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chronique

Finlande : le charme discret du conflit sans drama

Communication interne

  4 mins

 

Trois collègues discutent calmement dans un open space moderne, chacun tenant un café

Pas d’éclats de voix. Pas de dossiers qui claquent sur la table. Pas de messes basses à la machine à café. Juste un échange calme où chacun expose son point de vue. Même sur un sujet sensible. Même s’il y a désaccord. Plus on monte vers le nord de l’Europe, plus les relations semblent feutrées. Les voix ne portent pas, les différends non plus. Ici, pas de confrontation frontale, ni de non-dits soigneusement entretenus : on préfère prévenir que guérir, discuter plutôt qu’esquiver.  

La Finlande pourrait bien être un modèle de gestion des conflits. Deux ingrédients y jouent un rôle clé : une hiérarchie discrète et une communication sobre, factuelle, respectueuse. Pas besoin de chef pour arbitrer, ni de clash pour avancer. Le conflit, s’il survient, se règle sans cris ni larmes.  

Pas de chef, pas de guerre ?    

En Finlande, pas besoin d’un chef pour régler les conflits. On a mieux : une organisation du travail qui évite qu’ils ne dégénèrent. Geert Hofstede, chercheur en management international, parle d’une faible distance hiérarchique. Le pouvoir y est largement décentralisé et la hiérarchie existe essentiellement par souci de commodité, mais pas pour imposer l’autorité. Les managers facilitent et responsabilisent les employés, plutôt que de contrôler ou de diriger de façon autoritaire. À chacun de prendre ses responsabilités, de signaler un malaise et de proposer une solution.

Dans ce mode d’organisation plat, les tensions ont peu de chance de dégénérer en guerre de tranchées. Les difficultés relationnelles sont débusquées plus vite, se discutent à égalité et se résolvent sans escalade. L’autorité est discrète, la parole circule et le rapport de force devient sans objet. Certaines entreprises finlandaises en ont même fait le cœur de leur stratégie. Chez Reaktor ou Futurice, deux fleurons de la tech locale, les équipes fonctionnent avec une autonomie presque totale. Pas de hiérarchie visible. Pas de luttes de pouvoir. Pas de clashs qui pourrissent l’ambiance. Mais des collaborateurs responsabilisés, capables de coopérer sans supervision constante.

L’art du conflit sans drama  

Une légende urbaine raconte que plus une organisation est féminisée, plus les tensions émotionnelles sont fortes. Faux. Le psychologue néerlandais Geert Hofstede démontre que plus une culture est féminine, plus elle valorise la coopération, la prise en compte de chacun et chacune ainsi que la recherche de consensus, plutôt que la compétition et la réussite individuelle à tout prix. Quel impact sur la gestion de conflits ?  

En Finlande, on peut être en désaccord sans que ce soit un problème. Mieux : sans que ce soit personnel. On y met plutôt l’accent sur l’égalité et la solidarité, ce qui limite l’escalade. Pas besoin d’élever la voix, d’accuser, ou de ruminer en silence pendant six mois. On dit les choses, posément, clairement, sans chercher un coupable.  

L’une des clés est la communication. On parle des faits, pas des intentions. On formule un besoin, pas une attaque. Et surtout, on écoute pour comprendre, pas pour répondre. Dès l’école, les Finlandais apprennent à débattre sans s’invectiver, à argumenter sans dominer. Plus tard, dans les entreprises, le désaccord est vu comme une discussion, pas comme un drame. C’est tout un état d’esprit : désamorcer au lieu de gérer. Collaborer au lieu de trancher. Et surtout, ne jamais confondre conflit et violence.

Le désaccord, ce bug dans la culture d’entreprise à la française  

En France, le poids hiérarchique est encore bien présent. Le désaccord peut vite être perçu comme une insubordination. Alors, on balaie les tensions sous le tapis, on esquive les conflits, jusqu’à ce qu’ils poussent le couvercle de la cocotte-minute. Ou qu’ils pourrissent lentement l’ambiance, comme un sandwich au thon oublié dans le frigo de la cafétéria. La culture du management à la française valorise le contrôle, la verticalité, la décision venue d’en haut. Parfois, exprimer un malaise peut passer pour une faiblesse ou pire, un affront. Et comme la communication reste souvent indirecte, les signaux faibles restent bloqués entre les étages. On croit maintenir l’harmonie, on cultive les frustrations.

Alors que peut nous apprendre la gestion des conflits à la finlandaise ?  

Qu’un cadre sain vaut mieux qu’un énième atelier sur la communication bienveillante. Que la parole circule si elle n’a pas besoin d’être validée. Que la hiérarchie, quand elle écoute au lieu de trancher, calme bien des tensions. Et que prévenir, ce n’est pas fuir le conflit. Pas besoin de devenir finlandais. Mais on peut, nous aussi, désamorcer sans dramatiser. Faire de la parole un outil, pas un risque. Et si grandir, pour une organisation, c’était d’abord apprendre à s’engueuler intelligemment ?

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chronique

Danemark : les seniors n’ont pas dit leur dernier mot

Inclusion

  4 mins

 

Femme senior marchant le long du canal de Nyhavn à Copenhague, maisons colorées et vélos en arrière-plan

En France, la retraite, c’est souvent l'équivalent du générique de fin. Une vie de travail bien remplie, un pot de départ, quelques petits fours, un bout de discours, puis rideau. Place au repos bien mérité… À condition de ne pas trop coûter. Au Danemark, on ne s’empresse pas d’éteindre la lumière. On la règle différemment. La retraite ne sonne pas la fin d’une vie active. Les seniors peuvent continuer à travailler, transmettre, s’engager, cohabiter avec des étudiants ou conseiller une start-up. Car la société danoise a décidé collectivement que les seniors avaient de la ressource.

