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chronique

« L’uniforme invisible : nos vêtements disent tout de nous »

Culture d'entreprise

  2 mins

 

Femme en tailleur beige se regardant dans un miroir, choix vestimentaire professionnel

Chemise-chino, blazer-tailleur, jean-basket… Derrière la variété des tenues au bureau se cache une réalité plus subtile : nos choix vestimentaires ne sont jamais totalement innocents. Ils trahissent, souvent malgré nous, des codes invisibles liés à notre position sociale et professionnelle.

Libérés, délivrés des codes vestimentaires  

Fini les uniformes stricts des années 80, symboles d’une hiérarchie bien établie. L’arrivée du casual friday dans les années 90 (merci Levi Strauss & co), puis le style décontracté des startups de la Silicon Valley, ont chamboulé les codes vestimentaires au bureau. Désormais, sweat-shirts, sneakers et chemises oversize remplacent tailleurs rigides et cravates nouées.

Ce vent de liberté semble avoir soufflé sur presque tous les secteurs (exception faite des avocats, soignants, représentants de l’ordre et employés du secteur bancaire). Les salariés se détachent des conventions d’hier pour afficher un style plus personnel, plus détendu. En arrière-plan ? Une volonté de briser les barrières hiérarchiques et de promouvoir l’authenticité au travail. Après tout, ce ne sont pas les vêtements qui font le talent, mais bien les compétences et les résultats, n’est-ce pas ?  

Les normes invisibles derrière notre dressing

Un développeur en costume Hugo Boss ou une directrice financière en sarouel fluo ? Impensable. Car dans un cadre professionnel, le choix vestimentaire est loin d’être neutre. Qu’on le veuille ou non, notre dress code communique un message sur nos rôles, nos fonctions ou l’idée que nous nous en faisons. De fait, il est un équilibre subtil entre expression personnelle et adhésion aux attentes collectives.  

Que dire du poids du regard des autres ?  

Un cadre sup en baskets sera facilement perçu comme accessible, là où une consultante dans la même tenue pourrait être jugée moins professionnelle. Une réalité que semble avoir expérimentée Sixtine Moullé-Berteaux, cofondatrice du média Le Crayon, et qui l’a poussée à revoir sa tenue. “Pour devenir une femme d’affaires accomplie, je dois également m’habiller comme l’image que j’ai de cette position”, explique-t-elle dans une de ses prises de parole sur LinkedIn.  

Se conformer aux dress codes aurait d’ailleurs des effets positifs sur la santé mentale. Sixtine Moullé-Berteaux affirme que ses vêtements ne sont pas de simples choix esthétiques mais ont un impact positif sur son humeur et son énergie. Un bénéfice qui a d’ailleurs été mis en lumière par la professeure de psychologie Karen Pine dans son livre “Mind what you wear – The Psychology of Fashion”.  

Alors oui, la liberté vestimentaire existe. Mais on ne peut pas dire qu’elle soit exempte d’influences. À la question : « est-ce que je m’habille pour moi, pour mon poste ou pour ce que je veux montrer aux autres ? » la réponse est certainement : un peu des trois.  

 

Mythes de bureau

La chronique bouscule les préjugés, les idées reçues et les croyances parfois fausses qui façonnent nos comportements professionnels. Parce que la réalité du travail se joue dans les nuances et rarement dans les certitudes, « Mythes de bureau » interroge ce qui semble évident et invite à dépasser les stéréotypes qui limitent notre vision du travail.

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chronique

« C’est facile tu trouveras tout sur Notion »

Organisation

  2 mins

 

Main qui tient un smartphone avec un écran montrant des applications d'outils collaboratifs comme Slack, Notion et Teams

Les plateformes collaboratives facilitent grandement le travail en équipe et maintiennent le lien entre collègues. Mais lorsqu’elles se multiplient, elles peuvent aussi provoquer une surcharge cognitive.

Des outils dont on ne se passe plus

Un nouveau projet ? Direction Notion pour partager les informations essentielles et suivre l’avancée des tâches. Une réunion à organiser avec des équipes dispersées aux quatre coins de l’Hexagone ? Rendez-vous sur Zoom. Besoin de créer des groupes de discussion entre collègues et de partager les dernières infos (ragots ?) sur une chaîne informelle ? Slack et Teams sont les plus bankables des messageries instantanées.

Qu’on se le dise : ces outils ont révolutionné la collaboration en entreprise. Ils centralisent les informations, fluidifient les échanges et connectent des équipes dispersées. Difficile d’imaginer travailler sans eux aujourd’hui. D’ailleurs, en France, 73 % des utilisateurs estiment qu’ils sont « très importants » pour leur efficacité (Wakefield Research, 2023). Mais lorsque l’on multiplie ces plateformes, la machine peut (un peu trop) s’emballer.  

