
Faisons quelque chose d'incroyable ensemble
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chronique
4 mins
En décembre, le plus grand de mes neveux a fêté ses quinze ans. Il fait donc partie de la génération Alpha, née entre 2010 et 2020. Et moi, tata aux trente-trois bougies soufflées il y a peu de temps, je reste bouche bée quand il me raconte son stage de troisième et ses ambitions pour l'avenir. Le petit (plus si petit que ça !) a passé une semaine entière à suivre des avocats au Tribunal, à assister à des procès et il n'a désormais qu'une idée en tête : travailler dans le droit - peut-être le droit des entreprises. Slay.
La différence entre ma perception du travail à quinze ans et la sienne est saisissante. À son âge, je voulais être journaliste, "juste pour passer mon temps à écrire” et n’avait absolument aucune idée de comment en arriver là.
Loin de me faire paniquer, cette différence me pousse plutôt à imaginer ce à quoi ressemblera une entreprise où la génération Alpha déboule. Laissez-moi vous en peindre un portrait plus positif que ce que l’on pourrait en penser.
Les Alpha viennent d’une génération hyper-connectée - plus encore que leurs aînés, les Gen Z. Assistés par des outils d’automatisation dès leur plus jeune âge, on peut penser qu’ils vont lutter avec une attention hyper-fragmentée et avoir du mal à s’adonner à des tâches répétitives. Pourtant j’ai envie d’imaginer qu’ils seront plutôt capables d’accueillir un flux d’information immense et, s’ils sont bien formés, à le traiter mieux que nous. Quant au fait d’être rebuté par les tâches répétitives… c’est quand, la dernière fois où vous étiez heureux de devoir remplir à la main, ligne après ligne, votre infernal tableur Excel, dites ?
Mais les Alpha ne sont pas seulement hyper-connectés : ils sont également habitués à l’hyper-personnalisation. Tout leur tombe tout cru entre les doigts : les recommandations de vidéos qui leur plaisent sur YouTube, les contenus qui parlent de leurs sujets de prédilection sur TikTok. Alors doit-on s’attendre à une génération nombriliste, incapable de s’habituer au management, au travail en équipe, et à ses concessions ?
Ma perception est tout autre. Ces jeunes auront surtout beaucoup plus de facilité que nous à exprimer leur identité, et à se créer un personal branding - pas seulement autour de leur formation ou de leur expérience, mais aussi à partir de leurs compétences proprement humaines. D’autant qu’ils sont habitués à apprendre de manière autonome sur Internet, et vont donc rapidement nous faire revoir notre copie à propos des “Bac + 72” demandés dans les fiches de poste actuelles. Ne devrions-nous pas célébrer le fait qu’ils vont enfin nous pousser à remettre en question un système de reconnaissance poussiéreux, basé sur des grilles obsolètes ?
Parce que, dans un monde en crise perpétuelle, où les inégalités sociales s’accroissent au détriment des moins avantagés, il est probablement temps de revoir nos façons de recruter, de travailler, de collaborer. Les Alpha le savent déjà mieux que nous, puisqu’ils sont nés dans ce monde bouleversé. On ne leur en voudra donc pas de ne pas faire confiance aux institutions préétablies, qui n’apportent ni preuves concrètes de leur efficacité ni sens réel, ou bien de remettre en question un management vertical dont nous-mêmes souffrons déjà.
C’est une certitude : les Alpha vont nous pousser à revoir plus profondément encore le système de sens que l’on met derrière le travail. Ils sont déjà plus de 30 % à exprimer le désir de consacrer leur avenir à aider les gens ou la planète (étude Razorfish). Pas nombrilistes pour un sou, ils voudront également aider leurs pairs les plus proches : 96 % des Alpha de 7 à 9 ans croient en un traitement équitable pour tous (étude Cogan). Ce chiffre me ferait presque monter les larmes aux yeux.
J’en suis persuadée : la génération Alpha va être celle qui va enterrer les vieilles habitudes professionnelles qui nous heurtent déjà : management descendant, méthodes de recrutement surannées, inégalités de traitement et de salaire, manque de reconnaissance, process dépassés… Ils deviendront nos meilleurs alliés pour dessiner un monde du travail qui a plus de sens, qui profite à tous, et qui permet à chacun de s’épanouir.
Sauf que… il va falloir les convaincre d’avoir envie d’y participer ! Eh oui : 76 % d’entre eux veulent être leur propre patron, ou s’engager dans une activité secondaire (étude Visa). Ça vous dit qu’on se mette à y réfléchir dès maintenant ?
Générations
Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.
chronique
4 mins
Depuis quelques semaines, je vous parle dans cette chronique des différentes générations au travail. Et, en relisant la dernière, je me rends compte que je commence moi-même à m’emmêler les pinceaux entre les différentes générations. Il est peut-être temps de faire un point sur ces différents groupes ?
Ok, (Baby) Boomer !
