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chronique

La transparence radicale des salaires : les leçons de Buffer

Culture d'entreprise

  4 mins

 

image scindée en 3 parties et qui représente 3 personnes chacune devant un ordinateur.

Chez Buffer, pas de ragots, ni de spéculations sur les salaires : du CEO au dernier employé arrivé, tout le monde connait la rémunération de ses collègues. Cela va même plus loin,  n’importe qui peut consulter ces informations sur le site web de Buffer. La scale-up est aujourd’hui une référence de la longévité de sa politique salariale : depuis 2013, ses leaders ne sont jamais revenus en arrière.  

L’aventure a néanmoins connu ses zones de turbulences. En effet, passer de 17 à 75 employés et de 8 à 30 métiers a apporté son lot de challenges. En dix ans, le salaire moyen chez Buffer est passé de 100 000 à plus de 150 000 dollars. Plus impressionnant encore : son chiffre d’affaires a bondi de 2 à 18 millions de dollars entre 2013 et 2024. Au-delà des chiffres, loin de créer des tensions, la transparence salariale a renforcé la confiance et l’engagement des équipes.

Le pari risqué de la transparence absolue

En 2013, lorsque Buffer décide de rendre publics tous ses salaires, les pessimistes prédisent un échec. Les critiques fusent : le risque de tensions en interne, l’asymétrie d’information vis-à-vis des concurrents, l’attractivité pour attirer de nouveaux talents… Pourtant, avec un recul de plus de dix ans, tous les voyants sont au vert.  

Néanmoins, cette innovation a demandé certains ajustements. Avec la croissance de l’entreprise, la diversification des rôles et des compétences en interne, le système est devenu tellement complexe que seul le DAF était en mesure de le décrypter. Appliquer une règle claire et équitable de rémunération est devenu un vrai casse-tête. En 2022, une erreur dans le calcul d’un salaire a provoqué une mini-crise de confiance. Cet incident aurait pu pousser l’entreprise à rebrousser le chemin.  

Paradoxalement, son dirigeant, Joel Gascoigne, en a profité pour enfoncer le clou. “Peu après cette erreur, j’en ai assumé l’entière responsabilité, j’ai corrigé le salaire et j’ai partagé avec l'ensemble de l’équipe tous les détails de la manière dont elle s’était produite. À cette époque, j’ai pris l’engagement d’œuvrer en faveur de la transparence et de la simplicité des salaires”, écrit-il sur le blog de l’entreprise.    

La clarté et la pédagogie plutôt que les tableurs

Pour éviter une usine à gaz, Buffer a dû repenser la gestion de ses rémunérations. Terminés les calculs opaques, place à la simplicité. Concrètement, l’entreprise a mis en place un système en trois étapes :  

  • Le benchmark : l’entreprise analyse d’abord les salaires pratiqués sur le marché tech pour des entreprises de taille similaire
  • La création de sa propre grille de salaires, volontairement plus généreuse que le marché pour attirer les meilleurs talents  
  • Le calcul du salaire individuel, en fonction des critères clairs comme l’expérience, le rôle ou encore le lieu de vie

Cette nouvelle approche repose sur quatre principes clés, inspirés des valeurs de l’entreprise :

  • La transparence : tous les salaires sont publics, consultables par tous
  • L’équité : à responsabilités égales, salaire égal, sans exception
  • La simplicité : chaque employé doit pouvoir comprendre facilement comment sa rémunération est calculée
  • La générosité : des salaires volontairement au-dessus du marché pour l’attractivité auprès des candidats.  

“Sans simplicité, la transparence perd de son sens", affirme le CEO de Buffer. Cette ouverture va de pair avec la pédagogie. Encore aujourd’hui, l’entreprise organise régulièrement des sessions d’explications pour que chacun comprenne les règles du jeu.

En France, la transparence avance masquée

En France, les entreprises sont encore bien frileuses à l’idée d’une transparence totale des rémunérations. Toutefois, quelques pionniers testent le dispositif à leur sauce. Le Groupe Thermador, fait figure d’avant-garde en la matière, pratique la transparence salariale depuis sa création en 1968. Dans le cabinet de conseil Imfusio, chaque collaborateur définit “en conscience” sa propre rémunération qui est connue de tous. Chez Alan, la grille salariale unique basée sur des critères clairs (expérience professionnelle, impact attendu et séniorité) ; la grille est accessible en interne et ouverte aux candidats lors du recrutement.  

Dans un marché du travail tendu, la transparence est devenue un argument fort de marque employeur. Cependant, nous sommes encore loin de sa généralisation. Les freins sont autant culturels que pratiques. En France, l’argent est un sujet tabou et le salaire est souvent perçu comme une information confidentielle. Les managers craignent les tensions, les comparaisons, voire les départs. Pourtant, les pionniers français rapportent des résultats positifs, comme l’ambiance plus saine entre managers et salariés, l’engagement accru et une confiance renforcée. La proactivité pourrait bientôt être remplacée par une obligation légale. La nouvelle directive européenne risque de changer la donne : d’ici à 2026, les entreprises devront communiquer leurs critères de rémunération et permettre aux salariés de comparer leurs salaires avec ceux de leurs collègues occupant des postes similaires. Ira-t-on jusqu’à la généralisation du principe de transparence de rémunérations en France ? En tout cas, les nouvelles règles du jeu redessineront sans doute le rapport à l’argent dans l’entreprise. 

