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Déléguer à l’IA : comment gagner du temps sans perdre trop de neurones

Intelligence artificielle

  3 mins

 

Déléguer à l’IA : libérer du temps sans affaiblir nos compétences

On les appelle des « copilotes ». Mais à force de leur confier le volant, ne risquons-nous pas d’oublier comment conduire ? Les nouveaux assistants IA sont incroyablement utiles, mais ils posent une vraie question d’hygiène cognitive : que choisit-on de déléguer… et que décide-t-on de renforcer ? Ne soyons plus naïfs face à nos pertes de capacités subies dans l’usage récurrent de ces assistants. Le dilemme est clair : ces assistants peuvent affaiblir certaines capacités, mais ils peuvent aussi en révéler de nouvelles. Tout dépend de la conscience qu’on met dans leur usage. Alors, jouons carte sur table : quelles capacités sentez-vous avoir déjà perdues… et lesquelles avez-vous gagnées grâce à vos assistants ? Voici trois leviers pour tendre vers une balance nette positive : plus de capacités gagnées que de compétences perdues !

Levier 1 - Conscientiser la balance et choisir ses combats

Chaque fois que nous confions une tâche à l’IA, nous gagnons en confort, en temps et en qualité. Mais chaque délégation nous fait aussi perdre un peu d’entraînement. J’en ai fait l’expérience avec l’anglais : au début, j’étais ravi de laisser ChatGPT rédiger mes courriels en anglais. Fluide, précis : un gain de temps énorme…  Jusqu’à ce que je réalise que mes propres automatismes s’étaient affaiblis. En laissant l’IA porter l’effort, j’avais perdu des réflexes, des tournures et ma confiance dans la maitrise de la langue anglaise. J’ai alors décidé d’inverser la logique : désormais, j’écris moi-même, et je demande à l’IA de corriger, comme un coach bienveillant. C’est plus long, certes, mais je regagne en compétence et je l'améliore  !

À l’inverse, j’ai accepté de déléguer totalement la capacité à résumer des textes longs. Résultat : ma capacité de synthèse naturelle s’est clairement émoussée. Mais c’est un choix assumé. C’est le prix caché de la délégation.  

L’essentiel est là : cartographier ses compétences et décider celles que l’on veut continuer de prendre le temps de muscler (avec l’aide de l’IA !) et celles qu’on accepte de voir s’éroder au profit de gains de temps.

Levier 2 - Vaincre la page blanche par l’auto-questionnement

L’IA ne sert pas seulement à écrire à notre place. Elle peut devenir un miroir pour structurer notre pensée. Quand je suis face à une page blanche, j’utilise souvent ce type de prompt : « Pose-moi 5 questions, une à la fois, pour bien comprendre mon besoin, mes attentes et mes contraintes »; prompt très pratique également pour compléter son contexte, ô combien important dans cet art du prompting !

Ce questionnement socratique change tout. Il m’oblige à préciser mon intention, à identifier mes angles morts, à clarifier ce que je veux vraiment. À la fin, le contenu qui émerge n’est pas celui de la machine, mais bien le mien, simplement mieux structuré. L’IA n’est plus une béquille qui produit un contenu tout fait, elle devient un partenaire de réflexivité.

Levier 3 - Booster la curiosité, développer l’esprit critique

Enfin, ces assistants décuplent notre curiosité. Plus accessibles et réactifs que notre bon vieux Google, ils offrent des réponses courtes, personnalisées, qui ouvrent aussitôt de nouvelles pistes. Chaque échange donne envie de creuser davantage, et plus on questionne, plus on se surprend à requestionner ce qu’on lit, ce qu’on entend, ce qu’on croyait acquis. C’est ainsi que naît l’esprit critique : non pas anesthésié par la machine, mais stimulé par elle.  

Tel un pharmakon — à la fois poison et remède — l’IA peut devenir l’alliée inattendue qui entretient notre curiosité et aiguise notre discernement.

 

Futur IA

Vous vous interrogez sur l’impact de l'intelligence artificielle, vous n’êtes pas les seuls car tout va très vite ! L'évolution des modèles d’IA pousse les entreprises à repenser leurs process et à adapter au plus vite leurs stratégies. Avec “FuturIA”, je vous guide dans l'exploitation du potentiel de l'IA, vous donne les clés pour comprendre et maîtriser au mieux cette révolution technologique.

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Pourquoi l’IA pourrait être votre pire ennemi… ou votre meilleur mentor 

Intelligence artificielle

  4 mins

 

Deux robots, l’un noir et l’autre blanc, se faisant face, symbolisant l’IA ennemie ou mentor

Bon, si l’on se réfère aux définitions du Larousse, l’ennemi est une personne qui veut du mal à quelqu'un, qui cherche à lui nuire, qui lui est très hostile, tandis que le mentor est une personne expérimentée qui contribue, bénévolement ou non, au développement personnel ou professionnel d'un débutant. Or, l’IA n’est pas une personne mais un outil, donc fin de la chronique ? Si on creuse plus sérieusement la question, l’IA est un outil, oui, mais un outil puissant, bien plus puissant qu’un marteau, que Word, ou encore que le célèbre moteur de recherche Google, d’ailleurs actuellement en pleine transformation pour se mettre au diapason de l’IA générative.

Ennemi ou mentor : la vraie menace n’est pas celle que l’on croit

À grand pouvoir, grande responsabilité ! Cet outil peut, entre de bonnes mains, être redoutablement efficace et actionner, nous le savons aujourd’hui, de nombreux gains (temps, qualité, confort, inspiration et expertise). Contrairement à ce que l’on affirme aujourd’hui, ce n’est donc pas l’IA votre pire ennemi, mais la personne qui saura la maîtriser mieux que vous dans vos tâches du quotidien ! Cette personne sera alors, sur le plan du travail, plus une menace que l’outil lui-même. Pour autant, il ne faut pas voir cette personne comme un ennemi : elle n’est pas forcément malveillante, elle a simplement su être curieuse, et a pris le temps et fait l’effort nécessaire pour maîtriser un nouvel outil. Cette personne, d’ailleurs, pourrait très bien être vous !

