La transparence des salaires est une obligation légale en cours de déploiement. La directive européenne 2023/970, adoptée le 10 mai 2023, impose à tous les États membres de transposer ses exigences en droit national avant le 7 juin 2026.
En France, le projet de loi de transposition a été transmis aux partenaires sociaux le 6 mars 2026, mais le texte définitif n'est pas encore promulgué. Les entreprises disposent donc d'un temps précieux pour se préparer.
Pourtant, le constat est préoccupant : selon une enquête de l'Association nationale des DRH (ANDRH), 78 % des entreprises n'ont pas encore ouvert le dossier en interne [2].
Sommaire

Analysez et pilotez la transparence des salaires avec le logiciel RH Eurécia
Planifier une démo
Ressources gratuites pour structurer votre grille de salaire
Guide complet de la rémunération
Modèle de tableau des éléments variables de paie
Modèle de fiche de paie
La transparence des salaires est une obligation légale en cours de déploiement. La directive européenne 2023/970, adoptée le 10 mai 2023, impose à tous les États membres de transposer ses exigences en droit national avant le 7 juin 2026.
En France, le projet de loi de transposition a été transmis aux partenaires sociaux le 6 mars 2026, mais le texte définitif n'est pas encore promulgué. Les entreprises disposent donc d'un temps précieux pour se préparer.
Pourtant, le constat est préoccupant : selon une enquête de l'Association nationale des DRH (ANDRH), 78 % des entreprises n'ont pas encore ouvert le dossier en interne [2].
La transparence salariale désigne l'ensemble des pratiques et obligations qui rendent la politique de rémunération d'une entreprise accessible, compréhensible et justifiable, aussi bien pour les candidats à l'embauche que pour les collaborateurs en poste. En pratique, elle peut prendre plusieurs formes selon le niveau d'ouverture choisi.
| Niveau | Ce que ça implique | Exemples |
| Transparence externe | · Fourchette publiée dans les offres d'emploi · Critères communiqués dès le recrutement · Interdit de demander l'historique salarial du candidat | Obligation à venir pour toutes les entreprises dès le 1er salarié (Directive 2023/970, art. 5) |
| Transparence interne partielle | · Grilles salariales accessibles aux collaborateurs · Critères d'évolution formalisés · Salaires individuels des collègues non dévoilés | Modèle vers lequel pousse la réglementation européenne (Obligation de reporting ≥ 50 salariés) |
| Transparence totale | · Chaque collaborateur consulte la rémunération exacte de ses collègues · Politique salariale entièrement publique | Quelques entreprises pionnières l'ont adoptée comme Buffer, Lucca en France, ou encore Shine mais ce modèle reste marginal. |
Certaines organisations vont jusqu’à adopter des modèles de transparence totale, où la rémunération est identique pour tous les collaborateurs, comme l’illustre cette association toulousaine.
L'INSEE distingue trois niveaux de lecture des écarts de rémunération femmes-hommes en France, dont les données les plus récentes concernent l'année 2024 [3] :
Selon une étude de l'APEC publiée en mars 2026, les hommes cadres gagnent en moyenne 16 % de plus que les femmes (58 000 € contre 50 000 €). À profil et poste équivalents, cet écart stagne à 6,8 % et atteint 12 % après 55 ans [2].
À l'échelle européenne, l'écart de rémunération moyen entre les sexes s'établissait à 12 % en 2023. Si la tendance actuelle se maintient, l'égalité salariale réelle ne serait pas atteinte avant 2100 selon certaines projections, c'est précisément ce que la directive cherche à accélérer.
Ces écarts s’inscrivent plus largement dans les dynamiques actuelles de rémunération.
Avant la directive européenne, le cadre français reposait sur des dispositifs complémentaires qui visait à mesurer, encadrer et publier les écarts de rémunération.