Un système de retraites bien huilé, mais pas figé

Ce qui caractérise le modèle danois de retraite, c’est l’esprit du collectif. Les retraites et les transitions sont l’affaire de tous. Pas une variable d’ajustement budgétaire. Concrètement, ce système hybride articule trois piliers : 

  • D’abord, une pension universelle financée par l’impôt. Elle garantit à toute personne ayant vécu au moins quarante ans au Danemark une pension de base (environ 845 euros mensuels), ajustée selon les revenus.
  • Ensuite, une pension professionnelle obligatoire (ATP), par capitalisation, alimentée à parts égales par l’employeur, le salarié et l’État.
  • À cela s’ajoutent des régimes complémentaires négociés par branche, très répandus, et une épargne retraite individuelle, encouragée fiscalement.

Cette politique se traduit par un taux de remplacement parmi les plus élevés d’Europe, soit 84 %. Et une forme de sécurité qui offre un vrai choix aux retraités : continuer à s’impliquer, changer de rythme, ou se retirer, sans subir. Mais comment garantir la soutenabilité de ce modèle ? En indexant l’âge légal de départ sur l’espérance de vie. Chaque génération sait qu’elle partira un peu plus tard. Aujourd’hui fixé à 67 ans, l’âge de départ atteindra 70 ans en 2040.  

Repenser la place des seniors dans la société

Au Danemark, la retraite ne signifie pas le retrait. Les entreprises, les collectivités et associations œuvrent pour maintenir les seniors dans la vie active. Les entreprises jouent le jeu. Par exemple, Novo Nordisk, géant pharmaceutique danois, encourage les seniors à rester dans leur emploi, en aménageant les postes, en allégeant les horaires ou encore en instaurant le mentorat entre générations. Les collectivités innovent également. À Odense, le programme Senior Talent Pool invite les retraités à siéger dans des conseils municipaux, à accompagner des start-ups ou intervenir dans les écoles. À Aarhus, des logements intergénérationnels permettent aux étudiants et aux seniors de cohabiter, avec un soutien financier de la municipalité. La société civile n’est pas en reste. L’organisation DaneAge Association (Ældre Sagen), qui compte plus de 900 000 membres, propose un accompagnement social aux personnes âgées isolées, des conseils personnalisés sur la retraite ou la fiscalité, et valorise l’engagement bénévole des seniors. Enfin, le Danemark mise aussi sur la silver economy. Des startups développent des solutions technologiques pour favoriser l’autonomie des personnes âgées, comme la domotique, la télémédecine, ou encore des plateformes d’échange intergénérationnel. C’est aussi une façon de faire du vieillissement un levier d’innovation sociale. Bref, les retraites au Danemark, c’est un vrai projet de société. Et cela se voit dans les chiffres.

Résultats visibles… et lignes de fracture

Le Danemark affiche aujourd’hui des indicateurs enviables. Le taux d’activité des 65-69 ans y atteint environ 18 % contre 6 % en France, et l’espérance de vie en bonne santé dépasse la moyenne européenne. La prévention, la médecine de proximité, l’accompagnement à domicile : tout est pensé pour que les années gagnées soient aussi des années utiles. Le vieillissement devient ainsi un champ d’expérimentation sociale. Des ateliers de codage ou de jardinage entre générations, des plateformes de bénévolat en ligne… Le quotidien des seniors se réinvente, loin de la solitude ou de la mise à l’écart. Mais, malgré cette réussite, tout n’est pas parfait et certaines inégalités persistent. Les femmes, souvent marquées par des carrières incomplètes, touchent des pensions plus faibles. Les personnes immigrées peinent à accéder à la pension universelle à taux plein, faute de durée de résidence suffisante. L’indexation de l’âge de départ, la clé de voûte du système, ne fait pas non plus consensus. Chez les travailleurs manuels ou aux parcours longs, elle suscite des débats sur l’équité et la pénibilité.

Et en France ?

Le débat sur les retraites reste focalisé sur l’âge. 62, 64 ou 67 ans… Et si poser la question du seuil, sans traiter la question du sens, passait à côté de l’essentiel ? Le système danois n’est pas une solution miracle. Mais il nous invite à changer de regard : celle d’une société qui considère le vieillissement non comme un problème à régler, mais comme un avenir à organiser. Et si, plutôt que de gérer la fin de carrière, on repensait collectivement ce que cela signifie, vieillir ensemble ?

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Nemawashi : l’art japonais de rendre les réunions fertiles

Culture d'entreprise

  3 mins

 

Un homme prépare les racines d’un bonsaï avec un outil pointu

Soyons honnêtes. Nos boîtes mail sont devenues des tiroirs à bazar, remplies de discussions décousues. Les réunions peuvent s’enchaîner sans décision concrète. Les projets patinent souvent, englués dans des boucles de validation infernales… Personne n’a vraiment inventé l’antidote. Pourtant, parfois, il suffit d’un pas de côté pour gagner en clarté. Lever la tête (du guidon) et regarder ailleurs. Direction le pays du Soleil-Levant. 

Un peu de zen dans l’open space

Le nemawashi est une pratique ancestrale japonaise qui pourrait bien révolutionner la communication au bureau. Nemawashi signifie littéralement “travailler autour des racines”. Cette méthode se préoccupe de l’invisible, mais aussi de l’essentiel : avant de transplanter un arbre, le jardinier prépare minutieusement le sol et les racines. En effet, la réussite de tout projet repose sur un art subtil de préparer le terrain.  

Chez Sony par exemple, cette approche a transformé la gestion de projet. Désormais, les managers consacrent 60% de leur temps aux échanges informels avec leurs équipes. Cela peut sembler démesuré, pourtant, cette méthode réduit de moitié le temps de mise en œuvre des projets. Pourquoi ? Parce que les obstacles sont identifiés et désamorcés en amont. Le manager, tel un jardinier consciencieux, retire les cailloux avant de planter sur un terrain fertile. 