Mieux encadrer leur usage pour éviter l’épuisement

À 9 h, vous ouvrez Slack et découvrez une vingtaine de messages à lire. À 11 h, un fichier urgent arrive sur Notion. L’après-midi, plusieurs chaînes Teams s’animent à coups d’émojis et de questions. Ce bombardement constant provoque une surcharge cognitive. Le souci ? L’effet est camouflé par un shoot de dopamine qui procure une sensation intense de plaisir. Résultat : on ne se rend pas bien compte que tous ces outils nous stimulent un peu trop.  

Alors voilà : les plateformes collaboratives sont des outils formidables, mais elles nécessitent des règles claires pour éviter les dérives. Tout d’abord, limiter leur nombre permet de centraliser l’information et de simplifier les flux. Trop d’outils fragmentent les échanges et multiplient les points de friction.

Ensuite, les entreprises doivent former leurs équipes à une utilisation raisonnée. Définir des plages horaires sans notifications, encourager la déconnexion en fin de journée, ou prioriser l’asynchrone sur l’instantané peuvent alléger la pression.

Sensibiliser les collaborateurs aux effets délétères d’une hyperconnexion est aussi crucial. Désactiver les notifications, organiser les canaux par priorité ou utiliser des statuts personnalisés pour signaler son indisponibilité sont autant de solutions simples à mettre en place.

Enfin, les managers jouent un rôle clé. En adoptant des comportements exemplaires – en limitant leurs propres sollicitations ou en valorisant les moments de concentration profonde – ils envoient un message clair : la performance ne passe pas par une connexion permanente.

En replaçant les outils collaboratifs à leur juste place, les entreprises peuvent maximiser leur potentiel tout en protégeant la santé mentale des équipes. Un équilibre nécessaire pour rester efficaces… sans perdre la tête.  

 

Mythes de bureau

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« Sans surveillance constante, personne ne travaille vraiment en télétravail »

Télétravail

  2 mins

 

Jeune femme perplexe scrutant son ordinateur portable en télétravail

En télétravail, "une recherche accrue de contrôle des tâches et de mesure des résultats est clairement observée de la part des managers", rapportait une étude menée par la CFE-CGC en décembre 2023. Une pratique qui se retrouve principalement chez les managers habitués à ne pas faire confiance à leurs équipes en présentiel. 85% des managers ne font en effet pas confiance aux télétravailleurs  (enquête Microsoft). Nuançons : les managers habitués à donner des ordres et qui manquent d'assurance ont tendance à se méfier des employés en télétravail.  

“T’es là ?” Notifs, mails et messages Slack  

Comptes rendus journaliers, avalanche de mails et messages Slack : le manager à distance est parfois aussi vigilant avec ses collaborateurs qu’un gardien de prison avec ses détenus. Un comportement qui s’est développé avec la pandémie mondiale. Terminé le temps où il suffisait de se tourner dans la direction de ses collègues pour s’assurer qu’ils bossent. Ou pour avoir une information deux minutes avant d’entrer en réunion. Subitement, les N+1 ont dû adapter leur management au distanciel et à l’asynchrone.  

Problème : si rien n’est plus pareil, les objectifs managériaux sont eux restés les mêmes qu’à l’époque du présentiel. Forcément, il y a de quoi inquiéter les managers. Et comment réagit-on quand on est inquiet ? Eh bien on devient hypervigilant. Cela peut se comprendre sur une période courte et transitoire mais 5 ans après l’essor du télétravail, on peut s’interroger : un manager qui doute des télétravailleurs ne masque-t-il pas un manque de confiance en soi qui se répercute sur les salariés ?  

Entre confiance et hypercontrôle, il n’y a qu’un bureau  

Imaginez deux bureaux côte à côte : dans l'un, les idées fusent librement, portées par la confiance mutuelle. Dans l'autre, le silence règne, étouffé par un contrôle obsessionnel. Même entreprise, deux mondes. Comment expliquer cela sinon par le manque de confiance en soi du manager ? Un manager avec une faible estime de lui-même et un tempérament autoritaire voit le télétravail comme un risque. Un N+1 avec une confiance en soi stable, solide et un caractère optimiste y voit une opportunité de responsabiliser son équipe.  

Maintenant que de plus en plus d’entreprises appellent au retour en full présentiel, il est temps de tirer des enseignements : c’est sans doute en essayant de se mettre à la place l’un de l’autre que collaborateur et manager pourront construire une relation de confiance, solide. Avec ou sans télétravail. Mais pour cela, encore faut-il oser dévoiler ses émotions… et briser l’idée reçue que les managers doivent rester de marbre.

 

Mythes de bureau

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« Les femmes ne sont pas faites pour les métiers techniques »

Egalité femmes - hommes

  3 mins

 

Deux statues de femmes scientifiques (Lise Meitner à droite à Berlin et Marie Curie à Varsovie) illustrant la place des femmes dans les métiers techniques

L’idée que les femmes ne seraient pas « naturellement » douées pour les métiers techniques s’accroche aux murs des entreprises comme un vieux poster défraîchi. Il est temps de la décoller une bonne fois pour toutes.    
 