 

Mythes de bureau

La chronique bouscule les préjugés, les idées reçues et les croyances parfois fausses qui façonnent nos comportements professionnels. Parce que la réalité du travail se joue dans les nuances et rarement dans les certitudes, « Mythes de bureau » interroge ce qui semble évident et invite à dépasser les stéréotypes qui limitent notre vision du travail.

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Le modèle Spotify ou comment composer des équipes autonomes

Culture d'entreprise

  3 mins

 

Groupe de musiciens de rue jouant de la guitare, violon et contrebasse avec énergie.

Squads, tribus, chapitres et guildes… Non, nous ne sommes pas dans une partie de Fortnite, mais au cœur du modèle de Spotify. L’organisation agile du géant suédois de streaming a fait beaucoup de bruit. La mélodie est envoutante : plus d’agilité, plus d’innovation, plus d’engagement.  Une promesse séduisante qui soulève pourtant des défis majeurs. Car avec plus de 9000 collaborateurs à travers le globe, maintenir le tempo de l’agilité devient un exercice d’équilibriste. Et la partition, aussi brillante soit-elle, ne semble pas adaptée à tous les orchestres.

L’art de composer avec des équipes autonomes

Dans les coulisses de Spotify, vous trouverez un véritable village musical :

  • Les squads, qui sont comme les groupes de musique, composés de huit personnes maximum. Chaque groupe est responsable de créer son propre morceau (une partie du produit Spotify). Ils choisissent leur style, leurs instruments et même leurs invités. Le leader du groupe émerge naturellement, comme dans une jam-session.
  • Les tribus sont comme un festival de musique. Chaque tribu est un ensemble d’équipes regroupées autour d’un objectif commun (par exemple, une nouvelle fonctionnalité). Ces tribus veillent à ce que toutes les chansons s’accordent pour créer un projet global cohérent.
  • Les chapitres sont comme des masterclass spécialisées. Par exemple, une masterclass pour les guitaristes, une autre pour les chanteurs. Ces sessions permettent aux musiciens de tous les groupes de perfectionner leurs compétences spécifiques.
  • Les guildes sont comme des clubs de fans ou des forums de discussion ouverts à tous. Les passionnés de rock, de jazz ou de production musicale se réunissent ici pour échanger des idées, peu importe leur groupe ou leur festival.  

Cette structure unique des équipes de Spotify vise à permettre à chaque collaborateur d’exprimer sa créativité tout en contribuant à l’harmonie globale de l’entreprise.  

Toutefois, la vraie question n’est pas « Comment répliquer ce modèle ? », mais plutôt « Sommes-nous prêts à lâcher la baguette du chef d’orchestre ? »

La dissonance créatrice : pas d’autonomie, pas d’innovation

L’alchimie secrète du modèle, c’est un équilibre subtil entre l’autonomie et la responsabilité des salariés. Mais il y a un hic : on ne peut pas cloner une culture d’entreprise. Il ne suffit pas de copier-coller un organigramme et attendre une explosion de l’innovation.

Chez Spotify, chaque squad a la liberté d’improviser mais doit rester en harmonie avec l’ensemble. C’est bien la difficulté pour la majorité des organisations. Elles vénèrent l’innovation, mais elles craignent de lâcher le contrôle.  

Le modèle traditionnel fonctionne selon une hiérarchie pyramidale : les normes sont imposées du haut en bas. Chez Spotify, les meilleures pratiques émergent dans les équipes et se diffusent du bas en haut.  

Or, accorder l’autonomie aux collaborateurs, c'est accepter les fausses notes. C’est laisser ses équipes expérimenter, échouer, recommencer. Sans cette culture de l’apprentissage, point d’innovation. Et fatalement, moins d’engagement. Mais combien d’entreprises sont réellement prêtes à laisser davantage de liberté et d’autonomie à leurs collaborateurs ? Combien laissent vraiment la place à la vulnérabilité et à l’échec ? Sans doute une minorité.

Et ce n’est pas tellement une question de la taille de l’entreprise, mais de sa culture. Le modèle Spotify n’est pas un simple changement d’organigramme, mais une révolution culturelle. Il ne suffit pas non plus de donner des titres cool aux collaborateurs et aux équipes. Avant de vouloir copier un modèle d’organisation, posez-vous la question : Votre culture d’entreprise tolère-t-elle les bémols et les dissonances créatrices ?

Le modèle Spotify n'est pas une recette à suivre à la lettre. C’est plutôt une invitation à examiner sa culture et sa capacité à favoriser les apprentissages. Un original bien orchestré vaudra toujours mieux qu’une pâle reprise.

 

Melting work

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L’art du feedback aux Pays-Bas : brutalement honnête mais... constructif

Culture d'entreprise

  4 mins

 

Personnes à vélo devant des immeubles modernes aux Pays Bas

Aux Pays-Bas, un feedback négatif se donne sans détour. Pas d’ "axes d'amélioration”, ni de “points de vigilance” comme en France. Votre présentation n’est pas top ? On vous le dit. Votre projet a des failles ? On les pointe directement. Un contraste abyssal avec la culture organisationnelle française, où nous excellons dans l’art de l’euphémisme. Pourtant, dans les entreprises néerlandaises, comme chez Booking, cette franchise brutale accélère l’innovation : les projets avancent plus vite, les équipes sont plus soudées et les décisions se prennent en quelques réunions au lieu de semaines d’atermoiements.