L'Index de l'égalité professionnelle (Index Égapro), créé par la loi Avenir Professionnel de 2018, oblige depuis 2020 toutes les entreprises d'au moins 50 salariés à calculer et publier chaque année, au plus tard le 1er mars, une note sur 100 points [5]. Le nombre d'indicateurs varie selon l'effectif : 4 pour les entreprises de 50 à 250 salariés, 5 pour celles de plus de 250 salariés :
Pour toutes les entreprises d'au moins 50 salariés (4 indicateurs) :
Indicateur supplémentaire pour les entreprises de plus de 250 salariés uniquement (5e indicateur) :
Les entreprises dont la note est inférieure à 75/100 doivent définir des mesures correctives. Au bout de 3 ans consécutifs sous ce seuil, elles s'exposent à une pénalité pouvant atteindre 1 % de leur masse salariale.
Au 1er mars 2026, 83,5 % des entreprises concernées avaient publié leur note, contre seulement 54 % en 2020. Mais 94 % atteignent le seuil minimal de 75/100, et seules 2 % obtiennent la note maximale de 100/100 : l'outil a enclenché une prise de conscience, pas encore une égalité réelle [6].
La loi Rixain de décembre 2021 impose aux entreprises d'au moins 1 000 salariés d'atteindre, au 1er mars 2026, un quota minimum de 30 % de personnes de chaque sexe parmi les cadres dirigeants et au sein des instances dirigeantes, porté à 40 % d'ici mars 2029 [7].
La loi Pacte oblige quant à elle les sociétés cotées à publier les écarts de salaires entre dirigeants et salariés, ainsi que la médiane des rémunérations.
Ces dispositifs ont structuré la mesure des inégalités salariales, mais ses limites ont conduit à une refonte complète dans le cadre de la directive européenne.
La directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023, publiée au Journal officiel de l'UE le 17 mai 2023, constitue la réforme la plus ambitieuse jamais entreprise au niveau européen en matière d'égalité salariale. Son objectif : renforcer l'application du principe d'égalité de rémunération pour un même travail ou un travail de même valeur, en rendant les pratiques salariales visibles et en facilitant l'accès à la justice pour les victimes de discrimination [1].
Le texte repose sur quatre piliers :
| Ce que dit la directive | Ce que vous devez faire | |
| Transparence dès le recrutement | · Indiquer la rémunération ou une fourchette réaliste dans l'offre ou avant le 1er entretien · Interdire de demander l'historique salarial du candidat · Communiquer les conventions collectives et critères appliqués sur demande | · Supprimer "rémunération selon profil" de toutes vos offres et indiquer clairement le salaire dans l’offre d’emploi · Retirer la question du salaire actuel de vos trames d'entretien · Former les recruteurs à présenter et défendre une fourchette |
| Droit à l’information des salariés en poste | · Droit de demander sa rémunération individuelle et sa position dans la grille · Droit d'obtenir la rémunération moyenne des postes de même valeur, ventilée par sexe · Droit de connaître les critères d'augmentation et de promotion | · Structurer des grilles salariales formalisées avant que les demandes n'arrivent · Documenter les critères d'évolution salariale par niveau et famille de métiers · Définir un process RH pour répondre à ces demandes dans les délais légaux |
| Reporting des écarts de rémunération | · Publication régulière des écarts par catégories de travailleurs · Si écart > 5 % non justifié : obligation de le corriger dans un délai fixé · Évaluation conjointe avec les représentants du personnel en cas d'écart persistant | · Fiabiliser vos données RH et paie dans votre SIRH dès maintenant · Mettre en place les 7 indicateurs (6 via DSN + le 7e par classification de postes) · Préparer un plan d'action correctif si des écarts > 5 % sont identifiés |
| Renversement de la charge par la preuve | · Dès qu'un salarié établit des faits laissant présumer une inégalité, c'est à l'employeur de prouver sa conformité · Si l'employeur n'a pas respecté ses obligations de transparence, c'est aussi à lui de se justifier | · Tracer et documenter toutes les décisions salariales et leurs justifications · Construire une politique de rémunération formalisée. Sans elle, la défense aux prud'hommes sera très difficile · Appliquer les 4 critères objectifs (compétences, effort, responsabilités, conditions) de manière homogène |
| Date | Événement |
| 10 mai 2023 | Adoption de la directive par le Parlement européen et le Conseil de l'UE |
| 17 mai 2023 | Publication au Journal officiel de l'Union européenne |
| 1er mars 2026 | Dernière publication de l'Index égalité dans sa forme actuelle |
| 7 juin 2026 | Date limite de transposition en droit français |
| Fin mai 2026 | Dépôt prévu du projet de loi au Parlement |
| Rentrée 2026 | Adoption visée de la loi française |
| 2027 | Premiers reportings obligatoires sur les données 2026 |
| 2030 | 7e indicateur applicable aux entreprises de moins de 150 salariés |
Le projet de loi a été transmis aux partenaires sociaux le 6 mars 2026. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a confirmé vouloir que la loi soit "au moins engagée avant l'été et votée au plus tard à la rentrée" [2][8]. Le ministère prévoit de finaliser le texte fin mars, de mener les consultations obligatoires et la saisine du Conseil d'État en avril-mai, puis de déposer le projet au Parlement fin mai 2026 [9].