L’art subtil de la pré-réunion

Mais comment cela fonctionne-t-il concrètement ? La véritable révolution du nemawashi réside dans son approche du consensus. Contrairement à nos réunions occidentales où les décisions se prennent dans le feu de l’action, le nemawashi cultive patiemment l’adhésion. Cette méthode repose sur trois piliers : la préparation, la consultation et le consensus. Prenons l’exemple de son implémentation chez Toyota.  
 

  • Il y a d’abord une consultation silencieuse : le manager sonde individuellement les parties prenantes clés avant de lancer un nouveau projet.
  • Puis, place à l’irrigation des idées : le manager ou la manageuse collecte et intègre progressivement les feedbacks, en nourrissant le projet comme l’eau nourrit les racines.
  • Enfin, arrive la transplantation collective : la réunion officielle devient une simple formalité, puisque le terrain a été bien préparé en amont.

Les bénéfices de nemawashi feraient rêver n’importe quel manager occidental :  

  • Les réunions deviennent courtes et efficaces ;  
  • Les collaborateurs adhèrent plus facilement aux projets ;
  • La communication est bien plus fluide ;  
  • La résistance au changement disparaît avant même la réunion.  

Transplanter nemawashi dans les entreprises françaises

Rassurez-vous : transposer ce concept japonais ne signifie pas renoncer à notre culture du débat. Pas question de copier-coller et d’attendre des miracles. Une culture n’est pas exportable. Cependant, c’est une invitation à enrichir nos pratiques managériales. Comme un jardinier qui adapte ses techniques au climat local, chaque entreprise pourrait trouver son équilibre entre la confrontation d’idées à la française et l’harmonie collective à la japonaise.  

Comment faire ? Pour réussir cette acclimatation, quelques règles s’imposent :

  • D’abord, identifier et consulter les décideurs clés avant toute réunion ;  
  • Ensuite, privilégier le dialogue individuel aux discussions de groupe ;  
  • Puis, prendre en compte tous les feedbacks pour enrichir le projet ;  
  • Et enfin, transformer la réunion formelle en simple étape de validation.  

Mais le plus grand défi n'est pas technique, il est culturel. Dans les entreprises où les échanges humains se raréfient au profit des écrans, où les boucles d’emails remplacent les conversations, on s’accroche aux réunions comme aux derniers bastions d’interaction directe. Résultat ? Des séances chaotiques où tout le monde veut enfin s’exprimer, faute de pouvoir le faire en amont.  

Le nemawashi nous rappelle cette sagesse simple : la réussite d’un projet dépend de ce qui se cultive sous la surface. Un arbre ne pousse pas plus vite quand on tire sur ses branches. Un projet n’avance pas plus vite quand on multiplie les réunions improductives. Accepterions-nous de reconnaître que la préparation, ce temps “invisible” est aussi précieux que le temps “visible” de la décision ?  

Finalement, nemawashi n’est pas qu’une méthode de management. C’est une invitation à revenir aux fondamentaux : recréer du lien humain dans nos organisations. Une philosophie qui nous rappelle que la réussite, comme créer un jardin luxuriant, se cultive dans l’échange, la patience et la considération de l’autre. Loin des écrans interposés. 

 

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L’utopie néo-zélandaise des congés illimités : et si c’était possible ?

Culture d'entreprise

  3 mins

 

Personne en backpack (sac à dos) dans la forêt contemplant les montagnes enneigées et le lac Hawea, île du Sud de la Nouvelle-Zélande

Des congés à volonté, des jours off en cas de rupture amoureuse et aucun horaire imposé. Nous ne sommes pas dans un roman de work fiction, mais dans la réalité de certaines entreprises néo-zélandaises. Le plus fou, ce n’est pas tant l’idée que ses résultats : ces entreprises croulent sous les candidatures et leur productivité s’envole.

Le pari fou du zéro contrôle

En 2017, lors d’un recrutement, l’entreprise de jeux vidéo RocketWerkz a reçu plus de 600 CV. Un exploit pour une société de 40 salariés située au bout du monde, à Dunedin, Nouvelle-Zélande. Pourquoi cet engouement ? L’entreprise détonne dans le paysage : des congés illimités, des horaires libres et un management basé sur la confiance plutôt que sur le contrôle.

Six ans plus tard, l’histoire se répète. Hobby Lords, nouvelle venue dans l’univers des jeux de société, adopte la même philosophie. Résultat ? Plus de 150 candidatures spontanées dans un marché du travail sous tension. Liam O’Neill a vu les ravages du burnout dans sa carrière dans l’automobile. Pour sa nouvelle entreprise, il a choisi un modèle radicalement différent. Chez Hobby Lords, congés illimités et autonomie des équipes sont inscrits dans l'ADN même de l'entreprise.

Le plus surprenant ? Aucun abus constaté. Chez RocketWerkz, le fondateur Dean Hall, refuse de gérer toute une équipe en fonction des rares personnes qui tenteraient de frauder.  

Le contrat de confiance version kiwi

Le concept des congés illimités n’est pas nouveau. C’est Netflix qui a ouvert la voie dès 2004, suivi par d’autres entreprises américaines, comme LinkedIn, Dropbox ou encore Microsoft. Mais c'est en Nouvelle-Zélande que cette révolution managériale prend une saveur particulière. Dans ce pays lointain, qui cherche à attirer les talents internationaux, la confiance et la flexibilité deviennent des arguments de poids.  

En effet, les industries créatives demandent une bonne dose d’innovation. Difficile d’attendre que les employés accouchent d’idées originales dans un cadre trop strict. De nombreux managers seraient sans doute effrayés par l’idée d’une telle autonomie. Paradoxalement, dans ces entreprises néo-zélandaises, l’engagement monte en flèche. Plus les employés sont libres de leurs congés, plus ils s’investissent. Paradoxalement, loin des abus, la liberté responsabilise.  

Finalement, cette approche a probablement plus d’avantages que d’inconvénients : productivité en hausse, attractivité record et, plus surprenant encore, les employés ne prennent en moyenne que deux à cinq jours de congés supplémentaires par rapport à la normale. Ces entreprises, ont-elles craqué le code pour trouver l’équilibre entre liberté et responsabilité ?  

