiment réalisable ? Pour le savoir, j’ai donc bloqué une semaine complète dans mon agenda. Spoiler : l’expérience a été plus révélatrice que prévu.


Jour 0 : mauvais départ

Petit problème au démarrage. Je rembobine : quelques jours avant de me lancer dans l’expérience, j’ai évoqué mon envie de tester une semaine sans réunion lors d’une… réunion d’équipe. Au début, mes collègues ont adoré. A coup de « superbe idée » et de « j’en rêve », j’ai eu l’impression d’avoir ouvert une brèche dans laquelle tout le monde voulait s’engouffrer. Comme si j’avais mis des mots sur un tabou collectif que nous n’osions pas aborder.

Et puis, j’ai proposé qu’on le mette en place ensemble. Et là… retour à la réalité. Entre les inquiétudes des unes sur l’avancement de leurs projets, et les routines quasi-immuables des autres, j’ai vite compris que bousculer nos habitudes de travail ne serait pas évident. J’essaie donc d’embarquer les plus motivés dans mon expérience, et je préviens les autres que je ne participerai à aucune réunion.

Jours 1-2 : un sentiment de liberté

Nous sommes donc lundi matin, il est 9 heures. Je jette un œil à mon agenda : il est VIDE. Rien. Pas une seule réunion en vue. Un sentiment étrange m’envahit, mélange d’excitation et d’appréhension. Ai-je oublié quelque chose d’important ? Je culpabilise un peu aussi. Si quelqu’un voit mon planning, que va-t-il penser ?

Petit à petit, je me plonge dans mes dossiers. Et là, première révélation : j’ai l’impression d’avancer trois fois plus vite que d’habitude. Pas d’interruption, pas de discussion inutile. Je rentre en mode deep work  sans même m’en rendre compte.

Mardi, je ressens cependant un léger manque : certaines décisions nécessitent d’échanger avec mes collègues, et mon expérimentation me pousse à tout traiter par email ou messagerie. Résultat : les notifs sur Teams s’accumulent et ma boite mail se remplit plus vite que d’habitude. Voici donc les premières répercussions de ma No Meeting Week.


Jours 3-4-5 : ça roule et ça coince

De mercredi à vendredi, je suis globalement dans un bon rythme. Loin du découpage en micro-tâches imposé par les réunions habituelles, j’ai le luxe de travailler en continu sur des sujets de fond.

Jeudi, un dossier important nécessite un alignement rapide avec plusieurs collègues. D’habitude, on aurait réglé ça en 15 minutes de réunion. Là, le mode asynchrone que je leur impose a rallongé la prise de décision sur toute la journée. Autre difficulté : un collègue, plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit (pour imposer ses arguments, tmtc) préfère botter en touche et attendre une réunion pour se prononcer.


Bilan du test

Globalement, cette No Meeting Week me donne l’impression d’avoir boosté mon efficacité. Je ne sais pas si la sensation est décuplée du fait du changement, mais le simple fait d’avoir pu enfin avancer sur tâches de fond m’apporte satisfaction. J’ai raté quelques infos, mais je me suis mis à jour avec les comptes rendus de réunion. J’ai gagné en concentration, mais j’ai aussi raté des moments d’équipe.

Le véritable enjeu m’apparait donc comme étant le cadrage. Avouons-le, certains meetings peuvent être traités en un mail. D’autres peuvent être réduits à 15 minutes au lieu d’une heure. Au global, c’est une expérience que je recommande, et voici quelques conseils si vous voulez la tenter :

  • Prévenez vos collègues et adaptez vos modes de communication. Certaines discussions devront se faire en asynchrone : pour éviter les couacs, assurez-vous que tout le monde soit informé et aligné.
  • Fixez vos propres règles, car pas de réunion ne signifie pas aucune  communication. Des messages précis vous éviterons des échanges interminables.
  • Évitez le "tout-email" ! Un outil de gestion de projet bien organisé peut être plus efficace, alors appuyez-vous sur vos outils collaboratifs. Oui, il est temps d’apprendre à les utiliser 😄
  • Si une semaine complète sans réunions vous semble incompatible avec votre agenda, commencez par une journée par semaine. En complément, réévaluez la pertinence de votre présence sur chaque sollicitation.

Cette semaine sans réunion m’a libéré du temps précieux, mais elle m’a aussi montré que nos fameuses « réus » ne sont pas le problème en soi : c’est la mauvaise gestion ou les habitudes qui nous font perdre du temps. La bonne approche n’est pas de tout supprimer, mais de réapprendre à bien les organiser. Et vous, prêt à repenser votre relation aux réunions ?
 