L'échéance du 7 juin 2026 est la date limite imposée par l'UE pour la transposition, non la date d'entrée en vigueur des obligations pour les entreprises. Les entreprises bénéficient d'un sursis de fait mais les premières obligations concrètes s'appliqueront dès 2027.
Pour les obligations fondamentales (affichage d'une fourchette dans les offres d'emploi, interdiction de demander l'historique salarial, droit d'information individuel des salariés), la directive ne prévoit pas de seuil d'effectif. Toutes les entreprises, dès le premier salarié, seront concernées.
Pour les obligations de reporting, le projet de loi français maintient le seuil de 50 salariés et non 100 comme le prévoit la directive européenne brute, pour conserver le champ d'application de l'actuel Index Égapro et d'éviter toute régression. La périodicité du reporting varie selon la taille :
| Effectif | 6 premiers indicateurs | 7e indicateur (écart par catégorie) |
| 250 salariés et plus | Chaque année | Chaque année |
| 50 à 249 salariés | Chaque année | Tous les 3 ans |
| Moins de 150 salariés | - | Reporté à 2030 |
La directive impose des sanctions "effectives, proportionnées et dissuasives". Le projet de loi français précise leur nature :
C'est le concept le plus transformateur de toute la directive. La notion de "travail de même valeur" oblige les entreprises à aller au-delà de la simple comparaison de fiches de poste.
Concrètement, un poste de "Responsable logistique" et un poste de "Coordinatrice administrative" peuvent être considérés comme de même valeur s'ils mobilisent des compétences, des responsabilités et des contraintes comparables, même si leurs intitulés ou leur tradition genrée diffèrent. L'employeur ne pourra plus justifier un écart de rémunération par la seule différence d'intitulé ou de département.
Pour opérer ces comparaisons de manière défendable, les entreprises devront :
Dans le projet de loi, la catégorisation pourra être établie par accord d'entreprise, accord de branche, ou à défaut par décision unilatérale de l'employeur après consultation du CSE (valable 3 ans). Les branches sont incitées à négocier avant le 31 décembre 2026 [10].
Aujourd'hui, un salarié qui pense être victime d'une discrimination salariale doit rapporter des éléments permettant de présumer l'existence de la discrimination avant que l'employeur ne doive se justifier. Comment prouver une inégalité quand on ne dispose pas des données de rémunération des collègues ?
| Avant la directive | Après la directive |
| Le salarié doit rassembler des preuves laissant présumer une discrimination sans avoir accès aux données de rémunération de ses collègues | Dès que le salarié établit des faits laissant présumer une inégalité, c'est à l'employeur de démontrer sa conformité |
| Résultat : la preuve est quasiment impossible à rapporter. La plupart des recours échouent faute d'éléments comparatifs | Résultat : Si l'employeur n'a pas respecté ses obligations de transparence, c'est encore à lui de prouver que son manquement est justifié |
L'Index Égapro dans sa forme actuelle est en sursis. La campagne publiée le 1er mars 2026 est probablement la dernière dans cette configuration, avant une refonte complète prévue dans le cadre de la transposition.
Le nouveau dispositif reposera sur 7 indicateurs, directement issus de l'article 9 de la directive européenne. Leur logique est fondamentalement différente de l'actuel Index : là où l'Égapro agrège tout en une note sur 100, les 7 nouveaux indicateurs présentent chaque dimension séparément, sans note globale, pour rendre les écarts directement lisibles.