Décrypter le feedback version Pays-Bas

Pour les Néerlandais, un feedback franc et direct est la norme. Pas besoin de tourner autour du pot, arrondir les angles ou diffuser des messages codés. Dans les entreprises, les collaborateurs et collaboratrices structurent leur retour d’expérience avec méthode. D’abord, ils décrivent précisément le comportement ou la situation observée. Puis, ils en analysent l’impact concret sur l’équipe ou le projet. Enfin, ils proposent des pistes d’amélioration claires.

Chez Booking, cette culture du feedback direct est un vrai carburant pour l’innovation. Les employés sont encouragés à exprimer leurs opinions sans filtre, créant un environnement où les idées s’affinent plus rapidement. Dans les processus de l’innovation, le feedback direct favorise l’agilité : on ajuste et on améliore les produits plus rapidement. Et qui dit l’agilité, dit plus de compétitivité dans un marché en évolution rapide. C’est une approche étonnante comparée au management à la française : là où nous manions l’art du sous-entendu, les Néerlandais privilégient la clarté brutale.

Cette différence s’explique par les différences culturelles. Selon Erin Meyer, professeure à l’INSEAD et experte en management interculturel, les Néerlandais opèrent dans un « contexte de communication faible » : tout doit être explicite et non sujet à interprétation. À l’inverse, la culture française inclut davantage de nuances et de sous-entendus dans les interactions professionnelles. Si cette franchise peut déstabiliser les équipes françaises, elle fait pourtant ses preuves aux Pays-Bas : le feedback direct y est devenu un véritable accélérateur d’innovation. 

Une franchise qui soude plus qu’elle ne blesse

Aux Pays-Bas, le désaccord n’est pas vu comme une menace, mais une chance de s’entraider et de s’améliorer. Selon Fons Trompenaars, expert en management interculturel, cette approche s’enracine dans la culture même du pays : les Néerlandais valorisent l’autonomie personnelle et considèrent le conflit comme un facteur de progrès dans l’organisation.  

L’une des explications de cette franchise, c’est une hiérarchie plus horizontale. Chez Booking, comme dans la plupart des entreprises néerlandaises, la distance entre managers et équipes est minimale. Les leaders sont perçus comme des facilitateurs plutôt que comme des figures d’autorité. Cette structure encourage donc l’expression directe des opinions et des désaccords.  

Le résultat ? La dynamique d’équipe devient plus fluide. Comme l’observe Erin Meyer, ce style de management direct permet d’éviter les malentendus et d’accélérer la prise de décision. Car oui, aux Pays-Bas, le feedback est considéré comme un outil constructif plutôt que comme une critique. Résultat ? Les équipes osent davantage innover et prendre des risques.  

Le paradoxe français face au feedback

En France, ces pratiques de feedback direct peuvent sembler brutales, voire contre-productives. Notre culture organisationnelle valorise ce qu’Erin Meyer appelle un « contexte de communication élevé » : les messages importants passent souvent entre les lignes, dans une danse subtile de non-dits et de sous-entendus.

Derrière nos silences polis se cache un vrai problème. Selon Fons Trompenaars, là où les Néerlandais voient dans le désaccord une source d’amélioration, nous le percevons parfois comme une menace à l’harmonie du groupe. Conséquence ? Des réunions qui s’éternisent, des décisions qui traînent et des frustrations qui couvent.

Certaines entreprises françaises, notamment dans la tech, commencent à s’inspirer de cette culture de feedback direct, tout comme les filiales hexagonales de grands groupes néerlandais. L’idée n’est pas de copier aveuglément le modèle, mais d’en extraire l’essence : une communication plus directe, centrée sur les solutions plutôt que sur la préservation des égos. Car finalement, la vraie question n’est pas de savoir si nous sommes prêts pour plus de franchise, mais si nous pouvons encore nous en passer quand l’agilité et l’innovation sont devenues une question de survie. 

 

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Le Fika suédois : la pause-café aux vertus de team building

Culture d'entreprise

  3 mins

 

Deux tasses de café et des cinnamon buns suédois avec un drapeau suédois sur une table.

En Suède, la pause-café ne souffre d’aucun grain de contestation. Manquer la pause-café est plus grave que rater une deadline. Imaginez un instant une entreprise où tout s’arrête : les réunions s’interrompent, les écrans se ferment, les échanges professionnels cessent... pour prendre un café. Non, nous ne sommes pas dans une énième mini-révolution venant de la culture startup, mais dans n’importe quelle entreprise suédoise.  

Le fika est une institution culturelle en Suède. Deux fois par jour, les équipes se retrouvent autour d'un café et de pâtisseries pour parler de tout et de rien - rarement du travail. Une simple pause qui cache pourtant des bénéfices managériaux insoupçonnés.  

La pause sacrée qui ne se refuse pas

Le terme fika vient de l’inversion des syllabes du mot suédois ancien pour café, kaffi. Cette sacralisation a un parfum de prohibition : au XVIIIe siècle, quand le roi Gustave III interdit le café, la haute société se retrouvait en secret dans des kaffehus pour le déguster. Une histoire qui explique peut-être pourquoi la Suède est aujourd'hui le troisième plus gros consommateur de café au monde.

