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chronique

La Suisse, laboratoire du temps partiel et du partage des responsabilités

Organisation

  3 mins

 

Cadre travaillant à temps partiel dans un bureau

Un cadre dirigeant à 80 % ? Beaucoup penseraient à un oxymore. Car, dans nos esprits, les fonctions d’encadrement supposeraient une présence totale. Être là. Tout le temps. Disponible à chaque urgence, chaque mail, chaque réunion qui déborde. En Suisse, cette équation est moins évidente. Près de 40 % des personnes actives y travaillent à temps partiel, un des taux les plus élevés d’Europe. Le temps réduit n’y est ni marginal, ni honteux. Il fait partie du paysage.  

Le pays qui a légitimé le 80%

En Suisse, le temps partiel ne se limite pas à quelques « petits contrats ». Il concerne surtout des taux proches de ceux du plein temps. Beaucoup de 60 %, de 70 %, de 80 %. Autrement dit, des professionnels qualifiés qui réduisent leur volume horaire sans sortir du jeu.

Au total, 57 % des femmes et 13 % des hommes travaillent à temps partiel. Le chiffre dit deux choses à la fois : une normalisation massive… et une forte dimension genrée. En Suisse, afficher un 80 % sur sa signature ne surprend personne, car le temps partiel est socialement légitime. Il ne signifie pas retrait du monde professionnel, mais simplement organisation différente.

Des responsabilités possibles, mais un sommet plus sélectif

La Suisse n’est pas un pays de carrières au rabais. On y trouve des cadres à 80 %, des fonctions managériales partagées, du job-sharing ou du top-sharing dans certaines grandes entreprises et administrations. Piloter une équipe à temps partiel est tout à fait possible.  

La culture y est aussi moins obsédée par le présentéisme. En Suisse, rester tard au bureau n’est pas forcément un signe d’engagement. Cela peut être perçu comme un problème d’organisation. Le travail est censé tenir dans le temps contractuel. Le présentéisme y est moins valorisé que l’efficacité.

Cependant, tout n’est pas rose chez nos voisins helvétiques. Les données montrent que le temps partiel reste associé à des trajectoires plus lentes et à un accès plus rare aux fonctions de top management.  Une étude récente sur les perceptions des managers suisses, When less isn’t more, ajoute une nuance importante : le temps partiel féminin est encore largement interprété comme une contrainte familiale. En revanche, le temps partiel masculin est mieux accepté lorsqu’il s’inscrit dans un projet stratégique ou académique.

Redéfinir la disponibilité

Le temps partiel en Suisse n’est peut-être pas spectaculaire. C’est plutôt une tension et une mise à l’épreuve d’un vieux réflexe : confondre autorité et disponibilité totale.

Un cadre à temps partiel ne réduit pas seulement son temps de travail. Il rend visible une question que le temps plein permettait d’éviter : qu’est-ce qui relève réellement du pouvoir ? La décision ? L’arbitrage ? La vision ? Ou la simple présence continue, rassurante, parfois décorative ?

Réduire le temps oblige à hiérarchiser. Le leadership cesse d’être une occupation permanente pour redevenir une fonction. La Suisse n’a pas aboli le mythe du cadre à plein régime, mais elle a commencé à le fissurer. Et cela a le mérite de poser la question pour toutes les organisations : le pouvoir est-il une question d’heures… ou de clarté ? 

Melting work

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chronique

J’ai testé : arriver en retard au travail chaque jour un peu plus

En immersion

  4 mins

 

Salarié à vélo arrivant en retard au travail

Je suis quelqu’un de plutôt ponctuel. Pas de manière obsessionnelle, mais suffisamment pour que cela fasse partie de mon identité pro. J’arrive à l’heure, je lance les réunions à l’heure, je considère que le temps des autres mérite le même respect que le mien. Bref, dans ma vision du travail, être à l’heure fait partie des règles. Alors, par curiosité (et peut-être aussi parce que les règles ne se comprennent vraiment que lorsqu’on les bouscule) j’ai décidé de faire l’inverse : arriver en retard, un peu plus, chaque jour. Sans raison vraiment valable, juste pour observer.