Biais cachés, talents éclipsés 

Pendant des siècles, les sciences et les technologies étaient des territoires masculins. Aujourd’hui encore, les chiffres parlent : en France, à peine un quart (24 %) des emplois dans les professions du numérique est occupé par des femmes selon une étude de l’Insee datant de 2023. Pourtant, il n’existe aucun élément scientifique qui montre que le genre détermine les capacités techniques. Alors, comment expliquer ce déséquilibre persistant ? Il suffit d’observer comment, dès l’enfance, les filles se heurtent à un parcours semé de biais : des orientations scolaires cloisonnées, des doutes insidieux sur leur légitimité, des environnements techniques souvent masochistes, et surtout, un manque criant de modèles féminins visibles pour nourrir leurs ambitions.

L’effet Matilda  

Et pour cause. De Rosalind Franklin, dont les travaux ont été cruciaux pour la découverte de la structure de l’ADN mais longtemps éclipsés, à Lise Meitner, pionnière de la fission nucléaire, dont les mérites ont été attribués à ses collègues masculins… L’histoire des sciences regorge d’exemples où le talent féminin est resté (trop) discret voire a été effacé. Comme s’il fallait le rendre invisible pour préserver le mythe de la supériorité masculine. Un phénomène d’invisibilisation des femmes qui porte d’ailleurs un nom : l’effet Matilda. Alors c’est vrai : pour y remédier, des lois ont vu le jour. La loi Copé-Zimmermann (2011) a imposé des quotas de femmes dans les conseils d'administration des grandes entreprises. Plus récemment, la loi Rixain (2021) vise à renforcer la parité dans les postes de direction. Mais les résultats restent timides dans les secteurs techniques, où les mentalités évoluent moins vite que les algorithmes.

Changer le code source des mentalités

Les femmes sont toujours obligées de « faire plus » que leurs homologues masculins pour prouver leur valeur. Et c’est précisément là que réside le véritable défi : créer des environnements où elles n’ont pas à justifier leur présence, mais simplement à exercer leur métier. Comment y parvenir ? D’abord, en féminisant les équipes pour favoriser l’inclusion et lutter contre les stéréotypes. En effet, la mixité dans les équipes techniques permet de réduire les biais de conception (exemple : algorithmes biaisés, produits non pensés pour un public féminin) et favorise une innovation plus inclusive. Puis, en favorisant des programmes de mentorat et de sponsoring, comme chez IBM ou Microsoft, qui accompagnent et promeuvent activement les talents féminins. L’étude Simundia x 50inTech montre également l’impact du coaching pour lever les freins intériorisés et renforcer la confiance en soi des femmes dans la tech. Ensuite, en sensibilisant les équipes aux biais inconscients via des formations concrètes, pour instaurer des environnements inclusifs. Des initiatives comme "Girls Who Code" éveillent aussi, dès le plus jeune âge, l’intérêt des filles pour les métiers techniques. Enfin, il est essentiel de valoriser les réussites féminines, non comme des exceptions, mais comme des preuves naturelles de talent et de compétence. 


Finalement, la question n’est plus de savoir si les femmes sont légitimes. Mais plutôt de trouver comment, à notre niveau, nous pouvons contribuer à ce que cette question ne se pose plus. 

Mythes de bureau

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« Tu as fait un burn-out parce que tu es un peu fragile »

Santé mentale

  3 mins

 

Salariée en détresse face à une pile de dossiers, assise devant un écran

Par culpabilité ou peur d’être perçus comme défaillants, de nombreux salariés sous-estiment les symptômes de burn-out. Mais si l’on regarde de plus près, on peut voir que l’épuisement professionnel est davantage une affaire d’environnement de travail que de fragilités individuelles. Alors, que faire ?  

La personnalité, trop souvent mise en avant 

Imaginez deux salariés. Même poste. Même entreprise. Même pression. Au bout de 6 mois, l’un s’effondre, l’autre tient bon. Pourquoi ? Parce que chacun a son propre seuil de tolérance face au stress, influencé par ses capacités cognitives, physiques et émotionnelles. La littérature sur le burn-out le reconnaît d’ailleurs unanimement : certaines prédispositions augmentent le risque. Ceux qui manquent d’estime de soi ou doutent de leur efficacité personnelle se sentent plus vite submergés par les exigences du travail, ce qui accentue leur stress. Les profils perfectionnistes, qui cherchent à tout contrôler et placent la barre très haut, s’épuisent dans une quête de maîtrise impossible. Mais attention à ne pas inverser cause et conséquence. Ce n’est pas la personnalité qui déclenche le burn-out, mais l’environnement de travail qui le rend inévitable. Même les salariés les plus résistants finissent par flancher quand la pression devient insoutenable.

