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chronique

Revenir au bureau c’est recréer du lien ?

Télétravail

  3 mins

 

Collaboratrices échangeant dans un open space pour recréer du lien social

66% des salariés en France et dans le monde travaillent dans des entreprises ayant formalisé leur politique de retour au bureau. Le principal argument avancé ? Recréer du lien social entre collaborateurs. Mais suffit-il vraiment de rassembler les troupes dans un open space pour ressouder les équipes ?

Tous de retour au bureau !

Amazon, Meta, Google... Une à une, les entreprises qui avaient vanté les mérites du télétravail font machine arrière. 76 % des salariés français ont reçu une consigne explicite de retour au bureau, et pour près d'un quart d'entre eux, c'est cinq jours par semaine.

L’une des principales raisons ? À distance, peu ou pas d’échanges informels mais des interactions purement fonctionnelles. "Tu as le fichier ?" "Peux-tu valider ça ?" Les relations se seraient vidées de leur substance humaine, transformant les collègues en simples contacts Slack. Le télétravail aurait ainsi cassé quelque chose d'essentiel : ces conversations de couloir, ces pauses café complices, ces moments où l'on rigole entre deux réunions, ces projets qui naissent dans les ascenseurs. Un constat aligné avec ce que pensent les salariés. 45 % des télétravailleurs ressentent une perte de lien social avec leurs collègues. Et 63 % des employés déclarent que les opportunités de socialisation sont le moteur principal de leur venue au bureau.

Alors les directions multiplient les initiatives : espaces détente redessinés, baby-foot flambant neuf, cours de yoga pendant la pause déjeuner. Tout pour transformer le bureau en aimant social irrésistible. Car au fond, c'est logique : remettre les gens ensemble, c'est forcément recréer du collectif. Non ?

Non, rassembler ne suffit pas à recréer du lien

Bien sûr, remettre les équipes dans le même espace change la donne. Les croisements de couloir se multiplient, les conversations s'amorcent plus facilement, le déjeuner partagé devient un moment de complicité retrouvée. Cette proximité physique facilite les échanges spontanés et, de fait, peut renforcer la cohésion d’équipe et le sentiment d’appartenance.

Mais attention à l'équation simpliste. Croire qu'il suffit de rassembler des personnes dans un open space pour créer du lien, c'est ignorer la complexité des dynamiques humaines. Combien de salariés travaillent côte à côte et se sentent pourtant profondément seuls ? Combien d'équipes partagent le même plateau sans jamais vraiment échanger ?

Sans compter que la proximité physique peut aussi exacerber les tensions. Ces différences de personnalité qu'un écran atténuait deviennent saillantes une fois dans la même pièce. Cette collègue qui parle fort au téléphone. Ce manager qui surveille les allées et venues. Ces conflits latents qui couvent et que la distance permettait d'éviter. Eh oui, toutes ces frictions réapparaissent.

Car recréer du lien ne se décrète pas par une simple coprésence. Cela demande un travail organisationnel de fond : objectifs communs clairement définis, leadership qui donne du sens, temps dédiés aux échanges informels, culture du dialogue entre managers et équipes. Sans ces conditions, rien n'est gagné.

Justement, c'est là que le paradoxe devient flagrant. Combien d'entreprises investissent des budgets considérables dans des espaces design, des baby-foots rutilants, des cours de méditation, en espérant que l'ambiance "cool" fera le travail ? Beaucoup plus facile de commander du mobilier branché que de former ses managers à l'animation d'équipe ou de repenser les objectifs collectifs.

Cette approche "décoration d'intérieur" du lien social révèle une logique de façade : on mise sur le visible, le photogénique, ce qui se raconte bien sur LinkedIn. Mais les vraies conditions de la cohésion demandent un investissement autrement plus profond. D'ailleurs, les entreprises qui réussissent leur "retour au lien" ne se contentent pas d'ouvrir les portes. Elles repensent leurs rituels, forment leurs collaborateurs à la communication et leurs managers à l'animation d'équipe, créent des espaces dédiés aux interactions. Car le lien, ça se cultive.

Finalement, investir dans la qualité des interactions ne compte-t-il pas autant sinon plus qu’investir dans le retour au présentiel ?

Mythes de bureau

La chronique bouscule les préjugés, les idées reçues et les croyances parfois fausses qui façonnent nos comportements professionnels. Parce que la réalité du travail se joue dans les nuances et rarement dans les certitudes, « Mythes de bureau » interroge ce qui semble évident et invite à dépasser les stéréotypes qui limitent notre vision du travail.

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