Bon, vous l’aurez compris, l’idée n’est pas de saboter mon agenda, mais d’examiner une norme invisible : la ponctualité est-elle une simple question d’organisation, ou un marqueur social beaucoup plus puissant qu’on ne le croit ?

Jour 1 : le petit retard excusable

Je commence prudemment, avec un petit cinq minutes, pas plus. Je rate le début du point hebdo d’équipe qui n’est pas crucial mais permet de lancer la semaine. J’envoie un message au groupe une minute avant l’heure « J’ai 5 minutes de retard ». Quand j’arrive, personne ne semble réellement perturbé et la discussion continue. L’incident est absorbé sans que j’aie à me justifier. Moi, je ressens quand même un léger décalage intérieur. Une sensation étrange d’avoir déplacé quelque chose d’ordinairement stable. Comme si j’avais désynchronisé ma montre de celle du groupe. Cinq minutes, ce n’est pas grand-chose, mais (pour moi) ce n’est déjà plus neutre.

Jour 2 : le retard visible

Mardi. J’allonge à dix minutes, mais, cette fois, je ne préviens pas. Quand j’entre dans la salle, la réunion a commencé. Les regards se lèvent brièvement, certains s’interrompent une demi-seconde. Personne ne fait de remarque, mais je sens que mon arrivée redessine l’attention. J’ai créé malgré moi une microcoupure. Je vois bien que l’organisatrice est un brin énervée malgré le sourire de façade et le « t’inquiète pas, on vient de commencer ».

Pendant dix minutes, le collectif a avancé sans moi. Mon arrivée reconfigure le rythme, oblige à recontextualiser, à répéter les grandes lignes. Le groupe s’adapte, mais il s’adapte à ma désynchronisation. La ponctualité serait-elle de la coordination silencieuse ?

Jour 3 : le malaise discret

Au troisième jour, je pars sur quinze minutes de retard (ici on appelle ça le quart d’heure toulousain). Hadrien a rejoint la réunion s’affiche enfin quand je me connecte à la visio, caméra éteinte. Une notification anodine en apparence, mais elle produit un effet très particulier. Je ne fais pas seulement mon entrée, je fais irruption. Le groupe a déjà construit une dynamique. Les décisions ont peut-être commencé à tomber.

Je n’ai même pas le temps de me justifier qu’on me dit poliment « On te fera un point après ». Je ne suis pas exclu, mais je ne suis plus au centre. Être en retard, c’est accepter de perdre une part de contrôle narratif car on arrive dans une histoire qui a déjà commencé.

Jour 4 : une question de statut ?

Jeudi, je remarque un changement subtil : plus je suis en retard, moins on m’attend. Le système apprend. Les réunions démarrent sans moi, les échanges se fluidifient en mon absence. Alors que je suis arrivé au bureau 20 minutes après tout le monde, sous le poids de quelques regards, je me questionne : qui a le droit d’arriver en retard ?

Dans certaines positions, le retard est interprété comme le signe d’un agenda chargé, d’une importance stratégique, presque d’un pouvoir. Dans d’autres, il est perçu comme un manque de respect ou de fiabilité. Le retard n’est donc pas neutre. Il est codé. Il dit quelque chose de la place qu’on occupe, ou qu’on pense occuper.

Jour 5 : la limite  

Je voulais pousser à 30 minutes pour terminer la semaine mais je n’en ai pas eu l’occasion. Le texto de la manager « Je compte sur ta présence pour le kick-off de 14h » me ramène à la réalité. Je n’avais pas prévenu de mon expérience, et j’ai touché la limite plus tôt que prévu. J’arrive même en avance, et le feedback très précis ne se fait pas attendre :

  • Tu es arrivé régulièrement en retard cette semaine...
  • Ce n’est pas dans tes habitudes !
  • Est-ce que quelque chose ne va pas ?  
  • Ça envoie un message négatif à l’équipe et ça fait perdre du temps à chacun.
  • J’ai besoin que tu sois présent lors de ces points, ou que tu préviennes bien en amont.