Quand l’organisation craque, les salariés s’effondrent

« C’est l’organisation du travail qui fait le terreau du burn-out », déclarait Marie Pezé, psychologue spécialiste du sujet, dans une interview en 2022. Une prise de position validée par l’Organisation mondiale de la santé qui reconnaît officiellement le burn-out comme un syndrome lié à un stress chronique au travail. Surcharge de travail, manque d’équité et de moyens, pression des délais, rythme effréné, absence de soutien, conflits latents, responsabilités floues… Autant de facteurs structurels et organisationnels qui transforment le quotidien des collaborateurs en terrain miné. Et quand l’organisation craque, c’est toute l’équipe qui vacille. Alors oui, aider les salariés à mieux gérer leur stress en leur apprenant à détecter les burn out peut limiter la casse. Mais si l’environnement reste toxique, ce ne sera pas suffisant. Il est alors vital d’agir en profondeur, sur les causes professionnelles. Mais comment ? Certaines actions sont simples et immédiates : apporter du soutien, donner plus de flexibilité et d’autonomie, alléger la charge de travail pour qu’elle reste soutenable. Ces ajustements ne demandent ni gros moyens ni réformes profondes, mais ils peuvent faire une vraie différence au quotidien.

Outiller les managers 

Les managers, en première ligne comme des boucliers face à la pression organisationnelle, doivent également être mieux outillés. D’abord pour eux-mêmes : en leur offrant des espaces de dialogue pour exprimer leurs difficultés, en ajustant leurs propres objectifs pour éviter une surcharge intenable. Puis pour leurs équipes : en étant formés à la gestion du stress et des conflits, en disposant d’outils concrets pour piloter la charge de travail et prévenir l’épuisement avant qu’il ne s’installe. En somme, le burn-out n’est pas une question de faiblesse individuelle, mais le symptôme d’un environnement de travail défaillant. Avec 30% d’actifs ayant déjà été en burn-out au moins une fois dans leur carrière ( dernier baromètre publié en septembre 2024), n’est-il pas (enfin) temps de repenser nos critères de résilience et de succès ? 

Mythes de bureau

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Qui a dit que les soft skills ne s'apprennent pas ?

Compétences

  3 mins

 

Apprentissage des soft skills comme l’empathie, la créativité et le leadership

Empathie, leadership, optimisme, créativité… autant de soft skills que l'on classerait dans la catégorie des "dons naturels", impossible à acquérir si on n'a pas eu la chance de naître avec. Pourtant, 44 % des entreprises ont formé leurs collaborateurs aux soft skills en 2024, selon le 5e Baromètre des soft skills 2025 “Les soft skills, Compétences de l’humain face à la machine baromètre” publié par Lefèbvre-Dalloz.  

Alors pourquoi cette croyance persiste-t-elle ?

On est empathique, ou on ne l'est pas

Avons-nous appris l'empathie à l'école ? À mieux gérer nos émotions ? Non. On nous a enseigné des savoirs, des techniques avec des règles claires : résoudre une équation, conjuguer un verbe, réciter une formule. Une logique bien loin du “soi” et du relationnel, qui nous suit jusqu'en entreprise.

Il suffit d’observer les catalogues de formations pour s'en rendre compte. Jusque dans les années 2010, les entreprises proposaient exclusivement aux collaborateurs de développer des compétences techniques, les fameuses hard skills. Rien pour se former aux soft skills, appelées aussi compétences humaines et comportementales. Et pour cause : la personnalité relevait de l'inné, et non de l'acquis. Les collaborateurs arrivaient avec leur tempérament et l'entreprise s'en accommodait. Naturellement charismatique ? Parfait pour manager. Plutôt réservé ? Cantonnement aux tâches techniques. Chacun restait dans sa case.

Des croyances qui ont longtemps conditionné (et conditionnent encore) les carrières. De nos jours, il est encore fréquent de promouvoir des collaborateurs extravertis au poste de manager parce qu'ils sont "naturellement" fédérateurs et audacieux, contrairement aux introvertis jugés timides et sensibles.

Les stéréotypes de genre renforcent cette fatalité. "Les femmes sont empathiques", "les hommes ont l'autorité dans le sang". Des raccourcis qui biaisent le recrutement et limitent les évolutions de carrière, transformant des compétences développables en prédestinations génétiques. Pourtant, les contre-arguments ne manquent pas. 

En 2025, on peut objectivement prouver que oui, les soft skills s’apprennent.

Des résultats qui parlent plus fort que les préjugés

Avec l’essor du télétravail, de la technologie et des enjeux économiques et sociaux, le monde du travail s'est transformé. Et avec lui, nos besoins en compétences. Si bien qu'il est impossible aujourd'hui de naviguer dans l'incertitude sans développer certaines aptitudes considérées hier comme innées.

Prenons l’exemple de l'empathie. Longtemps vue comme un trait de caractère figé, elle se révèle en fait parfaitement mesurable en entreprise. Un collaborateur empathique reformule les propos de ses interlocuteurs pour vérifier sa compréhension, adapte son discours selon son audience, prend en compte les émotions dans ses décisions. Des comportements observables, donc développables.

D'autant que la science nous donne raison : les recherches sur la neuroplasticité prouvent que notre cerveau se réinvente en permanence. Nous pouvons littéralement sculpter nos réflexes comportementaux.

