Sexisme, harcèlement au travail : comment réagir ?

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Sexisme, harcèlement au travail : comment réagir ?

Posté le - mis à jour le

Pas une semaine ne se passe sans laquelle les médias n’abordent un nouveau triste cas de harcèlement sexuel ou de discrimination. Et à l’ère de #MeToo et de la parole qui se libère de toutes parts, le monde de l’entreprise n’est pas épargné.

En tant que RH, comment devez-vous réagir si un collaborateur ou une collaboratrice vous rapporte un cas de harcèlement sexuel ou de harcèlement moral ?

C’est ce que vous dévoile cet article, en faisant la lumière sur les conseils pour bien aborder une situation de harcèlement au travail.

Des chiffres du harcèlement au travail qui alertent

Si le harcèlement au travail prend autant de place dans les discussions actuelles, c’est parce qu’il s’agit malheureusement d’un phénomène assez courant.

Selon le dernier baromètre du harcèlement au travail de Qualisocial et d’Ipsos datant de 2022, 35 % des salariés déclarent avoir déjà été victimes de harcèlement au travail.

Cette étude dévoile également que certaines catégories de salariés sont particulièrement touchées par le phénomène, à savoir : 

  • Les moins de 35 ans (43%)
  • Les salariés de petites entreprises (38% des salariés d’entreprises de moins de 20 salariés, contre 31% des salariés d’entreprises de plus de 200 salariés) 
  • Les femmes (38%)

Cependant, n’importe lequel de vos collaborateurs peut vivre une telle situation ! Vous devez donc être prêt à y remédier.

 

Une nécessaire définition des termes 

Avant de savoir comment réagir face à ce type de situation, il est important de connaître la définition du sexisme et du harcèlement au travail. 

  • Le harcèlement sexuel (aussi appelé sexisme) est caractérisé par des agissements répétés comme des propos ou des comportements à connotation sexuelle ou sexiste qui intimide la victime et porte atteinte à sa dignité. Il peut par exemple s’agir de chantage sexuel, de remarques sexistes, ou de messages à caractère pornographique envoyés à un autre employé.
  • Le harcèlement moral est constitué par des agissements répétés qui ont pour objectif de dégrader les conditions de travail de la victime, et portent atteinte à sa dignité. Il peut s’agir par exemple d’insultes, de propos injurieux, de critiques, de menaces, d’intimidations, ou d’une situation d’isolement par rapport à l’équipe.

Quels sont les risques pour vos collaborateurs et votre entreprise ?

Vous vous en doutez : les conséquences d’une situation de harcèlement au travail peuvent être désastreuses, tant pour la victime des faits que pour l’ensemble des équipes et l’entreprise toute entière.

Du côté des collaborateurs, une telle situation peut provoquer un climat social délétère dans l’entreprise, à cause des conflits non-résolus. Le mal-être d’un collaborateur peut avoir rapidement un effet sur l’ensemble des effectifs. Démissions, abandons de postes, burn-out : autant de conséquences qui peuvent entraîner la perte d’une partie de votre masse salariale.

 

Pour votre entreprise elle-même, c’est un risque de perte de productivité des collaborateurs à cause de ce mauvais climat social, mais aussi une marque employeur qui en pâtit. La parole se libérant sur ces sujets ces dernières années, les victimes et témoins n’hésitent pas à propager ces faits en dehors de votre organisation. 

 

Qui plus est, notez que, si rien n’est fait suite à une accusation de harcèlement sexuel ou de harcèlement moral dans l’entreprise, les victimes peuvent se retourner contre votre entreprise. Cela peut mener à un procès lancé au Prud’hommes, ou à un saisissement au Défenseur des droits s’il s’agit d’une discrimination basée sur la couleur de peau, le sexe, l’âge ou un handicap.

 

Quelles sont les obligations de l’employeur vis-à-vis du harcèlement moral et du sexisme ?

La loi française est très explicite sur le rôle et les obligations des entreprises en matière de harcèlement au travail. 

En tant qu’employeur, vous êtes obligé de : 

  • Prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir les situations de harcèlement, et empêcher au maximum que ces faits se réalisent.
  • Mener une enquête interne et sanctionner l’auteur des faits en cas d’accusation de harcèlement.

Reste désormais à savoir comment réagir au mieux si vous rencontrez ce cas de figure dans votre organisation.

 

Comment réagir face à une accusation de harcèlement au travail ou harcèlement sexuel ?

Découvrez les cinq étapes-clés par lesquelles passer si un collaborateur ou une collaboratrice vous approche pour dénoncer un cas de harcèlement dans l’entreprise.

Ouvrir le dialogue auprès de la victime

Tout d’abord, il s’agit d’accueillir la parole de la victime. Votre objectif ? Comprendre les faits qui sont reprochés à l’agresseur potentiel, et apporter un premier soutien à la personne victime de harcèlement. Il est important de croire la victime en premier lieu, avant de mener votre enquête !

 

Prendre des mesures immédiates pour protéger la victime 

Dans un deuxième temps, veillez à apporter des changements temporaires à la situation de la victime - et ce, avant même de mener votre enquête approfondie. L’idée est d’éloigner l’agresseur de la victime, par exemple en la changeant de poste, ou en lui proposant de télétravailler ou de se faire arrêter par un médecin si sa situation l’exige.

 

Mener une enquête approfondie 

La loi vous oblige à mener une enquête interne sur la situation, pour en comprendre les tenants et aboutissants.