Tester pour ne pas juger trop vite  

En découvrant ces nouveaux outils, vous apprenez à mieux comprendre leurs tenants et leurs aboutissants, les opportunités qu’ils offrent mais aussi leurs limites et leurs risques. Ces étapes de test sont essentielles pour démystifier l’outil et développer un esprit critique constructif à son égard. Bon nombre de personnes réticentes à un outil sont très souvent celles qui ne l’ont jamais testé. J’ai eu l’occasion d’interviewer de nombreux artistes dans les domaines des arts visuels, musicaux mais aussi olfactifs et gustatifs ! De véritables artisans. Chacun de ces artistes interviewés a un point commun : ils ont testé ces nouveaux outils d’IA générative et ils ont pu y trouver une nouvelle corde à mettre à leur arc pour démultiplier leur inspiration et leur créativité. Ils s’accordent tous à dire qu’il est urgent, pour les artistes réticents, de tester et de jouer avec ces outils avant de les juger. Ces outils ne sont pas parfaits. Ils embarquent des limites et des risques : risque écologique, biais, hallucinations, dangers sur la propriété intellectuelle, perte d’expertise sur certains sujets. Comme pour tout outil, il est important de connaître ces points faibles et d’identifier des solutions : outils open source, exécution en local sur un ordinateur ou serveur sécurisé intégrant les bonnes pratiques du GreenIT, esprit critique, etc.

Christian Lous Lange, homme politique norvégien et Prix Nobel de la Paix en 1921, affirmait : « La technologie est un serviteur utile mais un maître dangereux ». Une citation particulièrement pertinente aujourd’hui, alors que l’intelligence artificielle se fait une place toujours plus importante dans nos vies personnelles et professionnelles. À nous, donc, de veiller à ce que ce serviteur reste à sa juste place, en choisissant en conscience comment nous souhaitons l'utiliser.

S’éduquer pour mieux maîtriser  

Pour transformer l’IA en véritable mentor capable de nous aider à monter en compétences, développer de nouvelles expertises et rester concurrentiels, il n’y a pas de mystère : il faut s'éduquer et pratiquer. Sans éducation ni mise en pratique, impossible de développer un esprit critique solide et de disposer des leviers indispensables pour rester résilients et proactifs face à ces nouvelles technologies qui ne font que s’accélérer !  Mais l'apprentissage ne va pas seulement dans un sens. Plus vous utilisez ces outils d'intelligence artificielle, plus vous nourrissez leur progression grâce à vos interactions, retours et ajustements. En retour, leur évolution constante vous oblige à continuer à apprendre, à tester, et à vous adapter. Ainsi se crée une boucle d’amélioration perpétuelle dans laquelle humain et IA se façonnent mutuellement. Cette dynamique co-évolutive nous pousse à rester curieux, attentifs, et constamment en mouvement, prêts à accueillir chaque nouvelle avancée technologique.

Aujourd’hui c’est l’IA générative, hier c’était Photoshop pour certains, Internet pour d’autres, demain ce sera une nouvelle technologie. L’histoire, comme toujours, se répète, et les "ennemis" ou "mentors" seront toujours là ! À vous de choisir votre place !  

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Travailler avec une IA, c’est comme adopter un chat : imprévisible et indispensable

Intelligence artificielle

  3 mins

 

Homme travaillant sur un ordinateur portable avec un chat perché sur son épaule

L’IA générative a bouleversé notre quotidien. Son adoption en entreprise explose : en seulement un an, la proportion de TPE et PME utilisant ces outils est passée de 12 % à 31 %, l’étude « L’adoption de l’IA générative dans les TPE-PME » de Bpifrance Le Lab. Ces assistants intelligents – ChatGPT, Mistral, Gemini, Claude – s’imposent progressivement comme des compagnons de travail incontournables et indispensables. Mais s’ils sont puissants, ils ont aussi une particularité à ne pas sous-estimer : leur imprévisibilité.  

Un changement de paradigme  

Depuis quinze ans, les avancées en IA reposent sur une approche connexionniste : des réseaux de neurones artificiels inspirés du cerveau humain. Contrairement aux méthodes traditionnelles fondées sur des instructions précises avec des langages de programmation, ces nouveaux modèles apprennent à partir de gigantesques quantités de données et génèrent des réponses en fonction de probabilités.  

L’IA générative, née fin 2022, a rendu cette technologie accessible à tous et toutes grâce à une simple interaction en langage naturel, le fameux art du prompting. Fini le code, place aux conversations. Mais cette facilité d’usage a un revers : la sortie d’un modèle n’est jamais totalement prévisible.  

Pourquoi l’IA ne donne-t-elle jamais deux fois la même réponse ?  

Contrairement à un tableur Excel ou une calculatrice, qui renvoient toujours le même résultat pour une même donnée, les modèles de langage sont probabilistes. Ils génèrent du texte en évaluant la probabilité des mots à venir.  

Prenons un exemple avec l’excellent outil pour l’éducation Vittascience qui permet de visualiser ces probabilités en direct.  À la requête « Parle-moi de Toulouse », Vittascience nous montre que l’assistant IA de Mistral peut répondre :  

« Toulouse est une ville du Sud-Ouest » (avec 92 % de probabilité).  

Ou bien : « Toulouse est une ville française située dans le Sud-Ouest » (avec seulement 0,5 % de probabilité).  

Le fond reste identique, mais l’ordre des mots et les détails varient. Cette variabilité se retrouve partout, y compris dans des tâches critiques. Demandez à une IA de noter des CV de candidats sur 20 : chaque itération produira des notes légèrement différentes !  

Une IA aussi imprévisible… qu’un chat !  

