La clause d'exclusivité : un élément contractuel

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La clause d'exclusivité : un élément contractuel

Posté le 23/02/2024 - mis à jour le 23/02/2024

Comprendre la clause d'exclusivité : définition

La clause d'exclusivité est un élément contractuel qui implique l'engagement d'une partie à n'accorder qu'à l'autre partie spécifique le droit d'utiliser, de vendre ou de distribuer un produit ou un service pendant une période déterminée ou sur un territoire donné. Elle est couramment utilisée dans les contrats de travail, où elle impose au salarié de dédier son activité professionnelle exclusivement à son employeur, interdisant ainsi le cumul d'activités rémunérées en dehors de l'entreprise. Cette clause peut également être présente dans des accords commerciaux pour garantir l'exclusivité de droits, produits ou services, protégeant ainsi les intérêts commerciaux des parties concernées.

La clause d'exclusivité dans le contrat de travail

La clause d'exclusivité est notamment utilisée dans les contrats de travail pour garantir à l'employeur la pleine et entière disponibilité de son salarié. Elle interdit au salarié d'exercer une autre activité professionnelle, que celle-ci soit rémunérée ou non, concurrente ou non, pendant l'exécution de son contrat de travail.

Cette disposition contractuelle a pour but de protéger les intérêts de l'entreprise en évitant les conflits d'intérêts et la concurrence déloyale. Elle renforce également l'obligation de loyauté du salarié envers son employeur. Toutefois, sa validité est strictement encadrée par la loi pour respecter le principe fondamental de la liberté du travail.

Il est à noter que la clause d'exclusivité diffère de la clause de non-concurrence. En effet, la première s'applique pendant toute la durée du contrat de travail, tandis que la seconde prend effet après la rupture du contrat.

Est-il possible d'insérer une clause d'exclusivité dans un contrat à temps partiel ?

L'insertion d'une clause d'exclusivité dans un contrat de travail à temps partiel est une question complexe. En principe, elle est proscrite car elle pourrait limiter gravement les droits du salarié à travailler ailleurs pour compléter ses revenus. Cependant, il existe des exceptions à cette règle générale. Par exemple, pour des postes où l'employeur peut démontrer un intérêt légitime à protéger, une telle clause pourrait être validée. Il faut toutefois noter que l'employeur doit justifier de conditions spécifiques pour que cette clause soit considérée comme valide.

Exemple de clause d'exclusivité dans un contrat de travail

Pour illustrer, un exemple de clause d'exclusivité dans un contrat de travail pourrait être :

"En raison de ses responsabilités et de l'importance stratégique de ses missions, M./Mme… s'engage à se consacrer pleinement et exclusivement à l'entreprise… Il/Elle s'interdit toute autre activité professionnelle, qu'elle soit rémunérée ou non, au profit d'une autre entreprise ou pour son propre compte, pendant la durée de son contrat."

Cette formulation explicite impose l'engagement de l'employé à se dédier uniquement aux tâches de l'entreprise, assurant ainsi la protection des intérêts de celle-ci. Cependant, cette clause doit être proportionnée, justifiée par la nature de la tâche à accomplir et nécessiter une protection des intérêts légitimes de l'entreprise.

Comment savoir si une clause d'exclusivité est présente dans mon contrat ?

Pour déterminer si une clause d'exclusivité est présente dans votre contrat, vous devez lire attentivement l'intégralité du document. Cette clause peut être placée dans différentes sections du contrat, il n'existe pas d'emplacement standardisé. Elle peut être explicitement intitulée "clause d'exclusivité", mais elle peut aussi être intégrée dans une section plus générale sur les obligations du salarié. Elle stipulera généralement que le salarié s'engage à ne pas exercer d'autres activités professionnelles en parallèle de son contrat de travail. Si vous avez des doutes sur la présence d'une telle clause, n'hésitez pas à demander à votre employeur ou à un conseiller juridique.

Conditions de validité de la clause d'exclusivité

La validité d'une clause d'exclusivité est soumise à trois conditions essentielles :

  • Licéité : La clause d'exclusivité ne doit pas être contraire aux lois et réglementations en vigueur, notamment en matière de concurrence et de liberté du travail. Elle ne doit pas non plus violer les droits fondamentaux du salarié.
  • Justification : La clause doit être justifiée par la nature de la tâche à accomplir et la protection des intérêts légitimes de l'entreprise. Cela peut inclure la protection des secrets industriels ou commerciaux, la préservation des relations clients, ou la prévention des conflits d'intérêts.
  • Proportionnalité : La clause doit être proportionnée au but recherché. Cela signifie qu'elle ne doit pas imposer des restrictions inutiles ou excessives au salarié.