L’idéal : convoquer une tierce personne, en dehors de l’entreprise, pour mener cette enquête de manière impartiale. En effet, en tant qu’employeur, vous devez appliquer le principe de neutralité avant que l’enquête ait débouché sur une conclusion tangible.

Plusieurs solutions sont alors à votre disposition : 

  • Alerter l’inspection du travail. Un agent de contrôle va alors mener une enquête, puis informer le procureur de la République de ce cas de harcèlement.
  • Lancer une procédure de médiation. Les deux parties impliquées nomment alors un médiateur, qui va essayer de trouver une solution bénéfique pour les deux afin que le harcèlement cesse.

💡 Bon à savoir : en tant qu’employeur, vous pouvez faire valoir votre droit de regard sur les correspondances de vos salariés (emails, entretiens annuels, plannings et tâches confiées…). Ce droit vous permet de mener une enquête précise et approfondie.

 

Trouver une solution pérenne pour les deux parties

Si l’enquête menée atteste bien de la véracité des faits dénoncés par la victime, il vous faut désormais trouver une solution pour que le harcèlement ou le sexisme cesse. En cas de médiation, les deux parties peuvent se mettre d’accord pour trouver cette solution.

Si aucune médiation n’est possible, c’est à vous, employeur, de décider de la solution à appliquer. Il vous faut alors appliquer une sanction disciplinaire adaptée, en fonction du degré de gravité du cas : avertissement pour le harceleur, changement de poste, mutation, mise à pied, voire licenciement.

 

Communiquer en interne sur les sanctions prises

Une fois la solution mise en place, veillez à communiquer en interne sur la situation et les sanctions que vous avez mises en place.

Tout commence par le fait de communiquer avec la victime elle-même, pour lui apporter du soutien. N’hésitez pas à la guider vers une assistance psychologique, et à accueillir ses besoins pour qu’elle se sente en sécurité dans l’entreprise.

Puis communiquez auprès du reste de l’équipe. Le fait de partager ce qui s’est passé de manière transparente fait partie de votre obligation de prévention en matière de harcèlement au travail, et vous permet de montrer que vous ne tolérez pas ces situations.

 

3 clés en plus pour limiter les risques de harcèlement au travail

Ne vous arrêtez pas uniquement au fait de régler le souci de harcèlement que vous avez rencontré, et allez plus loin, en appliquant les trois conseils suivants.

Sensibiliser les collaborateurs sur le sujet

44% des salariés déclarent ne pas être bien informés sur la thématique du harcèlement au travail (Baromètre du harcèlement au travail Qualisocial x Ipsos). Il est donc crucial que vous mettiez en place des actions d’information et de prévention.

Tout d’abord, sachez que la loi vous oblige à ce que votre règlement intérieur mentionne les textes portant sur le harcèlement moral. 

Vous pouvez également mettre en place des actions de prévention, de formation, de sensibilisation sur le sujet, comme : 

  • Une campagne d’affichage dans vos locaux
  • Des actions de communication sur le sujet dans votre newsletter interne

👉 Vous n’avez pas mis en place de newsletter interne au sein de votre entreprise ? On vous donne un coup de pouce pour la créer avec ce modèle 100% personnalisable :

Je télécharge le modèle 
  • Des invitations de conférenciers dans l’entreprise pour parler du sujet

L’idée est d’informer, et de montrer que vous avez une tolérance zéro pour toute forme de harcèlement ou de discrimination (y compris les plaisanteries douteuses).

Travailler sur le bien-être dans votre entreprise

Le harcèlement et le sexisme peuvent se développer dans un environnement qui n’est pas sain pour les collaborateurs : trop de stress, management pas assez formé et sensibilisé, culture d’entreprise pas basée sur la tolérance… 

 

Développer une véritable stratégie QVCT permet de favoriser un bon climat social, et de limiter les risques de problèmes.

Prenez donc le temps de repérer les améliorations à mener dans votre organisation pour favoriser le bien-être au travail. Aménagement de la charge de travail et des locaux, formations des managers à la bienveillance, mise en place d’actions QVCT précises (afterworks, déjeuners d’équipe, team buildings…).

💡 Découvrez 6 idées pour créer un environnement de travail plus sain et bienveillant

 

Apprendre à repérer les signaux faibles de harcèlement au travail 

Tous les collaborateurs victimes de harcèlement ne sont pas forcément disposés à en parler aux RH ou à leur management. Vous devez donc apprendre à repérer les symptômes du mal-être de vos collaborateurs, pour pouvoir prévenir toute situation relevant du harcèlement au travail.

Parmi ces symptômes, on peut notamment citer : 

  • L’isolement
  • L’irritabilité
  • La fatigue
  • Le burn-out, bore-out ou brown-out
  • La perte de productivité (trouble de la concentration ou de l’attention)

 

Mais pour repérer les éventuels soucis à l'œuvre dans votre entreprise, rien de tel que de demander à vos collaborateurs eux-mêmes comment ils s’y sentent ! Pour ça, un logiciel de mesure du bien-être en entreprise est idéal. Il vous donne la possibilité d’envoyer des questionnaires anonymes, pour libérer la parole sur les sujets dont vos collaborateurs n’osent potentiellement pas parler.

Pour en savoir plus sur ce type de logiciel, découvrez le module Bien-Être de la solution RH Eurécia :

J'améliore la QVCT dans mon entreprise 

Cet article a été rédigé par Eléonor Biriotti

Rédactrice RH

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