Cette imprévisibilité est parfois déroutante, mais elle fait partie du jeu. Tout comme un chat peut décider un jour d’ignorer vos appels et le lendemain de se lover sur vos genoux, une IA peut produire des réponses cohérentes, puis surprendre avec une variante inattendue.  

Faut-il alors s’en méfier ? Non, mais il est essentiel d’intégrer cette logique probabiliste à nos usages. L’IA ne remplacera pas les outils déterministes comme une calculatrice, mais elle les complète avec une autre force : la créativité et la capacité à s’adapter aux contextes complexes.  

Travailler avec l’IA, c’est donc accepter une part d’incertitude, mais aussi bénéficier d’un levier extraordinaire pour gagner en productivité, en inspiration et en efficacité. L’esprit critique est et demeurera toujours de mise pour faire face à ces probabilités !  

Comme un chat, une IA ne fait jamais exactement ce qu'on attend... mais une fois qu’on y a goûté, difficile de s’en passer !

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La France plutôt en avance sur l'intelligence artificielle frugale

Impact

  3 mins

 

Robot flottant dans l’eau illustrant l’évolution écologique de l’intelligence artificielle

En 2023, vous avez probablement lu ou entendu que poser une simple question à ChatGPT revenait à consommer dix fois plus d’énergie qu’une recherche Google, ou encore qu’une discussion un peu longue coûtait jusqu'à un demi-litre d’eau pour refroidir les serveurs. Autant se le dire, il est fort probable que votre responsable RSE ait dû avaler son café de travers en découvrant le potentiel impact écologique de ces nouvelles technologies. Mais voilà, comme souvent avec la tech, ça va vite. Très vite même. Deux ans plus tard, en 2025, le paysage a déjà bien changé, et des leviers d’amélioration existent encore.

Premier levier : quand les concepteurs de puce dépassent la loi de Moore

Connaissez-vous la loi de Moore ? Ce principe prédit depuis les années 60 que les capacités des microprocesseurs doublent environ tous les 18 mois. Mais NVIDIA, premier concepteur de puces au monde, a décidé de passer à la vitesse supérieure. En 2024, et en moins d’un an, cette entreprise a créé des unités de calcul deux fois plus puissantes pour une même empreinte écologique. Soit deux fois moins de sueurs froides pour votre responsable RSE au moment de scruter son bilan carbone. 

Deuxième levier : la frugalité comme norme

Mais la solution ne vient pas seulement du matériel. C’est aussi une histoire de méthode. Derrière ces modèles d’IA l’ingénierie a pris le tournant de la frugalité : de la donnée de meilleure qualité et des réseaux neuronaux plus optimisés. Il faut aussi comprendre que plus c’est frugal, moins c’est cher, et plus c’est rentable pour tous ces grands fournisseurs d’IA. En France, on est plutôt bons élèves sur l’IA frugale avec la SPEC AFNOR 2314, que j’ai eu le plaisir de contribuer à élaborer. Au menu, 31 bonnes pratiques pour réduire l’empreinte environnementale d’une IA. Et ça marche : une récente étude publiée par l'institut de recherche Epoch AI indique que l’impact énergétique d’une requête sur GPT-4o en 2025 est jusqu'à dix fois inférieur aux estimations alarmistes de 2023. 

Troisième levier : vous (oui, vous !)

Parce que tout ne dépend pas que du matériel ou des data scientists : l’utilisateur que vous êtes a aussi son rôle à jouer. Le consortium mené par Hugging Face l’a bien compris en lançant, en février 2025, l’Energy Score, sorte de Nutriscore pour l'efficacité énergétique des modèles d’IA. Ce genre d’indicateur pousse l’offre à devenir plus sobre, exactement comme le Nutriscore a rendu vos céréales préférées plus vertueux. Et puis, mention spéciale à EcoLLM, une startup française qui teste actuellement un plugin navigateur pour afficher l’empreinte CO2 de chaque conversation IA. Autrement dit, vous allez bientôt pouvoir constater combien pèsent vos conversations numériques. Un outil prometteur pour aider à la sensibilisation des citoyens ! 

Alors, la planète est sauvée ?

Soyons honnêtes : la planète n’est pas sauvée, mais votre RSE a désormais une meilleure boussole pour naviguer entre sobriété et innovation. Voici une liste de quelques bons réflexes que nous pouvons tous adopter :

  • Opter autant que possible pour les derniers modèles "Flash" ou "Mini", clairement moins gourmands.
  • Former les équipes à l'art subtil du "prompt". Plus les questions seront claires et bien formulées, plus les résultats seront efficients
  • Continuer de mener une veille sur ces sujets en constante évolution. Des outils de mesure facilement accessibles à tous vont prochainement débarquer !
  • Enfin, n'oublions pas que la meilleure façon de réduire l'empreinte liée à l'usage de l'IA est de savoir exactement quand l’utiliser et quand laisser place au jugement humain. 

Futur IA

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Un recruteur et une IA entrent dans un bar… Qui va choisir le candidat ?

Intelligence artificielle

  2 mins

 

Robot humanoïde analysant des CV dans un espace de travail moderne et lumineux

S’il y a bien un métier des RH que l’IA générative transforme en profondeur, c’est celui de recruteur. Pourquoi ? Parce que le recrutement, avant toute chose, repose sur les mots. Publier une offre d’emploi, analyser un CV, préparer un guide d’entretien, rédiger un compte rendu ou encore assurer le suivi d’un candidat : tout cela est une affaire de texte. Et c’est précisément le terrain de jeu des modèles d’IA générative.

L’IA, nouveau coéquipier du recruteur

Aujourd’hui, chaque étape du recrutement peut être optimisée grâce à l’IA. Rédiger une offre en quelques secondes, extraire des profils pertinents dans un vivier de CV, synthétiser des entretiens, personnaliser des relances… autant de tâches que l’IA accomplit avec une précision et une rapidité inégalées. Et cette transformation est déjà en marche. Selon une étude Hellowork de novembre 2024, l’adoption de l’IA générative dans le recrutement a explosé en un an. En 2023, seuls 38,5 % des recruteurs utilisaient ces outils, alors qu’en 2024, ce chiffre atteint 79 %. En moins de deux ans, l’IA est devenue un véritable coéquipier du recruteur !