En France, l’utopie attend son heure

Alan dans l’assurance, Welcome to the Jungle dans les médias, mais aussi Luko, OpenClassrooms ou encore Popchef... Une poignée d’entreprises françaises a fait le grand saut vers les congés illimités. Cependant, cette pratique semble se limiter aujourd’hui aux startups et aux entreprises tech qui cherchent à se démarquer dans la guerre des talents.

Le concept a du mal à s’implanter en France, en commençant par des raisons réglementaires. Les congés illimités viennent nécessairement s’ajouter aux cinq semaines légales, là où aux États-Unis, cette politique vise d’abord à inciter les salariés à prendre des vacances ! D'une certaine manière, la crainte de devoir accorder plus de congés, bien au-delà du cadre légal généreux par rapport à d’autres pays, rend les entreprises frileuses.  

Le libre choix : un saut dans le vide ?

Les freins sont autant culturels que pratiques. Du côté des collaborateurs, tout n’est pas rose non plus : sous ses airs de liberté totale, les congés illimités peuvent aussi générer du stress. Peur d’être jugé par ses collègues, crainte de perturber l’équipe, ambiguïté dans la gestion... Le “libre choix” se heurte inévitablement à la question de la culture d’entreprise.

Car au fond, c’est bien une question culturelle. Dans un pays où le présentéisme reste une valeur sûre, difficile d'imaginer lâcher totalement les rênes. Sommes-nous vraiment prêts à embrasser une liberté qui exige autant de confiance que de responsabilité ?

  

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La transparence radicale des salaires : les leçons de Buffer

Culture d'entreprise

  4 mins

 

image scindée en 3 parties et qui représente 3 personnes chacune devant un ordinateur.

Chez Buffer, pas de ragots, ni de spéculations sur les salaires : du CEO au dernier employé arrivé, tout le monde connait la rémunération de ses collègues. Cela va même plus loin,  n’importe qui peut consulter ces informations sur le site web de Buffer. La scale-up est aujourd’hui une référence de la longévité de sa politique salariale : depuis 2013, ses leaders ne sont jamais revenus en arrière.  

L’aventure a néanmoins connu ses zones de turbulences. En effet, passer de 17 à 75 employés et de 8 à 30 métiers a apporté son lot de challenges. En dix ans, le salaire moyen chez Buffer est passé de 100 000 à plus de 150 000 dollars. Plus impressionnant encore : son chiffre d’affaires a bondi de 2 à 18 millions de dollars entre 2013 et 2024. Au-delà des chiffres, loin de créer des tensions, la transparence salariale a renforcé la confiance et l’engagement des équipes.

Le pari risqué de la transparence absolue

En 2013, lorsque Buffer décide de rendre publics tous ses salaires, les pessimistes prédisent un échec. Les critiques fusent : le risque de tensions en interne, l’asymétrie d’information vis-à-vis des concurrents, l’attractivité pour attirer de nouveaux talents… Pourtant, avec un recul de plus de dix ans, tous les voyants sont au vert.  

Néanmoins, cette innovation a demandé certains ajustements. Avec la croissance de l’entreprise, la diversification des rôles et des compétences en interne, le système est devenu tellement complexe que seul le DAF était en mesure de le décrypter. Appliquer une règle claire et équitable de rémunération est devenu un vrai casse-tête. En 2022, une erreur dans le calcul d’un salaire a provoqué une mini-crise de confiance. Cet incident aurait pu pousser l’entreprise à rebrousser le chemin.  

Paradoxalement, son dirigeant, Joel Gascoigne, en a profité pour enfoncer le clou. “Peu après cette erreur, j’en ai assumé l’entière responsabilité, j’ai corrigé le salaire et j’ai partagé avec l'ensemble de l’équipe tous les détails de la manière dont elle s’était produite. À cette époque, j’ai pris l’engagement d’œuvrer en faveur de la transparence et de la simplicité des salaires”, écrit-il sur le blog de l’entreprise.    

La clarté et la pédagogie plutôt que les tableurs

Pour éviter une usine à gaz, Buffer a dû repenser la gestion de ses rémunérations. Terminés les calculs opaques, place à la simplicité. Concrètement, l’entreprise a mis en place un système en trois étapes :  

  • Le benchmark : l’entreprise analyse d’abord les salaires pratiqués sur le marché tech pour des entreprises de taille similaire
  • La création de sa propre grille de salaires, volontairement plus généreuse que le marché pour attirer les meilleurs talents  
  • Le calcul du salaire individuel, en fonction des critères clairs comme l’expérience, le rôle ou encore le lieu de vie

Cette nouvelle approche repose sur quatre principes clés, inspirés des valeurs de l’entreprise :

  • La transparence : tous les salaires sont publics, consultables par tous
  • L’équité : à responsabilités égales, salaire égal, sans exception
  • La simplicité : chaque employé doit pouvoir comprendre facilement comment sa rémunération est calculée
  • La générosité : des salaires volontairement au-dessus du marché pour l’attractivité auprès des candidats.  

“Sans simplicité, la transparence perd de son sens", affirme le CEO de Buffer. Cette ouverture va de pair avec la pédagogie. Encore aujourd’hui, l’entreprise organise régulièrement des sessions d’explications pour que chacun comprenne les règles du jeu.

En France, la transparence avance masquée

En France, les entreprises sont encore bien frileuses à l’idée d’une transparence totale des rémunérations. Toutefois, quelques pionniers testent le dispositif à leur sauce. Le Groupe Thermador, fait figure d’avant-garde en la matière, pratique la transparence salariale depuis sa création en 1968. Dans le cabinet de conseil Imfusio, chaque collaborateur définit “en conscience” sa propre rémunération qui est connue de tous. Chez Alan, la grille salariale unique basée sur des critères clairs (expérience professionnelle, impact attendu et séniorité) ; la grille est accessible en interne et ouverte aux candidats lors du recrutement.  

