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  • Management et bien-être
  • 15/01/2020

[Rencontre] Redonner goût à la pause-café

Aujourd’hui je rencontre Karim, un profil aussi atypique que surprenant. Son quotidien est rythmé par des missions de conseils RH au sein de grands groupes, et la gestion d’un atelier de torréfaction. La rencontre se passe forcément autour d’une tasse de café fin.

 

  • Karim, merci de m’accueillir dans ton atelier toulousain. Est-ce que tu peux commencer par nous raconter l’histoire de ce lieu ?

Bienvenue, merci de venir à notre rencontre. L’histoire de cet atelier est assez récente puisqu’Hayuco a été fondé il y a deux ans par Carlos et moi-même. C’est la rencontre entre deux univers, celui de l’entreprise et du bon café, qui selon nous, sont faits pour s’entendre. Notre approche est simple : nous torréfions nos cafés comme nous aimons les boire et les partager. Pourquoi ? Parce qu'un bon café, c’est déjà une bonne raison d’échanger et d’aller vers l'autre. C’est un moment de rencontre. Et en entreprise, ces moments sont essentiels.

  • La pause-café, c’est le moment de vie de l’entreprise qui a toute ton attention aujourd’hui ?

Je ne m’en rendais pas compte au début, mais j’avais des sentiments partagés lors de ces pauses-cafés : à la fois content de prendre quelques minutes pour m’aérer l’esprit entre deux tâches, mais également frustré d’avaler à chaque fois le même expresso sans saveur. Pourtant, la pause-café, c’est le moment où il y a le plus d’interactions sociales dans une entreprise. C’est un moment où on discute, où on se lie d’amitié. On a donc décidé d’amener du bon café dans ces moments-là.

  • De là à dire qu’un bon café est un levier de performance ?

[Karim m’interrompt d’un petit signe de la main et d’un sourire]

Et si je te servais une tasse ? [J’acquiesce et m’installe près de la table]

Le café, c’est d’abord un indicateur de l’état d’esprit d’une boîte et de l’importance que donne la Direction à ces moments d’échange. Parfois, il y a de fortes dissonances entre les valeurs revendiquées et celles vécues. Dans le monde du luxe par exemple, tout est très codifié, il y a une forte attention au détail, jusqu’à la moulure de la poignée de porte. Et pourtant, dans cet environnement hyper fin, la pause-café se résume souvent à une dosette sans saveur dans un gobelet plastique. Si le collaborateur se sent bien dans ces moments là, il sera forcement plus productif.

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  • C’est un peu fort de dire que l’entreprise ne se préoccupe pas de ses collaborateurs si elle ne propose pas un bon café ?

Oui, c’est souvent inconscient, mais cela reste un indicateur de l’intérêt qui est porté au quotidien des salariés. Il y a beaucoup d’efforts qui ont été faits ces dernières années sur l’environnement de travail, mais la pause-café a souvent été mise de côté. Et dans certaines entreprises, il y a une forme de résignation des salariés qui se disent « oui mon café est dégueulasse » ; alors que ce n’est pas une fatalité ! Il faut s’approprier ce moment particulier et un bon café en est un excellent prétexte. Quand on observe des espaces de coworking, on se rend vite compte que le café c’est le poumon de ces espaces. C’est le lieu qui crée du lien, de l’énergie. L’entreprise a tout intérêt à créer ce genre d’espaces.

  • Et qu’est-ce qui les en empêche aujourd’hui ? C’est une question de budget ?

Il y a des points de friction : comment gérer la machine ? Quel est le coût ? Comment organiser la logistique ? Chez Hayuco, nous faisons en sorte de supprimer ces points de friction. Le frein financier n’en est pas un car un café de meilleure qualité, ce n’est pas un coût pour l’entreprise. Son impact sur le coût moyen par tasse est sans comparaison avec le gain pour l’entreprise.

Aujourd’hui les salaires et autres avantages financiers ne sont plus les seuls critères de motivation et d‘implication des salariés. Si je prends l’exemple des chèques-cadeaux offerts à Noël : c’est une gratification immédiate, qui n’a pas vraiment d’impact sur la performance de l’entreprise. Alors qu’une pause-café qui crée du lien, chaque jour, au sein de l’entreprise, aura beaucoup plus d’impact.

  • Tu évoquais l’alignement de l’entreprise avec ses valeurs. C’est un sujet d’actualité…

Oui, et j’irai plus loin, en parlant d’alignement entre les valeurs personnelles et ce qu’on fait, en tant que salarié, au quotidien. Le café c’est quand même souvent un moment de partage et d’échange, quelques minutes où on prend du temps. Qui n’a pas invité un voisin à passer boire le café ou compté les doigts levés à la fin d’un repas en famille ? Et si on ne le partage pas, cela reste un instant de déconnexion et de plaisir. Moi en tout cas, c’est comme ça que je le vis personnellement. Alors pourquoi ne pas le vivre aussi comme ça professionnellement ? Cet équilibre des valeurs entre le perso et le pro est de plus en plus fort dans notre société. Et cet équilibre, il faut le cultiver.

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  • On décloisonne alors ?

Oui, à l’instar de nos espaces de travail. Cloisonner le pro et le perso, c’est impossible si on veut s’épanouir pleinement dans son travail. Si tu triches pour rentrer dans un moule, pour aller vers une version fantasmée de toi… tu ne peux pas t’épanouir niveau pro. Et le rôle de l’entreprise c’est de donner à ses salariés la possibilité de s’exprimer pleinement.

J’aime bien l’idée des vases communicants : le collaborateur se nourrit de ce que propose l’entreprise, et lui apporte son parcours, sa personnalité, ses aspérités. Pour détecter ces aspérités, il faut que les gens ne sentent pas qu’ils ont besoin de les cacher. Ce qui est dommage, c’est qu’il y a parfois une sorte de réflexe qui nous pousse à jouer un certain rôle dans l’entreprise, alors que les gens ne demandent qu’à être eux-mêmes.

  • Et la pause-café dans cette histoire ?

Elle sert de liant. Aujourd’hui, l’une des grosses difficultés des entreprises, ce ne sont pas les gens, c’est la gestion du collectif. Le rôle du manager est de plus en plus important, notamment lors des besoins de transformation. Et les boîtes qui se transforment le mieux sont celles qui décloisonnent et créent des moments d’échange. Dès lors que l’entreprise est sensible à la notion de bien-être collectif, la question du café va se retrouver sur la table. Et quoi de mieux qu’une bonne pause-café pour passer un agréable moment au quotidien ?

 

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À propos de l'auteur
 

Hadrien

Blogueur RH

J'écris régulièrement sur l'actu RH, le management
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