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J’ai testé la sieste au bureau pendant une semaine

En immersion

  4 mins

 

Un homme qui fait la sieste dans un lieu cosy

Vous dites quoi si un collègue se lève à la fin d’une réunion et vous lance un « je vais faire une petite sieste, je reviens » ? Vous rigolez, forcément, ça ne peut être qu’une blague. Car oui, dans la culture professionnelle française, poser la tête sur un coussin reste un sujet tabou dans la plupart des professions. Humeur, concentration, mémoire, vigilance : la sieste a pourtant de nombreux bienfaits ! Curieux de savoir si cet instant de repos pouvait vraiment transformer mes journées, j’ai décidé de tester la sieste au bureau pendant une semaine. Entre appréhension et découverte, voici le récit de mon expérience, les yeux (presque) fermés. 

Jour 1 : un clignement

Lundi midi, c’est le premier moment de vérité. Je déjeune rapidement pour me dégager 20 minutes et tente ma première sieste au bureau. Pas de canapé à l’horizon. Je m’installe simplement sur ma chaise, avec ma veste bien pliée comme oreiller improvisé. Verdict ? Entre l’inconfort et la crainte qu’un collègue entre à l’improviste, je ne ferme pas vraiment l’œil. Côté confort, je retrouve les sensations d’un retour de vacances en train. Résultat mitigé, mais pas désespéré. 

Jours 2-3 : un bâââââillement

Mardi, j’améliore mon installation. Un masque de sommeil et une alarme discrète m’accompagnent pour cette nouvelle tentative. Je retente une micro-sieste assise, bras posés sur les cuisses, pieds bien à plat. C’est loin d’être idéal mais je parviens à décrocher pendant une dizaine de minutes. Je sens un regain d’énergie palpable pour affronter l’après-midi et suis accueilli par un sourire malicieux de ma collègue au moment où j’enlève le masque.

Mercredi, encouragé par ces premiers résultats, je bloque un créneau dans mon agenda (pour éviter les interruptions) et opte pour une musique de fond relaxante. Bilan : 15 minutes à roupiller, et une vraie sensation de fraîcheur en revenant à mon poste. Mon corps apprécie, le plus dur reste de braver le regard des collègues curieux qui passent devant la salle de repos.  

Jours 4 et 5 : un étirement 

Jeudi et vendredi, j’ai pris mes marques. Je réalise que l’essentiel pour profiter d’une sieste au bureau est de bien choisir son moment. Après le déjeuner - lorsque l’énergie chute naturellement - me semble être le timing idéal. En pleine digestion, je m’autorise 20 minutes de calme total et même si je ne dors pas toujours, cet instant de pause mentale est une routine que je commence à apprécier.

Moins de coups de mou, une meilleure concentration et un coup de peps en début d’après-midi : la sieste au bureau ne m’apparait plus comme une perte de temps. Certains font une petite marche et d’autres méditent, avec un point commun : un temps de calme, dédié à soi, pour déconnecter et se ressourcer. En somme, un véritable outil de productivité… à condition de la pratiquer intelligemment.

Bilan du test

Après une semaine à tester la sieste au bureau, cette expérience m’a permis de (re)découvrir l’importance de s’accorder des moments de récupération, même dans une journée intense (surtout dans une journée intense). Je comprends pourquoi elle est une habitude de beaucoup de personnes, et que dans un quotidien pro, cela peut être un véritable outil pour réguler son énergie et son activité.

Voici en synthèse quelques conseils si vous envisagez de tester vous aussi : 

  • Pas besoin de dormir une heure ! Une sieste de 10 minutes suffit à retrouver de l’énergie sans sombrer dans une torpeur post-réveil. Vive la micro-sieste.
  • Trouvez un endroit calme, isolé du passage et du bruit. Si votre entreprise ne dispose pas d’une salle de repos, improvisez avec une chaise confortable et un masque pour les yeux. S’il y a du bruit, une musique d’ambiance dans un casque permet de s’isoler facilement.
  • Expliquez votre démarche, ça permet d’éviter les malentendus avec les collègues… Bloquer un petit créneau dans votre agenda peut aussi aider à organiser ce temps dédié votre journée, sans être dérangé.
  • Si la sieste n’est pas nécessaire tous les jours, restez attentif aux signes de fatigue. 10 minutes de pause mentale peuvent avoir un gros impact dans une journée chargée, alors pensez à écouter votre corps.

Alors, prêts à fermer les yeux pour mieux réussir vos journées ? 

J'ai testé...