Et les chiffres le confirment : une enquête Wiley de 2024 révèle que 63% des salariés ayant suivi une formation soft skills constatent un impact positif sur leur performance au travail, et 48% d’entre eux jugent que cela a eu le même impact sur leur évolution professionnelle. Une étude menée par des chercheurs d'Harvard, de Boston et de Michigan's Ross School of Business révèle aussi que les collaborateurs formés aux savoir-être sont 12% plus productifs que leurs pairs non formés, avec un retour sur investissement de 256%.

Alors oui, les soft skills s'apprennent bel et bien. Les entreprises qui persistent à croire que l’empathie ou le leadership sont des loteries génétiques se privent d'un levier de développement majeur. Et dans un contexte marqué par une forte concurrence et des métiers en tension, il est plus que jamais temps de mettre fin à cette idée reçue. 

Mythes de bureau

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La transparence à tout prix : un idéal qui peut exacerber les tensions

Management

  3 mins

 

Équipe diversifiée en salle de réunion, jeu de transparence derrière une cloison vitrée

"Nous n'avons rien à cacher." La transparence est devenue le nouveau mantra des entreprises pour gagner la confiance des collaborateurs. Mais lorsqu’elle est mal maîtrisée, la transparence peut devenir une source de tensions plutôt qu'un vecteur de confiance.

La transparence, ce nouveau contrat de confiance

Objectifs de réduction carbone affichés publiquement, grilles salariales partagées en interne, feedbacks qui circulent librement dans les opens spaces. Ces pratiques incarnent une nouvelle vision de l'entreprise : celle où la transparence devient le pilier de la confiance. La promesse ? En ouvrant ses portes et en partageant ses décisions stratégiques et ses engagements sociétaux, l'organisation crée un lien authentique avec ses salariés.

Un lien qui peut devenir un puissant levier de performance RH : sens au travail, augmentation de l’engagement, de l’attractivité et de la performance selon l’enquête Talkspirit

Mais attention aux excès de zèle. Cette transparence, aussi séduisante soit-elle, peut s'avérer contre-productive. Et pour cause : en divulguant des informations jusque-là restées confidentielles, les entreprises prennent le risque de dévoiler les écarts entre le dire et le faire. En encourageant les collaborateurs et managers à “tout se dire” sans cadre ni cohérence, des tensions peuvent voir le jour. Résultat ? La transparence se transforme en source de désillusion, créant plus de méfiance que de confiance.

Encadrer la transparence pour éviter de diviser

Que penser d’une entreprise qui impressionne par ses engagements RSE tout en collaborant en même temps avec des sous-traitants douteux ? Forcément, le décalage entre les valeurs affichées et les pratiques mises en œuvre a de quoi décrédibiliser le discours de l’organisation et éroder la confiance des collaborateurs.  

La transparence salariale (sujet d’actualité avec la directive européenne) peut elle aussi se transformer en pomme de discorde. Afficher des grilles de rémunération sans mode d'emploi, c'est ouvrir la boîte de Pandore des comparaisons : "Pourquoi mon collègue gagne-t-il plus ?" Ces questions, laissées sans réponse, creusent des fossés plutôt que de construire des ponts.  

La solution pour éviter ces dérives ? Orchestrer la transparence avec précision et méthode. Tout d’abord, les directions doivent poser un cadre clair, définir ce qui peut être partagé et ce qui doit rester confidentiel. Pour les salaires par exemple, privilégier des fourchettes globales aux rémunérations individuelles peut éviter bien des écueils.

La clé réside aussi dans l'art de la contextualisation : expliquer les critères d'évolution, poser les limites des engagements, donner du sens aux décisions. Enfin, les managers sont en première ligne pour incarner la transparence. À ce titre, il est important qu’ils soient formés au dialogue et au feedback constructif.

En somme, la transparence ne doit jamais être une fin en soi. Car son succès ne se mesure pas à la quantité d'informations partagées, mais à sa capacité à renforcer les liens en entreprise plutôt qu'à les distendre. 

 

Mythes de bureau

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Besoin d’espace mental ? Testez le « brain dump » !

Santé mentale

  4 mins

 

Carnet et stylo pour pratiquer le brain dump et libérer de l’espace mental

Il est là, beaucoup trop tôt, comme s’il nous avait pris au dépourvu … Septembre ! Avec son lot d’urgences à gérer, à accomplir, de résolutions plus ou moins fermes, et de frustrations liées à un rythme contraint et effréné à retrouver. Pourtant, pour amortir le choc, il est possible de se créer une bulle quotidienne de calme afin de se recentrer et d'aborder ce mois avec sérénité. Pour cela, la technique du Brain Dump est une approche dont la simplicité n’égale que la puissance.