Dans les entreprises suédoises modernes, le fika rythme la journée à heures fixes. Pas question de prendre son café sur un coin de bureau en scrollant ses emails ! Les entreprises aménagent des espaces dédiés et confortables où les équipes se retrouvent autour d'un café de qualité et de pâtisseries traditionnelles comme le kanelbulle, ce roulé à la cannelle emblématique. Plus qu’une simple pause, c'est un pilier de la culture d’entreprise, considéré comme essentiel pour la communication informelle et la collaboration

Une culture d’entreprise qui se sirote

D’après Geert Hofstede, professeur à l’Université de Maastricht et pionnier dans l’étude comparative des cultures nationales, la Suède se distingue par un indice de distance hiérarchique très bas. Cette particularité culturelle se reflète parfaitement dans le fika, où tous les employés, indépendamment de leur fonction, partagent le même moment. Philippe d’Iribarne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du management interculturel, montre que chaque culture façonne ses pratiques managériales. Le fika illustre parfaitement ce postulat : les conversations informelles renforcent naturellement les liens entre collègues.

Les bénéfices dépassent le simple cadre social. Pour Christophe Haag, professeur de comportement organisationnel à l’EM Lyon Business School, ces pauses sont essentielles au fonctionnement du cerveau : prendre de la distance avec son travail et partager des moments de rire stimule la créativité et améliore notre capacité à résoudre les problèmes.  

En France, la pause-café se joue en sous-titres

La France a une relation ambivalente avec la pause-café. Si 89% des salariés français s’adonnent à ce rituel quotidien selon une enquête de l’IFOP en 2018 et que 73% des moins de 35 ans y voient un moment clé d’intégration, la pratique reste régie par des codes implicites complexes. Qui invite qui ? À quelle table s’asseoir ? Pour les plus introvertis, c’est plutôt un moment générateur de stress que de détente. D’ailleurs, 30% des salariés, notamment les seniors, préfèrent leur pause en solo.

Est-ce qu'on devrait ritualiser la pause-café en France, en s'inspirant du fika ? Comme le rappelle Philippe d’Iribarne, chaque culture développe sa propre interprétation des rites professionnels. Là où la Suède a institutionnalisé un moment de déconnexion totale, la France cultive une pause-café plus spontanée, mais aussi plus ambiguë, où se mêlent les potins et les conversations sérieuses. Car finalement, cette ambiguïté ne reflète-t-elle pas notre rapport paradoxal au temps de travail ? 

 

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Aux États-Unis, Costco résiste et maintient sa politique Diversité et Inclusion

Inclusion

  4 mins

 

Façade d’un entrepôt Costco, symbole de son engagement en faveur de la diversité aux États-Unis. Tigard, Oregon, USA.

Pendant que Walmart, Meta ou Amazon détricotent leurs politiques de diversité, un géant de la distribution américain fait de la résistance. Aux États-Unis, Costco affronte ouvertement un mouvement conservateur de plus en plus hostile aux initiatives de diversité et d’inclusion. Malgré ces vents politiques contraires, avec 6,29 milliards de bénéfices en 2023 et des parkings qui débordent, l’entreprise prouve que l’éthique n’est pas une utopie. 

L’histoire de cette résistance débute en janvier 2025, lorsqu'un think tank conservateur, le National Center for Public Policy Research, lance une offensive contre les programmes de diversité de l’entreprise (DEI). Mais là où d’autres groupes plient face à l’administration Trump, Costco riposte. Une confrontation qui "débunke" l’opposition absolue entre valeurs et profits.

Au grand mât de la résistance : braver les vents contraires  

Depuis la décision historique de la Cour suprême interdisant la discrimination positive à l’université, puis l’avènement de l’administration Trump, c’est le grand renoncement outre-Atlantique. Walmart, Target, Meta, Amazon, Google, Harley-Davidson, McDonald’s, Boeing… La liste s’allonge de jour en jour. Dans les conseils d’administration, la diversité et l’inclusion ne sont plus une fierté affichée, mais un risque à gérer. Dans ce contexte particulier, le National Center for Public Policy Research lance une offensive contre Costco. En tant qu’actionnaire il exige une évaluation des « risques » des programmes DEI. Son argumentaire s’appuie sur les risques juridiques, le préjudice financier et les menaces pour les actionnaires: diversité et inclusion en entreprise ne seraient plus bienvenues. La réponse du PDG de Costco, Ron Vachris, est sans appel : « Si ces politiques vous semblent offensantes, je ne suis pas prêt à changer ». Une position qui apparaît extrêmement risquée. Pourtant, le 24 janvier 2025, les actionnaires de Costco rejettent à 98 % la demande de révision des programmes DEI. Un message fort qui veut démontrer que la résistance aux pressions idéologiques peut venir du cœur même du capitalisme américain.

Diversité et inclusion : un avantage concurrentiel ?  

La résistance de Costco est en train de devenir un cas d’école. Là où les détracteurs des politiques DEI dénoncent la « discrimination inversée », Costco met en avant une vision pragmatique de la diversité. L’entreprise n’a pas besoin de recourir aux quotas ou à la discrimination positive, mais adopte une approche centrée sur l’égalité des chances et l’équité salariale. Une nuance subtile qui fait toute la différence dans un débat souvent caricatural. Cette vision est autant idéologique que pragmatique. Pour Costco, la diversité n’est pas une contrainte morale, mais un vrai avantage compétitif. Innovation boostée grâce à la diversité, satisfaction améliorée des employés et relations renforcées avec les fournisseurs, en particulier les petites entreprises. Dans un marché du travail concurrentiel, cette politique s’avère finalement très bénéfique. Les 300 000 salariés de Costco à travers le monde en témoignent : l’inclusion n’est pas qu’une valeur affichée, c’est un moteur de croissance. Pendant que certaines multinationales démantèlent leurs programmes DEI au nom de la « réduction des coûts », Costco voit ses bénéfices s’envoler. Et si en réalité la véritable prise de risque n’était pas de maintenir ses engagements, mais de les abandonner ? Au moment où les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux (vraies) valeurs des entreprises, le courage pourrait bien être la meilleure des stratégies.