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Rentrée scolaire : et si on posait des congés ?

Equilibre vie pro - vie perso

  3 mins

 

Parent en congé à la rentrée scolaire pour éviter le stress et le chaos de septembre

Et si, au lieu de subir le chaos des cartables et des formulaires à remplir en 15 exemplaires, on posait des congés ? Un acte de rébellion douce pour préserver notre santé mentale… et limiter notre stress parental.

« Le rush de la rentrée », « le stress de la rentrée » … J’ai souvent entendu ces expressions sans comprendre vraiment ce dont il était question. Les premières années de la vie de mon fils, son assistante maternelle prenait trois semaines de vacances en juillet. Et par conséquent, nous aussi. Le mois de septembre avait donc un goût de mois d’août prolongé : le travail qui avait déjà repris depuis longtemps, le soleil qui brille encore tard…  

Or une étude menée en 2022 par GoStudent en collaboration avec Kantar révèle que 87 % des parents se disent stressés par la rentrée scolaire. Est-ce qu'à l’époque je faisais partie des 13 % restants ? Spoiler : non.  

Car la première rentrée de mon fils à l’école a fini par arriver. Et je me suis réveillée mi-octobre avec l’impression d’avoir passé les semaines précédentes à me faire malmener par un 36 tonnes. Brutalement, j’ai compris. L’achat des fournitures scolaires, les vêtements d’automne à commander, les dossiers à remplir en mentionnant plusieurs fois les mêmes informations, les dix-huit réunions de rentrée, le travail qui reprend en même temps sur les chapeaux de roue après quelques semaines de vacances, la carte bleue qui chauffe sans discontinuer…  

Bref, cette année-là, j’ai vécu le fameux « rush de la rentrée ». Et je me suis promis une chose : plus jamais.

L’année suivante, j’ai tenu ma promesse : j’étais en congé maternité au moment de la rentrée de mon fils. Ma fille faisait ses nuits et des siestes interminables donc la rentrée de septembre a eu un goût de dolce vita très appréciable. Cette année, j’ai repensé à la rentrée 2023 et à cette promesse que je m’étais faite.  

Le lundi 1er septembre 2025, je vais donc déposer mon fils à l’école. Les deux jours qui vont suivre, je ne travaillerai pas. Mes clients le savent : je serai de retour le 3 septembre. Mon objectif, à moyen terme, est de réussir à poser intégralement cette semaine-là.

Pourquoi ? Pour me remettre de deux mois de vacances scolaires qui, si elles ont le mérite d’être chouettes, sont quand même intenses avec deux enfants en bas âge. Bien sûr, je ne partirai pas en vacances, car il faut bien récupérer les enfants le soir. Mais je vais en profiter pour lire, écrire ou encore dormir sans être coupée toutes les deux secondes. Pour prendre du temps pour moi et recharger pleinement mes batteries. Je sais maintenant que le mois de septembre va être intense. Alors autant le commencer sereinement.  

J’ai aussi préparé l’artillerie lourde : l’abonnement pendant deux mois à une box de repas pour alléger la charge mentale de ce côté-là, les vêtements déjà achetés, les photos d’identité faites, la page vaccins du carnet de santé et celle de l’assurance scolaire imprimées en 15 exemplaires…

Ma mission ? Réussir à faire partie des 13 % de parents qui vivent une rentrée sans stress. 

Je vous tiens informés.  

35h et des poussettes

Si comme moi vous jonglez entre réunions et changements de couches, rejoignez-nous pour des discussions franches, des astuces pratiques et une bonne dose d'humour. Si vous négociez des contrats tout en faisant les devoirs ou en préparant des biberons, cette chronique est faite pour vous ! Plongez avec moi dans le grand bain de la parentalité où carrière et famille se disputent la vedette.

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chronique

J’ai testé le rôle d’ambassadeur de la biodiversité au travail

En immersion

  4 mins

 

Collaborateur souriant tend la main dans un bureau végétalisé, ambassadeur biodiversité

Changement climatique, disparition des espèces, impact environnemental… Des sujets qui préoccupent mais qui, au bureau, ne sont pas au cœur des discussions. Entre deadlines et réunions, pas facile d’évoquer le gaz à effet de serre ou l’élévation du niveau de la mer ; ni de savoir comment agir concrètement. Pourtant, de plus en plus d’entreprises encouragent leurs collaborateurs à s’engager plus fortement dans les sujets RSE, et parfois, d’avoir un rôle d’ambassadeur de la nature.

