
Faisons quelque chose d'incroyable ensemble
Demander une démo
chronique
2 mins
S’il y a bien un métier des RH que l’IA générative transforme en profondeur, c’est celui de recruteur. Pourquoi ? Parce que le recrutement, avant toute chose, repose sur les mots. Publier une offre d’emploi, analyser un CV, préparer un guide d’entretien, rédiger un compte rendu ou encore assurer le suivi d’un candidat : tout cela est une affaire de texte. Et c’est précisément le terrain de jeu des modèles d’IA générative.
Aujourd’hui, chaque étape du recrutement peut être optimisée grâce à l’IA. Rédiger une offre en quelques secondes, extraire des profils pertinents dans un vivier de CV, synthétiser des entretiens, personnaliser des relances… autant de tâches que l’IA accomplit avec une précision et une rapidité inégalées. Et cette transformation est déjà en marche. Selon une étude Hellowork de novembre 2024, l’adoption de l’IA générative dans le recrutement a explosé en un an. En 2023, seuls 38,5 % des recruteurs utilisaient ces outils, alors qu’en 2024, ce chiffre atteint 79 %. En moins de deux ans, l’IA est devenue un véritable coéquipier du recruteur !
Le métier de recruteur ne disparaît pas, il change de posture. Moins d’exécution, plus de stratégie, moins de contraintes, plus d’impact. L’IA libère du temps en réduisant la charge administrative, ce qui permet aux recruteurs de se concentrer sur ce qui fait vraiment la différence : la prise de décision, la finesse de l’intuition humaine, l’évaluation au-delà des lignes d’un CV. Un froncement de sourcil, une hésitation marquée, un silence qui en dit long… Recruter, c’est lire entre les lignes, capter ce que les algorithmes ne perçoivent pas. Et pour cela, il faut être pleinement présent. En allégeant les tâches répétitives, l’IA ouvre la voie à un recrutement plus audacieux. Elle permet d’explorer des profils atypiques, de challenger ses automatismes, de mieux comprendre ce qui différencie un bon candidat d’un candidat idéal. Surtout, elle pousse le recruteur à se dépasser. Une reformulation plus percutante, une approche différente pour une annonce, une nouvelle question en entretien… L’IA bouscule les habitudes et incite à affiner son discours.
"L'intelligence artificielle peut automatiser les tâches répétitives, mais la passion et la créativité humaines restent irremplaçables” situe Fei-Fei Li, chercheuse américaine spécialiste de la vision artificielle, professeure d'informatique à Stanford.
Recruteur et IA entrent dans un bar… L’IA propose, trie, synthétise. Le recruteur, lui, observe, ressent, tranche. Le recrutement ne se résume pas à une équation de mots-clés et d’algorithmes. C’est un équilibre subtil entre la rigueur des données et l’intuition humaine, entre l’automatisation et la finesse du jugement.
L’IA ne recrute pas, elle permet aux recruteurs de mieux le faire.
Futur IA
Vous vous interrogez sur l’impact de l'intelligence artificielle, vous n’êtes pas les seuls car tout va très vite ! L'évolution des modèles d’IA pousse les entreprises à repenser leurs process et à adapter au plus vite leurs stratégies. Avec “FuturIA”, je vous guide dans l'exploitation du potentiel de l'IA, vous donne les clés pour comprendre et maîtriser au mieux cette révolution technologique.
chronique
3 mins
Salomé Saqué fait partie de la génération des jeunes journalistes engagés pour le climat, dans la mouvance par exemple de Thomas Wagner, fondateur de Bon Pote. Directrice de la rubrique économie du média Blast et chroniqueuse, elle poursuit en parallèle un travail plus personnel. Son livre « Sois jeune et tais-toi - Réponse à ceux qui critiquent la jeunesse ? » dénonce les idées reçues sur la jeunesse. Il n'est pas son livre le plus récent - depuis, a paru "Résister" -, mais il continue à marquer le débat.
Parce qu’il met en lumière les défis spécifiques auxquels la jeunesse fait face aujourd’hui, notamment sur les plans écologique, social et démocratique. En s’appuyant sur des enquêtes et des témoignages, le livre propose une réflexion sur la nécessité d’un dialogue intergénérationnel, et appelle à reconnaître la légitimité des jeunes à participer pleinement aux grandes décisions collectives. Parce que l'écriture factuelle est adossée à de solides références scientifiques qui viennent battre en brèche le procès en individualisme ou en « désinvestissement civique » des plus jeunes. Ce positionnement en fait un ouvrage clé pour renouveler la discussion autour des responsabilités, des droits et de l’engagement des nouvelles générations dans la société contemporaine.
Salomé Saqué montre combien « les jeunes » - c’est-à-dire, au sens de l’INSEE, les personnes qui ont entre 18 et 29 ans – sont l’objet d’attaques aussi acerbes qu’injustes. Ils sont accablés de tous les torts, y compris les plus contradictoires : trop mous et trop radicaux, trop pessimistes et trop désinvoltes, trop puritains et trop woke. Autant de critiques qui conduisent, selon l’autrice, à "voir dans les générations Y et Z un gang d’égoïstes dénué de toute conscience politique et insensible aux biens commun". A contrario, Salomé Saqué montre que rarement dans l’histoire, une génération n’aura été confrontée à autant de défis imbriqués et complexes : climatiques, géopolitiques, démocratiques. Pas étonnant dans ce contexte que la jeunesse soit soumise à des difficultés inédites et à des injonctions contradictoires qu’en aucun cas elle ne pourra résoudre seule : éco-anxiété, « mythe de l’argent facile à portée de clic », « mutation anxiogène de l’information. » L’état du monde est un sujet à traiter en commun, et le bashing anti-jeunes n’est rien d’autre pour ses auteurs qu’un refus de prendre ses propres responsabilités.
En préambule, Salomé Saqué rappelle que c’est le propre de la jeunesse que de subir l’opprobre des plus vieux. Elle cite Hésiode, le poète grec qui en 720 avant J.-C. écrivait : "je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays. Si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible".