Quand les consommateurs reprennent le pouvoir

Dans cette résistance aux pressions politiques, la voix des consommateurs pèse. Le cas Costco dévoile la mue du capitalisme américain traditionnel, lorsque les valeurs commencent à peser plus lourd que les prix. Alors que certaines entreprises subissent le revers de leur renoncement aux politiques DEI — à l’image de Target, victime d’appels au boycott —, les parkings de Costco sont pleins à craquer. C’est probablement le signal que finalement le marché pourrait bien être le meilleur rempart contre les dérives idéologiques. Dans cette période de fortes turbulences, c’est la question de la responsabilité sociale des organisations qui revient sur le devant de la scène. L’exemple de Costco démontre qu’une entreprise peut résister aux pressions politiques sans compromettre sa performance économique. Les convictions deviendraient-elles un avantage concurrentiel? Ce cas d’école pourrait en inspirer d’autres sur la question du courage du leadership.

Alors que les consommateurs votent de plus en plus avec leur portefeuille, la cohérence entre valeurs affichées et pratiques réelles devient un enjeu stratégique. Et la question pourrait être réabordée: défendre ses convictions, ou plutôt les abandonner? Un constat à ce jour: le marché semblerait pouvoir récompenser les entreprises qui restent fidèles à leurs valeurs. Costco affiche en effet d'excellents résultats financiers et une surperformance boursière depuis le début d'année, et sa clientèle lui est plus fidèle que jamais, pendant qu'en revanche certains de ses concurrents - dont Target - subissent un important backlash. 

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Plano Clima : le Brésil laboratoire de l’économie écologique et sociale

Transitions

  3 mins

 

Vue aérienne d’éoliennes sur la côte du Nord-est au Brésil (Mataraca), entre océan et forêt

Le Brésil ambitionne de devenir le chef de file de la lutte climatique mondiale. À ce titre, le pays s'est fixé un objectif de taille : diminuer  d'ici 2035 les émissions nettes de gaz à effet de serre de 67% par rapport à ce qu'elles étaient en 2005. Toutefois, celui qu'on appelle le "poumon vert" de la planète doit composer avec la réalité en faisant coexister ambitions écologiques et développement économique. Pas simple. 

L’industrialisation verte : le pari brésilien

Le fil rouge de la stratégie de lutte contre le changement climatique au Brésil, c’est le “Plano Clima” (le plan national sur le changement climatique du Brésil). Pensé pour guider la politique environnementale jusqu’en 2035, ce plan repose sur des stratégies d’atténuation et d’adaptation, sur des approches transversales et sur des plans sectoriels bien spécifiques. Sa force et son originalité résident sans doute dans l’inclusion de toutes les parties prenantes : la société civile, le secteur privé et les collectivités territoriales.  Car le Brésil se démarque par un mix énergétique original : avec environ la moitié de son énergie qui est primaire et plus de 80% de ses électricités issues de sources renouvelables, le "pays-continent" est largement au-dessus des moyennes mondiales (respectivement 15% et 29%). Cette stratégie s’appuie sur la création de pôles industriels implantés volontairement près des sources d’énergies renouvelables. À l'instar du Nordeste, région historiquement défavorisée devenue laboratoire de la transition écologique avec 92% de la puissance éolienne qui y est installée.  

De la crise pétrolière aux énergies renouvelables : un pragmatisme visionnaire  

L’histoire de la transition énergétique brésilienne est singulière. Lors du choc pétrolier des années 70, la flambée des prix du pétrole a poussé le gouvernement à investir massivement dans les biocarburants. Le programme Proalcool, lancé en 1975, a redirigé massivement l’industrie sucrière -centenaire- vers la production d’éthanol. Si bien que le Brésil est devenu le deuxième producteur mondial de ce biocarburant. Face aux épisodes climatiques extrêmes qui frappent de plein fouet le continent - avec des périodes prolongées de sécheresse et la baisse de la production hydroélectrique - le Brésil a fait le choix d’accélérer les investissements dans l’éolien et le solaire. De plus, le développement de projets axés sur les énergies renouvelables n’est pas perçu coûteux puisqu'il génère des résultats économiques tangibles: il stimule l’emploi local (+15,95% dans les municipalités concernées) et dynamise les recettes fiscales. Le bénéfice est bien réel puisque l’économie verte brésilienne devrait permettre de créer plus de 2 millions d'emplois nets d’ici 2030, soit 4 fois plus que l’industrie pétrolière et gazière.  

Amazonie et justice sociale : un double défi climatique 

Depuis le second mandat de Lula, la déforestation de la forêt amazonienne a chuté de 60% en 2023. Une dynamique qui a poussé le Brésil à imaginer un nouveau modèle économique. En effet, l’Amazonie souffre d’un déficit commercial de 21 milliards d’euros annuels, 83% de sa production (bétail, cultures, bois) – principale cause de déforestation – étant exportée et ne générant que peu de valeur ajoutée localement. Le modèle économique actuel apparaît donc doublement perdant : environnementalement destructeur et économiquement peu rémunérateur. Cependant, la conversion vers une économie verte amazonienne pourrait renverser la vapeur, en créant 312 000 nouveaux emplois, tout en préservant 810 000 km² de forêt primaire. Une transition qui doit cependant prendre en compte les inégalités exacerbées par le dérèglement climatique : 38 millions de Brésiliens souffrent déjà de stress thermique et les populations défavorisées y sont particulièrement exposées.  