L’idée ? Sensibiliser ses collègues, proposer des actions concrètes et contribuer, à son échelle, à un impact positif sur l’environnement. Sensible à sujet, - mais peu actif il faut le reconnaitre - j’ai relevé le défi : pendant une semaine, j’ai tenté d’incarner ce rôle en entreprise. Sacrée épreuve.


Jours 1-2 : prise de conscience

Je commence ma semaine par un état des lieux. Que fait mon entreprise en matière de biodiversité ? Quels sont ses engagements en termes de RSE ? Je pose quelques questions autour de moi et… pas évident. Peu de collègues arrivent à me parler clairement du sujet. On m’évoque l’empreinte carbone ou des actions pour la mobilité durable, mais la biodiversité reste un sujet encore flou.

Première mission : m’informer. Je (re)découvre que mon entreprise s’est engagée sur plusieurs actions et s’est fixée plusieurs objectifs. Cela dit, ça manque parfois de visibilité. Je me dis aussi que des actions simples peuvent avoir un impact énorme : privilégier des fournisseurs locaux et engagés, verdir les espaces extérieurs ou acheter certains produits en vrac. Assez vite, je me rends compte que la biodiversité ne se limite pas à planter des arbres, mais touche fortement notre quotidien au bureau.

Jours 3-4 : premières actions, premiers blocages

C’est mercredi, il est temps que je passe à l’action. Avec l’aval de ma manageuse, je propose à l’équipe quelques idées : organiser un "challenge zéro déchet", inviter un expert pour un atelier pratique, revoir nos choix de fournisseurs lors des événements pour des produits plus responsables…

Réactions mitigées. Alors que certains trouvent ça génial, j’observe quand même quelques sourcils qui décollent. Le plus complexe n’est pas d’avoir des idées, (d’ailleurs mon approche fait des émules) mais de donner envie de se mettre en action. Je décide d’y aller progressivement et de commencer par des actions visibles et rapides à mettre en place pour embarquer l’équipe. Le thé en vrac fait mouche : une fois en place, tout le monde est ravi.

Je complète avec une approche plus ludique : une petite infographie sur les bonnes pratiques au bureau en faveur de la biodiversité que je glisse dans notre newsletter interne. Succès immédiat, j’entends plusieurs personnes discuter des écogestes à la pause-café.

 

Jour 5 : Un impact concret… et des perspectives

Vendredi, j’organise un petit-déjeuner éco-responsable avec des produits locaux et bio. L’idée est simple : montrer qu’on peut allier plaisir et engagement, sans forcément des conséquences budgétaires. Et ça marche ! Les discussions s’enchaînent, plusieurs collègues proposent des initiatives, et nous actons même que la semaine prochaine nous ferons un défi sobriété numérique.

Je termine la semaine avec le sourire, et un petit sentiment de fierté. Oui ce n’est pas grand-chose, mais si ça lance une dynamique positive d’amélioration, alors on a tous (et tout) à y gagner.

Bilan du test

Je ne sais pas si j’ai bien su incarner ce rôle, mais une chose est sûre, pour être ambassadeur de la biodiversité, pas besoin d’être un expert. Il ne s’agit pas d’imposer des règles, mais d’ouvrir des discussions et de montrer qu’on peut agir, chacun à son échelle. Vous voulez vous lancer en tant qu’ambassadeur de la biodiversité dans votre entreprise ? Voici ce que je ferai désormais :

  • Commencez par vous informer ! Il y a une tonne de ressources en ligne pour se lancer. Sans être un spécialiste, comprendre les enjeux vous permettra d’être plus crédible et convaincant. Des plateformes comme l’Agenda 2030 en France proposent du contenu vulgarisé pour se lancer.
  • Adoptez une approche positive, car les messages alarmistes peuvent être décourageants. Pour débuter, misez sur des solutions concrètes et faciles à mettre en place.
  • Testez des actions visibles pour montrer rendre la démarche plus concrète. Un choix de café responsable, une imprimante en noir et blanc par défaut, un coin de verdure dans l’open-space… Les petites victoires créent l’adhésion, et peuvent constituer le point de départ de projets d’entreprise, comme la réduction du taux d’émission carbone par salarié.
  • Ne restez pas seul et essayez de trouver des alliés. Il y a forcément des collègues sensibles à certaines causes. Pensez à les impliquer pour créer une dynamique collective.

Cette courte expérience m’aura montré qu’on peut avoir un impact sans révolutionner le monde. Être ambassadeur de la biodiversité, c’est surtout apprendre à semer des graines… et laisser le temps aux idées de germer ! Et vous, prêt à semer ?
 