Il faut référence à une affiche de Mai 68 : « Sois jeune et tais-toi ». Les étudiants et étudiantes de l’Atelier populaire des Beaux-Arts dessinent alors une affiche, et inventent un slogan repris les jours suivants lors des célèbres manifestations contre une société conservatrice et corsetée. C’était il y a 57 ans, et d’autres slogans célèbres disaient : "Il est interdit d'interdire !" ou encore "Prenez vos désirs pour des réalités".

Fiche d’identité
Titre : « Sois-jeune et tais-toi – Réponse à ceux qui critiquent la jeunesse »
Autrice : Salomé Saqué
Pages : 333 pages
Édition poche : Petite Biblio Payot, mars 2024
Références
Vous cherchez des œuvres qui nourrissent la réflexion et le débat d'idées ? Chaque mois, je sélectionne pour vous un essai, une BD, une série ou un film marquant qui dit des choses importantes sur notre époque. En quelques points essentiels, « Références » décrypte ce qui rend cette œuvre incontournable : ses messages forts, ses intuitions pertinentes et les citations qui marquent les esprits. De quoi enrichir votre réflexion et élargir vos perspectives.
chronique
4 mins
Dans cet ouvrage hybride entre la bande dessinée et l’essai journalistique, Mathieu Charrier (journaliste à Lire Magazine), Muriel Pénicaud (ancienne DRH et ancienne ministre du Travail) et le dessinateur Nicoby donnent la parole à des économistes, entrepreneurs, sociologues, syndicalistes et philosophes. En question : « le monde du travail en pleine reconversion » à l’heure des mutations technologiques, écologiques et sociétales.
Parce qu’il donne à voir la pluralité des analyses sur le travail en confrontant les points de vue de personnalités très diverses : Sophie Bellon (Sodexo), Pascal Demurger (MAIF), Christine Lagarde (Banque centrale européenne) ou encore Moussa Camara (Les Déterminés). Au total, comme le précisent les auteurs en préface, sept hommes et six femmes sollicitées sur « quatre grands thèmes structurants qui vont bouleverser le monde du travail dans les années à venir : l’intelligence artificielle, la transition écologique, le basculement démographique, et le changement profond du rapport au travail. »
La spécificité de l’ouvrage réside clairement dans sa forme, la bande dessinée, qui permet d’incarner les enjeux du travail contemporain à travers des dialogues vivants et surtout des situations très concrètes de la vie au travail : dans une usine, une startup, un bureau d’étude, le CHU de Montréal avec Aurélie Jean ou dans les cuisines de Thierry Marx. Nicoby dessine les personnages de la BD avec humour et dévoile leurs personnalités, leurs doutes, leurs désaccords, leurs enthousiasmes.
Le titre « Travailler demain. Le futur du travail vu par 13 personnalités » fait à la fois référence à l’exercice prospectif et collectif. Il ne s’agit pas seulement de prédire, mais aussi de reconnaître qu’il n’y a pas de point de vue unique, qu’il faut débattre et négocier. Dans la narration, le futur du travail est le thème de l’exposé de la collégienne Soraya, que l’on suit tout au long du livre avec sa grand-mère DRH sur le point de prendre sa retraite. L’exposé, dans la dernière bulle de la BD, fait l’objet d’un cinglant commentaire de son prof : « Vu la qualité et la précision de ce que tu m’as rendu, il n’y a qu’une intelligence artificielle qui ait pu rédiger cet exposé. » Haha.
Oui, pour le thème et la parole donnée aux treize personnalités dont les points de vue sont multiples et complémentaires. En revanche, écrite sans chapitrage ni thématique mise en exergue, le récit est un peu brouillon et il reste parfois difficile de distinguer quelle personnalité prend la parole.
Fiche d’identité
Titre : « Travailler demain. Le futur du travail vu par 13 personnalités »
Auteur : Mathieu Charrier, Muriel Pénicaud, Nicoby
Pages : 137 pages
Édition : Éditions Glénat, 2025
Références
Vous cherchez des œuvres qui nourrissent la réflexion et le débat d'idées ? Chaque mois, je sélectionne pour vous un essai, une BD, une série ou un film marquant qui dit des choses importantes sur notre époque. En quelques points essentiels, « Références » décrypte ce qui rend cette œuvre incontournable : ses messages forts, ses intuitions pertinentes et les citations qui marquent les esprits. De quoi enrichir votre réflexion et élargir vos perspectives.
chronique
5 mins
Avec « Vallée du silicium », Alain Damasio explore la face B de la Silicon Valley, matrice mondiale de l’innovation technologique. L’auteur de « La Zone du dehors » et de « La Horde du Contrevent » analyse l’imaginaire et les ressorts économiques de la tech. Un livre hybride aux frontières du récit et du roman d’anticipation, qui ne manque ni de singularité ni d’intérêt.
Parce qu’il offre une analyse du phénomène Silicon Valley, devenu lieu totémique de la technologie et capitale mondiale d’un imaginaire humain façonné par son addiction aux smartphones et aux réseaux.
Parce que « Vallée du silicium » propose de reprendre le contrôle du futur en inventant « un art de vivre avec les technologies, […] une relation aux IA qui ne soit ni brute ni soumise. » En confrontant la promesse originelle d’émancipation de la Silicon Valley à ses dérives actuelles (récolte et marchandisation des données, surveillance, etc.), Alain Damasio appelle à « décider ce qu’on veut faire de notre humanité, comment on veut l’outiller, la prolonger, l’appauvrir en l’asservissant à nos machines ou la redéployer grâce à elles, et parfois sans elles. » L’auteur dénonce aussi le mouvement libertarien devenu l’autre versant du conservatisme. Le livre a paru en avril 2024 soit quelques mois après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et la volte-face idéologique de Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Meta) ou Sundar Pichai (Google).