Pour relever ce défi le gouvernement mise sur sa stratégie de “délocalisation des pouvoirs” qui consiste à rediriger l’industrialisation verte vers les régions historiquement marginalisées (Nord, Nord-est et Centre-ouest). Cette démarche est accompagnée par une politique d’adaptation de compétences dans les secteurs traditionnels. Ne plus considérer la justice sociale comme un obstacle, mais comme une pièce maîtresse de la transition écologique, un pari inspirant pour d’autres pays ?

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Au Canada, Shopify cultive l’esprit entrepreneurial de ses équipes

Management

  4 mins

 

Façade du siège de Shopify, symbole d’un modèle managérial fondé sur la confiance

 Un taux de sélection plus drastique que Harvard, des salaires à la carte et une culture d’entreprise bien à part : l’entreprise Shopify chamboule les codes de la tech. Un gros contraste avec la Silicon Valley, réputée pour ses recrutements éclair et un turnover assumé. Le géant canadien de l’e-commerce trace sa propre route et construit un écosystème de talents basé sur la confiance plutôt que sur le contrôle. 
En effet, au-delà du storytelling habituel des licornes tech, Shopify se démarque par un modèle singulier où l’autonomie est au cœur du système managérial. Comment l'entreprise parvient-elle à transformer la confiance en innovation, sans transiger sur ses standards de performance ? La réponse réside moins dans les process que dans un équilibre subtil entre la liberté et la responsabilité.

Choisir à qui l’on accorde sa confiance

En 2006, lorsque Tobias Lütke cherche des investisseurs pour Shopify, la Silicon Valley lui tourne le dos. Les venture capitalists californiens, obsédés par le duel Amazon-eBay, ne voient pas l’intérêt d’une nouvelle plateforme e-commerce. Qu’à cela ne tienne : l’entrepreneur allemand installé au Canada décide de construire son écosystème de talents ailleurs. Ce qui aurait pu être un désavantage concurrentiel devient alors une force stratégique. Alors que les géants de la tech mènent une guerre des talents onéreuse, Shopify cultive une approche radicalement différente. “À Ottawa et Toronto, la probabilité de travailler ensemble pendant cinq ou dix ans est énorme”, explique Lütke, “alors que la durée moyenne en poste dans la Silicon Valley est de 18 mois”. Cette stabilité permet de dessiner autrement les équipes et de construire une véritable organisation apprenante. Une sélectivité record de l’entreprise ferait pâlir les écoles les plus prestigieuses. Avec un taux d’acceptation de 0,3%, Shopify est dix fois plus sélectif que Harvard. Non pas par snobisme élitiste, mais par conviction profonde : la confiance exige une rigueur sans faille dans le choix de ceux à qui on l’accorde. Cette sélectivité s’applique aussi bien aux compétences techniques qu’aux soft skills, par exemple la capacité à prendre des initiatives, à reconnaître ses erreurs ou à collaborer sans hiérarchie formelle.

Des profils atypiques, une autonomie structurelle

À la différence des processus de recrutement codés de la tech, Shopify adopte une approche narrative pour que le parcours de vie du candidat révèle son potentiel d’innovation et sa capacité d’adaptation. L’entreprise a une appétence particulière pour les profils atypiques qui ont développé leurs compétences de manière non conventionnelle, par la diversité de leurs expériences et un apprentissage autonome. Ce parti pris reflète une vision où l’innovation naît de la diversité des parcours plutôt que de la conformité aux codes.  Cette philosophie se prolonge jusque dans la rémunération. Avec le système Shopify Flex Comp, les employés personnalisent leur package selon leurs priorités : plus de salaire fixe ou plus d'actions, au choix. Cette flexibilité a pour vocation de traduire une conviction profonde : la confiance ne se décrète pas, elle se construit à travers des mécanismes concrets qui accordent de l’autonomie aux équipes. Shopify pousse cette logique jusqu’à s’inspirer du modèle open source pour sa structure organisationnelle. Les collaborateurs évoluent dans un système où la hiérarchie s’efface au profit de la collaboration spontanée. En 2023, l’entreprise a investi 1,7 milliard de dollars en R&D, transformant l’autonomie accordée en une force d’innovation redoutable.

Des garde-fous pour canaliser l’innovation

“Nous ne sommes pas une famille, mais une équipe performante”. Cette phrase de Tobias Lütke résume l’alchimie subtile de Shopify. Certes, la confiance est au cœur du modèle, mais elle ne vient pas sans responsabilisation. Les employés sont désormais évalués selon une grille chiffrée de compétences et seule la progression dans cette échelle permet d’obtenir une augmentation.  Cette rigueur trouve son écho dans la valeur cardinale de l’entreprise : Be merchant obsessed. L'obsession client est une boussole qui guide l’innovation et prévient les dérives de l’autonomie. Les équipes disposent d’une liberté d’action considérable, mais celle-ci doit servir avant tout les besoins des clients. Ce cadre a permis à Shopify de déployer 800 nouvelles fonctionnalités en trois ans, sans perdre en cohérence.

Paradoxalement, cette culture de haute confiance génère sa propre forme de pression. Le syndrome de l’imposteur guette parfois ceux qui doutent d’être à la hauteur de l’autonomie accordée. Une tension créatrice qui interroge : la confiance serait-elle finalement plus exigeante que le contrôle ? C'est peut-être cela, la sauce secrète de Shopify : certes, l’innovation a besoin de liberté, mais aussi d’un cadre qui lui donne sens et direction.  
 