J'ai testé...

Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.

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Est-ce que je fais un bullshit job ? Le jour où j’ai dû expliquer mon travail à mon fils

Métier

  4 mins

 

Une mère explique à son enfant l’utilité de son travail

Comment expliquer son métier à un enfant lorsque celui-ci n’a rien d'immédiatement compréhensible et concret ? Une plongée dans le regard innocent,ilara et souvent hnt, de ceux qui nous ramènent à l’essentiel : les enfants.

Un bullshit job, selon l'anthropologue états-unien David Graeber, inventeur de cette expression, est « un boulot si inutile que même le salarié ne peut en justifier l’existence, bien que le contrat avec son employeur l’oblige à prétendre qu’il existe une utilité à son travail ». Depuis longtemps, je voyais passer cette expression sans me sentir concernée. Et puis, un jour, mon fils m’a demandé ce que je faisais comme travail. Pour la première fois, je me suis interrogée : est-ce que je fais un bullshit job ?

En plus d’écrire sur le travail et la parentalité, je suis consultante en communication. Pour mes clients, j’élabore (entre autres) des stratégies de communication, je rédige des newsletters et je crée du contenu pour les réseaux sociaux. J’adore mon travail, mes clients, la liberté avec laquelle je gère mon quotidien… Mais face à mon enfant de 3 ans à l’époque, je me suis sentie démunie. Puis-je justifier l’existence de mon travail ? 

Le contraste avec le travail de son père est d’autant plus saisissant qu’il est directeur d’un restaurant. Rien de plus concret pour un enfant qui va voir régulièrement son père au travail. Il peut observer, de manière tangible, les clients, la cuisine, les plats, le service… Son père exerce une profession qui nourrit des gens.

J’ai poursuivi ma réflexion. Qu’aurais-je répondu si j’avais été chirurgienne ou infirmière ? Je soigne les gens. Garagiste ? Je répare des voitures. Avocate ? J’aide les gens à se défendre quand ils ont des problèmes. Des choses visibles, utiles, essentielles.  Alors plus tard, quand il a été en âge d’en saisir les contours, je lui ai expliqué le concept de la publicité. Puis, je lui ai demandé à nouveau ce que je faisais comme travail. Sa réponse ? « Tu travailles sur ton ordinateur et tu fais des glaces ». Le message n’était donc pas passé et sans m’en rendre compte, j’ai brouillé les pistes en lui montrant les vidéos d’un tournage chez un artisan glacier.

J’ai décidé de mener l’enquête du côté des réseaux sociaux en demandant à des parents comment leurs enfants décrivent leur travail. Et les réponses m’ont fait sourire.

Louise, 4 ans : « tu fais manger les bébés pour qu’ils grossissent » (vraie profession : conseillère en allaitement)

Charlotte, 4 ans : « Maman fait travailler les gens dans les petits avions et Papa c’est dans les gros mais il est toujours avec son collègue » (vraie profession : technicienne d’ordonnancement avion sur le programme A320 et câbleur sur le programme A350)

Axel, 7 ans : « tu disputes les grands parce qu’ils font des bêtises » (vraie profession : formatrice en CFA)

Victor, 6 ans : « tu es devant ton ordinateur et tu parles à des gens » (vraie profession : responsable commerciale)

Lucie, 3 ans : « tu démolis des maisons mais seulement s’il n’y a personne dedans » (vraie profession : bureau d’études en démolition)

Maël, 5 ans : « tu es docteur des émotions » (vraie profession : kinésiologue)

Susie, 7 ans : « tu aides les autres maîtresses et tu discutes avec le ministre » (vraie profession : syndicaliste dans l’Éducation nationale)

Théo, 6 ans : « comme moi, tu es déléguée » (vraie profession : déléguée territoriale à l’animation)

Isaac, 3 ans : « Maman, elle fait la fête » (vraie profession : chargée de communication dans une salle de spectacles et événementiel)

Lucas, 5 ans : « Papa fait des trous et Maman donne des sous aux gens » (vraies professions : terrassier dans le BTP et conseillère bancaire)

En lisant ces réponses, je me suis rendue compte à quel point les enfants ont cette faculté à simplifier ce que nous, adultes, rendons souvent si compliqué. À leurs yeux, on démolit des maisons, on fait grossir des bébés ou on fait la fête. Derrière leurs interprétations, il y a une réalité : nos métiers ne sont pas bullshit puisqu'ils sont capables, avec leurs mots, de les raconter. Cela m’a aussi permis de repositionner quelque chose que j’ai tendance à oublier : non, la communication n’est pas inutile. Ce n’est peut-être pas essentiel au sens strict du terme, mais sans moi ou mes collègues, comment ferait notre fameux artisan glacier pour dire aux gens que ses glaces existent ? 