Ce n’est pas vraiment une histoire, plutôt une sorte de chemin initiatique. Alain Damasio visite les lieux emblématiques de la Silicon Valley ; à chaque étape il échange avec un entrepreneur, un philosophe ou un startupper. Il croise le sociologue Ted Turner, le capital-risqueur et bio-hacker Arnaud Auger ou le pionnier de l’IA appliquée au langage naturel (NLP), Gregory Renard. En donnant la parole à une galerie de personnages qui incarnent la diversité des regards sur la transformation numérique, la disruption de l’emploi ou l’impact écologique du numérique, il parvient à faire sortir la Silicion Valley de son image de carte postale numérique. Un chapitre est consacré au quartier de Tenderloin à San Francisco, historiquement centre important de la scène jazz et des communautés LGBTQ+, mais connu aujourd’hui pour sa pauvreté et sa forte population sans-abri. Cette pluralité de points de vue permet à Alain Damasio d’aborder en parallèle la question des frontières (numériques et terrestres), la privatisation des communs, les addictions et la mutation du rapport au travail.
Les deux. Comme le note Alain Damasio, « entre la Silicon Valley et les auteurs de science-fiction existe une aimantation réciproque. Les Musk, Bezos ou Zuckerberg ont reconnu leurs dettes envers le cyberpunk ou Star Trek. Nous puisons en retour dans l’absurdité des systèmes domotiques, la prolifération des IA ou la perversion des deadbots, de quoi alimenter nos fictions qui n’en sont plus. Ce que nous partageons est une matière première commune, hautement malléable et hautement inflammable, qui s’appelle le futur. »
D’une certaine manière, avec ce livre, Alain Damasio revendique que les citoyens ne se laissent pas déposséder de leur pouvoir sur le futur et surtout que la puissance ne soit pas entre les mains des seuls milliardaires de de la tech. Autrement dit : la science-fiction, c’est aujourd’hui et c’est pour tout le monde.
« Vallée du silicium » est tout simplement la traduction française de Silicon Valley. Ce nom apparu dans les années 70 fait référence à la concentration d'entreprises utilisant le silicium comme matériau de base pour la fabrication de semi-conducteurs. Pour Alain Damasio, la « vallée du silicium » est devenue la capitale-symbole d’une civilisation qui place la technologie au centre de tout. C’est cette centralité que l’auteur interroge, autant comme laboratoire d’innovations que comme machine à produire du rêve et du contrôle social.
Oui et non. Par moment, je ne savais plus si j’étais dans le récit de la réalité, dans l’essai critique ou dans l’anticipation. Perturbant. Mais c’est aussi cette forme littéraire inattendue et singulière qui m’a marquée. Alain Damasio explique ce qu’il est venu chercher lors de ce périple dans la Silicon Valley : « parvenir à penser contre moi-même ». Et c’est exactement ce qu’il permet, aussi, à ses lecteurs et lectrices.
Oui, pour la lecture personnelle de l’univers de la tech, ni inutilement technophobe (« toute technophobie est une farce »), ni bêtement technophile. Oui, pour la puissance de la réflexion qui dépasse la simple critique de la tech pour interroger notre rapport collectif à l’innovation et au pouvoir.
Oui, pour sa forme littéraire inventive. Alain Damasio note que la vie quotidienne d’un auteur d’anticipation est d’inventer des mots pour décrire le monde qu’il imagine. De fait, chaque page ou presque génère un concept ou un nouveau mot : « encorps », « homo appli », « requiâme », ou « numiversel » pour nommer notre usage universel du numérique. Plus original encore, le livre fonctionne sur le principe de l’alternance de chapitres écrits au masculin universel (les Européens) ou au féminin (les Européennes). « Comme vous l’éprouverez sûrement, indique l’auteur en postface, ce modeste retournement produit un trouble réel, que je trouve stimulant, sinon salutaire. »
Oui enfin, parce que sa réflexion sur nos usages de l’IA conversationnelle est d’actualité. Il constate le risque de s’enfermer dans le « technococon », cette bulle numérique « que va devenir notre IA personnelle ». L’acronyme IA à qui il donne d’ailleurs une nouvelle définition : IA comme « intelligence amie ».
Conclusion ? On devrait plus souvent écouter les romanciers analyser le réel.
Fiche d’identité
Titre : « Vallée du silicium »
Auteur : Alain Damasio
Pages : 333 pages
Édition : Albertine Seuil
Références
Vous cherchez des œuvres qui nourrissent la réflexion et le débat d'idées ? Chaque mois, je sélectionne pour vous un essai, une BD, une série ou un film marquant qui dit des choses importantes sur notre époque. En quelques points essentiels, « Références » décrypte ce qui rend cette œuvre incontournable : ses messages forts, ses intuitions pertinentes et les citations qui marquent les esprits. De quoi enrichir votre réflexion et élargir vos perspectives.
chronique
5 mins
Le livre « Anti-chaos » de Matthieu Dardaillon arrive au bon moment pour nous aider à agir face à la sensation de tumulte. Il décrit notre époque comme celle de « temps post-normaux », marqués par la complexité, l’accélération et la polarisation. Face au « brouillard décisionnel » qui en découle, l’auteur propose 11 principes concrets, illustrés d’exemples et d’exercices, pour reprendre le pouvoir d’agir, individuellement et collectivement.
Peut-être parce qu’il sera le vademecum pour faire face, concrètement, à l’impression que tout va trop vite. « L’ambition est de contribuer à redonner du pouvoir d’agir pour naviguer dans l’incertitude et faire émerger un nouveau monde » explique Matthieu Dardaillon.