Les Baby-Boomers sont nés entre 1946 et 1964, dans un contexte d’après-guerre, de reconstruction, et (les chanceux !) d’essor économique, de plein emploi. Ils ont donc grandi et évolué une bonne partie de leur vie professionnelle dans un modèle patriarcal dominant. Déjà à la retraite ou en passe de l’être (re les chanceux !), ils ont fait preuve de loyauté, de sens du devoir et de respect de la hiérarchie dans leur carrière. Une carrière souvent passée dans la même entreprise, à travailler avec acharnement pour progresser linéairement dans la pyramide hiérarchique. C’est probablement de leur rigueur qu’est née dans la bouche des Millennials l’expression “Ok Boomer !”.
X, la “génération oubliée”
Les membres de la génération X sont nés entre 1965 et 1980. Au cours de leur vie, ils ont vécu l’éclatement des modèles familiaux traditionnels. Ce sont d’ailleurs les premiers “enfants à clé” : ceux qui rentraient de l’école seuls avec la clé de la maison autour de cou, car maman comme papa étaient tous deux au travail. Pour les X, le monde a été moins rose : sur fond de chocs pétroliers et de montée du chômage, ils voient naître le numérique et ses nouveaux codes, avec lesquels ils se débattent pour progresser. Au travail, ils sont autonomes, adaptables et pragmatiques. C’est d’ailleurs la première génération à rechercher un plus grand équilibre vie pro / vie perso. Leur rêve au travail ? Un statut social construit à la force de leur ambition, et une belle rémunération. Afin de concurrencer la dolce vita que leurs aînés, les Boomers, ont vécue.
Millennials : les digital natives secouent l’entreprise
Les Millennials, aussi appelés génération Y, sont nés, eux, entre 1981 et 1996. C’est ma génération - mais promis, pas de favoritisme ici ! Notre monde, depuis l’enfance, a été marqué par de grandes crises économiques, une explosion du numérique, et une mondialisation sans précédent. Élevés avec Internet (d’où le surnom de digital natives), nous nous sommes inspirés du monde du web pour devenir des serial zappeurs au travail. Donnez-nous une mission sans sens : on passera à la suivante en un claquement de doigts. Ce qui peut nous retenir ? La collaboration, la reconnaissance, les valeurs et la flexibilité. Rien que ça. Peut-être que ces exigences expliquent pourquoi les managers des générations précédentes adorent nous détester.
Gen Z : les p’tits derniers ultra-connectés
Les bébés de nos entreprises actuelles sont les Gen Z : ceux qui sont nés après 1997, dans un monde ultra-digital, en urgence climatique, les réseaux sociaux comme baby-sitter. Le web n’ayant pas de frontières, ils sont de vrais citoyens du monde, et sont très sensibles aux causes sociétales. Dans le monde du travail, on les dit en besoin de stimulation constante, d’instantanéité, d’authenticité - quitte à sembler inadaptés aux yeux des générations précédentes. Les plus sympas d’entre nous les décriront plutôt comme multi-potentiels, inclusifs, et pleins de ressources. Bien qu’encore juniors, ces jeunes collaborateurs prennent la relève des Millennials, et font complètement craquer les codes traditionnels de l’entreprise.
Multi-génération : l’entente impossible ?
Face à ces portraits-robots si différents, c’est à se demander comment ces quatre générations parviennent à collaborer au sein d’une même structure. Quatre employés sur dix disent d’ailleurs préférer travailler avec des personnes qui ont à peu près le même âge qu’eux, selon l’étude “Different Generations in the Workplace” publiée en 2002, et on peut le comprendre !
Mais au fond, le monde de l’entreprise demeure simplement le miroir de nos sociétés, de nos nations, de nos familles. Alors, tout comme on parvient à se rassembler en famille pour Noël, sans trop d'accrocs, au nom d’un bien commun (comprenez : “faire plaisir à Mamie”), au travail aussi les générations collaborent tant bien que mal pour avancer dans le même sens. Parce qu’au fond, si 89 % des personnes considèrent que la diversité générationnelle en entreprise est un élément positif, c’est parce que chacune des générations a quelque chose à nous apprendre sur notre propre rapport au travail.
Générations
Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.
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"Comment ça va, le boulot ?" me demande mon père au bout du fil. Friande de partager mes aventures d'entrepreneuse avec lui, je lui raconte mon dernier rendez-vous professionnel avec un prospect, et lui explique que la mission n'a pas l'air trépidante. "Mais ça paye bien ?" réplique-t-il. Oui, ça paye bien, papa. "Alors c'est bien, fonce. Il faut bien payer les factures."
Cette discussion, nous l'avons eue des dizaines de fois. Et à chaque fois, nous tombons tous deux dans le fossé générationnel qui nous sépare. De son côté de l'abîme, il me parle de "job alimentaire". Du mien, je lui assène que "certes, mais je préfère manger des patates à répétition plutôt que de m'ennuyer dans mon métier".
Mais aujourd'hui, je ne lui réponds rien de spécifique. Je me demande juste s'il s'agit bien d'un fossé générationnel ou bien d'une divergence d'opinions individuelles. Que disent donc les chiffres sur le sujet ?
La dernière étude à date que j’ai pu trouver date de l’année dernière, et est issue de l’APEC. Et elle n’a pas fini de me montrer que le fossé des générations n’est peut-être finalement qu’une simple mare aux canards.