Il semblerait que finalement, le regard et les mots de nos enfants nous aident à nous rappeler l’essence même de ce que nous faisons. Le fameux « pourquoi » qu’on oublie parfois, et qu’il est bon de retrouver !

35h et des poussettes

Si comme moi vous jonglez entre réunions et changements de couches, rejoignez-nous pour des discussions franches, des astuces pratiques et une bonne dose d'humour. Si vous négociez des contrats tout en faisant les devoirs ou en préparant des biberons, cette chronique est faite pour vous ! Plongez avec moi dans le grand bain de la parentalité où carrière et famille se disputent la vedette.

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chronique

Quand nos enfants nous voient scroller  : l’effet miroir des écrans parentaux

Technologies

  4 mins

 

Un enfant observe son parent absorbé par l’écran de son smartphone.

« Pas d’écran le matin », la phrase de la maîtresse claque comme une sentence. Fierté pour les uns, culpabilité pour les autres. Et si le vrai problème du rapport aux écrans de nos enfants, c’était… nos propres écrans ?

Réunion de rentrée scolaire, moyenne section de maternelle. On est en 2024. Nous, parents d’élèves, sommes inconfortablement installés sur les chaises minuscules qui habituellement accueillent nos progénitures. Nous écoutons religieusement la maîtresse. Elle évoque pêle-mêle les grands projets pédagogiques de l’année, le rappel des horaires, les sorties scolaires, le matériel à avoir… Et tout à coup, elle prononce cette phrase « je vous demande également d’éviter de mettre vos enfants devant des écrans le matin avant de venir à l’école, nous observons vraiment une différence de comportement entre ceux qui regardent des dessins animés et les autres ».

La messe est dite. Un silence empreint à la fois de culpabilité et de fierté se fait dans l’assemblée. D’un côté, les parents qui gardent la tête haute et qui approuvent. Ceux qui ont mis en place une règle bien définie telle que « pas d’écran sauf le week-end ». De l’autre côté ? Les autres. Les « coupables ». Celles et ceux qui ont lâché l’affaire.  

Pourtant, lorsque j’étais enfant (et je ne suis pas si âgée), les écrans n’étaient pas un sujet. La télévision tournait en fond sonore et je regardais les dessins animés le matin avant de partir à l’école. Puis, lorsque nous avons accueilli notre premier ordinateur, la bataille qui se jouait n’était pas de savoir combien de temps j’allais pouvoir l’utiliser, mais qui de mon frère ou moi allait avoir la chance de se connecter sur MSN et d’entendre le doux bruit de connexion que seuls ceux nés avant les années 2000 connaissent bien.  

Mais depuis, les nombreuses études traitant de l’impact des écrans sur les enfants ont sonné la fin de la récré. Ici, on apprend qu’avoir la télévision allumée pendant les repas en famille à l’âge de 2 ans (41 % des enfants) est associé à de moins bons scores de développement du langage au même âge. , que l’exposition aux écrans provoque un risque multiplié par 3 pour les troubles du langage chez les enfants de 0 à 3 ans, et x 6 si l’enfant en parle rarement avec ses parents.

Je fais partie des parents qui ont instauré la fameuse règle « pas d’écran sauf le week-end ». On y déroge rarement. Pourtant, rares sont les jours de semaine où mon fils de 5 ans ne tente pas une petite négociation. Même si j’argumente en rappelant le cadre. Même si j’explique que ce n’est pas bon pour son cerveau. Et vous savez quoi ? Je comprends qu’il ne comprenne pas.  

Car les écrans sont partout dans ma vie et dans celle de son père. Et comme dit Ben Mazué dans sa chanson Quand je marche : « les gamins, c'est fait de ce que je fais, pas fait de ce que je veux, encore moins fait de ce que je dis ». Évidemment.

Pour connaître la météo et savoir comment je l’habille ? Direction l’application météo de mon téléphone. Pour aller à l’anniversaire d’un copain à lui ? J’active Waze sur mon téléphone. Pour que l’on cuisine ensemble ? Je cherche une recette sur mon téléphone. Pour écouter de la musique ? Je connecte l’enceinte Bluetooth à mon ordinateur. Quand je lui dis « là, je suis en train de travailler », je le fais en tapant sur le clavier de mon ordinateur. Quand je veux connaître l’heure, j’ai honte de le dire, mais il n’y a pas d’horloge chez moi... je regarde mon téléphone ou mon ordinateur ! Je suis obligée d’arrêter cette liste non-exhaustive ici, car sinon, il ne s’agirait plus d’une chronique mais d’un essai en trois tomes.  

