« Laisse, je te fais ça. »
Combien de fois cette phrase est-elle sortie ces derniers jours ? Presque sans y penser, juste par réflexe, comme une habitude de réaction à une petite interaction avec un collègue. C'est toujours plus rapide de le faire soi-même. On a la réponse, l'outil est à portée de main, la personne repart soulagée. Sur le moment, tout le monde y gagne. Moi ça m'arrive souvent, et je l'observe autour de moi régulièrement.
Donc oui, c'est lundi, tout le monde a des trucs à faire, et ça c'est vraiment plus simple si je le fais moi, donc laisse, je m'en occupe.
Ça s'en va et ça revient
« Laisse, je te fais ça. »
Eh dis donc ! Encore ?
Oui, c'est un tout petit rien, donc je vais le faire, mais bon. Pas parce que ce collègue a pris l'habitude et pas parce qu'il n'a pas cherché à comprendre, mais plutôt parce qu'on ne lui a jamais montré. On l'a dépanné.
« Donne un poisson à quelqu'un, il mangera une journée ; apprends lui à pêcher, il mangera toute sa vie. » On le connaît, on le cite même parfois en réunion. Et pourtant, au bureau, on passe souvent nos journées à distribuer du poisson.
Aider et faire à la place, ça se ressemble sur le moment
C'est là que la confusion s'installe, car les deux gestes partent de la même intention, rendre service, être utile. Mais l'un dépanne, et l'autre libère. Ce n'est pas qu'une question de sémantique : c'est ce qui différencie une équipe qui gagne en autonomie de celle qui reste, année après année, dépendante des mêmes personnes pour les mêmes questions. Un manager qui refuse de déléguer, même avec les meilleures intentions du monde, finit par envoyer un signal involontaire : je n'ai pas confiance en votre capacité à faire seul.
Ce n'est pas une question de fermer la porte, car il y a des moments où l'écoute et l'expertise sont exactement ce qu'il faut, des moments qui méritent tout le temps qu'on peut leur donner. Le sujet se pose ailleurs, quand ce temps part dans ces choses que la personne aurait très bien pu gérer seule, avec les bons repères. Souvent il suffit d'expliquer une petite procédure ou d'expliquer un outil pour libérer soi-même et l'autre d'un situation. Et garder ces temps d'aide pour les sujets d'expertise, ceux qui font appel à l'intelligence émotionnelle, ceux qui ont un impact fort.
Mettre de côté la culpabilité
La prochaine fois que la fameuse formule du « oui, je m'en occupe » sort presque toute seule, une question suffit : est-ce que j'aide, là, ou est-ce que je rends la personne un peu plus dépendante de moi ?
Il ne s'agit pas de moins répondre. Il s'agit de mieux répartir cette disponibilité, entre ce qui demande vraiment un accompagnement et ce qui ne demande, au fond, qu'un bon réflexe ou une bonne information transmise une fois pour toutes. C'est d'ailleurs tout l'enjeu quand on délègue vraiment : ce n'est pas se débarrasser d'un sujet, c'est faire confiance à quelqu'un pour s'en saisir à son tour.
Aider, ce n'est pas toujours faire. Parfois, c'est apprendre, et faire confiance.
Regards RH
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