Comment utiliser le reverse mentoring dans votre organisation ?

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Comment utiliser le reverse mentoring dans votre organisation ?

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Avez-vous déjà entendu parler du reverse mentoring ? Cette pratique innovante tout droit venue d’Amérique permet de faire échanger les différentes générations de salariés de l’entreprise. Son objectif est de créer du lien en formant les seniors aux nouvelles technologies. La méthode est peu classique, mais elle a fait ses preuves. Zoom sur une pratique collaborative très prometteuse !

Définition et contexte

Le mentorat est une pratique bien implantée dans les entreprises. Des cadres dirigeants ou des salariés expérimentés prennent en charge de nouveaux arrivants pour faciliter leur intégration.

Le reverse mentoring revient à faire l’inverse. Les jeunes talents viennent apprendre aux anciens certaines pratiques ou techniques. Ces échanges intergénérationnels permettent aux jeunes talents de partager leurs compétences propres aux cadres seniors. Il ne s’agit pas de donner un cours magistral ou de converser en mode networking. Le jeune mentor transfère ses compétences propres au mentoré senior. La technique joue sur la différence de vision du monde de l’entreprise afin de créer de la valeur ajoutée pour les deux participants.

Cette pratique collaborative a été créée à la fin des années 90 par l’entreprise américaine General Electric. Le CEO de l’époque, Jack Welch, avait alors demandé à plusieurs centaines de cadres seniors de se rapprocher de salariés juniors. Jack Welch avait lui-même reconnu son manque de compétence sur le sujet. Il estimait, à juste titre, que les plus jeunes avaient beaucoup à apporter grâce à leur capacité d’adaptation.

L’objectif du reverse mentoring chez General Electric était d’initier les anciens à l’utilisation d’Internet, concept tout récent à l’époque. Ça a été une excellente manière de permettre l’adaptation aux nouvelles technologies de tous.

Le reverse mentoring a pris son essor depuis la pandémie du Covid-19. L’essor du télétravail, les nouvelles aspirations des salariés ou encore l’importance du bien-être des collaborateurs conduisent à explorer de nouvelles techniques collaboratives. Le mentorat inversé permet de répondre aux problématiques d’intégration, d’inclusion ou de clivage générationnel.

Les jeunes collaborateurs sont à même d’expliquer aux plus anciens les nouveaux modes de consommation, les usages du web. Cela peut aussi être de nouvelles approches des questions sociales, comme l’égalité homme-femme ou la RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Les sujets de transformation digitale de l’entreprise sont évidemment les plus traités par le reverse mentoring.
 

Comment fonctionne le reverse mentoring ?

Le reverse mentoring est un échange entre deux collaborateurs, le mentor junior et le mentoré senior.  

Pour bien fonctionner, le reverse mentoring doit être composé de cinq éléments :
  • Un mentoré : le mentoré doit être volontaire. Seule son ouverture d’esprit peut permettre le succès du reverse mentoring. Il doit sincèrement vouloir apprendre, mais aussi être formé par un collaborateur situé sous sa responsabilité.
  • Un mentor : le jeune salarié doit posséder une base culturelle solide. Il souhaite réellement maîtriser le sujet à partager. Il doit également avoir envie de participer à l’expérience. Il est impossible d’imposer le reverse mentoring à un salarié.
  • Des objectifs définis à l’avance : les deux protagonistes doivent avoir clairement à l’esprit le but de l’opération avant de commencer le reverse mentoring. De cette manière, ils pourront avancer de concert sans perdre de temps.
  • Un environnement permettant l’échange : pour bien fonctionner, le mentor et le mentoré doivent disposer de tout le matériel nécessaire. Le lieu de l’échange aura également un impact important sur le bon déroulement de l’expérience.
  • Des règles de communication : il existe une différence hiérarchique entre les deux acteurs du reverse mentoring. Il est par conséquent essentiel de fixer certaines règles de communication pour rassurer le mentor, mais aussi s’assurer de la bienveillance du mentoré
💡Bon à savoir : l'organisation, la clé du succès du reverse mentoring
Pour vous assurer du bon déroulement de l’expérience, il est incontournable de prévoir les étapes du reverse mentoring. Prévoyez une phase de sélection des deux acteurs. Leurs personnalités doivent être compatibles. Expliquez bien le principe, l’objectif puis fixez un créneau dans l’agenda du mentor et du mentoré. Il peut être intéressant de réserver une salle de réunion, car il s’agit d’un terrain neutre, contrairement au bureau de l’un ou de l’autre. La pièce doit disposer de tout le matériel nécessaire à l’apprentissage.
 

Quels sont les avantages du reverse mentoring ?

Le reverse mentoring présente des avantages pour les deux parties. L’exercice demande une touche d’humilité pour les uns et un brin de patience pour les autres.

Le mentor senior acquiert de nouvelles connaissances, souvent dans le domaine des nouvelles technologies. En échangeant avec un salarié junior, il apprend à comprendre les nouvelles générations, leurs aspirations. Il sera ainsi plus à même d’adapter son management.