Oui, évidement, elle a raison.

Moi qui croyais tester une variable logistique, je testais en réalité une norme relationnelle. En arrivant un peu plus tard chaque jour, je n’ai pas seulement déplacé des horaires, mais déplacé une attente implicite.  

En tout cas, l’expérience a été troublante. Non pas parce que les conséquences ont été dramatiques (car elles ne l’ont pas été), mais parce que j’ai ressenti l’image que les autres avaient de moi se déplacer progressivement.   

J'ai testé...

Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.

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J’ai testé : dire non à (presque) tout pendant une semaine

Culture d'entreprise

  4 mins

 

Personne faisant un geste de refus avec la main en signe de non

Je dis oui trop souvent. Oui aux réunions « rapides », oui aux coups de main (« ça prend cinq minutes »), oui aux délais intenables. Pas par héroïsme, mais plutôt par réflexe. Par envie d’aider. Ou par peur, peut-être, de passer pour celui qui complique les choses, celui qui n’est pas impliqué. 

Alors, par curiosité (ou goût du risque, vous allez le découvrir), j’ai décidé de tester l’inverse : dire non. À presque tout. Pendant une semaine.

Jour 1 : le non poli (la voix tremblante)

J’arrive au bureau motivé comme jamais par cette expérience et j’opte pour la stratégie du « non courtois ». Celui qui s’excuse presque d’exister. Le premier test arrive à 9h12 : la terrible réunion ajoutée pendant le weekend, sans ordre du jour par un collègue qui m’exaspère. Je décline facilement : « Désolé, je ne pourrai pas être présent, j’ai besoin d’avancer sur mes priorités ». Silence. Personne ne me convoque, personne ne vient me questionner. Le monde continue de tourner, même quand je refuse une invitation Outlook.

C'est quand même plus facile à l'écrit...

Jour 2 : le non argumenté (la voix rassurante)

Mardi, je change d’approche et décide d’expliquer très précisément mes refus, sans filtres.  À cette collègue qui passe la tête par-dessus mon écran et tente un « tu peux m’aider sur ce dossier ? », je réplique chirurgicalement : « cette semaine j’ai déjà beaucoup de projets à rendre et je ne veux pas me mettre en retard ». Elle est un brin surprise car ma réponse tranche avec mon engouement habituel. Mais elle comprend, hoche la tête et s’en va. Je découvre que dire non, quand c’est expliqué, ressemble parfois à une simple mise au point. Ce n’est pas un refus, juste un arbitrage.

Jour 3 : le non qui dérange (la voix ferme)

Il est l’heure de tester une nouvelle variante du non, en version frontale. L’occasion tombe à pic lorsqu’un collègue d’un autre service entre dans notre open-space et demande un livrable en urgence, pour « avant la fin de la journée ». Je réponds laconiquement que « ce n’est pas réaliste dans ce délai. Je peux proposer autre chose, mais pas ça. »  

Cette fois, le silence est lourd, même au sein de mon équipe. On me rappelle rapidement que le sujet est stratégique et que « ce serait vraiment bien que je m’en occupe ». L’ambiance m’apparait étouffante et j’approche la limite de l’exercice : il y a des “non” que l’on peut dire, et d’autres qui coûtent cher (en émotion, en relation, en énergie). Je finis par dire oui. Un oui conscient, qui n’a plus rien d’automatique.  

Jour 4 : le non différé (la voix espiègle)

En cet avant-dernier jour du test, j’expérimente le non temporaire (qu’on pourrait aussi appeler le “oui mais”). Au « tu peux regarder ça si t’as deux minutes ? » je réponds que non, pas maintenant, mais je peux m’en occuper demain matin. Ce non-là est étonnamment bien accepté. Comme si refuser le moment, mais pas la tâche, rendait la chose plus digeste.  On ne ferme pas la porte, on décide juste de l’ouvrir un peu plus tard.