Recruteur augmenté, recrutement transformé

Le métier de recruteur ne disparaît pas, il change de posture. Moins d’exécution, plus de stratégie, moins de contraintes, plus d’impact. L’IA libère du temps en réduisant la charge administrative, ce qui permet aux recruteurs de se concentrer sur ce qui fait vraiment la différence : la prise de décision, la finesse de l’intuition humaine, l’évaluation au-delà des lignes d’un CV. Un froncement de sourcil, une hésitation marquée, un silence qui en dit long… Recruter, c’est lire entre les lignes, capter ce que les algorithmes ne perçoivent pas. Et pour cela, il faut être pleinement présent. En allégeant les tâches répétitives, l’IA ouvre la voie à un recrutement plus audacieux. Elle permet d’explorer des profils atypiques, de challenger ses automatismes, de mieux comprendre ce qui différencie un bon candidat d’un candidat idéal. Surtout, elle pousse le recruteur à se dépasser. Une reformulation plus percutante, une approche différente pour une annonce, une nouvelle question en entretien… L’IA bouscule les habitudes et incite à affiner son discours.  

L’humain au centre, l’IA en appui

"L'intelligence artificielle peut automatiser les tâches répétitives, mais la passion et la créativité humaines restent irremplaçables” situe Fei-Fei Li, chercheuse américaine spécialiste de la vision artificielle, professeure d'informatique à Stanford. 
Recruteur et IA entrent dans un bar… L’IA propose, trie, synthétise. Le recruteur, lui, observe, ressent, tranche. Le recrutement ne se résume pas à une équation de mots-clés et d’algorithmes. C’est un équilibre subtil entre la rigueur des données et l’intuition humaine, entre l’automatisation et la finesse du jugement.

L’IA ne recrute pas, elle permet aux recruteurs de mieux le faire. 

Futur IA

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« Sois jeune et tais-toi », le livre plaidoyer contre les préjugés sur la jeunesse

Générations

  3 mins

 

Couverture du livre "Sois jeune et tais-toi" de Salomé Saqué, éditions Petite Biblio Payot

Salomé Saqué fait partie de la génération des jeunes journalistes engagés pour le climat, dans la mouvance par exemple de Thomas Wagner, fondateur de Bon Pote. Directrice de la rubrique économie du média Blast et chroniqueuse, elle poursuit en parallèle un travail plus personnel. Son livre « Sois jeune et tais-toi - Réponse à ceux qui critiquent la jeunesse ? » dénonce les idées reçues sur la jeunesse. Il n'est pas son livre le plus récent - depuis, a paru "Résister" -, mais il continue à marquer le débat.

Pourquoi ce livre est important ?

Parce qu’il met en lumière les défis spécifiques auxquels la jeunesse fait face aujourd’hui, notamment sur les plans écologique, social et démocratique. En s’appuyant sur des enquêtes et des témoignages, le livre propose une réflexion sur la nécessité d’un dialogue intergénérationnel, et appelle à reconnaître la légitimité des jeunes à participer pleinement aux grandes décisions collectives. Parce que l'écriture factuelle est adossée à de solides références scientifiques qui viennent battre en brèche le procès en individualisme ou en « désinvestissement civique » des plus jeunes. Ce positionnement en fait un ouvrage clé pour renouveler la discussion autour des responsabilités, des droits et de l’engagement des nouvelles générations dans la société contemporaine.

Les messages du livre

Salomé Saqué montre combien « les jeunes » - c’est-à-dire, au sens de l’INSEE, les personnes qui ont entre 18 et 29 ans – sont l’objet d’attaques aussi acerbes qu’injustes. Ils sont accablés de tous les torts, y compris les plus contradictoires : trop mous et trop radicaux, trop pessimistes et trop désinvoltes, trop puritains et trop woke. Autant de critiques qui conduisent, selon l’autrice, à "voir dans les générations Y et Z un gang d’égoïstes dénué de toute conscience politique et insensible aux biens commun". A contrario, Salomé Saqué montre que rarement dans l’histoire, une génération n’aura été confrontée à autant de défis imbriqués et complexes : climatiques, géopolitiques, démocratiques. Pas étonnant dans ce contexte que la jeunesse soit soumise à des difficultés inédites et à des injonctions contradictoires qu’en aucun cas elle ne pourra résoudre seule : éco-anxiété, « mythe de l’argent facile à portée de clic », « mutation anxiogène de l’information. » L’état du monde est un sujet à traiter en commun, et le bashing anti-jeunes n’est rien d’autre pour ses auteurs qu’un refus de prendre ses propres responsabilités.  

Génération perdue… et depuis longtemps

En préambule, Salomé Saqué rappelle que c’est le propre de la jeunesse que de subir l’opprobre des plus vieux. Elle cite Hésiode, le poète grec qui en 720 avant J.-C. écrivait : "je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays. Si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible". 

Les citations qui comptent  

« L’inaction politique face au changement climatique est une blessure morale infligée aux jeunes, et finalement rien de moins qu’une violation des droits humains, regard de notre responsabilité collective envers les jeunes générations ».

« J’appelle « vieux », ce qui jugent la jeunesse de loin, sans essayer de la comprendre, préférant s’en distancier au risque d’alimenter le conflit de générations – et de ce point de vue, on peut être « vieux »  avant que d’être âgé, et inversement ».

« La collaboration des générations est une des conditions de la préservation de la collaboration de génération est une des conditions de la préservation de l’habitabilité de notre planète ».

« Ce qui compte, ce n’est pas l’inaction passée, c’est ce que vous allez faire après avoir lu ces pages ».

Pourquoi ce titre ?