Au début du livre, il fait le constat que nous sommes entrés dans des « temps post-normaux » (postnormal times), concept développé par l’universitaire Ziauddin Sarda pour évoquer une époque marquée par une combinaison de trois phénomènes : complexité, accélération, polarisation. Nous vivons un moment où nous avons l’impression que tout arrive en même temps : les guerres et les conflits géopolitiques, les catastrophes environnementales, les fractures sociales, etc. Le tout, créant une série d’injonctions contradictoires à la fois pour les individus, les entreprises et les états. Face à ce qu’il appelle le « brouillard décisionnel », Matthieu Dardaillon ne se contente pas d’un discours analytique; il donne des outils pour devenir les acteurs du changement. “Cela se joue chaque jour, dans chaque petite et grande décision”.
Le parcours proposé dans « Anti-chaos » est jalonné d’exemples et d’exercices pratiques pour réorganiser son rapport au temps et à l’action. Parmi les 11 principes qu'il développe, je retiens en particulier sa préconisation de « focaliser sur sa zone d’influence. »
Admettons qu’il y existe trois zones : la zone de préoccupation (le climat, les guerres, etc.), la zone d’influence (ce sur quoi je peux avoir une influence directe via mes interactions) et la zone de contrôle (« tous les aspects de ma vie et de mon environnement sur lesquels je peux agir directement »). L’auteur préconise de pas consacrer son énergie à la zone de préoccupation : « cela génère de la frustration et de l’anxiété, entretient l’énergie négative et empêche de travailler sur le sujet pour lequel vous pouvez vraiment quelque chose ». Autrement dit, inutile de rester branchés sur les chaînes infos, sauf si vous acceptez de vivre accablés. Mieux vaut se concentrer sur les zones sur lesquelles nous pouvons avoir un impact : la zone de contrôle pour agir ou la zone d’influence pour influencer.

Le dessin ci-dessus est une autre manière d’exprimer ce qu’écrivait le philosophe stoïcien Marc Aurèle, et que cite Matthieu Dardillon : « Que la force me soit donnée d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celles que je peux changer, et la sagesse de distinguer l’un de l’autre. »
L’illustration ! Le livre contient 120 dessins ou schémas, tous signés par Matthieu Dardaillon. Les dessins sont conçus pour rendre accessibles et mémorables des phénomènes parfois complexes (par exemple la Grande accélération qui désigne la période où les flux de matières et d’énergie explosent à l’échelle du globe). En écho à une écriture vraiment fluide et accessible, les dessins constituent clairement la singularité du livre. L’auteur veut « redessiner le monde », première étape réussie : c’est un livre dessiné.
Le titre « Anti-chaos » exprime la démarche du livre : combattre le désordre intérieur par la conscience, l’action réfléchie et la solidarité. « Le chaos n’est pas une fatalité, c’est un état que l’on peut apprendre à apprivoiser. » Si on se reporte au sens grec de « khaos », la notion évoque l'état primordial de l’univers où tout est indifférencié, mais aussi où tout est possible. C’est ce que veut montrer Matthieu Dardaillon : « le chaos est un signal : il indique qu’il est temps de changer. […] Nous savons qu’il faut inventer autre chose. Le modèle actuel est fondé sur des choix que nous avons faits dans le passé, qui ne sont plus adaptés au défi actuel. Nous savons qu’il faut le mettre à jour. Ce système a été créé par les humains. Il peut être redessiné par les humains. Il n’y a pas de fatalité. »
Matthieu Dardaillon est cofondateur de Ticket for Change, une organisation qui accompagne la nouvelle génération d'entrepreneurs à impact depuis 2014. Il est aussi coprésident de la Convention des Entreprises pour le Climat. Après 10 ans d’entrepreneuriat, il a senti, en 2023, qu’il n’avait plus les bons outils pour décider. Il a quitté la vie publique ainsi que les réseaux sociaux. Il a choisi de s’engager dans une année d’ « exploration » et de « vide fertile ». En 2025, il revient avec « Anti-chaos », un livre qui selon lui est « la première brique d'une aventure plus large qui se veut collective : redessiner le monde ».
C’est oui + +. En librairie, il est classé au rayon « développement personnel », ce qui m’a étonnée car je m’attendais à un essai très analytique sur les entreprises à impact et sur la complexité des défis économiques et environnementaux. En réalité, ce n’est ni un essai ni un livre de développement personnel. À moins que cela ne soit les deux. Dans le développement personnel, les ressorts sociologiques de nos actions sont souvent complètement gommés et la réussite ou le bonheur semblent dépendre uniquement de l'individu. Ici, individu et collectif sont vus comme Interdépendants. C’est un livre à lire pour retrouver du souffle et des perspectives dans un monde souvent trop agité.
Références
Vous cherchez des œuvres qui nourrissent la réflexion et le débat d'idées ? Chaque mois, je sélectionne pour vous un essai, une BD, une série ou un film marquant qui dit des choses importantes sur notre époque. En quelques points essentiels, « Références » décrypte ce qui rend cette œuvre incontournable : ses messages forts, ses intuitions pertinentes et les citations qui marquent les esprits. De quoi enrichir votre réflexion et élargir vos perspectives.
chronique
4 mins
« À la ligne – Feuillets d’usine » est un témoignage littéraire singulier qui éclaire l’expérience du travail à la chaîne. Joseph Ponthus y raconte son quotidien d’ouvrier intérimaire dans les usines agroalimentaires de Bretagne. Son écriture, à la fois factuelle et poétique, propose une immersion poignante dans un univers professionnel rarement raconté.
"À la ligne" est un livre important car il permet de comprendre les réalités du travail à la chaîne, un sujet rarement exploré. C’est le récit de la vie quotidienne d’un trentenaire employé en intérim dans des usines agroalimentaires. Le narrateur nous emmène avec lui dans une conserverie de poissons, où il passe de la ligne des crevettes et poissons frais, à celle des poissons panés, puis à l’égouttage du tofu utilisé dans des plats cuisinés. Il est ensuite embauché dans un abattoir d’animaux.