Mes mantras pour la semaine !

Jour 5 : ça va ? non. Enfin, si si ça va.

Fin de semaine, je reçois plusieurs feedbacks de mes collègues. On me demande si tout va bien, si je suis sous l’eau ou si quelque chose s’est passé dernièrement. Je suis pris de court, car je n’avais pas pensé à l’impact de cette expérience sur la perception que mes collègues ont de moi. « Non, non, justement. J’essaie de faire les choses autrement cette semaine, je voulais tester de dire un peu plus non, ou en tout cas de ne pas dire oui à tout… ».  

Dire non m’a libéré du temps et de l’énergie, mais cela m’a aussi isolé par moments. J’ai été plus clair, mais moins consensuel. Plus aligné peut-être, mais parfois moins apprécié.  

Le 'non' ne m’apparaît pas comme une posture pérenne en entreprise mais il permet quand même, parfois, de se repositionner, au service d’un oui plus authentique. Pour décortiquer la puissance et la complexité de ces deux petits mots, je vous invite à écouter l’analyse de Sophie Delegiannis dans le podcast Savoir dire non, oser dire oui. 

J'ai testé...

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Réunions scolaires, réunions parents-prof : où sont les hommes ?

Egalité femmes - hommes

  3 mins

 

Réunion parents-professeurs avec seule mère présente

À l’école, les réunions de parents ne manquent pas de monde. Elles manquent d’hommes. Ce n’est pas un hasard, ni un manque d’implication des pères : c’est le résultat d’un monde du travail qui continue de considérer que, quand quelqu’un peut partir plus tôt pour aller à l’école, ce quelqu’un est la mère.

C’est la première réunion scolaire de notre vie. Ou plutôt de « sa » vie : c’est mon conjoint qui y va. Notre fils vient d'entrer en petite section de maternelle. C’est l’événement.

Quand il revient, la première phrase qu’il prononce est : « j’étais le seul papa ». Voilà qui a le mérite de poser les bases.

Ce constat, on le fait depuis presque trois ans.
Autour de moi, les parents d’enfants plus âgés ou d’adolescents rapportent la même chose : les pères sont les grands absents des réunions scolaires. C’est unanime. C’est édifiant.

Mais c’est logique. C’est même mathématique.

En France, selon l’INSEE, 23,4 % des femmes salariées sans enfant sont à temps partiel, contre 8,8 % des hommes sans enfant. Avec 3 enfants ou plus, 35,5 % des femmes sont à temps partiel, contre 7,1 % des hommes. Plus on a d’enfants, plus le temps partiel est porté par les femmes, donc plus elles ont des horaires « raccourcis ». Elles partent donc plus tôt que les hommes. De fait, elles sont « disponibles » pour les réunions scolaires qui ont souvent lieu entre 16h et 18h.

Même du côté des temps complets, les femmes salariées travaillent en moyenne moins que les hommes. Toujours selon l’INSEE, elles effectuent 1 609 heures de travail par an contre 1 718 heures pour les hommes, soit un écart d’environ 7 %. Il faut ajouter un autre chiffre, très parlant : après la naissance d’un enfant, les hommes augmentent leur volume d’heures supplémentaires alors que les femmes le réduisent. Les pères effectuent +0,7 heure supplémentaire par semaine, là où les mères en font -0,6.

Je ne pense pas que ce soit une question de bonne volonté. Ce n’est pas non plus une histoire de pères volontairement désengagés ou de mères naturellement plus impliquées. C’est une organisation sociale qui distribue le temps de manière genrée.

Les réunions scolaires, à l’école maternelle, en primaire, au collège ou au lycée n’en sont que le révélateur. Elles ne tombent pas par hasard entre 16 heures et 18 heures. Elles s’insèrent dans une société où l’on pense encore que quelqu’un peut partir plus tôt. Et ce « quelqu’un », le plus souvent, c’est la mère.