Il faut référence à une affiche de Mai 68 : « Sois jeune et tais-toi ». Les étudiants et étudiantes de l’Atelier populaire des Beaux-Arts dessinent alors une affiche, et inventent un slogan repris les jours suivants lors des célèbres manifestations contre une société conservatrice et corsetée. C’était il y a 57 ans, et d’autres slogans célèbres disaient : "Il est interdit d'interdire !" ou encore "Prenez vos désirs pour des réalités". 

Fiche d’identité  

Titre : « Sois-jeune et tais-toi – Réponse à ceux qui critiquent la jeunesse »  

Autrice : Salomé Saqué

Pages : 333 pages

Édition poche : Petite Biblio Payot, mars 2024  

 

Références

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« Travailler demain », le futur du travail vu par 13 personnalités

Entreprise

  4 mins

 

Couverture du livre Travailler demain, le futur du travail vu par 13 personnalités de Mathieu Charrier et Muriel Pénicaud, dessins de Nicoby

Dans cet ouvrage hybride entre la bande dessinée et l’essai journalistique, Mathieu Charrier (journaliste à Lire Magazine), Muriel Pénicaud (ancienne DRH et ancienne ministre du Travail) et le dessinateur Nicoby donnent la parole à des économistes, entrepreneurs, sociologues, syndicalistes et philosophes. En question : « le monde du travail en pleine reconversion » à l’heure des mutations technologiques, écologiques et sociétales.

Pourquoi ce livre est important

Parce qu’il donne à voir la pluralité des analyses sur le travail en confrontant les points de vue de personnalités très diverses : Sophie Bellon (Sodexo), Pascal Demurger (MAIF), Christine Lagarde (Banque centrale européenne) ou encore Moussa Camara (Les Déterminés). Au total, comme le précisent les auteurs en préface, sept hommes et six femmes sollicitées sur « quatre grands thèmes structurants qui vont bouleverser le monde du travail dans les années à venir : l’intelligence artificielle, la transition écologique, le basculement démographique, et le changement profond du rapport au travail. »  

Leurs prises de position  

 

  • Benoit Bazin, PDG de Saint-Gobain

" On n’attend plus la même chose de nos managers, et nos coéquipiers veulent de la responsabilisation et de l’autonomie. Autrefois, c’étaient des managers ‘Trivial Pursuit’, ils devaient savoir répondre à n’importe quelle question ". 

" Aujourd’hui, on a besoin de l’intelligence collective de terrain. Et c’est ça qui permet d’avoir plusieurs scénarios pour s’adapter à n’importe quelle situation ".

  • Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT

" Il faut accompagner les métiers en transition, le syndicalisme de demain doit réfléchir et aller plus loin sur le plan de l’engagement, citoyen et sociétal des salariés ! ".

" L’entreprise doit aussi devenir un espace où l’on peut parler de son travail, s’exprimer sur ces conditions de travail. Le travail de demain sera un espace démocratique ou il ne sera pas ! ".

  • Isabelle Rome, ancienne ministre à l’Égalité femmes-hommes et à la lutte contre les discriminations

" Le futur du travail passe par moins de machisme dans la société. Pour moi, tant qu’on n’aura toujours autant de violences faites aux femmes et qu’on n’éradiquera pas les violences intrafamiliales, on pourra faire toutes les politiques volontaristes qu’on veut en matière d’égalité professionnelle, on n’arrivera pas à l’égalité réelle…. [...] Il y a une violence structurelle de la société à l’égard des femmes, et on la retrouve en entreprise !  ".

  • Moussa Camara, fondateur et président de Les Déterminés

Le fondateur de l’association qui aide les jeunes des quartiers et des zones rurales à fonder leurs entreprises estime que " le travail, c’est quelque chose qui permet de garder ou de gagner de la dignité, quelqu’un qui travaille, il a une autonomie, une liberté. Alors il faut valoriser le travail, en le payant mieux, en faisant en sorte que les gens puissent changer de métier en cours de vie. Notre objectif, c’est que chacun devienne le patron de sa propre vie. On est dans un magnifique pays pour entreprendre, on est dans le pays de toutes les possibilités ".  

Le plus du livre

La spécificité de l’ouvrage réside clairement dans sa forme, la bande dessinée, qui permet d’incarner les enjeux du travail contemporain à travers des dialogues vivants et surtout des situations très concrètes de la vie au travail : dans une usine, une startup, un bureau d’étude, le CHU de Montréal avec Aurélie Jean ou dans les cuisines de Thierry Marx. Nicoby dessine les personnages de la BD avec humour et dévoile leurs personnalités, leurs doutes, leurs désaccords, leurs enthousiasmes.  

Pourquoi ce titre ?

Le titre « Travailler demain. Le futur du travail vu par 13 personnalités » fait à la fois référence à l’exercice prospectif et collectif. Il ne s’agit pas seulement de prédire, mais aussi de reconnaître qu’il n’y a pas de point de vue unique, qu’il faut débattre et négocier. Dans la narration, le futur du travail est le thème de l’exposé de la collégienne Soraya, que l’on suit tout au long du livre avec sa grand-mère DRH sur le point de prendre sa retraite. L’exposé, dans la dernière bulle de la BD, fait l’objet d’un cinglant commentaire de son prof : « Vu la qualité et la précision de ce que tu m’as rendu, il n’y a qu’une intelligence artificielle qui ait pu rédiger cet exposé. » Haha.

Verdict : c'est oui, ou bien c'est non ?  

Oui, pour le thème et la parole donnée aux treize personnalités dont les points de vue sont multiples et complémentaires. En revanche, écrite sans chapitrage ni thématique mise en exergue, le récit est un peu brouillon et il reste parfois difficile de distinguer quelle personnalité prend la parole.