Le mentoré junior est valorisé par le rôle lui étant attribué. Ses compétences sont reconnues par l’entreprise. Le fait d’apprendre à une personne plus expérimentée lui donne confiance. De plus, le mentorat est habituellement réservé aux leaders de l’entreprise. Inverser les rôles permet au collaborateur junior de se projeter au sein de l’entreprise pour la suite de sa carrière. Cela l’engage également auprès de son entreprise, car il est reconnu à sa juste valeur, notamment à travers une mission essentielle. Cette expérience lui donne la possibilité d’optimiser son réseau au sein de l’entreprise, car il dispose de nouveaux interlocuteurs pour poser ses questions et s’aguerrir.

Le reverse mentoring permet de développer la communication intergénérationnelle. Chaque protagoniste se rend compte de la possibilité d’aller vers l’autre pour obtenir des conseils ou du soutien. 

La pratique a aussi pour atout de développer les compétences de chacun des protagonistes. Le salarié senior apprend à maîtriser les nouvelles technologies. L’employé junior s’exerce à la pédagogie auprès d’un interlocuteur expérimenté.

💡Bon à savoir : les sociètés de mises en relation
Le reverse mentoring connaît un réel succès. La preuve ? Des entreprises spécialisées mettent en relations les cadres de grandes entreprises avec des créateurs de start-up. Ces derniers viennent expliquer leur vision du monde de l’entreprise, leur expérience, tout comme leur façon de faire pour ouvrir les collaborateurs seniors à de nouveaux horizons.
 

Exemple de mise en situation

Depuis 2014, l’entreprise Axa propose le reverse mentoring à ses employés. Quatre générations de collaborateurs collaborent pour faire tomber les barrières liées à l’âge.

Les mentors ont pour mission d’expliquer comment utiliser de manière efficace les outils digitaux. L’assureur exploite l’appétence des digital natives pour former ses collaborateurs seniors.

Les séances de reverse mentoring ont lieu sous forme de séances d’initiation ou de perfectionnement. Ce sont des sessions individuelles pouvant avoir lieu de manière bimensuelle ou mensuelle suivant les besoins ou les agendas de chacun. Pendant l’échange, le mentor propose du contenu adapté à son interlocuteur, puis valide les apprentissages grâce à des exercices pratiques.

L’objectif de l’employeur est triple :  
  • Les participants améliorent leurs connaissances pour être plus efficients au quotidien.
  • Les interactions sont favorisées au sein de l’entreprise entre différentes générations ou niveaux hiérarchiques.
  • La transformation digitale est facilitée par le processus.

Deux ans après le lancement de l’initiative, près de 1 000 salariés avaient déjà participé à l’expérience. 97 % des collaborateurs ayant testé le reverse mentoring recommandent l’expérience.
 

Quels sont les avantages pour les entreprises ?

Les collaborateurs ne sont pas les seuls à bénéficier des résultats du reverse mentoring. L’exercice possède de nombreux atouts pour l’entreprise :  
  • Il permet de décloisonner les silos générationnels en créant des lieux d’échanges entre les générations.
  • Il crée des liens transversaux entre les niveaux hiérarchiques, les services ou les différentes filiales. Sans le reverse monitoring, ces liens n’auraient sûrement pas existé.
  • Il offre la possibilité de fidéliser les talents en les valorisant. Leur demander de mentorer un senior, c’est reconnaître leurs compétences.
  • Il réduit la fracture numérique. Les salariés les plus anciens sont formés aux nouvelles pratiques digitales. Cela permet de les intégrer à la transformation digitale pour ne laisser personne sur le bord de la route.
  • Il permet de mettre en avant la diversité des profils dans l’entreprise. C’est un véritable facteur d’inclusion.
  • Il permet d’apprendre aux salariés les plus seniors à s’adapter aux évolutions, pour ainsi être acteur des changements de l’entreprise.
  • Il offre la possibilité aux RH d’identifier les futurs leaders de l’entreprise ou les talents les plus prometteurs pour leur proposer un parcours personnalisé.

Quelles sont les limites du reverse mentoring ?

Le reverse mentoring est un concept plein de vertus. Avant de le mettre en place, il faut néanmoins avoir conscience des limites comme des contraintes de l’exercice.

Pour être un succès, il est primordial d’organiser le reverse mentoring de manière précise. Il ne faut rien laisser au hasard, la préparation est la clé pour réussir. Cela demande un investissement en temps, mais aussi budgétaire. Pour offrir le meilleur environnement à l’expérience, il sera nécessaire de mettre à disposition des collaborateurs des outils, du matériel ou encore des locaux.

Dans certaines entreprises, il peut être difficile de trouver des binômes compatibles. La bonne entente entre les deux interlocuteurs est primordiale. N’hésitez pas à solliciter les managers pour connaître les personnalités de chacun, cela permettra de mieux assortir les équipiers.

Il est aussi possible de rencontrer des réticences à la mise en place du reverse mentoring, du côté des seniors ou des juniors. La pédagogie vous aidera à convaincre les plus réticents. La méthode n’est pas forcément connue de tout le monde. Prenez le temps de bien expliquer les avantages de l’exercice.

Les trois point à retenir
 
  • Le reverse mentoring consiste à demander à des salariés juniors de former des collaborateurs seniors aux nouvelles pratiques digitales.  
  • La pratique permet de créer du lien entre les générations de salariés.  
  • Pour être un succès, le reverse mentoring doit être préparé consciencieusement en amont de sa réalisation.  

Cet article a été rédigé par Chloé Perret

Consultante RH @Eurecia

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