Il faut noter que ces conditions sont cumulatives, c'est-à-dire que toutes doivent être remplies pour assurer la validité de la clause.

La clause d'exclusivité et le code du travail

Selon le Code du travail français, l'article L.1222-5 stipule qu'aucune clause d'exclusivité ne peut être opposée à un salarié qui crée ou reprend une entreprise pendant une durée d'un an, même en présence de stipulation contractuelle ou conventionnelle contraire. Cela signifie que le salarié est libre d'exercer une autre activité pendant cette période, sans être lié par une quelconque clause d'exclusivité.

Cependant, dans certains cas, le contrat de travail peut prévoir l'interdiction pour le salarié de représenter des entreprises ou des produits déterminés, comme le stipule l'article L7313-6 du Code du travail. Cette interdiction est surtout prévue pour les postes de voyageurs, représentants ou placiers.

Il est important de noter que le respect de la clause d'exclusivité est une obligation contractuelle pour le salarié. En cas de non-respect, le salarié peut être sujet à des sanctions disciplinaires, y compris un éventuel licenciement pour faute grave.

Les conséquences du non-respect de la clause d'exclusivité

Sanctions prévues en cas de non-respect

Le non-respect de la clause d'exclusivité peut entraîner plusieurs types de sanctions. Si le salarié ne respecte pas cette clause, l'employeur peut initier une procédure disciplinaire. Celle-ci peut varier de l'avertissement à une mise à pied. Dans les cas les plus graves, le salarié peut être licencié pour faute grave.

Une autre sanction possible est l'exécution forcée du contrat. Cela signifie que la partie lésée peut demander au juge de contraindre l'autre partie à respecter ses engagements.

Enfin, la violation de la clause d'exclusivité peut donner lieu à des dommages et intérêts. La partie lésée peut demander une compensation financière pour le préjudice subi en raison du non-respect de la clause.

Chaque situation est unique et les sanctions sont déterminées en fonction des circonstances spécifiques à chaque cas.

Comment annuler une clause d'exclusivité non respectée ?

L'annulation d'une clause d'exclusivité non respectée nécessite une démarche juridique. Il est recommandé de se faire accompagner par un professionnel du droit pour mener cette procédure. La première étape est de prouver le non-respect de la clause, en rassemblant tous les justificatifs nécessaires. Par la suite, une mise en demeure peut être adressée à la partie fautive, lui demandant de respecter ses engagements. Si cette démarche reste sans effet, une action en justice peut être entamée.

Levée temporaire ou définitive de la clause d'exclusivité

La levée de la clause d'exclusivité, qu'elle soit temporaire ou définitive, permet à un salarié de développer une activité supplémentaire sans entrave de l'employeur. Cette situation peut se produire lors de la création ou reprise d'une entreprise par le salarié. En vertu de l'article L1222-5 du code du travail, cette levée d'exclusivité est automatique lors du départ en congé pour création ou reprise d'entreprise.

Attention, même avec cette levée d'exclusivité, le salarié reste soumis à une obligation de loyauté envers son employeur initial. Il doit donc continuer à exécuter son contrat de travail dans les conditions normales, sans que sa nouvelle activité n'entrave ses obligations premières.

Comment rédiger une clause d'exclusivité ?

Pour rédiger une clause d'exclusivité, plusieurs éléments doivent être précisés :

  • L'objet de l'exclusivité : il est essentiel de décrire avec précision le bien, le service ou le savoir-faire concerné par l'exclusivité. Par exemple, dans un contrat de travail, cela peut inclure l'activité complémentaire interdite (activité bénévole ou lucrative, activité professionnelle ou de loisirs).
  • Le champ d'application de la clause : il faut définir clairement les contours de l'exclusivité. Cela peut être un périmètre géographique, une durée, etc.
  • La justification pour l'insertion de la clause : elle doit être motivée pour être insérée dans le contrat de travail.
  • La proportionnalité : la clause doit respecter le principe de proportionnalité. Elle ne doit pas imposer des restrictions inutiles ou excessives au salarié.

Refuser une clause d'exclusivité : est-ce possible et comment ?

Il est tout à fait possible de refuser une clause d'exclusivité, notamment lorsqu'elle est proposée en cours de contrat. Le salarié est en droit de refuser cette modification du contrat. Cependant, il est essentiel de prendre en compte les implications potentielles d'un tel refus. Par exemple, l'employeur pourrait alors envisager une réorganisation de l'entreprise qui pourrait affecter le statut du salarié. Si le refus est motivé par le souhait de mener une activité parallèle, il est conseillé de demander une levée d'exclusivité plutôt que de refuser la clause.

Cet article a été rédigé par Chloé Perret

Consultante RH @Eurecia

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