L’étude demande à différentes tranches d’âge ce qui est le plus important à leurs yeux dans leur vie professionnelle. Et, que ce soit pour les 18-29 ans, pour les 30-44 ans, ou pour les 45-65 ans, le résultat est le même : 55 % des répondants indiquent qu’il s’agit du fait “d’avoir des revenus réguliers / élevés”. Sur les deux autres places du podium trônent, quasi à égalité entre les différentes générations, le fait “d’avoir un travail intéressant”, puis “l’équilibre vie personnelle / vie professionnelle”.
Là où l’argent ne semble pas faire le même bonheur entre les différentes générations, c’est lorsqu’on s’intéresse à la fameuse notion de “travail alimentaire”, dont mon père me parle souvent. D’un côté, 35 % des baby-boomers privilégieraient la sécurité de l’emploi (étude Zety). De l’autre, les experts annoncent une vague de démissions de Millennials et de Gen Z pour 2025… parce que les jeunes s’estiment sous-payés.
Les jeunes seraient-ils donc plus attachés encore à leur rémunération que leurs aînés ? Il semblerait que oui - mais un biais d’analyse semble intéressant à mentionner : l’âge des personnes lorsqu’elles ont été interrogées pour ces différentes enquêtes. Nos aînés seraient-ils plus attachés à leur rémunération parce qu’ils sont déjà parents de grands enfants ? C’est ce vers quoi l’étude Zety semble pointer lorsqu’elle montre que ce qui motive les boomers à travailler c’est avant tout “les responsabilités familiales”, à 27 %.
Alors, si l’on avait interrogé les boomers avant qu’ils ne fondent une famille, auraient-ils été moins frileux à quitter une entreprise qui ne les payait pas assez ? Ou bien : les boomers, proches de l’âge de la retraite, n’auraient-ils pas simplement peur de ne pas retrouver d’emploi en quittant leur job actuel ? J’aurais tendance à penser que la réponse à ces deux questions est oui. Qui dit moins de responsabilités familiales, dit plus de légèreté à prendre des risques professionnels.
Bref : difficile de statuer sur qui des différentes générations compte de plus près ses sous dûment gagnés.
Néanmoins, j’ai tendance à penser que l’influence des générations précédentes et de leur rapport au travail, nous marque plus que ce que l’on en pense. Encore enfants en mai 68, les boomers ont vu leurs parents trimer pour obtenir de meilleures conditions de travail. Nous, les plus jeunes, avons profité de ces droits sans trop nous en soucier : raison pour laquelle, selon moi, nous craindrions moins d’aller voir ailleurs pour remplir notre portefeuille.
Je vous laisserais avec un dernier chiffre parlant. Au fil des années, nous semblons de plus en plus à l’aise pour parler rémunération. En 2024, 54 % d’entre nous se disaient à l'aise pour parler de ce sujet avec leurs collègues, contre 17 % en 2019 (étude Hellowork). Les plus jeunes d’entre nous peuvent remercier leurs parents pour cette (nécessaire !) ouverture de la parole.
Finalement, les conversations entre mon père (ou peut-être le vôtre) et moi (ou peut-être vous), où l’on opposait rémunération et intérêt pour le travail, auront au moins eu ça de bon !
Générations
Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.
chronique
3 mins
Le terme “slasheur”, ça vous parle ? Avant de devenir professeure de yoga l’an passé, en parallèle de mon métier de marketeuse, ce mot ne me disait rien. Pourtant, il semblerait bien que je fasse aussi partie de la famille des slasheurs, ces individus qui cumulent deux emplois à la fois. Une famille plus grande qu’il n’y paraît d’ailleurs : selon les derniers chiffres à date, en 2022 nous représentions plus d’un quart des actifs français d’après une étude réalisée pour le Salon SME par Creatests.
Un phénomène typique de ma génération ? Peut-être pas tant que ça.
Vous vous représentez peut-être les slasheurs comme des petits jeunes qui lancent leur business en ligne ou leur activité artisanale en plus de leur CDI ? À l’origine, j’imaginais moi aussi ce portrait-type du slasheur. Après tout, dans ma génération Y, tout comme dans celle mes cadets de la Gen Z, nous sommes habitués au multitasking (entendons par là, habitués à effectuer plusieurs tâches simultanément) - et ce, depuis nos études. Selon l’INSEE, en 2023, 22 % des jeunes de 15 à 29 ans occupaient un emploi en parallèle de leurs études. Il ne serait donc pas étonnant que la génération zapping continue à avoir la bougeotte une fois son diplôme décroché, et veuille continuer à exercer ses multiples talents dans plusieurs emplois. J’imaginais aussi les slasheurs comme des individus en quête d’un revenu complémentaire, surtout à l’heure où la crise économique gèle les augmentations de salaire et fait des processus de recrutement un véritable casse-tête. Mais devinez quoi ? Une fois n’est pas coutume dans cette chronique sur les générations au travail : il semblerait que ce ne soit pas seulement une affaire générationnelle.