 

Fiche d’identité  

Titre : « Travailler demain. Le futur du travail vu par 13 personnalités »  

Auteur : Mathieu Charrier, Muriel Pénicaud, Nicoby

Pages : 137 pages

Édition : Éditions Glénat, 2025 

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« Vallée du silicium », l'exploration de la face B de la Silicon Valley

Intelligence artificielle

  5 mins

 

Couverture du livre "Vallée du silicium" d’Alain Damasio tenue par une main

Avec « Vallée du silicium », Alain Damasio explore la face B de la Silicon Valley, matrice mondiale de l’innovation technologique. L’auteur de « La Zone du dehors » et de « La Horde du Contrevent » analyse l’imaginaire et les ressorts économiques de la tech. Un livre hybride aux frontières du récit et du roman d’anticipation, qui ne manque ni de singularité ni d’intérêt.

Pourquoi ce livre est important ?

Parce qu’il offre une analyse du phénomène Silicon Valley, devenu lieu totémique de la technologie et capitale mondiale d’un imaginaire humain façonné par son addiction aux smartphones et aux réseaux.  

Parce que « Vallée du silicium » propose de reprendre le contrôle du futur en inventant « un art de vivre avec les technologies, […] une relation aux IA qui ne soit ni brute ni soumise. » En confrontant la promesse originelle d’émancipation de la Silicon Valley à ses dérives actuelles (récolte et marchandisation des données, surveillance, etc.), Alain Damasio appelle à « décider ce qu’on veut faire de notre humanité, comment on veut l’outiller, la prolonger, l’appauvrir en l’asservissant à nos machines ou la redéployer grâce à elles, et parfois sans elles. » L’auteur dénonce aussi le mouvement libertarien devenu l’autre versant du conservatisme. Le livre a paru en avril 2024 soit quelques mois après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et la volte-face idéologique de Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Meta) ou Sundar Pichai (Google).

C’est quoi l’histoire ?  

Ce n’est pas vraiment une histoire, plutôt une sorte de chemin initiatique. Alain Damasio visite les lieux emblématiques de la Silicon Valley ; à chaque étape il échange avec un entrepreneur, un philosophe ou un startupper. Il croise le sociologue Ted Turner, le capital-risqueur et bio-hacker Arnaud Auger ou le pionnier de l’IA appliquée au langage naturel (NLP), Gregory Renard. En donnant la parole à une galerie de personnages qui incarnent la diversité des regards sur la transformation numérique, la disruption de l’emploi ou l’impact écologique du numérique, il parvient à faire sortir la Silicion Valley de son image de carte postale numérique. Un chapitre est consacré au quartier de Tenderloin à San Francisco, historiquement centre important de la scène jazz et des communautés LGBTQ+, mais connu aujourd’hui pour sa pauvreté et sa forte population sans-abri. Cette pluralité de points de vue permet à Alain Damasio d’aborder en parallèle la question des frontières (numériques et terrestres), la privatisation des communs, les addictions et la mutation du rapport au travail.

Essai ou science-fiction ?

Les deux. Comme le note Alain Damasio, « entre la Silicon Valley et les auteurs de science-fiction existe une aimantation réciproque. Les Musk, Bezos ou Zuckerberg ont reconnu leurs dettes envers le cyberpunk ou Star Trek. Nous puisons en retour dans l’absurdité des systèmes domotiques, la prolifération des IA ou la perversion des deadbots, de quoi alimenter nos fictions qui n’en sont plus. Ce que nous partageons est une matière première commune, hautement malléable et hautement inflammable, qui s’appelle le futur. »  

D’une certaine manière, avec ce livre, Alain Damasio revendique que les citoyens ne se laissent pas déposséder de leur pouvoir sur le futur et surtout que la puissance ne soit pas entre les mains des seuls milliardaires de de la tech. Autrement dit : la science-fiction, c’est aujourd’hui et c’est pour tout le monde.

Pourquoi ce titre ?

« Vallée du silicium » est tout simplement la traduction française de Silicon Valley. Ce nom apparu dans les années 70 fait référence à la concentration d'entreprises utilisant le silicium comme matériau de base pour la fabrication de semi-conducteurs. Pour Alain Damasio, la « vallée du silicium » est devenue la capitale-symbole d’une civilisation qui place la technologie au centre de tout. C’est cette centralité que l’auteur interroge, autant comme laboratoire d’innovations que comme machine à produire du rêve et du contrôle social.

Verdict : c’est oui ou bien c’est non ?  

Oui et non. Par moment, je ne savais plus si j’étais dans le récit de la réalité, dans l’essai critique ou dans l’anticipation. Perturbant. Mais c’est aussi cette forme littéraire inattendue et singulière qui m’a marquée. Alain Damasio explique ce qu’il est venu chercher lors de ce périple dans la Silicon Valley : « parvenir à penser contre moi-même ». Et c’est exactement ce qu’il permet, aussi, à ses lecteurs et lectrices.

Oui, pour la lecture personnelle de l’univers de la tech, ni inutilement technophobe (« toute technophobie est une farce »), ni bêtement technophile. Oui, pour la puissance de la réflexion qui dépasse la simple critique de la tech pour interroger notre rapport collectif à l’innovation et au pouvoir.

Oui, pour sa forme littéraire inventive. Alain Damasio note que la vie quotidienne d’un auteur d’anticipation est d’inventer des mots pour décrire le monde qu’il imagine. De fait, chaque page ou presque génère un concept ou un nouveau mot : « encorps », « homo appli », « requiâme », ou « numiversel » pour nommer notre usage universel du numérique. Plus original encore, le livre fonctionne sur le principe de l’alternance de chapitres écrits au masculin universel (les Européens) ou au féminin (les Européennes). « Comme vous l’éprouverez sûrement, indique l’auteur en postface, ce modeste retournement produit un trouble réel, que je trouve stimulant, sinon salutaire. »

Oui enfin, parce que sa réflexion sur nos usages de l’IA conversationnelle est d’actualité. Il constate le risque de s’enfermer dans le « technococon », cette bulle numérique « que va devenir notre IA personnelle ». L’acronyme IA à qui il donne d’ailleurs une nouvelle définition : IA comme « intelligence amie ».  