Les pères sont absents, mais il y a une autre chaise vide. Une chaise vide qui représente une société qui permettrait aux deux parents d'être présents sans que cela soit un sujet. Pour cela, on devrait peut-être réfléchir collectivement à repenser les horaires de travail, la culture du présentéisme...

Au boulot ?

35h et des poussettes

Si comme moi vous jonglez entre réunions et changements de couches, rejoignez-nous pour des discussions franches, des astuces pratiques et une bonne dose d'humour. Si vous négociez des contrats tout en faisant les devoirs ou en préparant des biberons, cette chronique est faite pour vous ! Plongez avec moi dans le grand bain de la parentalité où carrière et famille se disputent la vedette.

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chronique

L’Islande, ce pays où le « féminisme » n’est pas un gros mot

Culture d'entreprise

  4 mins

 

Un couple en pulls traditionnels observe la côte volcanique islandaise sous un ciel brumeux

Un vendredi d’octobre 1975, l’Islande s’arrête. Bureaux, usines, écoles... 90% des femmes déclarent la grève générale pour revendiquer l’égalité. Quarante-trois ans plus tard, en 2018, ce même pays devient le premier au monde à rendre l’égalité salariale obligatoire : les entreprises de plus de 25 salariés doivent désormais prouver qu’elles rémunèrent équitablement hommes et femmes, sous peine de sanctions. C’est l’aboutissement d’un mouvement sociétal dans le lequel les entreprises ont pris toute leur place.

Ce pays où le “féminisme” n’est pas un gros mot    

Depuis 15 années consécutives, l’Islande est classée première au monde en matière d’égalité entre les sexes par le Forum économique mondial. Comment ce pays de 393 000 habitants a-t-il réussi à transformer une aspiration collective en réalité mesurable ? La réponse se trouve dans un mélange de militantisme, de pragmatisme nordique et de méthode. Une approche systémique qui, loin des discours vides, repose sur des mécanismes concrets.  

Le modèle de l’égalité salariale en Islande est le fruit d’une convergence subtile entre le militantisme historique et le pragmatisme nordique. Ici, pas de place pour des discours sans lendemain, le pays a su transformer une revendication sociale en un système méthodique et organisé.  

Mais ce n’est pas parce que les droits des femmes ont progressé depuis la grève de 1975 qu’il faut lever le pied. Le 24 octobre 2023, la date anniversaire de la grève historique, 90% des Islandaises ont de nouveau cessé le travail pendant une journée. Leurs revendications ? Poursuivre la réduction des écarts salariaux entre les hommes et les femmes, reconnaître le travail domestique non rémunéré, lutter contre les violences sexistes et sexuelles, mais aussi inclure les personnes non-binaires, victimes des mêmes discriminations. La participation à la grève de la Première ministre, Katrín Jakobsdóttir, a donné un poids politique à l’événement.  

Point important : le féminisme n’est pas considéré comme une idéologie clivante en Islande, mais plutôt un moteur de progrès sociétal et économique. D’ailleurs, la société islandaise a bien compris que l’égalité n’est pas uniquement le combat des femmes. 6% des hommes s’impliquent activement dans le programme HeForShe, l’initiative des Nations Unies qui incite les hommes à participer à la lutte pour l’égalité des genres. Cette mobilisation masculine, plutôt exceptionnelle à l’échelle mondiale, démontre comment l’égalité salariale est devenue un projet de société qui transcende les clivages de genre.  

Une vision holistique et méthodique  

L’égalité salariale ne se décrète pas du jour au lendemain. La particularité du modèle islandais, c’est son approche méthodique. Plutôt que de sanctionner les écarts constatés, la loi de 2018 inverse la logique : ce sont désormais aux entreprises de prouver qu’elles pratiquent l’égalité salariale via un système de certification rigoureux. Les entreprises de plus de 25 salariés doivent obtenir un “certificat d'égalité salariale”, renouvelable tous les trois ans. Et ce n’est pas juste une formalité administrative : un audit rigoureux de l’ensemble des pratiques de rémunération précède la certification. Par ailleurs, l’Islande joue la carte de l’incitation. Le calcul est simple : 400 euros d’amende par jour de non-conformité sont une contrainte suffisante pour que les entreprises préfèrent repenser leurs pratiques au lieu de chercher des échappatoires.  