Mais il ne faut pas se limiter à ce pitch factuel car le livre est bien plus que cela : c’est autant un témoignage poignant qu’une performance littéraire mêlant poésie et réalisme social. La juxtaposition des images très concrètes (les palettes de 500 kilos de bulots surgelés, les co-déchets, le nettoyage des ateliers de découpe de viande, « le sang, le sang, le sang »), des références littéraires (Apollinaire -beaucoup-, Claudel, Hugo) et des citations de poèmes ou de chanson créent un contraste inattendu. Le livre dit beaucoup aussi de la désillusion de toute une génération de diplômés du supérieur qui, faute de trouver un emploi dans leur domaine, se trouvent dans une précarité professionnelle et financière permanente.
• Les passages où Joseph Ponthus décrit avec précision les gestes répétitifs, le bruit incessant, les odeurs de poisson ou de viande et la fatigue du travail à la chaîne sont intenses.
• Les évocations de la douleur – au dos, aux mains, partout-, les collègues de travail - le gratteur de clopes, le jeune de 20 ans qui va bientôt se marier avec son copain-. et tous les moments où l’amour, la fraternité ou la poésie prennent le dessus.
• Les deux lettres de la fin du livre, l’une à sa mère, l’autre à « Mon épouse amour ».
• La toute dernière phrase de la toute dernière page : « Il y a qu’il n’y aura jamais / De / Point final / À la ligne »
Ce qui distingue "À la ligne", c’est sa forme narrative. Alors qu’en général le saut de ligne ou le retour à la ligne signale visuellement un nouveau paragraphe, il est ici utilisé systématiquement, créant des vers libres comme dans un poème. Pas de virgule, pas de point, cette absence de ponctuation crée une impression de présent perpétuel et la perception du temps qui s’étire sans fin comme les trois huit de la chaîne de production. Joseph Pontus a le talent pour évoquer des moments ou des situations en très peu de mots. La fluidité et la simplicité apparente du texte sont possibles grâce à une précision radicale dans le choix des mots.
« À la ligne » évoque le retour à la ligne utilisé systématiquement par l’auteur. Le titre fait aussi référence au travail à la chaîne, la méthode d'organisation industrielle mise en place au début du 20è siècle dans l’usine américaine d’Henry Ford. Lui-même s’était inspiré des abattoirs de Chicago où les carcasses défilaient devant les ouvriers, permettant une production plus rapide et moins coûteuse. Enfin le titre fait écho à la toute dernière ligne de la dernière page du livre : « Il y a qu’il n’y aura jamais / De / Point final / À la ligne »
Combien d’œuvres marquantes aurait pu écrire Joseph Ponthus s’il n’était pas mort mort d’un cancer en 2021 à seulement 42 ans ? Baptiste Cornet alias Joseph Ponthus de son nom de plume avait publié « À la ligne » en 2019. Son dernier écrit a été publié l’année de son décès chez Calligrammes, dans le cadre d’un recueil collectif intitulé « Ne vivent haut que ceux qui rêvent – Avec Xavier Grall ». Son texte s’intitule : « À l’inconnue qui nous dévore ».
Rien ne prédestinait a priori Joseph Ponthus à travailler à la chaîne dans les usines agroalimentaires bretonnes. Il avait fait des études littéraires et avait ensuite travaillé comme éducateur près de Paris. Mais il s’était marié et avait déménagé à Lorient. Faute de trouver du travail, il s’était inscrit dans une agence d’intérim. Chaque soir, de retour de l’usine, il prenait des notes et consignait les sensations physiques de son travail, ses réflexions ou ses conversations avec ses collègues. Quand son livre finit par sortir, aux Éditions de la Table ronde, il en envoie un exemplaire à la direction de l’abattoir dans lequel il travaille encore. Sa mission n’est pas renouvelée.
C’est oui sans hésitation. Rares sont les livres qui racontent le quotidien du travail – qui plus est en usine - avec autant de détails, de justesse et d’humanité. Et de talent.
Petit point d’attention : si vous lisez ce livre et que vous découvrez la réalité de l’activité des usines de l’agroalimentaire, il se peut que vous n’ayez plus jamais envie de manger ni viande ni crevettes.
Fiche d’identité
Éditeur : Folio (initialement La Table ronde)
Genre : littérature
Date de publication : 2019
Nombre de pages : 277
Références
Vous cherchez des œuvres qui nourrissent la réflexion et le débat d'idées ? Chaque mois, je sélectionne pour vous un essai, une BD, une série ou un film marquant qui dit des choses importantes sur notre époque. En quelques points essentiels, « Références » décrypte ce qui rend cette œuvre incontournable : ses messages forts, ses intuitions pertinentes et les citations qui marquent les esprits. De quoi enrichir votre réflexion et élargir vos perspectives.
chronique
4 mins
"Severance” est un choc, esthétique autant que politique. La série suit des employés de bureau de Lumon Industries, une multinationale qui a mis en œuvre un procédé permettant à certains de d’entre eux d’être « severed », entendons par là, dissociés. Après une opération, ils ne conservent aucun souvenir du monde extérieur lorsqu'ils sont au travail et n'ont aucun souvenir de leur travail dès qu'ils le quittent. La série frappe juste, avec un récit aussi brillant que malaisant. Une troisième saison est d’ailleurs en préparation.
Parce qu’elle arrive à un moment où sont questionnés l’engagement et l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Severance donne à voir une métaphore extrême de la séparation vie pro/vie et pousse aussi à se questionner sur la culture d’entreprise : comment la faire vivre sans en faire un carcan étouffant ?
Parce qu’au-delà des questions liées travail, la série pointe l’absurde quand il s’impose dans nos vies, nos organisations ou nos sociétés. La scène du “break room”, où Helly est contrainte de relire une lettre d’excuses jusqu’à l’épuisement, illustre la discipline insensée imposée par Lumon. Elle fait écho aussi aux pratiques de dictatures et régimes autoritaires qui utilisent la torture psychologique comme un outil de contrôle total sur l’identité et la psyché des détenus. En Iran, Narges Mohammadi, la militante et prix Nobel de la paix 2023, a exposé ces pratiques dans son documentaire intitulé "La torture blanche".