Melting work

Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.

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chronique

Mentoring inversé : et si on sortait du cliché « junior geek et senior largué » ?

Générations

  3 mins

 

Un jeune salarié échange avec un collègue senior lors d’une séance de mentoring inversé

Je rentre de vacances. Soleil, plage, et mes trois neveux, 13, 15 et 16 ans - soit deux Gen Z, et un Alpha. Figurez-vous qu’en cinq jours, j’ai appris l’existence d’un nouveau Pokémon, découvert le dernier rappeur en vogue, et surtout, comment activer une fonction cachée de mon iPhone. Pas mal, pour quelqu’un censé maîtriser la tech !

À chaque période de vacances avec eux, ils réussissent à m’apprendre quelque chose. Ce qui m’a rappelé ce fameux concept qui traîne dans le monde du travail depuis quelques années : le reverse mentoring. Ou mentoring inversé, pour les non-anglophiles.

Papis dépassés VS jeunes geeks ?

L’idée : que les juniors viennent dispenser des formations ou des ateliers aux seniors dans leur entreprise. Un concept florissant, notamment dans le cadre de la transformation digitale des organisations. Nous autres, jeunes Millennials digital natives, avons très rapidement été mis à contribution pour former nos aînés aux outils numériques. Malin.

En revanche, l’image que l’on donne au reverse mentoring m’irrite. À lire certains articles, on croirait voir des papis et mamies devant leur clavier, complètement perdus, sauvés in extremis par un stagiaire en hoodie qui leur explique comment envoyer un mail avec une pièce jointe.

Spoiler : on n’en est plus là. Au fur et à mesure que la technologie évolue, l’illectronisme recule Alors, entre baby-boomers hyper connectés et managers Gen X qui scrollent TikTok en douce, les seniors d’aujourd’hui ne sont pas ces caricatures de “poules ayant trouvé un couteau”. Bref : on est loin de la fracture numérique telle qu’on l’imagine encore trop souvent.

L’agilité, pas les tutos

Est-ce que ça signifie que le reverse mentoring est inutile ? Pas du tout. En revanche, pas sous la forme “atelier de deux heures sur comment utiliser ChatGPT”, animé par un jeune padawan face à cinq managers blasés.

Le vrai sujet, ce n’est pas la transmission du savoir technique. C’est la posture à développer. Ce qui manque parfois aux plus expérimentés, ce n’est pas la compétence, mais la souplesse. Cette fameuse capacité à tester, à s’adapter, à ne pas craindre de se tromper. En un mot : l’agilité, la sacro-sainte, celle dont on rêve tous.  

Et soyons honnêtes : on ne développe pas l’agilité en rajoutant des process, des PowerPoint et des sessions “formation obligatoire” partout. L’agilité, ça se pratique.

Et si on osait l’informel ?

Le mentoring inversé peut à mon sens être un vrai levier intergénérationnel. À condition de revenir à sa base : le lien personnalisé. Un suivi one-to-one, régulier, où la confiance permet d’oser dire “je n’ai pas compris” ou “explique-moi encore”. Un peu comme un buddy (y comprendre, une marraine ou un parrain) qui vous suit de loin - pas un prof qui débite son cours. L’idée, c’est d’installer des espaces de dialogue naturels, décontractés, presque spontanés.

Au fond, on a tous quelque chose à apprendre des autres générations : un raccourci clavier, une nouvelle appli, une autre façon d’aborder le travail. Encore faut-il sortir du cliché “junior geek et senior largué” pour laisser place à la curiosité et à l’échange authentique.

Et si on créait ces espaces, tant physiques que managériaux, où les échanges intergénérationnels pourraient se faire de manière totalement spontanée ?

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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chronique

Career catfishing : le ghosting professionnel qui déstabilise les recruteurs

Générations

  3 mins

 

Un candidat trompe un recruteur en entretien, illustrant le phénomène de career catfishing

Confession personnelle : en tant que freelance, il m'arrive parfois de postuler à des offres d'emploi salarié. Pas pour signer un CDI (même si, parfois, c’est tentant), mais juste pour tester si je peux encore séduire un recruteur après huit ans d'indépendance.  Spoiler : ça fonctionne, et c'est flatteur.

Mais il ne me viendrait jamais à l'esprit d'accepter une offre… puis de ne pas me présenter au bureau le premier jour. Pourtant, c'est exactement ce que font bon nombre de jeunes aujourd'hui, au point que la pratique a un nom : le career catfishing.

Quand ton futur employé disparaît en fumée

Le career catfishing, c'est simple : il s’agit d’accepter un poste, de signer une promesse d'embauche… et puis, le jour J, de disparaître totalement. Plus un mail, plus un appel, plus rien. Ghosting total.

Ici, peut-être vous dites-vous que c’est “un truc de Gen Z”, cette génération toujours prompte à réécrire les règles du monde du travail. Et effectivement, ils sont champions de la discipline : 34 % des moins de 27 ans avouent s'y être déjà adonnés.  

Mais, surprise : la pratique ne s'arrête pas aux cadets de l’entreprise. 24 % des Millennials (de 28 à 43 ans) s'y mettent aussi, et même 11 % de la génération X (de 44 à 59 ans). Personne n'est donc à l'abri d'un petit "oops, j'ai oublié de venir bosser" !