Les Islandais ont compris aussi qu’il fallait aborder l’égalité de manière holistique et s’attaquer aux racines mêmes des inégalités. Le dispositif de congé parental islandais fait partie de l’arsenal : chaque parent dispose de quatre mois de congé non transférables, avec deux mois supplémentaires à partager. Indemnisé à 80% du salaire et flexible dans son utilisation, ce dispositif transforme la parentalité en responsabilité véritablement partagée.  

Une lame de fond qui redessine la culture d’entreprise  

Ce chemin vers l’égalité a profondément transformé la culture des entreprises islandaises. La transparence, d’abord perçue comme un carcan législatif, s’est progressivement transformée en ingrédient premier de la confiance. Les managers ont changé de casquette : d’abord arbitres des rémunérations, ils deviennent garants de l’équité, tout en documentant et objectivant leurs décisions salariales.  

Un changement particulièrement visible se manifeste dans le dialogue social : les discussions salariales, autrefois marquées par l’opacité et la négociation individuelle, s’appuient désormais sur des critères mesurables. Les entreprises pionnières, qui dépassent les exigences légales, constatent même un avantage compétitif dans le recrutement des talents.  

L’Islande offre au monde une leçon précieuse : l’égalité salariale ne se décrète pas uniquement par la loi ; elle se construit par une méthode rigoureuse et systémique. La force du modèle islandais ne réside pas dans ses textes, mais dans sa capacité à transformer une aspiration sociétale en processus concret. Cela invite à repenser nos propres chemins vers l’égalité en ayant pour boussole ce principe fondamental : les changements durables naissent toujours de la convergence entre la méthode et la culture.  

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Norvège : chez Snøhetta, on pratique le leadership tournant

Leadership

  3 mins

 

Leadership partagé au sein de l’agence norvégienne Snøhetta

De manière générale, le leadership adore les titres. Or dans la réalité de l'entreprise, c’est beaucoup moins limpide. Pourtant, dans la majorité des cas, on continue à confier le leadership à une seule figure. Et voilà le résultat : tout ralentit, l’intelligence collective s’évapore et l’entreprise avance comme engluée, en attendant que quelqu’un tranche, enfin.

Mais, il existe des organisations qui ont pris le contrepied. Le célèbre cabinet d’architecture international Snøhetta a remplacé le statut/le titre par un rôle. Ici, le leadership circule selon les projets, les compétences et les périodes. En recherche, on parle de leadership partagé, qui évite à l’organisation de piloter à l’aveugle en grandissant.

Snøhetta, ou le leadership sans chef  

Un restaurant sous-marin au large de la Norvège. Un opéra sur lequel on peut marcher à Oslo. Une bibliothèque mythique face à la Méditerranée à Alexandrie. Le siège du journal Le Monde à Paris. Derrière ces projets emblématiques, une même signature : Snøhetta. Cette agence norvégienne est devenue référence mondiale, capable de passer d’un paysage arctique à une métropole dense, d’un équipement culturel à un symbole politique.

Et spoiler : aucun de ces projets ne repose sur un seul chef. Chez Snøhetta, le leadership fonctionne comme une équipe de relais : la direction créative, le pilotage opérationnel et la coordination internationale se passent le témoin selon les besoins du projet.

Quand le leadership circule, l’organisation voit plus clair

Surprenant ou pas, les recherches convergent sur un point : partager le leadership ne ralentit pas la décision, au contraire, ça l’améliore. À condition d’avoir un cap commun, un vrai droit à la parole et un climat de confiance, le rôle de leader peut être pris par la personne la plus pertinente à l’instant T, puis transmis à une autre plus tard. Ce fonctionnement augmente la performance collective et évite le piège du chef unique omniscient.  