La rentrée et son lot de frustrations qu’on aurait dû voir venir

La coupure de l’été a été franche, bouffée d’air pur indispensable, parenthèse de lâcher-prise et de siestes. Le retour dans ce monde anxiogène, instable et imprévisible, est brutal. Certes, l’environnement dans lequel nous baignons influence notre santé mentale de façon non négligeable. Combiné au pic de tâches à accomplir pour bien redémarrer l’année, notre engagement de zenitude en prend un coup. Difficile d’échapper à la surcharge mentale, au trop plein de sollicitations, alors que nos ressources sont contraintes. Cet envahissement cognitif et émotionnel entraîne une fatigue mentale, provoquant oublis, agacements, troubles du sommeil ou relations tendues avec notre entourage.

Garder le cap dans la tourmente

Alors comment garder son cap - et son teint halé - en traversant le tumulte de la rentrée avec détachement ? 

Activité physique, sommeil et alimentation de qualité ont des effets avérés sur l’humeur, l’attention et la concentration. En outre, une bonne organisation est indispensable pour limiter les efforts cognitifs couteux. À cet effet, une technique d’une facilité déconcertante apporte des résultats surprenants : le Brain Dump.  

La vertu du “vidage” selon les neurosciences

Cet outil de « vidage de cerveau » consiste à écrire spontanément toutes ses pensées, idées, tâches et préoccupations sur un support externe ou un document numérique. Son but est de libérer de l’espace mental et de désencombrer l’esprit des pensées parasites. Tout ce que nous avons en tête est « maintenu à bout de bras » par notre mémoire de travail. Elle garde à disposition les informations utiles pour traiter la situation courante. Or, les sciences du cerveau postulent que notre mémoire de travail est limitée, d’après la règle de Miller, à 7 +/- 2 données (soit entre 5 et 9 environ). Nous ne pourrions avoir à notre disposition immédiate que 7 informations environ. Ce qui conduit David Allen, l’un des meilleurs consultants en organisation personnelle, à affirmer « Votre tête est faite pour avoir des idées, pas pour les garder ».

Comment pratiquer le Brain Dump ? C’est facile et c'est en 3 étapes!

D’abord, phase 1, en un laps de temps limité (5 à 15 mn), couchez sur papier ou support électronique tout ce qui traine dans votre tête. Surtout ne triez pas, n’organisez rien, écrivez tout en vrac. Les études en neurosciences montrent que l’externalisation immédiate de vos pensées et autres préoccupations, sans aucun filtre ni jugement, a deux effets. D’une part, elle libère de la mémoire de travail en la désengorgeant. D’autre part, elle enclenche l’activation d’un mode précis de fonctionnement de votre cerveau : le réseau du mode par défaut, qui favorise un état de flow créatif correspondant à une pensée divergente. Les informations émergent au fur et à mesure que vous écrivez. Comme si vous retrouviez des cartons oubliés au fond de votre cave.

Ensuite, phase 2, la pensée convergente : vous reprenez toutes ces idées et vous les organisez par thème, selon les critères qui vous parlent (urgence, importance, intérêt, difficulté, temps requis …). Vous y voyez déjà plus clair.

Enfin, phase 3, la mise en œuvre. Vous décidez des prochaines actions et vous leur faites une jolie place dans votre agenda. Ce qui n’est pas dans votre calendrier n’existe pas.  

Pour rendre le Brain Dump encore plus puissant, il est possible d’exploiter les résultats de la phase 1 et de demander à une intelligence artificielle générative de réaliser les phases 2 et 3 (organisation et priorisation). Dans votre prompt, précisez les critères significatifs pour vous afin que l’IA puisse rendre un résultat pertinent.

Du bon usage du Brain Dump

Le Brain Dump ne fonctionne que si l’on s’en sert ! Expérimentez-le, appropriez-vous cette méthode, tordez-là, modifiez-la, bricolez-la pour qu’elle colle à vos habitudes et votre personnalité. Post-it, smartphone, bullet journal, coin de nappe en papier, peu importe. Faites un point du moment qui sera le plus opportun pour vous : au fil de l’eau, le matin, au réveil, en arrivant au bureau, lors de la pause déjeuner, en fin de journée… Testez-la durant une semaine pour démarrer. Trouvez votre rythme, et vous en ressentirez rapidement les bienfaits.  

Dans nos cerveaux

La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.

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chronique

Je ne supporte plus mon collègue, mais je me soigne

Vie interne

  3 mins

 

Une salariée contrariée face aux petites manies agaçantes de son collègue de bureau

Nous avons tous ce collègue dont le simple tic de langage, la manie d’interrompre ou même le bruit des touches de clavier nous hérisse – parfois sans raison claire. Ces micro-frustrations peuvent sembler anodines, mais elles drainent de l’énergie mentale, nourrissent les tensions et, mal gérées, fragilisent la coopération. 

Pourquoi sommes-nous si sensibles aux comportements d’autrui, et pourquoi est-ce souvent disproportionné ? Les neurosciences cognitives et comportementales offrent quelques clés éclairantes.