Trois générations, trois manières de ghoster

Si seuls les jeunes s'y employaient, on pourrait se dire que le career catfishing est une lubie d'ados prolongée de quelques années, transposée dans le monde professionnel. Mais les chiffres nous poussent à avoir une lecture générationnelle plus fine, plus intéressante, du phénomène.

Chez les Gen Z, le career catfishing ressemble à une façon d'affirmer leur pouvoir. Après tout, quand on a passé des mois à envoyer des candidatures sans même recevoir un mail automatique de refus, ne pas se présenter le premier jour devient une forme de revanche poétique. Nous, les Millennials, avons grandi avec la promesse qu'un diplôme ouvrait toutes les portes. En réalité, notre génération a surtout connu la crise de 2008, les stages à rallonge et les CDD en série. Résultat : on sait que la loyauté ne paie pas toujours, et le ghosting devient pour nous une réponse pragmatique, presque mécanique, à notre lassitude. Quant à la génération X, celle qu'on pensait irréductiblement docile et prête à tout accepter sans broncher, elle commence elle aussi à tester le career catfishing. Comme un petit plaisir coupable, ou la preuve que même les plus endurcis finissent par craquer.

Recrutement & karma

Selon moi, le fond de l'affaire, c'est que le career catfishing n'est pas tombé du ciel. Les recruteurs ont longtemps ghosté les candidats. Vous savez, ce fameux : "Merci pour votre candidature… mais nous ne donnerons pas suite." Ou pire : pas même un accusé de réception. Aujourd'hui, le rapport de force s'inverse : "Merci pour votre offre… mais je ne donnerai pas suite (ou pire : aucun mail du tout)."

En somme, le career catfishing est un miroir ironique. Il révèle comment chaque génération redéfinit à sa manière la loyauté, l'engagement… et l'art de disparaître à point nommé. Après avoir ghosté des centaines de candidats, les entreprises découvrent le goût amer du silence radio.  

Et si le career catfishing n'était pas un bug, mais une mise à jour du marché du travail ? 

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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IA : les jeunes cliquent, les aînés flippent ?

Générations

  3 mins

 

Perceptions contrastées de l’IA au travail entre jeunes salariés et générations plus âgées

Cet été, en l’espace d’un week-end, ChatGPT a fait irruption dans ma famille à deux reprises. La première, c’était quand mon neveu de seize ans a dégainé une application d’IA afin de vérifier qui était une célébrité dont je lui parlais. La deuxième, quand mon père m’a montré les visuels cartoons qu’il avait conçus avec l’IA la veille.

Voici donc deux usages très différents d’un même outil, pour deux générations qui ne sont pas encore, ou plus, sur le marché du travail. De quoi me faire me demander comment ils agiraient, avec les réflexes propres à leur génération, face à l’IA en situation de travail. Un super sujet de chronique, autrement dit !

L’IA, adorée par les jeunes, redoutée par les autres ? es jeunes cliquent, les aînés flippent

Je suis donc allée chercher des études. J’y découvre que ma génération, les Millennials, est championne incontestée de l’IA au travail. Nous sommes 43 % à l’utiliser au moins une fois par semaine, contre seulement 34 % de la Gen Z, 32 % de la génération X, et 20 % des baby-boomers. Plus encore : près de la moitié des Millennials (48 %) considère qu’elle est essentielle à leur travail!

À l’autre bout du spectre, les baby-boomers ont majoritairement raté le train de l’IA. Et pour cause : ils ne font pas confiance à cette technologie à 45 %, contre 25 % des Gen X, 21 % des Millennials et 18 % de la Gen Z.

D’un côté, on s’extasie, de l’autre, on s’inquiète : deux salles, deux ambiances.

Un révélateur de nos insécurités ?

Bien sûr, on peut attribuer cette différence de perception à l’appétence des différentes générations pour les nouvelles technologies. Mais, selon moi, s’arrêter là, c’est rater une interprétation qui en dit long sur une fracture générationnelle dans le monde du travail.

À mon sens, les Millennials se sont rués sur l’IA car ils ont été les premiers à prendre conscience de son potentiel… mais aussi des risques qui vont avec. Beaucoup d’entre nous ont eu la sensation de “devoir s’y mettre” pour pouvoir progresser dans leur carrière, et pour éviter de se faire dépasser, voire remplacer, par la technologie.

Donc, pour éviter cela, on teste la techno, on la dresse à notre image… et on montre à l’entreprise qu’elle a besoin de nous comme co-pilote d’IA. A contrario, nos aînés, déjà bien placés dans des postes managériaux, qu’ils pensent “à l’abri” de tout remplacement par l’IA, sont bien moins craintifs de l’impact de la technologie sur leur carrière.

La Gen AI arrive !

Les managers, toutes générations confondues, feraient bien de se préparer à l’arrivée de la génération Alpha, dite aussi Gen AI, dans le monde du travail ! Bien qu’ils soient encore sur les bancs de l’école, on peut d’ores et déjà prévoir qu’ils vont arriver avec l’IA sous le bras - et pas uniquement pour gérer des tâches opérationnelles.

Ces jeunes auront connu leurs années fondatrices avec l’IA : ils l’auront utilisée à l’école, demander des conseils sur leur orientation et apprendre à cuire un œuf dur. L’IA sera leur troisième bras, et ils pourront demander à un chatbot de les coacher et de les former.

Quelle sera alors la valeur ajoutée des managers et du travail collaboratif ? C’est à nous d’en définir les lignes dès maintenant ! 

Générations

Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.

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