En sortant le nez des chiffres, et en tournant le regard vers mes proches, je me rends compte que le nombre de slasheurs qui m’entourent croît. Mon voisin, la cinquantaine, monteur dans le cinéma, vend en parallèle ses créations en céramique. La vendeuse du supermarché à côté de chez moi, la soixantaine, promeut à qui veut l’entendre, entre deux bips de caisse, son activité d’énergéticienne. Et mon père, la retraite arrivée, s’est jeté sur une activité de consultant en freelance. Le phénomène prend tellement d’ampleur qu’il dépasse une simple tendance fugace. Un Observatoire du Slashing a même été créé en 2021. Dans un rapport il nous éclaire sur ce qui fait qu’on devient slasheur. Je vous arrête tout de suite : les contraintes financières n’y sont pour rien, puisque 93 % des slasheurs le font par choix pur et dur. En réalité, pour 47,1 % des slasheurs, l’élément déclencheur qui les pousse vers le multi-emploi est… roulement de tambour... la quête de sens dans la vie professionnelle !
Cette quête de sens, c’est le point de convergence entre mon voisin, ma caissière, mon père et moi. Quatre tranches d’âge distinctes, une même envie : trouver plus de profondeur dans une carrière peut-être trop morose, peut-être trop peu créative… en tout cas, pas assez stimulante. À l’ère où les changements de cap stratégiques des entreprises et les décisions managériales nous semblent souvent dénués de sens, le slashing s’impose comme une solution (pas toujours évidente à gérer !) pour retrouver le contrôle sur nos vies professionnelles. Regagner le goût de travailler avec un objectif qui a du sens, impulser de la couleur de nos idéaux, être aligné sur nos valeurs, et nos envies. Et l’envie, ça n’a rien de générationnel. Le slashing, c’est le résultat d’un monde de l’emploi qui oublie qu’on est avant tout des êtres faits d’émotion - à décrypter via sa racine latine, ex - movere, “mettre en mouvement”. Le slashing, c’est la mise en mouvement d’individus qui veulent mieux qu’un “9 à 5” potentiellement ennuyeux. Alors, attention les yeux : dans les années qui viennent, si les entreprises ne parviennent pas à nous redonner le goût de l’emploi unique, il y a fort à parier que ça va slasher dur !
Générations
Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.
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3 mins
“Je ne peux pas venir au yoga mardi soir, j’ai un verre avec des collègues”. La semaine dernière, une amie m’a envoyé ce message, assorti d’un emoji qui pleure. Pourtant, cette amie adore son travail et son équipe… mais, a priori, pas autant que le fait de faire des chiens tête en bas avec moi. Face à ce message, je me rends compte que très peu des amis de ma génération (celle des Millennials, dans la trentaine) a vraiment envie de participer à des afterworks avec leurs collègues. Que ce soit un team building, un dîner de Noël, ou un simple verre au bar du coin, tous semblent plutôt contraints d'y aller - pas directement par leur entreprise, mais plutôt par les règles inhérentes de la sociabilité au travail.
A contrario, je vois mon père qui adore raconter des anecdotes issues des nombreux apéros professionnels qu’il a pu faire dans sa carrière, et qui continue à s’inscrire à tous les événements lancés par l’association de retraités de son ancienne entreprise. Alors, l’afterwork serait-il “un truc de vieux” ?
Si l’on en croit les chiffres repris par le média Assistant Plus, 65 % des employés qui participent à des afterworks se sentent plus investis dans leur entreprise. Cependant, aucune étude en France ne semble avoir fait de différence entre les générations.
Je crois personnellement que nos nouveaux modes de travail, et notamment le travail à distance démocratisé depuis la période Covid, nous ont ouvert les yeux sur un fait : la sociabilisation avec les collègues ne fait pas partie de nos fiches de poste, et on n’a aucune obligation de trinquer avec le camarade Jean-Michel une fois le boulot terminé.
Et je ne suis pas la seule à le penser. Dans un récent article de Welcome to the Jungle, Marie Benedetto-Meyer, sociologue du travail, explique qu’en travaillant plus souvent à distance “[...] on pourrait imaginer passer du temps à sociabiliser, mais c’est difficile car on ne croise pas les mêmes personnes, et on a plein de tâches à accomplir une fois de retour au bureau, ce qui rend les échanges plus artificiels, condensés et parfois ressentis comme obligatoires”.
Résultat : une fois l’ordinateur éteint, en présentiel comme à distance, on n’a plus vraiment envie de parler à notre voisin de bureau, mais plutôt de retrouver notre vie personnelle.
D’ailleurs, à bien y réfléchir, il me semble que cette socialisation après le travail n’est pas tant une affaire de générations qu’un concept à regarder par le prisme du carriérisme. Car, après tout, rien de mieux qu’un verre accoudé au bar avec son patron pour lui glisser dans l’oreille qu’on adorerait prendre plus de responsabilités. Et je genre volontairement ledit “patron” au masculin, tant les femmes, qui doivent aller chercher les enfants à la crèche ou à l’école après le boulot, semblent plus souvent exclues de ces moments de convivialité.
Pour résumer le fil de ma pensée, les jeunes seraient donc plus enclins à protéger leur vie privée, quitte à manquer des opportunités de développement professionnel, que leurs aînés… et donc moins enclins à se forcer à boire une bière avec leur boss après 18 heures.
Et vous, si vous vous sentiez en droit de dire franchement “non”, iriez-vous à cet énième pot après le travail ? Ou préféreriez-vous risquer d’être mis au ban de l’entreprise en considérant que la sociabilité ne dépasse pas le cadre de vos 35 heures ?