Notre histoire structure nos stratégies comportementales, et nos intolérances

Notre cerveau, telle une pâte à modeler, se configure progressivement à travers notre histoire. Les événements marquants, notre éducation et les expériences passées structurent nos stratégies comportementales : ce qu’il est bon de faire, ce qu’il vaut mieux éviter. Ce sont nos automatismes mentaux qui enregistrent nos « hot buttons » i.e. nos irritants. Des études montrent d’ailleurs que certains schémas éducatifs peuvent rendre l’esprit rigide et générer une forme d’intolérance aux comportements jugés « inadéquats ». Le mode mental automatique, comme le décrit l’Approche Neurocognitive et Comportementale (ANC) de Jacques Fradin, puise dans ces vécus pour catégoriser de façon réflexe ce qui, selon nous, « ne se fait pas ». Ainsi, un collègue qui parle fort ou arrive en retard peut réveiller nos propres souvenirs négatifs et nous agacer, signe qu’une limite héritée de notre culture familiale a été franchie.  
Bien entendu, certaines situations peuvent appeler une réaction légitime de notre part, si les codes de fonctionnement en commun ont été outrepassés.

L’ombre des biais cognitifs

La psychologie cognitive rappelle que notre perception d’autrui est rarement objective. Si un collaborateur nous agace sur un détail (comportement, manie, hygiène…), notre cerveau, par souci d’économie, va généraliser et amplifier ce trait de caractère, biaisant ainsi notre jugement global. Si un autre collaborateur nous coupe la parole une fois, notre mémoire accentuera cette tendance et nous semblera confirmer que « c’est typiquement son style ». C’est le biais de l’effet de halo : un détail frustrant contamine notre jugement global sur une personne.  

Difficile tolérance … finalement si courante

Les statistiques illustrent l’ampleur du phénomène : en France, un tiers des salariés déclare être gêné au moins une fois par semaine par l’attitude d’un collègue, et un quart se dit particulièrement agacé par des comportements tels que le bruit, le commérage ou le manque d’hygiène. Par ailleurs, on estime que 22 % des salariés rapportent avoir subi des comportements hostiles au travail, un indice en nette augmentation ces dernières années.  

Est-il « comme moi », ou pas ? 

La psychologie sociale montre aussi que nous acceptons davantage les écarts chez ceux que nous percevons comme « proches », semblables ou partageant nos valeurs sociales. Alors que nous pouvons être très critiques avec ceux qui transgressent nos normes culturelles. Un accent différent, un rapport au temps moins linéaire, une façon d’interagir jugée « étrange », peuvent activer ce sentiment de méfiance. L’agacement devient alors une forme de réaction à l’altérité, parfois inconsciente mais bien réelle. 
 

Retrouver une marge de manœuvre

Heureusement, la prise de conscience de ces mécanismes est le premier pas vers une régulation émotionnelle adaptée. Solliciter le mode adaptatif du cerveau, comme le propose l’ANC, permet de prendre du recul : se questionner sur l’origine réelle de notre agacement, prendre une intention (« je vais écouter sans jugement »), reformuler positivement et verbaliser avec respect permet d’élargir sa perspective et de diminuer la charge émotionnelle.

La clé réside dans la prise de conscience de nos propres comportements, souvent inconscients, dans l’intelligence collective et la verbalisation responsable des « irritants ». Plutôt que d’incriminer spontanément la personne, mieux vaut traiter l’agacement comme une opportunité de s’ajuster dans le groupe pour mieux travailler ensemble. 

Dans nos cerveaux

La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.

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chronique

Les valeurs, boussole ou piège ?

Sciences

  5 mins

 

Illustration sur les valeurs en entreprise, entre guide et piège cognitif.

En entreprise les "valeurs" sont sacro-saintes. On les placarde sur les murs, on les invoque dans les discours, on s’y réfère pour prendre des décisions stratégiques, telles des boussoles rassurantes dans un monde tumultueux. Mais ces repères peuvent-ils, parfois, nous entraîner droit dans le mur ? Et si nos propres valeurs, celles qui nous animent le plus, étaient aussi nos plus grands pièges professionnels ? Explorons les zones d'ombre de notre bon sens... et de notre cerveau. 

Que disent les neurosciences cognitives de nos valeurs aussi bien individuelles que collectives ?  

Les valeurs, pour nous guider vers du mieux …

Le cerveau, pilote de notre comportement, a une fonction essentielle en dehors d’assurer notre survie ; nous orienter vers ce qui est « bon/agréable/satisfaisant » pour nous, et nous éviter ce qui est « mauvais/désagréable/douloureux ». En cela, il se base sur des stratégies comportementales acquises en grande partie. Nos valeurs sont des croyances profondes, enracinées dans notre culture, notre éducation, nos expériences, et notre personnalité. Les valeurs comprennent des dimensions cognitives (ce que nous pensons vrai), affectives (ce que nous apprécions ou rejetons), et comportementales (ce que nous jugeons souhaitable de faire).

Et là, c’est le drame (de l’évaluation subjective par nos valeurs) !