Conclusion ? On devrait plus souvent écouter les romanciers analyser le réel.

 

Fiche d’identité  

Titre : « Vallée du silicium »  

Auteur : Alain Damasio  

Pages : 333 pages

Édition : Albertine Seuil 

Références

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chronique

« Anti-chaos » : un livre dessiné pour temps tumultueux

Climat social

  5 mins

 

Livre Anti-chaos de Matthieu Dardaillon pour agir dans un monde complexe et incertain

Le livre « Anti-chaos » de Matthieu Dardaillon arrive au bon moment pour nous aider à agir face à la sensation de tumulte. Il décrit notre époque comme celle de « temps post-normaux », marqués par la complexité, l’accélération et la polarisation. Face au « brouillard décisionnel » qui en découle, l’auteur propose 11 principes concrets, illustrés d’exemples et d’exercices, pour reprendre le pouvoir d’agir, individuellement et collectivement.  

Pourquoi ce livre est important

Peut-être parce qu’il sera le vademecum pour faire face, concrètement, à l’impression que tout va trop vite. « L’ambition est de contribuer à redonner du pouvoir d’agir pour naviguer dans l’incertitude et faire émerger un nouveau monde » explique Matthieu Dardaillon.

Au début du livre, il fait le constat que nous sommes entrés dans des « temps post-normaux » (postnormal times), concept développé par l’universitaire Ziauddin Sarda pour évoquer une époque marquée par une combinaison de trois phénomènes : complexité, accélération, polarisation. Nous vivons un moment où nous avons l’impression que tout arrive en même temps : les guerres et les conflits géopolitiques, les catastrophes environnementales, les fractures sociales, etc. Le tout, créant une série d’injonctions contradictoires à la fois pour les individus, les entreprises et les états. Face à ce qu’il appelle le « brouillard décisionnel », Matthieu Dardaillon ne se contente pas d’un discours analytique; il donne des outils pour devenir les acteurs du changement. “Cela se joue chaque jour, dans chaque petite et grande décision”.  

Les moments forts

Le parcours proposé dans « Anti-chaos » est jalonné d’exemples et d’exercices pratiques pour réorganiser son rapport au temps et à l’action. Parmi les 11 principes qu'il développe, je retiens en particulier sa préconisation de « focaliser sur sa zone d’influence. » 

Admettons qu’il y existe trois zones : la zone de préoccupation (le climat, les guerres, etc.), la zone d’influence (ce sur quoi je peux avoir une influence directe via mes interactions) et la zone de contrôle (« tous les aspects de ma vie et de mon environnement sur lesquels je peux agir directement »). L’auteur préconise de pas consacrer son énergie à la zone de préoccupation : « cela génère de la frustration et de l’anxiété, entretient l’énergie négative et empêche de travailler sur le sujet pour lequel vous pouvez vraiment quelque chose ». Autrement dit, inutile de rester branchés sur les chaînes infos, sauf si vous acceptez de vivre accablés. Mieux vaut se concentrer sur les zones sur lesquelles nous pouvons avoir un impact : la zone de contrôle pour agir ou la zone d’influence pour influencer.  

 

Le dessin ci-dessus est une autre manière d’exprimer ce qu’écrivait le philosophe stoïcien Marc Aurèle, et que cite Matthieu Dardillon : « Que la force me soit donnée d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celles que je peux changer, et la sagesse de distinguer l’un de l’autre. »

Le plus du livre

L’illustration ! Le livre contient 120 dessins ou schémas, tous signés par Matthieu Dardaillon. Les dessins sont conçus pour rendre accessibles et mémorables des phénomènes parfois complexes (par exemple la Grande accélération qui désigne la période où les flux de matières et d’énergie explosent à l’échelle du globe). En écho à une écriture vraiment fluide et accessible, les dessins constituent clairement la singularité du livre. L’auteur veut « redessiner le monde », première étape réussie : c’est un livre dessiné.

Pourquoi ce titre ?

Le titre « Anti-chaos » exprime la démarche du livre : combattre le désordre intérieur par la conscience, l’action réfléchie et la solidarité. « Le chaos n’est pas une fatalité, c’est un état que l’on peut apprendre à apprivoiser. » Si on se reporte au sens grec de « khaos », la notion évoque l'état primordial de l’univers où tout est indifférencié, mais aussi où tout est possible. C’est ce que veut montrer Matthieu Dardaillon : « le chaos est un signal : il indique qu’il est temps de changer. […] Nous savons qu’il faut inventer autre chose. Le modèle actuel est fondé sur des choix que nous avons faits dans le passé, qui ne sont plus adaptés au défi actuel. Nous savons qu’il faut le mettre à jour. Ce système a été créé par les humains. Il peut être redessiné par les humains. Il n’y a pas de fatalité. »

Qui est Matthieu Dardaillon ?

Matthieu Dardaillon est cofondateur de Ticket for Change, une organisation qui accompagne la nouvelle génération d'entrepreneurs à impact depuis 2014. Il est aussi coprésident de la Convention des Entreprises pour le Climat. Après 10 ans d’entrepreneuriat, il a senti, en 2023, qu’il n’avait plus les bons outils pour décider. Il a quitté la vie publique ainsi que les réseaux sociaux. Il a choisi de s’engager dans une année d’ « exploration » et de « vide fertile ». En 2025, il revient avec « Anti-chaos », un livre qui selon lui est « la première brique d'une aventure plus large qui se veut collective : redessiner le monde ».

Verdict : c'est oui, ou bien c'est non ?  

C’est oui + +. En librairie, il est classé au rayon « développement personnel », ce qui m’a étonnée car je m’attendais à un essai très analytique sur les entreprises à impact et sur la complexité des défis économiques et environnementaux. En réalité, ce n’est ni un essai ni un livre de développement personnel. À moins que cela ne soit les deux. Dans le développement personnel, les ressorts sociologiques de nos actions sont souvent complètement gommés et la réussite ou le bonheur semblent dépendre uniquement de l'individu. Ici, individu et collectif sont vus comme Interdépendants. C’est un livre à lire pour retrouver du souffle et des perspectives dans un monde souvent trop agité. 