Et je n’ai pas parlé des nombreuses fois où je scrolle machinalement devant mes enfants et que mon fils se poste derrière moi en me demandant : « c’est qui, cette personne sur la vidéo ? ». J’ai tellement honte que je n’ai jamais osé répondre « je ne sais pas ». Alors que souvent, la réalité, c’est que la personne sur la vidéo, je ne sais pas qui c’est. À force de me voir faire, il sait faire, aussi. Mon fils de 5 ans sait swiper et utiliser Spotify sans problème et là aussi, j’ai honte de le dire.  

Début 2025, dans la liste de mes objectifs annuels, j’avais inscrit : « ne pas utiliser mon téléphone le soir tant que les enfants ne sont pas au lit ». Pour plus de cohérence et pour éviter le fameux effet miroir, il me reste donc encore trois mois pour y parvenir.   

35h et des poussettes

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chronique

Entre biberons et bilans : le congé maternité des cheffes d’entreprise

Parentalité

  3 mins

 

Dirigeante enceinte écrivant des post-it dans un bureau moderne vitré

Il y a quelques années, j’ai lu par hasard un article qui m’a beaucoup marquée. Une gérante d’entreprise devait rembourser l’intégralité des indemnités reçues pendant son congé maternité, car la Sécurité Sociale avait découvert, via ses réseaux sociaux, qu’elle continuait à travailler.  

C’est parce que j’avais cet article bien en tête, même des années plus tard (et aussi bien sûr pour profiter pleinement de mon bébé) qu’à partir du 10 juillet 2024, jour officiel de mon congé maternité, j’ai totalement arrêté de travailler.

Je l’avais évoqué avec mon associée bien en amont, et nous avions beaucoup travaillé au préalable pour préparer le plus sereinement possible cet arrêt total de presque 4 mois.

J’avais imaginé une reprise sur les chapeaux de roue, pleine de nouvelles idées, d’énergie… Mais les choses ne se sont pas déroulé comme je le pensais. Quoique. On pourrait effectivement parler d’une « reprise sur les chapeaux de roue ». C'est "les chapeaux de roue", une liquidation judiciaire.  

Je me suis retrouvée au tribunal de commerce avec ma fille de trois mois dans le porte-bébé.  

D’ailleurs, les liquidateurs ont trouvé qu’elle avait été particulièrement sage. Ce à quoi j’ai répondu « vous voyez Messieurs, je n’ai pas tout raté ».  

Ce congé maternité réel, que j’ai pris comme si j’étais salariée, a signé la fin de mon entreprise.

Car ma petite agence, qui fonctionnait jusqu’à présent avec trois personnes à temps plein (mon associée, notre salariée en alternance et moi-même), n’a pas supporté de passer à deux. Nous n’avions pas les moyens d’embaucher un profil senior pour me remplacer. Alors, nous avons dû nous rendre à l’évidence et tout arrêter.  

J’avais respecté à la lettre l’engagement que j’avais pris auprès de la Sécurité Sociale : ne pas travailler pendant la durée de mon congé maternité.  

Il était hors de question pour moi de prendre le risque de devoir un jour rembourser les milliers d’euros d’indemnisation perçus pendant ces quatre mois. Lorsque l’on coche toutes les cases pour en bénéficier, cet argent est le bienvenu, évidemment.

Mais que se serait-il passé si j’avais pu, de temps en temps, apporter un peu de ma force de travail à mon équipe ? Aider mon associée alors qu’elle se retrouvait pour la première fois seule à piloter le navire ?

Nous n’aurons jamais la réponse, bien que j’ai ma petite idée. Car je suis entourée de dirigeantes ayant des enfants en bas âge, et je peux vous l’assurer : rares sont celles qui arrêtent vraiment de travailler pendant leur congé maternité. Elles sont essentielles au bon fonctionnement de l’entreprise qu’elles ont fondé ou co-fondé, et pour laquelle elles se battent chaque jour depuis des années.

Je ne connais pas une seule cheffe d’entreprise qui a vécu un congé maternité serein.