Dans un marché du travail tendu, la transparence est devenue un argument fort de marque employeur. Cependant, nous sommes encore loin de sa généralisation. Les freins sont autant culturels que pratiques. En France, l’argent est un sujet tabou et le salaire est souvent perçu comme une information confidentielle. Les managers craignent les tensions, les comparaisons, voire les départs. Pourtant, les pionniers français rapportent des résultats positifs, comme l’ambiance plus saine entre managers et salariés, l’engagement accru et une confiance renforcée. La proactivité pourrait bientôt être remplacée par une obligation légale. La nouvelle directive européenne risque de changer la donne : d’ici à 2026, les entreprises devront communiquer leurs critères de rémunération et permettre aux salariés de comparer leurs salaires avec ceux de leurs collègues occupant des postes similaires. Ira-t-on jusqu’à la généralisation du principe de transparence de rémunérations en France ? En tout cas, les nouvelles règles du jeu redessineront sans doute le rapport à l’argent dans l’entreprise. 

 

Mythes de bureau

La chronique bouscule les préjugés, les idées reçues et les croyances parfois fausses qui façonnent nos comportements professionnels. Parce que la réalité du travail se joue dans les nuances et rarement dans les certitudes, « Mythes de bureau » interroge ce qui semble évident et invite à dépasser les stéréotypes qui limitent notre vision du travail.

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Le modèle Spotify ou comment composer des équipes autonomes

Culture d'entreprise

  3 mins

 

Groupe de musiciens de rue jouant de la guitare, violon et contrebasse avec énergie.

Squads, tribus, chapitres et guildes… Non, nous ne sommes pas dans une partie de Fortnite, mais au cœur du modèle de Spotify. L’organisation agile du géant suédois de streaming a fait beaucoup de bruit. La mélodie est envoutante : plus d’agilité, plus d’innovation, plus d’engagement.  Une promesse séduisante qui soulève pourtant des défis majeurs. Car avec plus de 9000 collaborateurs à travers le globe, maintenir le tempo de l’agilité devient un exercice d’équilibriste. Et la partition, aussi brillante soit-elle, ne semble pas adaptée à tous les orchestres.

L’art de composer avec des équipes autonomes

Dans les coulisses de Spotify, vous trouverez un véritable village musical :

  • Les squads, qui sont comme les groupes de musique, composés de huit personnes maximum. Chaque groupe est responsable de créer son propre morceau (une partie du produit Spotify). Ils choisissent leur style, leurs instruments et même leurs invités. Le leader du groupe émerge naturellement, comme dans une jam-session.
  • Les tribus sont comme un festival de musique. Chaque tribu est un ensemble d’équipes regroupées autour d’un objectif commun (par exemple, une nouvelle fonctionnalité). Ces tribus veillent à ce que toutes les chansons s’accordent pour créer un projet global cohérent.
  • Les chapitres sont comme des masterclass spécialisées. Par exemple, une masterclass pour les guitaristes, une autre pour les chanteurs. Ces sessions permettent aux musiciens de tous les groupes de perfectionner leurs compétences spécifiques.
  • Les guildes sont comme des clubs de fans ou des forums de discussion ouverts à tous. Les passionnés de rock, de jazz ou de production musicale se réunissent ici pour échanger des idées, peu importe leur groupe ou leur festival.  

Cette structure unique des équipes de Spotify vise à permettre à chaque collaborateur d’exprimer sa créativité tout en contribuant à l’harmonie globale de l’entreprise.  

Toutefois, la vraie question n’est pas « Comment répliquer ce modèle ? », mais plutôt « Sommes-nous prêts à lâcher la baguette du chef d’orchestre ? »

La dissonance créatrice : pas d’autonomie, pas d’innovation

L’alchimie secrète du modèle, c’est un équilibre subtil entre l’autonomie et la responsabilité des salariés. Mais il y a un hic : on ne peut pas cloner une culture d’entreprise. Il ne suffit pas de copier-coller un organigramme et attendre une explosion de l’innovation.

Chez Spotify, chaque squad a la liberté d’improviser mais doit rester en harmonie avec l’ensemble. C’est bien la difficulté pour la majorité des organisations. Elles vénèrent l’innovation, mais elles craignent de lâcher le contrôle.  

Le modèle traditionnel fonctionne selon une hiérarchie pyramidale : les normes sont imposées du haut en bas. Chez Spotify, les meilleures pratiques émergent dans les équipes et se diffusent du bas en haut.  

Or, accorder l’autonomie aux collaborateurs, c'est accepter les fausses notes. C’est laisser ses équipes expérimenter, échouer, recommencer. Sans cette culture de l’apprentissage, point d’innovation. Et fatalement, moins d’engagement. Mais combien d’entreprises sont réellement prêtes à laisser davantage de liberté et d’autonomie à leurs collaborateurs ? Combien laissent vraiment la place à la vulnérabilité et à l’échec ? Sans doute une minorité.

Et ce n’est pas tellement une question de la taille de l’entreprise, mais de sa culture. Le modèle Spotify n’est pas un simple changement d’organigramme, mais une révolution culturelle. Il ne suffit pas non plus de donner des titres cool aux collaborateurs et aux équipes. Avant de vouloir copier un modèle d’organisation, posez-vous la question : Votre culture d’entreprise tolère-t-elle les bémols et les dissonances créatrices ?

Le modèle Spotify n'est pas une recette à suivre à la lettre. C’est plutôt une invitation à examiner sa culture et sa capacité à favoriser les apprentissages. Un original bien orchestré vaudra toujours mieux qu’une pâle reprise.

