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  • Actu RH
  • 07/02/2018

Le harcèlement sexuel au travail : un tabou loin d'être brisé

Définition de harcèlement sexuel : fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui : portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante.

Un tableau noir

Le constat est navrant : une femme sur cinq a été harcelée sexuellement dans le cadre de son travail. Et seules trois personnes sur dix harcelées auraient rapporté les faits à leur hiérarchie, et on estime à cinq pourcent les victimes ayant lancé des poursuites judiciaires. Cela en dit long sur la complexité de ce genre d’affaire et le peu de crédit ou d’importance qui est accordé aux victimes. Il est aussi important de préciser que bien que la majorité des victimes soient des femmes, les hommes sont également victimes de harcèlement sexuel au travail.

Le harcèlement sexuel en entreprise serait-il un sujet tabou ?

Eh bien oui ! Bien que l’actualité et la libération de la parole des femmes, notamment sur les réseaux sociaux avec les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, aient récemment mis un gros coup de projecteur sur l’omniprésence du harcèlement sexuel en milieu professionnel, le sujet reste encore sensible et peu prévenu dans les entreprises. 

Quand peut-on parler de harcèlement sexuel ?

Bonne question ! Comment faire le tri entre la drague régulière de Fred du service commercial, les compliments de Hubert de la compta, la fessée qui fait tant rire Bruno et Elo de la com’, etc. Qu'est ce qui relève du harcèlement sexuel ou l’agression sexuelle ? Comment savoir lorsque la limite est franchie ?

Voici quelques pistes

Complimenter votre collègue sur sa tenue qui est élégante ou sur sa nouvelle coiffure, de façon ponctuelle et non insistante, n’est pas du harcèlement. Tant que la forme est là, peu de chance que votre collègue le perçoive autrement qu’avec gentillesse et bienveillance (et les compliments font toujours plaisir).

Mais attention ! Accrocher sur votre bureau un calendrier avec des photos de femmes, posant de façon explicite, peut être considéré comme du « harcèlement environnemental » par la loi. Gardez-le pour les toilettes de chez vous, vous en profiterez davantage.

Au même titre, proposer une promotion à un(e) employé(e) contre une faveur ou un rapport sexuel est considéré comme harcèlement sexuel. Cela va de soi !

Cela va en étonner peut-être plus d’un(e) mais la main aux fesses d’un(e) collègue est considéré comme une agression sexuelle. Ce qui est beaucoup plus durement puni par la loi. Un acte est qualifié d’agression sexuelle lorsqu’une ou plusieurs parties intimes sont touchées, sans le consentement de la victime, comme les fesses, la poitrine, les cuisses, le sexe ou encore la bouche. Alors pas touche, gardez vos mains dans les poches !

Un phénomène qui fait des dégâts

Le problème souvent rencontré par les victimes, qui finissent par se murer dans le silence, est le manque d’écoute et de crédibilité qui leur est accordé, aussi bien sur le plan professionnel que personnel ou légal. Les supérieurs hiérarchiques peuvent aussi être les harceleurs, ce qui complique encore plus la tâche pour ces femmes (ou hommes) aux emplois souvent précaires, qui subissent des pressions quotidiennes pouvant porter atteinte à leur équilibre psychologique.

La plupart du temps, la raison qui mène les victimes au silence est la peur de perdre son emploi : 95% des femmes qui ont dénoncé des faits perdent leur emploi : soit en partant d’elles-mêmes, soit en étant poussées vers la sortie par leur hiérarchie. Cette peur de la précarité économique les pousse à se taire et les rend encore plus vulnérables.

Perte de repères, de confiance en soi, sentiment de déshumanisation, dépression, ... Les conséquences peuvent être très lourdes et laisser des séquelles sur le long terme, d’autant plus si la victime est livrée à elle-même. L’accompagnement dans ce genre de situation est très important. Mais comment réagir face à ce fléau ?

 

Comment réagir ?

  • Lorsqu'on est victime de harcellement

Plusieurs recours sont possibles. Tout d’abord il est préférable de prévenir l'entreprise. Vous pouvez faire part des faits au service des ressources humaines, auprès des syndicats, ou à minima auprès d’un(e) collègue de confiance. Des organismes comme l’inspection du travail, le Défenseur des droits ou encore le médecin du travail peuvent aider la victime et lancer une enquête au sein de l’entreprise.

Pour un soutien en dehors du cadre de travail, il existe des associations comme l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT). Il existe aussi un numéro d’urgence dédié aux victimes ou témoins de harcèlement sexuel, le 08.842.846.37.

Pour toute action en justice, il est nécessaire de rassembler des preuves. Malheureusement, il arrive que la victime efface toutes traces de harcèlement pour le cacher à son entourage. Mais il est important de conserver certains éléments. Tout est bon à prendre : sms, emails ou même des enregistrements constituent des preuves qui seront essentielles lors de toute action auprès de la justice ou de votre entreprise. Des témoignages de collègues, certificats médicaux ou arrêt-maladie peuvent également être valables auprès des juges. Pensez-y !

La procédure peut être lancée en allant porter plainte à la gendarmerie, au commissariat ou auprès du procureur de la République.

  • Lorsqu'on est témoin

Vous avez vu des comportements douteux ? Vous avez entendu des propos dégradants sur votre collègue ? Vous observez un(e) voisin(e) de bureau tracassé(e) et renfermé(e) alors que ce n’est pas dans ses habitudes ? Réagissez ! Dans un premier temps, il est important d’en parler avec la personne concernée et de lui proposer votre aide. Si la victime n’ose pas, prenez les devants et parlez-en à votre direction.

  • Lorsqu'on est harceleur

Vous vous rendez compte que votre comportement n’est pas normal ? Rapprochez-vous d’un spécialiste, faites-vous aider ! Et surtout arrêtez et excusez-vous auprés de votre (vos) victime(s).

Harcèlement sexuel : quelles sanctions ?

Le harceleur n’est pas le seul coupable ! L'employeur, qui est responsable de la sécurité des salariés, peut aussi être poursuivi. Le conseil des prud’hommes et le tribunal administratif sont donc concernés.

Le harcèlement peut être puni par une peine allant jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende en cas de circonstances aggravantes.

Alors réfléchissez avant d’agir !