Parce que Severance me semble faire écho au « capitalisme émotionnel », notion très contemporaine développée par la sociologue Eva Illouz. Celle-ci décrit un stade du capitalisme où les émotions deviennent à la fois un enjeu économique et une ressource à gérer.
L’univers sonore. La bande originale est signée Theodore Shapiro, compositeur américain de musiques de film (Le Diable s’habille en Prada, c’est lui). Sa partition soutient le propos de la série, contribuant à créer une atmosphère franchement étrange et souvent dérangeante. Le compositeur parvient à créer un espace sonore à la fois doux et oppressant. Le thème principal repose sur une mélodie de piano d’abord apaisante puis inquiétante. Des sons saturés, des pulsations électroniques ou des percussions répétitives prennent par moment le dessus, accentuant la sensation d’oppression. Les sons dissonants illustrent l’idée de dissociation. Le titre « Music of wellness » vous fera peut-être penser à une musique de spa, mais un spa dont vous ne pourrez jamais sortir !
Le mot anglais "severance" a plusieurs significations selon le contexte : soit une rupture de contrat de travail, soit une indemnité de licenciement ("severance package / pay"). Dans le contexte de la série, on peut supposer que « severance » indique la séparation extrême entre vie pro et vie perso par dissociation mentale. « Dissociation » est d’ailleurs le nom donné à la série au Québec.
Le bouche-à-oreille (plusieurs copines) et le bruit sur les réseaux, grâce à la campagne lancée par Apple TV+ pour la promotion de la saison 2, a bien fonctionné sur moi. J’ai fini par me lancer dans Severance alors je n’avais pas vu la saison 1 et que je n’en avais pas du tout envie. Quelques jours avant le lancement de la saison 2, Severance a misé sur une campagne inédite en installant un cube de verre – à la Orwell- dans le hall de la gare new-yorkaise Grand Central Terminal. À l’intérieur, des acteurs incarnant des employés de Lumon Industries réalisaient des tâches, mimant une journée type dans l’entreprise. Associée à ce dispositif, une page LinkedIn fictive de Lumon Insustries a été créée. Elle existe toujours et compte 90 000 abonnés. Cette campagne, pensée pour capter très vite l’attention des réseaux, est un modèle du genre.
Je ne recommanderais pas Severance aux personnes angoissées, claustrophobes ou à peine sortie de burnout. La série est franchement oppressante (c’est son but). Ce n’est pas une série divertissante qui va vous détendre, non…
En revanche, c’est pour vous si vous aimez réfléchir aux rapports de pouvoir, à l’autoritarisme, à la surveillance, et plus largement, au libre arbitre. Pour apprécier Severance, il faut aimer les doubles lectures : narrative (pour reconstituer le puzzle) et théorique (pour décrypter le sens psychologique et sociologique).
Fiche d’identité Titre : « Severance » Création : Dan Erickson Saison 1 en 2022, saison 2 en 2025 À voir : sur Apple TV, producteur de la série |
Références
Vous cherchez des œuvres qui nourrissent la réflexion et le débat d'idées ? Chaque mois, je sélectionne pour vous un essai, une BD, une série ou un film marquant qui dit des choses importantes sur notre époque. En quelques points essentiels, « Références » décrypte ce qui rend cette œuvre incontournable : ses messages forts, ses intuitions pertinentes et les citations qui marquent les esprits. De quoi enrichir votre réflexion et élargir vos perspectives.
chronique
5 mins
Les critiques les visant saturent l’espace public au point de nourrir un climat de méfiance générationnelle. La génération des 18-30 ans est souvent présentée comme individualiste, paresseuse, réfractaire à l'autorité et désengagée au travail. Marion Desreumaux, Suzanne Gorge et Emmanuel Kahn ont mené une enquête pour l’Apec et Terra Nova. Sur la base d’un vaste panel, ils dénoncent un faux procès et ne constatent pas une rupture nette entre générations, mais une pluralité de profils, d’attentes et de contraintes, davantage liées à des réalités sociales qu’à l’âge. L'enquête montre aussi que le rapport des jeunes actifs au travail se caractérise par une forte hétérogénéité, liée aux positions sociales et aux emplois occupés.
Parce qu’il propose une lecture nuancée qui éclaire la réalité sociale et professionnelle des jeunes - au sens des personnes âgées de 18 à 30 ans. Il montre que la grande majorité des jeunes actifs entretient un lien positif au travail.
Parce qu’il se base sur des données rigoureuses et une enquête représentative et non sur des impressions ou des généralités. « Plus de 5000 actifs ont été interrogés sur de nombreuses dimensions : importance accordée au travail et degré d’engagement, rapport au collectif à l’entreprise, attente envers le travail, soins pour son avenir professionnel, etc. » Ce qui fait la force de l’enquête, c’est donc son assise méthodologique : une enquête de terrain menée par Terra Nova, think tank de référence, et l’Apec, acteur majeur de l’emploi des cadres.
Les actifs interrogés ne sont pas seulement des jeunes. Il s’agit d’un double échantillon : des actifs de 18 à 39 ans ainsi que des actifs de 30 à 65 ans, eux-mêmes subdivisés en deux catégories (30 à 44 ans et 45 à 65 ans). « En soumettant ces classes d’âge au même questionnement, cette enquête s’emploie à objectiver les similitudes et les différences entre les jeunes et leurs aînés », précisent les auteurs.