Premier problème évident : la notion de « bon » vs « mauvais » demeure purement subjective, et se réfère à une échelle toute personnelle. Une tartine de Nutella est un parfait goûter pour certains et une horreur pour d’autres ! Stopper les pesticides est crucial pour l’un et suicidaire pour l’autre. Le psychologue américain Milton Rokeach, puis le psychologue social israélien Shalom Schwartz, ont montré que les valeurs sont universelles mais hiérarchisées différemment selon chacun. C’est d’ailleurs une raison majeure de conflits entre personnes.  

Deuxième écueil : outre leur origine individuelle, les valeurs sont influencées par l’environnement social. Imaginez : vous évaluez une proposition de partenariat. Vous la trouvez géniale. Mais est-ce vraiment son contenu ou est-ce parce qu'elle a été faite dans une ambiance super cocooning, par une personne hyper sympa qui a "contaminé" votre perception de sa valeur ? Sous la pression sociale, les modes, les tendances, nos valeurs peuvent évoluer, quitte à renier ce que nous adorions hier. Qui a déjà porté un pantalon troué ou des motifs Galaxie ici ?  

Notre cerveau choisit automatiquement selon nos valeurs

Au quotidien, notre cerveau attribue constamment une "valeur" à tout ce qui nous entoure – une "monnaie neuronale commune" qui met tout sur la même échelle, du gâteau sucré au projet stratégique. Voilà pourquoi vous allez scroller « encore cinq minutes » au lieu de rédiger ce document urgent.  

Et ceci dans le but de nous orienter vers ce qui est « bon » pour nous. Le hic ? Cette évaluation est souvent automatique, impulsive et inconsciente. La science nous apprend que cette estimation s’appuie sur notre structure mentale, elle-même façonnée selon nos valeurs. Si notre choix se confirme être bon, un petit shoot de dopamine va renforcer le comportement. Sinon, le stress nous informe du décalage entre l’attendu et la réalité. Nos valeurs sont ancrées dans une réalité biologique parfois imprévisible, souvent invisible pour notre contrôle conscient.

Nos valeurs sont-elles adaptées à notre environnement professionnel ? 

Dans le monde du travail, vous êtes un pro, vous aimez le travail bien fait, c'est une de vos valeurs profondes. Mais votre souci du détail – certes important à vos yeux – est-il réellement adapté à la demande du client ? La perfection qui nous anime répond-elle à NOTRE besoin personnel ou est-elle justifiée pour la finalité du projet ? Notre évaluation de ce qui est important (valeurs) doit être partagée, pour adapter collectivement nos comportements. Car notre intransigeance individuelle peut nous priver de l’intelligence collective nécessaire à une situation.

De même, lorsque votre entreprise, focalisée sur la réactivité, vous demande de bâcler (selon vous) une tâche ou de vendre un service de moindre qualité. C'est ce qu'on appelle la "qualité empêchée". Vos valeurs professionnelles se cognent à la réalité, créant un conflit de valeurs, une dissonance cognitive. Résultat ? Stress, frustration, malaise, voire sentiment d'inutilité et de désengagement. C’est le phénomène de "brown-out". Six actifs sur dix en France y seraient exposés.  

Enfin, attention à l'inertie ! Vos valeurs, aussi solides soient-elles, peuvent devenir des prisons si elles vous empêchent d'évoluer. Un manager "hiérarchique" traditionnel, par exemple, valorise son "pouvoir" lié à la taille de son équipe et son budget, et voit l'organigramme comme le reflet de sa valeur. Il peut même freiner les initiatives qui bousculeraient son statut. Face à un monde en constante mutation (technologie, concurrence, attentes de la Génération Y), cette rigidité peut figer l’entreprise, lui faire rater ses objectifs et la priver de talents. 

Au contraire, la flexibilité et l'adaptabilité exigent de "remettre en question" et d'être "curieux, souple, nuancé, prendre du recul". Elles impliquent d'accepter de ne pas être le "propriétaire" d'un budget, de détacher des collaborateurs, et d'être évalué sur la plus-value dégagée pour l'entreprise plutôt que sur le statut. Nos valeurs, si elles deviennent des certitudes inébranlables, peuvent nous "braquer" et nous empêcher de voir les solutions.

Garder le cap du « bon » grâce à l’intelligence adaptative

Se méfier de ses propres valeurs, ce n'est pas les renier. C'est faire preuve d'intelligence adaptative et de recul. C'est comprendre que notre cerveau a ses automatismes et ses biais, que le monde du travail peut créer des conflits profonds avec nos idéaux, et que la fidélité à des valeurs trop rigides peut nuire à notre épanouissement et à la performance collective. Interrogeons-les régulièrement, mettons-les à l'épreuve des faits et de la complexité, et cultivons une flexibilité qui nous permettra de naviguer avec sérénité dans un monde en perpétuel changement.

Dans nos cerveaux

La chronique explore les méandres de l'esprit humain à travers le prisme des sciences cognitives et comportementales. Celles-ci nous permettent de comprendre la complexité de nos comportements et des processus cognitifs qui les sous-tendent. Mémoire, fonctionnement psychologique et organisationnel, charge mentale ou charge émotionnelle… la science a son mot à dire.

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