 

Melting work

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L’art du feedback aux Pays-Bas : brutalement honnête mais... constructif

Culture d'entreprise

  4 mins

 

Personnes à vélo devant des immeubles modernes aux Pays Bas

Aux Pays-Bas, un feedback négatif se donne sans détour. Pas d’ "axes d'amélioration”, ni de “points de vigilance” comme en France. Votre présentation n’est pas top ? On vous le dit. Votre projet a des failles ? On les pointe directement. Un contraste abyssal avec la culture organisationnelle française, où nous excellons dans l’art de l’euphémisme. Pourtant, dans les entreprises néerlandaises, comme chez Booking, cette franchise brutale accélère l’innovation : les projets avancent plus vite, les équipes sont plus soudées et les décisions se prennent en quelques réunions au lieu de semaines d’atermoiements.

Décrypter le feedback version Pays-Bas

Pour les Néerlandais, un feedback franc et direct est la norme. Pas besoin de tourner autour du pot, arrondir les angles ou diffuser des messages codés. Dans les entreprises, les collaborateurs et collaboratrices structurent leur retour d’expérience avec méthode. D’abord, ils décrivent précisément le comportement ou la situation observée. Puis, ils en analysent l’impact concret sur l’équipe ou le projet. Enfin, ils proposent des pistes d’amélioration claires.

Chez Booking, cette culture du feedback direct est un vrai carburant pour l’innovation. Les employés sont encouragés à exprimer leurs opinions sans filtre, créant un environnement où les idées s’affinent plus rapidement. Dans les processus de l’innovation, le feedback direct favorise l’agilité : on ajuste et on améliore les produits plus rapidement. Et qui dit l’agilité, dit plus de compétitivité dans un marché en évolution rapide. C’est une approche étonnante comparée au management à la française : là où nous manions l’art du sous-entendu, les Néerlandais privilégient la clarté brutale.

Cette différence s’explique par les différences culturelles. Selon Erin Meyer, professeure à l’INSEAD et experte en management interculturel, les Néerlandais opèrent dans un « contexte de communication faible » : tout doit être explicite et non sujet à interprétation. À l’inverse, la culture française inclut davantage de nuances et de sous-entendus dans les interactions professionnelles. Si cette franchise peut déstabiliser les équipes françaises, elle fait pourtant ses preuves aux Pays-Bas : le feedback direct y est devenu un véritable accélérateur d’innovation. 

Une franchise qui soude plus qu’elle ne blesse

Aux Pays-Bas, le désaccord n’est pas vu comme une menace, mais une chance de s’entraider et de s’améliorer. Selon Fons Trompenaars, expert en management interculturel, cette approche s’enracine dans la culture même du pays : les Néerlandais valorisent l’autonomie personnelle et considèrent le conflit comme un facteur de progrès dans l’organisation.  

L’une des explications de cette franchise, c’est une hiérarchie plus horizontale. Chez Booking, comme dans la plupart des entreprises néerlandaises, la distance entre managers et équipes est minimale. Les leaders sont perçus comme des facilitateurs plutôt que comme des figures d’autorité. Cette structure encourage donc l’expression directe des opinions et des désaccords.  

Le résultat ? La dynamique d’équipe devient plus fluide. Comme l’observe Erin Meyer, ce style de management direct permet d’éviter les malentendus et d’accélérer la prise de décision. Car oui, aux Pays-Bas, le feedback est considéré comme un outil constructif plutôt que comme une critique. Résultat ? Les équipes osent davantage innover et prendre des risques.  

Le paradoxe français face au feedback

En France, ces pratiques de feedback direct peuvent sembler brutales, voire contre-productives. Notre culture organisationnelle valorise ce qu’Erin Meyer appelle un « contexte de communication élevé » : les messages importants passent souvent entre les lignes, dans une danse subtile de non-dits et de sous-entendus.

Derrière nos silences polis se cache un vrai problème. Selon Fons Trompenaars, là où les Néerlandais voient dans le désaccord une source d’amélioration, nous le percevons parfois comme une menace à l’harmonie du groupe. Conséquence ? Des réunions qui s’éternisent, des décisions qui traînent et des frustrations qui couvent.

Certaines entreprises françaises, notamment dans la tech, commencent à s’inspirer de cette culture de feedback direct, tout comme les filiales hexagonales de grands groupes néerlandais. L’idée n’est pas de copier aveuglément le modèle, mais d’en extraire l’essence : une communication plus directe, centrée sur les solutions plutôt que sur la préservation des égos. Car finalement, la vraie question n’est pas de savoir si nous sommes prêts pour plus de franchise, mais si nous pouvons encore nous en passer quand l’agilité et l’innovation sont devenues une question de survie. 

 

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chronique

Le Fika suédois : la pause-café aux vertus de team building

Culture d'entreprise

  3 mins

 

Deux tasses de café et des cinnamon buns suédois avec un drapeau suédois sur une table.

En Suède, la pause-café ne souffre d’aucun grain de contestation. Manquer la pause-café est plus grave que rater une deadline. Imaginez un instant une entreprise où tout s’arrête : les réunions s’interrompent, les écrans se ferment, les échanges professionnels cessent... pour prendre un café. Non, nous ne sommes pas dans une énième mini-révolution venant de la culture startup, mais dans n’importe quelle entreprise suédoise.  

Le fika est une institution culturelle en Suède. Deux fois par jour, les équipes se retrouvent autour d'un café et de pâtisseries pour parler de tout et de rien - rarement du travail. Une simple pause qui cache pourtant des bénéfices managériaux insoupçonnés.  

La pause sacrée qui ne se refuse pas

Le terme fika vient de l’inversion des syllabes du mot suédois ancien pour café, kaffi. Cette sacralisation a un parfum de prohibition : au XVIIIe siècle, quand le roi Gustave III interdit le café, la haute société se retrouvait en secret dans des kaffehus pour le déguster. Une histoire qui explique peut-être pourquoi la Suède est aujourd'hui le troisième plus gros consommateur de café au monde.