À l’échelle de l’entreprise, cela change tout. Une étude menée dans l’industrie logicielle montre que le leadership partagé au sommet renforce surtout la performance et la capacité d’absorption de l’organisation : capter l’information, l’assimiler et la transformer en décisions. Pas faire plus vite, mais faire mieux pour voir plus juste. Chez Snøhetta, cette circulation permanente du leadership réduit les angles morts et permet de grandir sans se rigidifier.  

Un modèle réservé aux créatifs ? Pas vraiment.

Si le leadership partagé fonctionne chez Snøhetta, ce n’est pas parce que le secteur de l’architecture est un joyeux désordre créatif. Au contraire, la complexité y est permanente, avec des projets qui frôlent le grand écart, des expertises multiples et des arbitrages sous pression. Le tout sur un marché qui est international. Finalement, ce n’est pas si loin de problématiques d’autres secteurs, tels que le logiciel, le conseil, la santé, les infrastructures… Lorsque l’incertitude monte, le leadership figé devient un vrai frein.

Les organisations gagneraient probablement à ouvrir leurs chakras. Non pas pour brûler le rôle de leader, mais pour commencer par arrêter de le sacraliser. Il n’y a pas de petites révolutions. 

Certes, le chemin est laborieux et exige un changement de logiciel mental. Accepter que diriger soit temporaire. Lié à un enjeu, une compétence, un moment. 

Et finalement, pourquoi pas ?  

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By Inas, 3 February, 2026

Eurécia vous offre son expertise sur les sujets d'actualité juridiques avec un webinar spécial Point Légal RH !

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✅ Focus sur un gros dossier d'actualité : Transparence des salaires

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chronique

Mad Men : la série toujours iconique sur le travail et la société des années 60

Générations

  5 mins

 

Silhouette noir devant un écran Mad Men

À nouveau diffusée sur Arte, Mad Men reste un monument à découvrir ou à revoir. La série, sortie en 2007 aux États-Unis et en 2008 en France, suit les trajectoires entrelacées des employés d'une agence publicitaire new-yorkaise, de leur entourage et de leurs clients, tous bousculés par les mutations radicales des années 60. Sur sept saisons et 92 épisodes, on vit les bouleversements de la vie au travail en même temps que les transformations des mœurs d’une Amérique pas si sexy.

Pourquoi cette série est importante


Pour la plongée dans l’univers du travail des années 60. Mad Men dévoile précisément le fonctionnement d’une agence de pub de l’époque. Autour de Don Draper, l’anti-héros de la série qui définit le concept stratégique d’une campagne, gravite toute la chaîne de production créative d’une agence à l’âge d’or de la pub : concepteurs-rédacteurs, directeurs artistiques, account managers, acheteurs médias. Le tout dans un fonctionnement hiérarchique cadenassé et dominé au sommet par les associés dont Roger Sterling qui joue le rôle du networker, celui qui entretient les relations avec les grands comptes et qui joue au golf avec par exemple le board de Lucky Strike.
 

Les moments forts


Il y en a une multitude, c’est le principe des séries et celle-ci se déroule sur… 92 épisodes. Autant dire qu’il y a le choix. Passons sur les relations amoureuses du très séducteur Don Draper - l’acteur Jon Hamm que l’on voit actuellement dans la série Morning Show; .sur l’ensemble des 7 saisons, Don Draper épuise deux mariages et compte 18 maîtresses.
Retenons plutôt quelques scènes marquantes d’une série qui illustre parfaitement le sexisme omniprésent des années 1960 tout en montrant l'émancipation progressive des femmes via des personnages comme Peggy Olson ou Joan Harris. Dès l’épisode 1, Peggy et Joan sont ridiculisées lors d'une réunion client et Joan conseille à Peggy de se "rendre désirable" pour réussir. Mais à la fin de saison 1, Don Draper promeut Peggy au poste de junior copywriter malgré le scepticisme de ses nouveaux collègues, tous hommes qui continuent à l’appeler  « sweetheart » ou « darling ». Dans la saison 7 (spoiler), Peggy quitte l’agence et on suit sa traversée des bureaux et cigarette à la bouche et allure triomphante. Malgré les efforts de Don pour la retenir, elle prend pleinement conscience de sa puissance créative et crée sa propre agence avec Joan Harris, elle aussi victime d’humiliations permanentes pendant des années.