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Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.
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4 mins
Lorsqu’on m’a proposé de prendre en charge cette chronique, fin 2024, j’ai échangé avec Emmanuelle, la rédactrice en chef de ce média, pour parler de quelques sujets que j’aimerais développer. Parmi eux, je lui ai expliqué avoir envie d’aborder le sujet de la Qualité de Vie au Travail, en prenant l’exemple du fameux babyfoot. Mais si, vous savez : le babyfoot dans la salle de pause de toutes les startups. À la fois anecdotique et symbolique...
Lors de cette discussion, Emmanuelle m’explique que chez Eurécia, le babyfoot est en permanence en surchauffe. Et ça ne m’étonne pas vraiment : la moyenne d’âge annoncée sur le site de l’entreprise est de 34 ans. Dites-moi si je me trompe, mais j’ai du mal à imaginer un directeur marketing de plus de cinquante ans s’échiner à marquer des buts contre son collaborateur… Bien sûr, j’ai pris cet exemple en sachant combien il est cliché. Le babyfoot est devenu un lieu commun des entreprises au niveau zéro de la QVT. Mais le babyfoot continue aujourd’hui à se décliner dans de nombreuses couleurs de bullshit-QVT : cours de yoga, de Pilates ou de méditation, poufs oversize dans la salle de pause, console de retrogaming reliée à un écran dans une salle de réunion, atelier de cuisine, de poterie, de céramique, et j’en passe. Quel que soit l’exemple que je prends, j’ai du mal à imaginer toutes les générations se rassembler autour d’une telle initiative, et se sentir plus heureux dans son job grâce à ça. D’ailleurs, toutes ces initiatives semblent, à mes yeux, avoir été prises par une RH de quarante-cinq ans, mère de trois enfants, qui prend exemple sur son petit dernier et sa lubie du moment.
Après tout, on sait que les différentes générations ne placent pas l’accent au même endroit en matière de bien-être au travail. Comme je l’expliquais dans une précédente chronique sur la rémunération à travers les âges, toutes les générations placent le fait d’avoir un revenu régulier et élevé comme leur premier critère de choix d’une entreprise. Puis viennent deux autres critères communs : avoir un travail intéressant, et un bon équilibre vie professionnelle / vie personnelle. Voilà le trio de base de la QVT cross-générationnelle.
Mais, au-delà de ce podium, des différences majeures apparaissent. Les baby-boomers privilégient la sécurité de l’emploi quand la génération X se concentre sur le soutien de leur management. Les Millennials sont attentifs à l’ambiance au travail, et la GenZ au développement de leurs compétences. Compliqué de satisfaire tout le monde, en apparence ! Pour comprendre l’essence de la QVT, je me suis intéressée aux leaders en la matière : les entreprises nommées Great Place to Work. Ce prix est notoirement compliqué à obtenir, puisque l’entreprise doit obtenir un indice de confiance d’au moins 65/100 au questionnaire de satisfaction qui est envoyé aux collaborateurs. Ce questionnaire est basé sur cinq critères d’évaluation : la fierté, la convivialité, l’équité, le respect, la crédibilité.
Si l’on prend le babyfoot sous le prisme de ces critères, on se rend compte qu’il agit uniquement sur le levier “convivialité” (et encore : quand il est bien utilisé par les collaborateurs !). Inutile donc d’investir dans un babyfoot pour travailler votre QVT si vous n’avez pas mis en place une politique de rémunération équitable, un management bienveillant et reconnaissant, ou encore des formations qui poussent les collaborateurs à évoluer dans leur carrière. En fait, pour réussir sa stratégie QVT, il faut s’intéresser aux tendances des différentes générations, mais surtout faire du sur-mesure. C’est pour cela que le babyfoot, solution one-size-fits-all, est aussi irritant en 2025.
Alors, au-delà de toutes les viennoiseries gratuites que vous pourriez distribuer à vos collaborateurs, ou des consoles de jeux que vous brancheriez à vos grands écrans, interrogez vos collaborateurs sur ce qu’ils attendent de leur entreprise. Chez Eurécia, si le babyfoot est devenu un lieu de bien-être aussi fort, c’est qu’il représente bien l’esprit de l’entreprise, et notamment, sa culture du partage et du feedback.
Osez demander : peut-être qu’après tout, vos stagiaires rêvent bien de battre leur boss au baby-foot…
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Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.
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3 mins
Quand mon père, à la retraite depuis désormais sept ans, parle de sa carrière professionnelle, il est toujours fier de préciser qu'il est resté quarante et un ans dans la même entreprise. "Oh, bien entendu, j'ai fait dix-neuf jobs différents dans cette boîte, mais je ne l'ai jamais quittée". Je regarde autour de moi et me demande si je suis la seule à être mi-fascinée par cette fidélité, mi-couverte de frissons à l'idée d'être enfermée dans la même organisation pendant aussi longtemps.