Dans les entreprises suédoises modernes, le fika rythme la journée à heures fixes. Pas question de prendre son café sur un coin de bureau en scrollant ses emails ! Les entreprises aménagent des espaces dédiés et confortables où les équipes se retrouvent autour d'un café de qualité et de pâtisseries traditionnelles comme le kanelbulle, ce roulé à la cannelle emblématique. Plus qu’une simple pause, c'est un pilier de la culture d’entreprise, considéré comme essentiel pour la communication informelle et la collaboration

Une culture d’entreprise qui se sirote

D’après Geert Hofstede, professeur à l’Université de Maastricht et pionnier dans l’étude comparative des cultures nationales, la Suède se distingue par un indice de distance hiérarchique très bas. Cette particularité culturelle se reflète parfaitement dans le fika, où tous les employés, indépendamment de leur fonction, partagent le même moment. Philippe d’Iribarne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du management interculturel, montre que chaque culture façonne ses pratiques managériales. Le fika illustre parfaitement ce postulat : les conversations informelles renforcent naturellement les liens entre collègues.

Les bénéfices dépassent le simple cadre social. Pour Christophe Haag, professeur de comportement organisationnel à l’EM Lyon Business School, ces pauses sont essentielles au fonctionnement du cerveau : prendre de la distance avec son travail et partager des moments de rire stimule la créativité et améliore notre capacité à résoudre les problèmes.  

En France, la pause-café se joue en sous-titres

La France a une relation ambivalente avec la pause-café. Si 89% des salariés français s’adonnent à ce rituel quotidien selon une enquête de l’IFOP en 2018 et que 73% des moins de 35 ans y voient un moment clé d’intégration, la pratique reste régie par des codes implicites complexes. Qui invite qui ? À quelle table s’asseoir ? Pour les plus introvertis, c’est plutôt un moment générateur de stress que de détente. D’ailleurs, 30% des salariés, notamment les seniors, préfèrent leur pause en solo.

Est-ce qu'on devrait ritualiser la pause-café en France, en s'inspirant du fika ? Comme le rappelle Philippe d’Iribarne, chaque culture développe sa propre interprétation des rites professionnels. Là où la Suède a institutionnalisé un moment de déconnexion totale, la France cultive une pause-café plus spontanée, mais aussi plus ambiguë, où se mêlent les potins et les conversations sérieuses. Car finalement, cette ambiguïté ne reflète-t-elle pas notre rapport paradoxal au temps de travail ? 

 

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chronique

Aux États-Unis, Costco résiste et maintient sa politique Diversité et Inclusion

Inclusion

  4 mins

 

Façade d’un entrepôt Costco, symbole de son engagement en faveur de la diversité aux États-Unis. Tigard, Oregon, USA.

Pendant que Walmart, Meta ou Amazon détricotent leurs politiques de diversité, un géant de la distribution américain fait de la résistance. Aux États-Unis, Costco affronte ouvertement un mouvement conservateur de plus en plus hostile aux initiatives de diversité et d’inclusion. Malgré ces vents politiques contraires, avec 6,29 milliards de bénéfices en 2023 et des parkings qui débordent, l’entreprise prouve que l’éthique n’est pas une utopie. 

L’histoire de cette résistance débute en janvier 2025, lorsqu'un think tank conservateur, le National Center for Public Policy Research, lance une offensive contre les programmes de diversité de l’entreprise (DEI). Mais là où d’autres groupes plient face à l’administration Trump, Costco riposte. Une confrontation qui "débunke" l’opposition absolue entre valeurs et profits.

Au grand mât de la résistance : braver les vents contraires  

Depuis la décision historique de la Cour suprême interdisant la discrimination positive à l’université, puis l’avènement de l’administration Trump, c’est le grand renoncement outre-Atlantique. Walmart, Target, Meta, Amazon, Google, Harley-Davidson, McDonald’s, Boeing… La liste s’allonge de jour en jour. Dans les conseils d’administration, la diversité et l’inclusion ne sont plus une fierté affichée, mais un risque à gérer. Dans ce contexte particulier, le National Center for Public Policy Research lance une offensive contre Costco. En tant qu’actionnaire il exige une évaluation des « risques » des programmes DEI. Son argumentaire s’appuie sur les risques juridiques, le préjudice financier et les menaces pour les actionnaires: diversité et inclusion en entreprise ne seraient plus bienvenues. La réponse du PDG de Costco, Ron Vachris, est sans appel : « Si ces politiques vous semblent offensantes, je ne suis pas prêt à changer ». Une position qui apparaît extrêmement risquée. Pourtant, le 24 janvier 2025, les actionnaires de Costco rejettent à 98 % la demande de révision des programmes DEI. Un message fort qui veut démontrer que la résistance aux pressions idéologiques peut venir du cœur même du capitalisme américain.

Diversité et inclusion : un avantage concurrentiel ?  

La résistance de Costco est en train de devenir un cas d’école. Là où les détracteurs des politiques DEI dénoncent la « discrimination inversée », Costco met en avant une vision pragmatique de la diversité. L’entreprise n’a pas besoin de recourir aux quotas ou à la discrimination positive, mais adopte une approche centrée sur l’égalité des chances et l’équité salariale. Une nuance subtile qui fait toute la différence dans un débat souvent caricatural. Cette vision est autant idéologique que pragmatique. Pour Costco, la diversité n’est pas une contrainte morale, mais un vrai avantage compétitif. Innovation boostée grâce à la diversité, satisfaction améliorée des employés et relations renforcées avec les fournisseurs, en particulier les petites entreprises. Dans un marché du travail concurrentiel, cette politique s’avère finalement très bénéfique. Les 300 000 salariés de Costco à travers le monde en témoignent : l’inclusion n’est pas qu’une valeur affichée, c’est un moteur de croissance. Pendant que certaines multinationales démantèlent leurs programmes DEI au nom de la « réduction des coûts », Costco voit ses bénéfices s’envoler. Et si en réalité la véritable prise de risque n’était pas de maintenir ses engagements, mais de les abandonner ? Au moment où les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux (vraies) valeurs des entreprises, le courage pourrait bien être la meilleure des stratégies.