Les 6 premiers indicateurs publiés automatiquement par le ministère via les DSN :
Ces 6 indicateurs seront automatisés via les Déclarations Sociales Nominatives (DSN) pour alléger la charge administrative des entreprises [10]. L'employeur pourra les publier sur son site, mais ils seront de toute façon rendus publics par le ministère.
Le 7e indicateur, à produire par l'entreprise, non rendu public :
L'actuel Index Égapro mesurait aussi les augmentations et promotions, des dimensions RH absentes des 7 nouveaux indicateurs, qui se concentrent exclusivement sur les écarts de rémunération. En contrepartie, le nouveau dispositif va beaucoup plus loin sur la granularité : l'écart médian, les composantes variables et la répartition par quartile n'existaient pas dans l'ancienne formule.
Quelle que soit la taille de votre organisation, voici les étapes à suivre :
Avant d'agir, il faut savoir où vous en êtes : état de votre Index égalité (si applicable) et identification des écarts non justifiés ; cohérence et formalisation de vos grilles salariales actuelles ; qualité de vos données RH et paie dans votre SIRH notamment votre capacité à évaluer précisément le coût réel d’un salarié ; pratiques de recrutement actuelles (demandez-vous le salaire antérieur ? Affichez-vous des fourchettes ?).
Il s'agit d'établir ou de réviser une classification des emplois fondée sur des critères objectifs (compétences, effort, responsabilités, conditions de travail), de définir des bandes salariales cohérentes pour chaque niveau ou famille de métiers en vous appuyant sur des outils comme le coefficient de salaire pour structurer vos niveaux de rémunération et de formaliser les critères d'augmentation et de promotion.
Si des écarts supérieurs à 5 % existent entre des collaborateurs de même valeur, identifiez s'ils sont justifiables (ancienneté, performance, compétences distinctives) ou s'ils nécessitent un plan de rattrapage, en vous appuyant sur des bonnes pratiques de politique salariale inclusive et paritaire.
Préparez-vous à afficher des fourchettes dans vos offres et à supprimer la question du salaire antérieur de vos entretiens. Formez vos recruteurs et managers : comment présenter une fourchette ? Comment répondre aux questions sur les critères de positionnement ? Cette préparation managériale est souvent sous-estimée.
Vos managers doivent être formés à expliquer la politique salariale et à gérer les conversations délicates qui en découlent. La communication interne doit anticiper les questions : pourquoi ces fourchettes ? Sur quels critères suis-je positionné ? Comment puis-je progresser ?
Pour les entreprises de 50 salariés et plus, le reporting va nécessiter des données fiables et régulièrement mises à jour. Un SIRH robuste, connecté à la paie et capable de produire les indicateurs requis, deviendra un prérequis opérationnel. L'intégration des données dans les Déclarations Sociales Nominatives (DSN) sera au cœur du nouveau dispositif.
Pour aller plus loin sur les implications concrètes de la transparence salariale et les bonnes pratiques de mise en conformité, vous pouvez également consulter ce webinar dédié à la transparence salariale.
[3] INSEE, "Écart de salaire entre femmes et hommes en 2024", INSEE Focus n° 377, février 2026.
[5] Service-public.fr Entreprendre, "Index de l'égalité professionnelle", 2026.
[7] Helloworkplace, "22 % d'écart salarial femmes-hommes : quels leviers pour les RH ?", novembre 2025.
[9] Helloworkplace, "Transparence des salaires : un projet de loi au Parlement pour fin mai", mars 2026.
Page mise à jour en avril 2026. Les informations relatives à la transposition française et au calendrier d'application seront actualisées au fur et à mesure de l'avancement des travaux législatifs.

Analysez et pilotez la transparence des salaires avec le logiciel RH Eurécia
Planifier une démo
Ressources gratuites pour structurer votre grille de salaire
Guide complet de la rémunération
Modèle de tableau des éléments variables de paie
Modèle de fiche de paie
Prenez rendez-vous
gratuitement avec un
expert RH.
Faites-vous conseiller
gratuitement par un expert RH
Demander une démo