Références

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chronique

«  À la ligne » : chronique du travail à la chaîne

Entreprise

  4 mins

 

Livre À la ligne de Joseph Ponthus sur le travail à la chaîne en usine agroalimentaire

« À la ligne – Feuillets d’usine » est un témoignage littéraire singulier qui éclaire l’expérience du travail à la chaîne. Joseph Ponthus y raconte son quotidien d’ouvrier intérimaire dans les usines agroalimentaires de Bretagne. Son écriture, à la fois factuelle et poétique, propose une immersion poignante dans un univers professionnel rarement raconté.  

Pourquoi ce livre est important  

"À la ligne" est un livre important car il permet de comprendre les réalités du travail à la chaîne, un sujet rarement exploré. C’est le récit de la vie quotidienne d’un trentenaire employé en intérim dans des usines agroalimentaires. Le narrateur nous emmène avec lui dans une conserverie de poissons, où il passe de la ligne des crevettes et poissons frais, à celle des poissons panés, puis à l’égouttage du tofu utilisé dans des plats cuisinés. Il est ensuite embauché dans un abattoir d’animaux.

Mais il ne faut pas se limiter à ce pitch factuel car le livre est bien plus que cela : c’est autant un témoignage poignant qu’une performance littéraire mêlant poésie et réalisme social. La juxtaposition des images très concrètes (les palettes de 500 kilos de bulots surgelés, les co-déchets, le nettoyage des ateliers de découpe de viande, « le sang, le sang, le sang »), des références littéraires (Apollinaire -beaucoup-, Claudel, Hugo) et des citations de poèmes ou de chanson créent un contraste inattendu. Le livre dit beaucoup aussi de la désillusion de toute une génération de diplômés du supérieur qui, faute de trouver un emploi dans leur domaine, se trouvent dans une précarité professionnelle et financière permanente.

 

Les moments forts 

• Les passages où Joseph Ponthus décrit avec précision les gestes répétitifs, le bruit incessant, les odeurs de poisson ou de viande et la fatigue du travail à la chaîne sont intenses.  

• Les évocations de la douleur – au dos, aux mains, partout-, les collègues de travail - le gratteur de clopes, le jeune de 20 ans qui va bientôt se marier avec son copain-. et tous les moments où l’amour, la fraternité ou la poésie prennent le dessus.

• Les deux lettres de la fin du livre, l’une à sa mère, l’autre à « Mon épouse amour ».

• La toute dernière phrase de la toute dernière page : « Il y a qu’il n’y aura jamais / De / Point final / À la ligne »

 

 

Le plus du livre 

Ce qui distingue "À la ligne", c’est sa forme narrative. Alors qu’en général le saut de ligne ou le retour à la ligne signale visuellement un nouveau paragraphe, il est ici utilisé systématiquement, créant des vers libres comme dans un poème. Pas de virgule, pas de point, cette absence de ponctuation crée une impression de présent perpétuel et la perception du temps qui s’étire sans fin comme les trois huit de la chaîne de production. Joseph Pontus a le talent pour évoquer des moments ou des situations en très peu de mots. La fluidité et la simplicité apparente du texte sont possibles grâce à une précision radicale dans le choix des mots.

 

Pourquoi ce titre ?

« À la ligne » évoque le retour à la ligne utilisé systématiquement par l’auteur. Le titre fait aussi référence au travail à la chaîne, la méthode d'organisation industrielle mise en place au début du 20è siècle dans l’usine américaine d’Henry Ford. Lui-même s’était inspiré des abattoirs de Chicago où les carcasses défilaient devant les ouvriers, permettant une production plus rapide et moins coûteuse. Enfin le titre fait écho à la toute dernière ligne de la dernière page du livre : « Il y a qu’il n’y aura jamais / De / Point final / À la ligne »

Qui est Joseph Ponthus ?

Combien d’œuvres marquantes aurait pu écrire Joseph Ponthus s’il n’était pas mort mort d’un cancer en 2021 à seulement 42 ans ? Baptiste Cornet alias Joseph Ponthus de son nom de plume avait publié « À la ligne » en 2019. Son dernier écrit a été publié l’année de son décès chez Calligrammes, dans le cadre d’un recueil collectif intitulé « Ne vivent haut que ceux qui rêvent – Avec Xavier Grall ». Son texte s’intitule : « À l’inconnue qui nous dévore ».

Rien ne prédestinait a priori Joseph Ponthus à travailler à la chaîne dans les usines agroalimentaires bretonnes. Il avait fait des études littéraires et avait ensuite travaillé comme éducateur près de Paris. Mais il s’était marié et avait déménagé à Lorient. Faute de trouver du travail, il s’était inscrit dans une agence d’intérim. Chaque soir, de retour de l’usine, il prenait des notes et consignait les sensations physiques de son travail, ses réflexions ou ses conversations avec ses collègues. Quand son livre finit par sortir, aux Éditions de la Table ronde, il en envoie un exemplaire à la direction de l’abattoir dans lequel il travaille encore. Sa mission n’est pas renouvelée.

Verdict : c'est oui, ou bien c'est non ? 

C’est oui sans hésitation. Rares sont les livres qui racontent le quotidien du travail – qui plus est en usine - avec autant de détails, de justesse et d’humanité. Et de talent.

Petit point d’attention : si vous lisez ce livre et que vous découvrez la réalité de l’activité des usines de l’agroalimentaire, il se peut que vous n’ayez plus jamais envie de manger ni viande ni crevettes.

 

Fiche d’identité

Éditeur : Folio (initialement La Table ronde) 
Genre : littérature 
Date de publication : 2019 
Nombre de pages : 277 
 

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