L’effet swipe de Tinder en entreprise
À trente-trois ans, j'ai déjà deux vies professionnelles derrière moi : une de professeure dans l'Éducation Nationale, une autre de salariée - et j'entame tout juste une quatrième, en parallèle de celle de freelance, pour donner des cours de yoga. Mes amis se sont presque tous reconvertis dans une autre branche, et aucun d'entre eux n'a dépassé le cap des cinq ans dans une même entreprise. La génération Y serait-elle donc celle de l'incapacité à s'attacher à une entreprise ? Si l’on s’en tenait à ma vision "tunnelisée", j’aurais tendance à dire que oui. Nous autres, Millennials, sommes la génération des enfants du divorce, et de l’effet swipe de Tinder, qui nous rend inconcevable le fait de se projeter toute une vie avec une seule personne. Pourquoi en serait-il autrement avec nos employeurs ?
Pourtant, une fois n’est pas coutume, les chiffres me font mentir. Un récent sondage OpinionWay repris ici par Le Parisien a interrogé des individus de 18 à 30 ans, et devinez quoi ? Ces jeunes se voient en moyenne rester neuf ans au sein d’une même entreprise. 30 % d’entre eux disent même se projeter toute leur vie dans une même organisation. Gloups. Et d’ailleurs, pourquoi restreindre cette pseudo crise de la fidélité aux jeunes générations ? Il semblerait que nous soyons tous et toutes touchées par l’envie d’embrasser la nouveauté. Après tout, le désir de se sentir plus libre ou de prendre en charge des projets créatifs n’est pas l’apanage des jeunes. C’est ce que prouve une étude LiveCareer, qui dévoile que 48 % des individus de la génération X préfèrent un emploi stable à un travail stimulant… ce qui nous laisse avec une majorité de seniors qui sont plus enclins à aller voir ailleurs s’ils s’ennuient ou manquent de flexibilité dans leur boulot !
Fossé générationnel ?
Mais alors, y a-t-il effectivement ou pas un fossé générationnel quelque part dans ce sujet ? Oui, et ce fossé surgit lorsqu’on observe les baby-boomers. Selon la même étude, il s’agit de la seule génération à choisir la “sécurité de l’emploi” (à 46 %) comme critère important dans leur travail, contre les “perspectives d’évolution” pour les générations X, Y et Z. Et on ne peut pas les blâmer. Dans un monde où il est si difficile de retrouver un emploi en tant que senior, les générations les plus âgées sont plus frileuses face au changement et ont tendance à rester dans leur entreprise en fin de carrière. Une fidélité forcée, en somme. Heureusement, les lignes bougent petit à petit ! Des entreprises comme Jump, une plateforme tout-en-un qui propose tous les avantages du salariat aux freelances (chômage, retraite, mutuelle, aide à l’achat immobilier…), cartonne. Et pour cause : qui ne rêverait pas d’un peu de liberté en toute sécurité ?
La société commence à se remodeler pour que personne ne se sente plus jamais enfermé dans son job, et que la fidélité à une entreprise soit un choix conscient pour chacun. Les entreprises ont donc tout intérêt à mieux développer leurs arguments pour nous conserver dans leurs rangs !
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Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.
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4 mins
Le saviez-vous ? Le mot bureau vient du vieux français burel, qui désigne une étoffe sur laquelle on écrivait… à la main. Plutôt ironique de nos jours, où l’on passe notre temps à tapoter frénétiquement sur des claviers. Cette fois, j’ai décidé de revenir aux sources. Après tout, c’était comme ça à l’école. C’est donc parti pour une semaine à chambouler mon quotidien de bureau et tout écrire à la main : mails, notes, comptes-rendus. Objectifs : ralentir, mieux formuler, mieux réfléchir. Spoiler : j’ai eu mal au poignet dès le deuxième jour.
Lundi matin, j’attaque avec motivation la première page d’un carnet flambant neuf. Pas besoin de taper mon mot de passe, je prends mon plus beau stylo-feutre, et je commence : un mail pour relancer une collègue, un autre pour répondre à une demande RH. Ça prend quand même sacrément plus de temps, je vais vite être en retard sur ma journée. Et puis une question : je fais quoi maintenant ? Je scanne ? Je prends une photo ? Je dépose sur le bureau du destinataire ?

La lettre à Elise
Je décide de tout photographier et d’envoyer une image dans le corps d’un mail, sans rien préciser de particulier de ma démarche à mes destinataires. Mardi, je me lance sur le compte-rendu d’une réunion que nous faisons habituellement faire par une IA. Deux pages et demie de notes que j’essaye de synthétiser. Mes formulations deviennent plus précises, je peux apporter de la nuance à mes propos, mais à la relecture, mon bilan laisse à désirer. J’ai mis un temps fou à écrire quelques lignes qui, dans le contexte de ce projet, n’apportent pas grand-chose : c’est un flop !
Je commence à apprécier le test. Écrire me force à mieux penser ce que je veux dire, à structurer ma phrase avant de la poser. Je gagne en clarté et je fais beaucoup moins d’approximations. Paradoxalement, ce retour à l’écriture me rend plus pertinent dans mes échanges numériques : mes messages vont droit au but, avec un ton plus posé. J’y mets même un peu plus de nuances. Le fond gagne, mais côté réactivité je suis “à la ramasse”. Jeudi, une collègue s’amuse à me répondre en imprimant un mail avant de le déposer sur mon bureau. Un autre, alors que ce n’est pas dans ses habitudes, m’appelle directement : "T’es encore en train d’écrire à la main là ? Vas-y, dis-moi juste ce que tu penses de mes propositions, on va éviter les mails tu as raison". Conclusion intermédiaire : l’écrit (manuscrit) crée du lien. Il surprend, et dans un monde saturé de sollicitations, il permet de se démarquer avec sympathie.