Quand les consommateurs reprennent le pouvoir

Dans cette résistance aux pressions politiques, la voix des consommateurs pèse. Le cas Costco dévoile la mue du capitalisme américain traditionnel, lorsque les valeurs commencent à peser plus lourd que les prix. Alors que certaines entreprises subissent le revers de leur renoncement aux politiques DEI — à l’image de Target, victime d’appels au boycott —, les parkings de Costco sont pleins à craquer. C’est probablement le signal que finalement le marché pourrait bien être le meilleur rempart contre les dérives idéologiques. Dans cette période de fortes turbulences, c’est la question de la responsabilité sociale des organisations qui revient sur le devant de la scène. L’exemple de Costco démontre qu’une entreprise peut résister aux pressions politiques sans compromettre sa performance économique. Les convictions deviendraient-elles un avantage concurrentiel? Ce cas d’école pourrait en inspirer d’autres sur la question du courage du leadership.

Alors que les consommateurs votent de plus en plus avec leur portefeuille, la cohérence entre valeurs affichées et pratiques réelles devient un enjeu stratégique. Et la question pourrait être réabordée: défendre ses convictions, ou plutôt les abandonner? Un constat à ce jour: le marché semblerait pouvoir récompenser les entreprises qui restent fidèles à leurs valeurs. Costco affiche en effet d'excellents résultats financiers et une surperformance boursière depuis le début d'année, et sa clientèle lui est plus fidèle que jamais, pendant qu'en revanche certains de ses concurrents - dont Target - subissent un important backlash. 

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Plano Clima : le Brésil laboratoire de l’économie écologique et sociale

Transitions

  3 mins

 

Vue aérienne d’éoliennes sur la côte du Nord-est au Brésil (Mataraca), entre océan et forêt

Le Brésil ambitionne de devenir le chef de file de la lutte climatique mondiale. À ce titre, le pays s'est fixé un objectif de taille : diminuer  d'ici 2035 les émissions nettes de gaz à effet de serre de 67% par rapport à ce qu'elles étaient en 2005. Toutefois, celui qu'on appelle le "poumon vert" de la planète doit composer avec la réalité en faisant coexister ambitions écologiques et développement économique. Pas simple. 

L’industrialisation verte : le pari brésilien

Le fil rouge de la stratégie de lutte contre le changement climatique au Brésil, c’est le “Plano Clima” (le plan national sur le changement climatique du Brésil). Pensé pour guider la politique environnementale jusqu’en 2035, ce plan repose sur des stratégies d’atténuation et d’adaptation, sur des approches transversales et sur des plans sectoriels bien spécifiques. Sa force et son originalité résident sans doute dans l’inclusion de toutes les parties prenantes : la société civile, le secteur privé et les collectivités territoriales.  Car le Brésil se démarque par un mix énergétique original : avec environ la moitié de son énergie qui est primaire et plus de 80% de ses électricités issues de sources renouvelables, le "pays-continent" est largement au-dessus des moyennes mondiales (respectivement 15% et 29%). Cette stratégie s’appuie sur la création de pôles industriels implantés volontairement près des sources d’énergies renouvelables. À l'instar du Nordeste, région historiquement défavorisée devenue laboratoire de la transition écologique avec 92% de la puissance éolienne qui y est installée.  

De la crise pétrolière aux énergies renouvelables : un pragmatisme visionnaire  

L’histoire de la transition énergétique brésilienne est singulière. Lors du choc pétrolier des années 70, la flambée des prix du pétrole a poussé le gouvernement à investir massivement dans les biocarburants. Le programme Proalcool, lancé en 1975, a redirigé massivement l’industrie sucrière -centenaire- vers la production d’éthanol. Si bien que le Brésil est devenu le deuxième producteur mondial de ce biocarburant. Face aux épisodes climatiques extrêmes qui frappent de plein fouet le continent - avec des périodes prolongées de sécheresse et la baisse de la production hydroélectrique - le Brésil a fait le choix d’accélérer les investissements dans l’éolien et le solaire. De plus, le développement de projets axés sur les énergies renouvelables n’est pas perçu coûteux puisqu'il génère des résultats économiques tangibles: il stimule l’emploi local (+15,95% dans les municipalités concernées) et dynamise les recettes fiscales. Le bénéfice est bien réel puisque l’économie verte brésilienne devrait permettre de créer plus de 2 millions d'emplois nets d’ici 2030, soit 4 fois plus que l’industrie pétrolière et gazière.  

Amazonie et justice sociale : un double défi climatique 

Depuis le second mandat de Lula, la déforestation de la forêt amazonienne a chuté de 60% en 2023. Une dynamique qui a poussé le Brésil à imaginer un nouveau modèle économique. En effet, l’Amazonie souffre d’un déficit commercial de 21 milliards d’euros annuels, 83% de sa production (bétail, cultures, bois) – principale cause de déforestation – étant exportée et ne générant que peu de valeur ajoutée localement. Le modèle économique actuel apparaît donc doublement perdant : environnementalement destructeur et économiquement peu rémunérateur. Cependant, la conversion vers une économie verte amazonienne pourrait renverser la vapeur, en créant 312 000 nouveaux emplois, tout en préservant 810 000 km² de forêt primaire. Une transition qui doit cependant prendre en compte les inégalités exacerbées par le dérèglement climatique : 38 millions de Brésiliens souffrent déjà de stress thermique et les populations défavorisées y sont particulièrement exposées.  

Pour relever ce défi le gouvernement mise sur sa stratégie de “délocalisation des pouvoirs” qui consiste à rediriger l’industrialisation verte vers les régions historiquement marginalisées (Nord, Nord-est et Centre-ouest). Cette démarche est accompagnée par une politique d’adaptation de compétences dans les secteurs traditionnels. Ne plus considérer la justice sociale comme un obstacle, mais comme une pièce maîtresse de la transition écologique, un pari inspirant pour d’autres pays ?

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