Je pense à celle qui m’a raconté qu’elle préparait le bilan comptable de son entreprise, entourée de classeurs sur son lit d’hôpital, alors qu’elle était en menace d’accouchement prématuré. 
Je pense à celle qui a dû revenir au travail du jour au lendemain avec son bébé dans les bras, car les problèmes de trésorerie ne lui ont pas laissé le choix.  
Je pense à celle qui a repris son activité trois semaines après son accouchement, car l’indemnisation de la Sécurité Sociale était largement inférieure à ce qu’elle gagnait habituellement. 
Je pense à celle qui a dû gérer l’abandon de poste d’une salariée le jour de la naissance de son premier enfant.

Entreprendre, c’est sauter d’un avion et construire soi-même un parachute pendant le plongeon.

Et si pendant cette période aussi intense que vertigineuse, on offrait pour une fois aux dirigeantes un parachute solide et sûr ?  

 

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chronique

Travailler avec son bébé : la fausse bonne idée

Parentalité

  3 mins

 

Mère stressée travaillant à domicile avec son bébé assis à côté dans une chaise haute

On pourrait presque croire au tableau idéal d’une mère et d’une femme accomplie : elle envoie des mails importants depuis son ordinateur, négocie des contrats en visio en buvant une tasse de café fumante. Tout cela pendant que son bébé dort paisiblement dans son couffin en osier. Le rêve en somme. Enfin, moi, j’y ai presque cru. Récit d’une fausse bonne idée.

Je me souviens de ce moment comme si c’était hier. La clé de la maison dans une main, mon fils de presque deux ans dans l’autre, je prends l’appel de ma meilleure amie. Elle est à la fin de sa première grossesse et s’apprête à accepter un poste de cadre en 100 % télétravail. Ou en « full remote », comme disent ceux qui ont un langage que je ne comprends pas toujours. Sa voix résonne dans mes écouteurs : « Je veux que tu sois honnête : penses-tu que c’est une bonne idée d’accepter le poste tout en gardant ma fille à la maison ? »

Ni vraiment au travail, ni vraiment avec son enfant

Je déroule alors la plaidoirie la plus importante de toute l’histoire de notre amitié : “Non, ce n’est pas une bonne idée”. J’insiste à la fois sur la charge mentale prévisible qui surviendrait alors, sur le quotidien difficile même si le bébé est “facile” et en bonne santé, sur les tours de passe-passe que chaque rendez-vous en visio impliquerait…  

Et pour finir, je lui dis ce que j’ai ressenti les rares fois où j’ai tenté l’expérience de travailler tout en restant avec mon fils : cette sensation étrange d’être « ni-ni ». Ni vraiment au travail, ni vraiment avec lui.

Après cette conversation, elle fait le choix de faire garder son fils par une assistante maternelle et quelques mois plus tard, alors qu’elle tente de travailler tout en gardant sa fille malade, elle me dit merci.

Une sage-femme vraiment très sage

Deux ans plus tard, je vis ma deuxième grossesse. Je mets tout en œuvre pour vivre un congé maternité, un vrai. Un défi, quand on est à son compte. Il doit se terminer fin octobre, et je prends une décision : faire garder ma fille seulement en janvier, et reprendre « tranquillement » à mi-temps en novembre et en décembre. Avec elle, donc.  

Trois semaines après ma reprise, je commence les séances de rééducation de mon périnée. La première a lieu un mercredi à 10h30. Juste avant, je dois récupérer une sonde vaginale à la pharmacie. À 10h20, j’entre dans la pharmacie. La file d’attente est aussi longue que la to-do liste de ma journée. Intérieurement, je me mets à pester contre toutes les personnes devant moi qui, j’en suis sûre, n’ont rien à faire là. Je n’arriverai jamais à l’heure. Mon taux de cortisol augmente au fur et à mesure que les minutes passent. Je m’effondre en larmes. Quand vient mon tour, je trouve que la pharmacienne est trop lente, il est déjà 10h32, les larmes coulent sur mes joues sans s’arrêter. Je finis par arriver à 10h37 dans la salle d’attente de ma sage-femme. En pleurs, toujours. Finalement, les consultations ont du retard et mon tour n’est pas arrivé. Mais je continue à pleurer, en pensant à tout ce que j’ai à faire, en me disant que je n’y arriverai jamais.

Quand elle finit par m’inviter à rentrer, elle comprend tout de suite. Elle m’observe, prend la sonde vaginale et me dit qu’il va attendre, mon périnée. En quelques minutes, je déverse mes larmes, ma to-do liste et ma charge mentale. Elle me demande pourquoi j’ai choisi de reprendre le travail alors que ma fille n’est pas encore gardée. Silence. La consultation se termine sur les mots de cette sage-femme, vraiment très sage. « Et à votre meilleure amie, qu’est-ce que vous conseilleriez ? ». 

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