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  • Eurécia News
  • 14/09/2016

Droit à la déconnexion : on a forcé le patron à se déconnecter pendant ses vacances

A l’heure où le droit à la déconnexion devient un principe légal et impose aux employeurs de veiller à ce que les salariés fassent bien la coupure entre vie privée et vie pro, on peut s’interroger sur la déconnexion du patron lui-même. Après tout, pourquoi l'imposer aux autres et pas à soi-même ?

Et si l'employeur prenait de VRAIES vacances aussi. Que se passerait-il ? L’entreprise vivrait-elle un réel cataclysme ? Les salariés seraient-ils désemparés sans leur capitaine à bord ?

Si pour une fois on inversait les rôles et on demandait au boss de prendre des vacances sans jamais toucher à son smartphone ? Défi inconcevable pour certains,  rêve inavoué pour d’autres…

Chez Eurécia, nous avons mis au défi Pascal Grémiaux, le PDG. Trois semaines sans AUCUNE connexion au travail ! Il nous raconte ses impressions via son journal de bord.

A partir de ce soir, je ne lirai plus mes mails Eurécia ni ne me connecterai sur les réseaux sociaux.

 

Vendredi 22 juillet

Ce soir je serai enfin en vacances. Un break, une coupure, besoin de me changer les idées, d'aérer mon cerveau et d'oxygéner mon âme.

Ne plus penser à Eurécia, ou du moins couper avec le quotidien du bureau durant trois semaines. Mais en tant que patron, impossible pour autant de ne pas consulter mes mails durant cette période. Je culpabiliserais d'accumuler du retard, de rater le message qui pourrait transformer ma vie ou plutôt mon business !

Je rêve de me détacher pourtant de cette obsession quotidienne ; avec Eurécia toujours aller plus haut, plus loin, avec toute l'équipe tendre vers un nouvel équilibre, au-delà des étoiles, courir…

Mais drogué par ma centaine de mails quotidiens, chaque jour comme un affamé, dépendant, je cours après une nouvelle dose que je croyais l'instant d'avant rejetée. Paradoxe. Se croire indispensable en sachant pertinemment que personne ne l'est jamais. Oser !

Alors ce soir pour partir tranquille, l'esprit libre, ma course consiste à dépiler mes mails pour passer en dessous du seuil psychologique que je me suis fixé.

Top départ.

 

16 h

Il m'en reste quatre-vingt-dix.

 

19 h

Soixante encore, mais j'ai décidé que c'était encore trop. Entre-temps, un nouvel échange avec Julie (ndlr : Responsable communication) et je partage avec elle mon questionnement quant à savoir si j'emmène mon ordinateur portable en vacances. Sa réponse est immédiate, son dernier billet de blog traite de la nécessité de se déconnecter pendant les congés. Oui, pour les autres sûrement… Mais pas pour moi. Même si j'en crève d'envie.

 

19h50

Plus que cinquante mails.

Julie a dû entendre mes doutes et tout naturellement elle me jette une dernière bouteille à la mer, me proposant de me livrer à cette expérience ; pas de PC pendant les vacances, et encore moins de mail ni de réseaux sociaux (pour moi LinkedIn et Twitter). Excellente idée !

J'adhère à 1000 % pour le jeu d'abord, le challenge contre moi ensuite.

 

19h58

Je ferme mon PC, il ne me reste plus que trente sept mails. C'est même un soulagement. La décision est prise, et mon engagement confirmé dans mon dernier mail envoyé à toute l'équipe pour leur dire que je ne consulterai pas mes mails durant mes congés. Je rentre donc à la maison l’esprit libre, en vacances et déconnecté. Dans deux jours le départ avec mes garçons.

Mon téléphone me brûle les doigts. D'habitude, souvent, trop régulièrement, je sors mon téléphone de ma poche gauche et en un coup d'œil je sais directement combien j'ai de messages et mails en attente. Je crève d'envie de cliquer et consulter les derniers reçus.

Un fil à la vie, une corde à mon âme. Je résiste et résiste encore. Idem le matin au réveil. Comment commencer ma journée sans d'abord consulter, lire ou supprimer le dernier mail reçu ? Impossible. Je vois le chiffre qui augmente et souligne ma culpabilité. Douce torture numérique. Pour me sauver, je décide donc de supprimer de l'écran d'accueil de mon téléphone l'icône d'accès à mes mails. 

Et cela tombe bien, car déjà plus de 30 nouveaux mails sont arrivés depuis hier.

 

Mail envoyé le 22 juillet 2016 à toute l'équipe Eurécia

 

Samedi 23 juillet

Programme de la journée : un dernier "plouf" dans la piscine, un coup de tondeuse à mon gazon, un peu de lecture au soleil et préparation des bagages.

 

Dimanche 24 juillet

Dimanche, je réalise que je n'ai pas imprimé le billet d'avion ni réservé une dernière nuit d'hôtel et je regrette alors cette non frontière numérique entre ma vie pro et perso.

Tous mes mails convergent vers la même messagerie. Obligé de me connecter pour imprimer les billets. Et cette question essentielle à laquelle il va me falloir répondre : comment dissocier mes deux boîtes mails pro et perso pour éviter tout conflit d'intérêt ?

Avant de me coucher, je me reconnecte pour envoyer par mail à mon fils Valentin son billet d'avion. Il doit nous rejoindre quelques jours plus tard.

Bien mal m'en a pris, j'ai le temps de voir que j'en suis à quatre-vingt-douze mails et autant de retard potentiel, mais je résiste. Juste à la recherche du seul indispensable… Mais réalisant quand même combien je suis accro et dépendant de ce moyen de communication.

 

Lundi 25 juillet

L’avion décolle enfin, nouveaux parfums, nouvelles couleurs, nouveaux horizons, nouvelles envies. Je suis en vacances, parfois encore tenté de consulter mes mails mais au fil des heures il devient de plus en plus facile de résister. Changement de référentiel. Place à une autre vie, à d'autres rêves. J'ai réussi à déconnecter de mes mails, et du bureau.

Impossible de me refaire pour autant, Eurécia est bien plus qu'une occupation professionnelle. Et donc différemment, chaque jour, je flâne et vagabonde dans des eaux voisines, d'autres courants chauds. M’enivre de lectures, de soleil, pour déjà imaginer et rêver l’étape d'après. 

 

Mardi 16 août

Fini les vacances, retour au bureau reposé, aéré et revigoré.

J’allume mon ordinateur.

Retour en enfer, 941 mails à dépiler...

 

 

 

@Pascal_Gremiaux