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chronique

La Suisse, laboratoire du temps partiel et du partage des responsabilités

Organisation

  3 mins

 

Cadre travaillant à temps partiel dans un bureau

Un cadre dirigeant à 80 % ? Beaucoup penseraient à un oxymore. Car, dans nos esprits, les fonctions d’encadrement supposeraient une présence totale. Être là. Tout le temps. Disponible à chaque urgence, chaque mail, chaque réunion qui déborde. En Suisse, cette équation est moins évidente. Près de 40 % des personnes actives y travaillent à temps partiel, un des taux les plus élevés d’Europe. Le temps réduit n’y est ni marginal, ni honteux. Il fait partie du paysage.  

Le pays qui a légitimé le 80%

En Suisse, le temps partiel ne se limite pas à quelques « petits contrats ». Il concerne surtout des taux proches de ceux du plein temps. Beaucoup de 60 %, de 70 %, de 80 %. Autrement dit, des professionnels qualifiés qui réduisent leur volume horaire sans sortir du jeu.

Au total, 57 % des femmes et 13 % des hommes travaillent à temps partiel. Le chiffre dit deux choses à la fois : une normalisation massive… et une forte dimension genrée. En Suisse, afficher un 80 % sur sa signature ne surprend personne, car le temps partiel est socialement légitime. Il ne signifie pas retrait du monde professionnel, mais simplement organisation différente.

Des responsabilités possibles, mais un sommet plus sélectif

La Suisse n’est pas un pays de carrières au rabais. On y trouve des cadres à 80 %, des fonctions managériales partagées, du job-sharing ou du top-sharing dans certaines grandes entreprises et administrations. Piloter une équipe à temps partiel est tout à fait possible.  

La culture y est aussi moins obsédée par le présentéisme. En Suisse, rester tard au bureau n’est pas forcément un signe d’engagement. Cela peut être perçu comme un problème d’organisation. Le travail est censé tenir dans le temps contractuel. Le présentéisme y est moins valorisé que l’efficacité.

Cependant, tout n’est pas rose chez nos voisins helvétiques. Les données montrent que le temps partiel reste associé à des trajectoires plus lentes et à un accès plus rare aux fonctions de top management.  Une étude récente sur les perceptions des managers suisses, When less isn’t more, ajoute une nuance importante : le temps partiel féminin est encore largement interprété comme une contrainte familiale. En revanche, le temps partiel masculin est mieux accepté lorsqu’il s’inscrit dans un projet stratégique ou académique.

Redéfinir la disponibilité

Le temps partiel en Suisse n’est peut-être pas spectaculaire. C’est plutôt une tension et une mise à l’épreuve d’un vieux réflexe : confondre autorité et disponibilité totale.

Un cadre à temps partiel ne réduit pas seulement son temps de travail. Il rend visible une question que le temps plein permettait d’éviter : qu’est-ce qui relève réellement du pouvoir ? La décision ? L’arbitrage ? La vision ? Ou la simple présence continue, rassurante, parfois décorative ?

Réduire le temps oblige à hiérarchiser. Le leadership cesse d’être une occupation permanente pour redevenir une fonction. La Suisse n’a pas aboli le mythe du cadre à plein régime, mais elle a commencé à le fissurer. Et cela a le mérite de poser la question pour toutes les organisations : le pouvoir est-il une question d’heures… ou de clarté ? 

Melting work

Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.

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