Les auteurs s’attachent à montrer qu’il est inexact de parler de la jeunesse comme d’une entité monolithique. Ils vont plus loin. Sur la base de leurs résultats d’enquête, ils proposent de distinguer six visages de la jeunesse au travail : les ambitieux (39 %), les satisfaits (14 %), les distanciés (6 %), les attentistes (11 %), les combatifs (20 %) et les découragés (10 %). Parmi les jeunes actifs, deux groupes majoritaires (53%) - ambitieux et satisfaits - ont une vision positive du travail, vécu comme passion ou réalisation. Les premiers visent plus de responsabilités, les seconds non. « Rassemblant près de deux jeunes actifs sur 10 les deux groupes suivants, expriment un rapport plus distant à leur travail actuel, les uns souhaitant sortir de leur routine (les attentistes), les autres semblants s’accommoder (les distanciés). Enfin, rassemblant trois jeunes actifs sur dix, les deux derniers groupes, expriment un rapport plus conflictuel à leur travail, les uns se projetant dans un avenir meilleur (les combatifs), les autres semblant en avoir fait le deuil (les découragés).
• « Notre enquête démontre que, contrairement aux discours ambiants, les jeunes ne témoignent pas d’une distanciation plus marquée que leurs aînés à l’égard de leur travail. Près d’un jeune en emploi sur deux estime que son travail est aussi important (36 %), voire plus important (11 %), que les autres sphères de son existence : familiale, personnelle, sociale, etc.. Il s’agit d’une proportion identique à celle observée chez les 30-44 ans, et même supérieure à celle relevé parmi les 45-65 ans. »
• « En réalité, le travail conserve une place structurante dans la vie d’une grande majorité d’actifs français. À tel point que nombreux d’entre eux - y compris les plus jeunes– continueraient à travailler, même s’ils n’en avaient pas besoin financièrement. »
• « Le niveau de confiance vis-à-vis des différentes parties prenantes de l’entreprise dépend bien moins des profils des actifs (notamment de leur âge ou même de leur catégorie socioprofessionnelle) que des caractéristiques des entreprises et des organisations qui les emploient. »
• « La plus forte complexité des chaînes hiérarchiques, les disciplines de reporting et la plus grande sophistication de la division du travail dans les grandes organisations s’accompagnent de niveaux de confiance moindres. Les jeunes salariés y font non seulement beaucoup moins confiance à la direction de leur entreprise/organisation, mais aussi en comprennent moins la stratégie et se sentent moins en phase avec sa culture et avec ses modes de travail ou son organisation. Des constats qui s’appliquent également aux salariés plus âgés. »
• « Les données de l’enquête donnent à voir des actifs, jeunes comme moins jeunes, pour qui l’exercice de l’autorité ne peut plus être de nature simplement statutaire. »
• « Comme les actifs plus âgés, les jeunes voient globalement le télétravail d’un bon œil : 72 % des actifs de moins de 30 ans qui peuvent télétravailler souhaitent le faire régulièrement vs 80 % chez les 30-44 ans et 75 % chez les 45-65 ans. En revanche, ils sont plus nombreux que leurs aînés à considérer que le télétravail peut leur être préjudiciable et ralentir leur évolution professionnelle. »
« Un faux procès » souligne le jugement erroné dont sont victimes les jeunes concernant leur rapport au travail. Ce procès est faux parce qu’il ne correspond pas à la réalité, estiment les auteurs qui apportent les preuves pour le démontrer. Le livre, résultat d’une enquête menée par l’Apec et par Terra Nova, démêle le vrai du faux et déconstruit les stéréotypes issus de discours médiatiques, d'enquêtes superficielles et de jugements d’adultes (de vieux ?). Les auteurs révèlent la complexité et la diversité des aspirations réelles des jeunes actifs.
Marion Desreumaux est cheffe de projets études Apec, Suzanne Gorge est directrice générale adjointe chez Terra Nova et Emmanuel Kahn est responsable du pôle études Apec, l'Association pour l'emploi des cadres, qui a pour mission d'accompagner les cadres et jeunes diplômés dans leur évolution de carrière.
C’est oui et c’est une lecture importante pour quiconque s’intéresse à l’évolution du monde du travail, aux jeunes actifs et aux politiques d’emploi. Il fait l’effet d’une bouffée d’oxygène face à la profusion de clichés. Il donne aussi des clés de lecture pour valoriser l’engagement des jeunes dans la sphère professionnelle et repenser la gestion des talents et les relations intergénérationnelles au travail.
Moralité : méfions-nous des sociologues de comptoir qui sont toujours prompts à descendre en flamme leurs prochains.
Ne nous quittons pas sans citer l’épigraphe choisi par les trois auteurs. C’est une phrase de Louis Aragon : « On voudrait bien nous faire prendre la jeunesse pour le diable. C’est rassurant pour ceux que leur miroir attristent »
Fiche d’identité
Éditeur : Les Petits Matins
Auteurs – autrices : Marion Desreumaux, Suzanne Gorge, Emmanuel Kahn
Genre : essai
Date de publication : 2025
Nombre de pages : 109
Références
Vous cherchez des œuvres qui nourrissent la réflexion et le débat d'idées ? Chaque mois, je sélectionne pour vous un essai, une BD, une série ou un film marquant qui dit des choses importantes sur notre époque. En quelques points essentiels, « Références » décrypte ce qui rend cette œuvre incontournable : ses messages forts, ses intuitions pertinentes et les citations qui marquent les esprits. De quoi enrichir votre réflexion et élargir vos perspectives.
chronique
3 mins
Brouillard sur la Vistule, cafés qui sentent le charbon, néons pâles sur des façades brutalistes. On croirait encore un plan-séquence d’espionnage : dossiers tamponnés, hiérarchies muettes, jeunisme interdit. Faux raccord. Dans les bureaux de Varsovie, Prague ou Bratislava, les âges se mélangent. Volontairement.
En 2025, les clichés ont pris un coup de vieux. Une écrasante majorité (80 %) des grandes entreprises en Pologne, Hongrie et Tchéquie ont mis des systèmes de collaboration entre juniors et seniors. Les résultats sont très concrets : stop à la rétention et à la continuité, mais surtout 35 % d’innovation en plus que les équipes moins mixtes. Dans les pays de l’Est, l’intergénérationnel n’est pas une simple déclaration RSE mais une vraie méthode.