Bon, je dois relancer Élise, et devine rapidement les limites de mon expérience. Déjà que je ne teste que dans le cercle limité de collègues de travail, il semble évident que certaines pratiques ne fonctionnement pas à l’écrit :

Les émotions transmises m’apparaissent plus brutes. À défaut de pouvoir « mettre en gras », j’ai souligné deux fois l’échéance. Mais j’ai craint de brusquer mon interlocutrice alors du coup, j’ai ajouté un smiley. Finalement j’ai l’impression de pratiquer le “passif-agressif” ! Sans compter que j’écris sur un post-it pour le prendre ensuite en photo et l’envoyer par mail. Je perds en crédibilité alors que j’ai vraiment besoin d’un retour de ma collègue dans la journée.
Carnet bien entamé et poignet qui proteste : j’ai eu l’impression de travailler avec plus d’intention, moins de précipitation. Côté efficacité en revanche, c’est vraiment au cas par cas. Je n’ai évidemment pas tout écrit à la main par dogmatisme et j’ai gardé les outils numériques pour les tâches urgentes. Je pense que c’est lorsque j’avais besoin de formuler avec attention mon message que je passais par le papier.
Le clavier reste un indispensable pour la plupart des tâches, j’aurais eu du mal à pousser l’expérience sur autre chose que des mails. Ce que j’ai redécouvert cette semaine, ce n’est pas juste l’encre et les lignes, ni le fait que je n’ai pas une belle écriture... C’est plutôt de l’ordre de la prise de recul pour aborder certaines tâches. Savoir prendre son temps parfois, pour en gagner ensuite : au travail, comme dans la vie, peut-on continuer à aller toujours plus vite ?
Écrire à la main, ce n’est pas revenir en arrière. C’est retrouver une manière plus incarnée de s’exprimer, plus sincère, plus lente aussi… mais plus juste. Si vous voulez vous lancer dans l’aventure, voici mes quelques conseils :

J'ai testé...
Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.
chronique
4 mins
On ne va pas se mentir, il y a toujours une tâche que l’on est tenté de repousser. Quasi-indéfiniment et souvent sans raison claire. Un mail pénible, un document à actualiser, un appel à passer. Ce fameux truc qui traîne sur notre to-do-list, comme un plat froid qu’on n’a pas envie de manger.
Pour faire face à cet étrange mécanisme, il y a ceux qui se mettent en action, « comme ça, c’est fait » (cette expression me fascine) et il y a ceux qui repoussent encore. Comme je fais partie du second camp, j’ai décidé de tester pour vous la méthode Eat the Frog. L’idée ? Manger le crapaud - ou la grenouille selon les goûts - en premier. Autrement dit : attaquer dès le matin la tâche la plus importante ou la plus désagréable. Le reste de la journée en serait facilité. Déjà pas fan des cuisses de grenouille, je sens que je vais passer une mauvaise semaine.
Lundi matin, je commence fort : dès 8h30 je m’attaque à un rapport que je repousse déjà depuis deux semaines. Pas de mail, pas de doomscrolling sur LinkedIn, je saute même la première tasse de café et plonge direct dans la grande mare. Mon cerveau n’est manifestement pas prêt. C’est douloureux. Mais deux heures plus tard, c’est fait. Le rapport est là. Le café que je bois pendant la relecture a une saveur particulière, celle du soulagement. Le reste de la journée me semble étrangement plus fluide, comme si j’avais désamorcé une petite bombe mentale. Je réitère le mardi matin, avec cette fois, un coup de fil difficile à passer. Même recette, même résultat : je me sens plus léger, plus productif, et même un peu fier de moi. J’en viens presque à attendre ce moment dans la matinée où il y a un peu d’adrénaline quand j’ai fini de manger mon crapaud.
Dès le mercredi, je me rends compte que la méthode demande quand même un sacré paquet d’énergie. Là, franchement, j’ai juste envie d’un p’tit déj de mails faciles à digérer et de tâches secondaires. Résister à cette tentation demande un peu de discipline. Je tente quand même de me lancer dans la rédaction d’un dossier stratégique… Après quelques bouchées, mon efficacité monte en flèche, mais je termine la matinée complètement vidé. Jeudi, j’essaie de tricher : je mange un "mini-crapaud", une tâche moyenne que je fais passer pour une prioritaire. Bon, ça n’a pas le même effet. La méthode fonctionne quand on joue vraiment le jeu, et là j’ai toujours en tête ce projet de fond : un bilan à préparer sur un projet qui n’a pas vraiment fonctionné. Le voilà mon crapaud du jour, et je l’entends bien coasser.