La série a été créée 10 ans avant l'émergence du mouvement MeToo et la revoir en 2026 permet de voir à quel point Mad Men était en avance sur la dénonciation du harcèlement sexuel et du sexisme. Plutôt perçu comme un séducteur bad boy en 2007 à sa sortie, Don Draper incarne aujourd’hui la masculinité toxique par excellence. En 2026, ce personnage sonne comme un red flag immédiat.


Le(s) plus 

Mad men montre les détails de ce qu’était une journée de travail des années 1960 à Madison Avenue : la cigarette partout et tout le temps, les pauses-déjeuner arrosées de trois martinis et les brainstorming au whisky. La série est notable aussi pour la fascinante reconstitution historique des années 60 : les vêtements, les meubles, l’agencement des maisons et celui des bureaux : la puissance se mesurant à la taille du bureau, les hommes occupent des postes créatifs dans des bureaux fermés; les femmes des postes subalternes et administratifs dans des bureaux collectifs ou des open space. Disposer d’un canapé est le symbole de la réussite ultime.


Au fil de ses sept saisons, Mad Men illustre aussi le déplacement symbolique du centre de gravité de la publicité de New York vers Los Angeles. Au début de la série, l'agence Sterling Cooper prospère sur Madison Avenue avant de s’implanter sur la côte Ouest pour capter le boom hollywoodien et automobile de la Californie. En parallèle Don Draper commence flamboyant, sûr de son bon droit d’homme tout puissant, à la fin de la série on le quitte complètement perdu, dépassé par la transformation de son métier et par les changements des codes sociaux.

Ne pas oublier le générique iconique qui suit la chute vertigineuse d’un homme en costume le long des façades d’un building de Manhattan. Une descente lente mais cauchemardesque qui symbolise la perte de repères. Le monde de Don Draper s’écroule dès les premières secondes, le générique le signifie immédiatement mais lui ne le sait pas encore.

Pourquoi ce titre ?

Le choix du titre est révélé par un sous-titre affiché aux toutes premières secondes du premier épisode de la saison 1 : « ‘Mad Men’ : A term coined in the late 1950's to describe the advertising executives of Madison Avenue. They coined it [Ce sont eux qui l'ont inventé]. » Un sous-titre qui dit beaucoup du ton de la série, où les publicitaires façonnent non seulement les slogans commerciaux, mais aussi leur propre légende. Le titre « Mad Men » est aussi le reflet d’une époque où la publicité symbolisait et exaltait le rêve américain. Leur portrait sur une dizaine d’années montrent comme les héros du rêve américain puis comme les victimes des mythes qu’ils ont contribué à propager.

Qui est l’auteur ?


Matthew Weiner est le créateur, le producteur exécutif, le scénariste et le réalisateur.
Il  a aussi été producteur exécutif et scénariste sur Les Soprano.

Verdict c'est oui ou bien c'est non ?


Je vais totalement manquer d’objectivité. C’est oui, d’ailleurs je l’ai vu deux fois en entier.
Cela dit, 92 épisodes c’est loooong et sincèrement les deux dernières saisons auraient pu être fusionné en une seule. 

 

Fiche d’identité 


Titre : « Mad Men » 
Auteur et réalisateur : Matthew Weiner
Saisons : sept saisons 
À voir : actuellement gratuitement sur Arte et jusqu’au 3 mars 2026
 

Références

Vous cherchez des œuvres qui nourrissent la réflexion et le débat d'idées ? Chaque mois, je sélectionne pour vous un essai, une BD, une série ou un film marquant qui dit des choses importantes sur notre époque. En quelques points essentiels, « Références » décrypte ce qui rend cette œuvre incontournable : ses messages forts, ses intuitions pertinentes et les citations qui marquent les esprits. De quoi enrichir votre réflexion et élargir vos perspectives.

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