Générations
Quand une millennial explore le rapport au travail des différentes générations.
Récemment, je suis tombée sur un article (ne me demandez pas comment - vive la sérendipité des réseaux sociaux) décrivant le “management à la suédoise”. Dans cet article, l’auteur décrivait les valeurs que devait incarner un bon manager. Accessible pour ses collaborateurs, transparent, bienveillant et respectueux : ce manager semble incarner “le bon collègue” que l’on rêve tous d’avoir comme supérieur hiérarchique.
“Tous”, ai-je dit ? Peut-être pas, notamment si l’on observe les attentes des uns et des autres sous la loupe des différentes générations. J’en veux pour exemple mon père (encore lui !) : lorsque je lui parle de hiérarchie flat, il tord immédiatement le nez. Et je suis prête à parier qu’il n’est pas le seul boomeur à trouver ce concept saugrenu, voire totalement contre-productif.
Il est donc temps de se retrousser les manches et de mettre le nez dans les chiffres.
Dans la génération X – les personnes nées entre les années 1965 et 1980, la fameuse génération qui précède la mienne, les qualités les plus recherchées chez un manager ou une manageuse seraient les capacités d’écoute et de communication (30 %), les compétences en coaching (26 %), la capacité à partager ses connaissances (23 %) et celle à responsabiliser ses collaborateurs (21 %) (étude Zety). La reconnaissance du travail accompli n’arrive qu’en cinquième position sur le podium et, bien loin derrière, le fait qu’un manager se préoccupe du bien-être de son équipe.
Je n’ai malheureusement pas trouvé de classement similaire pour ma génération, celle des Millennials. Mais, lorsque l’on sait que nous sommes 57 % à vouloir que nos efforts soient reconnus par nos managers et 65 % à dire que “l’ambiance de travail” est l’élément qui compte le plus dans nos choix professionnels (étude EY), on se doute que notre attention est plus portée sur le management bienveillant que sur le leader charismatique.
En revanche, des chiffres existent pour les plus jeunes encore : ceux de la Gen Z, soit les 18 - 24 ans. Pour eux, le manager idéal est celui qui “crée un environnement de travail épanouissant” (31 %), “reconnaît le travail accompli” (30 %), “donne confiance” (21 %) et “fait progresser” (20 %) (étude Fondation Jean Jaurès). Selon la même étude, l’élément qui manque le plus aux entreprises aujourd’hui est “la place accordée à la parole et à la participation des salariés”. Et 20 % d’entre eux rêvent même d’une “relation d’égal à égal” avec leur manager.
Alors, que s’est-il passé, en l’espace de trois générations, pour que l’on passe d’une envie d’être managé par un collègue via une structure hiérarchique claire, à l’appétence pour un management transversal, voire plat ?
À mon sens, cela a grandement à voir avec l’émergence du digital, et notamment d’Internet. La génération de nos parents a connu une entreprise où, pour contacter son boss, il fallait frapper à son bureau - ou bien, pratique qui semble préhistorique pour bien des collaborateurs aujourd’hui : l’appeler au téléphone. Désormais, le patron est accessible en deux temps trois clics, via mail ou messagerie instantanée, parfois sans avoir besoin de voir son visage. Une distance qui, immédiatement, désacralise le manager.
Qui plus est, sans Internet, le manager était détenteur du savoir, de la connaissance. Désormais, à portée de souris, on obtient l’historique de tout ce que l’on a besoin de savoir - voire mieux : on peut se former, et devenir peut-être même plus compétent que le patron lui-même.
Ajoutez à cela que le management est souvent plus un statut obtenu par “évolution naturelle” dans l’entreprise que par compétence réelle et vous obtenez de jeunes collaborateurs qui divinisent beaucoup moins la figure du patron.
Alors, que nous reste-t-il, à l’heure où nos boss sont potentiellement aussi bien outillés que nous ? Je vous le donne en mille : l’humain derrière la cravate.
Petit à petit, les plus jeunes semblent nous faire nous diriger vers un management à la suédoise. Et si c’était moins par manque de respect pour l’autorité que par pur besoin de contact humain ?

Blogueuse RH & travail
Elle a l’esprit vif et le clavier littéraire dans un gant de velours 2.0. Millenial et fière de l’être, elle scrute avec malice les effets de…
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Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.