Vendredi, je fais le bilan, calmement. Oui, la méthode Eat the Frog est efficace. Oui, elle donne un sentiment de maîtrise, de productivité, et même de liberté une fois le crapaud dévoré. Mais elle ne convient pas à tous les profils, ni à tous les contextes. Il faut savoir identifier le vrai crapaud du jour, et surtout bien gérer son énergie. Le faire cinq jours de suite peut devenir épuisant. Mais une ou deux fois par semaine, sur des tâches vraiment bloquantes, là c’est redoutablement efficace. Je me suis aussi rendu compte qu’un crapaud en chasse un autre (cette allégorie devient lassante, je vais arrêter là) et qu’il y a quand même une part de moi qui aime bien avoir toujours une tâche désagréable en fond.
J'ai testé...
Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.
chronique
5 mins
Dans un café branché ou un lieu dédié, j’ai toujours trouvé impressionnantes ces personnes qui changent de bureau régulièrement. Un casque sur les oreilles, bien assis dans un canapé en cuir, avec un mug de café à portée de main… Je m’y suis souvent vu à cette place alors j’ai décidé de tester le coworking pendant une semaine. Moi qui suis de nature peu sociable, plutôt habitué aux open spaces et aux salles de réunion, voilà une occasion de sortir de ma zone de confort.
Lundi matin, 9h, je débarque dans cet espace lumineux en centre-ville, où tout semble baigner dans une ambiance relax et studieuse. Je repère d’un coup d’œil les habitués et pose mes affaires sur une grande table partagée, entourée de visages que je ne connais pas. Un certain flottement s’installe - pour moi du moins – alors que mon PC s’allume. Fini le bureau attitré avec la petite déco et les photos d’équipe rigolotes. Une fauteuil design a remplacé la chaise de bureau que je règle d’habitude à la perfection. Je jette un œil aux écrans de mes nouveaux collègues qui semblent eux aussi se balader sur LinkedIn pour commencer la journée. Je réalise au bout de quelques minutes que je n’ai pas dit bonjour, mais il est trop tard pour me rattraper : je compte sur la pause-café pour faire bonne figure.
La première matinée passe lentement. Je n’ai pas le bruit de fond habituel de mon bureau, ce qui me rend beaucoup plus éveillé, et ce n’est pas plus mal. La nouveauté a cela de bien qu’elle agite en moi l’envie de faire les choses bien. Étrange constat mais il est vrai que le fait de voir autant de nouveaux visages, chacun concentré et plongé dans son propre univers, m’invite à en faire de même. Le doux cliquetis des claviers et des vibreurs est propice à la productivité et j’enchaine d’une traite jusqu’à la pause déjeuner. J’échange enfin quelques mots avec mes co-workers du jour, prétextant ne pas savoir où aller acheter à manger. Ma question a l’effet d’un raz-de marée, puisque toute la tablée prend la parole, soutenant à l’unisson que le snack d’à-côté fait les meilleurs sandwiches du quartier. Je coopère, prenant le pas de ma collègue du jour qui m’annonce être une habituée.
Je ressens encore un petit décalage, j’ai comme l’impression d’être le petit nouveau de la famille. Pour autant, certaines personnes me semblent déjà familières et après deux jours, j’ose déjà un premier hochement de tête à deux néo-collègues avec qui j’ai pris un café la veille. Je commence à m’acclimater à cette nouvelle dynamique. Le coworking, c’est peut-être ça aussi : se réapproprier son rythme, casser les routines. Ces trois journées m’ont semblées plus épuisantes, mais aussi bien plus excitantes. La nouveauté entraine une certaine fatigue, mais dans le bon sens : celui de l’expérimentation, de la découverte. J’explore la flexibilité proposée par ce mode de travail en changeant d’environnement en fonction de mon humeur : une salle plus calme pour les tâches de fond, une pièce plus vivante pour les moments où j’ai besoin d’énergie. Pourtant, cette flexibilité a aussi un prix : l’absence de routine empêche les petits rituels d’équipe et les interactions en réalité assez normées font qu’une certaine solitude s’installe.
J’suis dans ma bulle, bulle, bulle... Oh déjà 19h ? Hier soir j’ai perdu un peu la notion du temps. Pas de petit wagon de collègues qui se lèvent en bloc à 18 heures pétantes. Pas de déclencheur particulier, même la luminosité ne varie pas dans cet espace bien décoré. L’effet « dans ma bulle » semble influer sur ma productivité. Moins de distractions, moins de sollicitations impromptues qui viennent rompre ma concentration. Pourtant, je me sens un peu vide, mes interactions sociales ont été vraiment limitées cette semaine : « bonjour » ; « un allongé s’il vous plait » ; « il fait sacrément froid aujourd’hui ». Il me manque ce lien informel qui anime un bureau traditionnel. Les conversations spontanées, le collègue qui blague, celui qui s’énerve. Les déjeuners d’équipe improvisés, les croissants secs de la veille. Alors oui, j’ai bien bossé, mais je n’ai pas vécu grand-chose.
Après une semaine de coworking, je tire forcément quelques enseignements. Il me semble évident que ce mode de travail n’est pas fait pour tous. Il convient aux personnes qui recherchent un cadre structuré, mais flexible, tout en étant autonomes dans leur gestion du temps. Si vous avez besoin d’être entouré en permanence, d’échanger régulièrement avec vos collègues, le coworking peut rapidement générer un sentiment d’isolement.
Pour réussir son expérience, voici mes conseils :
J'ai testé...
Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.