À l’Est, on ne polémique pas des heures sur le vieillissement démographique. On le considère comme un vivier. Et on agit. En Hongrie, l’emploi des plus de 55 ans a bondi de 12 % en cinq ans. En Pologne, 15 % des salariés sont seniors tandis que 23 % ont moins de 30 ans. Et cette cohabitation devient une force, nourrie par la culture du retour au pays, la cohabitation familialo-professionnelle dans les Balkans, ou l’héritage de compagnonnage industriel en Tchéquie. Plutôt que d’opposer les générations, les entreprises institutionnalisent la transmission. Ainsi, la mémoire protège de l’oubli et l’audace ouvre les chemins.
En Europe de l’Est, l’intergénérationnel ne se raconte pas, il s’organise. Plus de 80 % des grandes entreprises en Pologne, Hongrie et Tchéquie ont instauré des dispositifs d’échange juniors-seniors. Orange Polska a lancé Entre les générations, qui jumelle jeunes recrues et managers sur les projets digitaux. Chez Skoda Auto, la rotation inter-âges sur les lignes de production accélère la transmission. En Hongrie, OTP Bank associe juniors et seniors pour résoudre des problèmes de gestion. Et dans les Balkans, UMG Group orchestre chaque année un concours d’innovation mixte. Ce sont des rituels concrets, évalués, qui produisent des résultats tangibles.
Face à la fuite des talents et au manque de profils qualifiés, la coopération multi-âges devient un rempart. Deloitte et BCG chiffrent ses effets : +35 % d’innovation, +22 % d’engagement dans les équipes mêlant juniors et seniors. En Serbie, le programme Youth to Senior Exchange mobilise chaque année plus de la moitié des collaborateurs des grands groupes. Conséquence, les jeunes restent, les seniors transmettent, l’entreprise continue d’apprendre. Là où la France hésite encore, l’Europe centrale a choisi la méthode : pas de slogans, des pratiques ritualisées et mesurées.
Car l’innovation ne sort pas seulement des incubateurs ni des labos. Elle se construit aussi dans la rencontre entre un baby-boomer et un Gen Z autour d’un même projet. L’Est européen l’a compris : le collectif se renforce quand il additionne les âges plutôt qu’il ne les oppose.
Melting work
Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.
chronique
3 mins
En Inde, on ne marche pas sur la tête des seniors. On les forme aux nouvelles compétences. Et sont les jeunes recrues, génération Z en tête, qui forment les cadres expérimentés aux nouveaux langages du numérique – IA, cloud, réseaux sociaux ou encore gaming. La formation “ascendante”, soutenue par Tata Consultancy Services (TCS) bouscule la tradition : ici, l’ingénieur senior, pourtant figure presque sacrée dans l’imaginaire collectif indien, apprend des juniors. L’autorité ne se transmet plus exclusivement du haut vers le bas : elle s’apprend et se renouvelle, au contact d’une jeunesse qui tend la main et réinvente les codes du respect et de l’innovation.
La première urgence est démographique. TCS, géant indien des services informatiques et du conseil, emploie plus de 600 000 personnes. Plus de la moitié ont moins de 30 ans, à peine 1 % dépassent 50 ans : une pyramide inversée qui place les juniors au premier plan.
Car pendant que l’IA générative, les méthodes agiles et le travail hybride redessinent le marché mondial, les managers formés à l’ère du code classique risquent de décrocher. Pour l’éviter, TCS a organisé en 2023 plus de 29 000 sessions de reverse mentoring, qui ont déjà mobilisé 550 000 collaborateurs. Objectif : faire des seniors des apprenants permanents. Une condition de survie dans la course digitale.
Pour concrétiser l’exercice, TCS a créé ses propres outils, comme l’AI Experience Zone et la plateforme interne iConnect. Ces interfaces connectent les binômes, un junior et un senior. Les sujets travaillés sont ultra-pragmatiques : comprendre un modèle d’IA, coder un bot, optimiser sa communication LinkedIn ou encore décrypter les codes de la diversité.
Ici, les juniors ne sont pas de “petites mains”, mais de vrais formateurs, reconnus et valorisés. Une stagiaire qui montre à un vice-président comment préparer ses notes stratégiques avec ChatGPT, voilà le genre de scène banale chez TCS. Et la bascule est autant symbolique que technique. Voir un cadre de cinquante ans prendre des notes pendant qu’un collaborateur de 23 ans détaille les tendances du gaming en dit plus que mille slides sur la transformation culturelle.
Les résultats du reverse mentoring chez TCS sont tangibles. L’attrition, ce cauchemar de l’IT indien, reste contenue autour de 10 à 11 %, quand les concurrents tournent plutôt à 14-16 %. L’entreprise se vante de l’accélération de l’intégration des outils et méthodes agiles, avec un onboarding 50 % plus rapide pour les nouvelles recrues, grâce au binôme junior-senior. Et ce n’est pas tout : TCS est souvent cité parmi les meilleurs employeurs d’Inde et du secteur mondial IT, un avantage inégalé pour attirer de nouveaux talents et fidéliser les équipes.
Évidemment, tout n’est pas rose. Certains seniors refusent encore d’apprendre de collègues en âge d’être leurs enfants. Certains binômes échouent, faute d’atomes crochus. Au-delà de TCS, ce modèle dit quelque chose de l’époque. Quand les juniors détiennent le savoir stratégique, comme l’IA, la data et les codes sociaux, les rapports hiérarchiques traditionnels ne font pas le poids. L’Allemagne, les États-Unis ou la Scandinavie s’intéressent d’ailleurs déjà au reverse mentoring. Et la France ? Moins de 18 % des entreprises françaises ont expérimenté le mentorat inversé sur la transformation numérique ou l’interculturalité.
Pour ouvrir ses chakras, la culture française bute encore sur le poids du statut, du diplôme et du grade. Mais a-t-on vraiment le luxe de le faire ? Et si on acceptait que la craie change de main, quitte à dire tant pis pour l’ego...
Melting work
Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.