Générations
Quand une millennial explore le rapport au travail des différentes générations.
En décembre, le plus grand de mes neveux a fêté ses quinze ans. Il fait donc partie de la génération Alpha, née entre 2010 et 2020. Et moi, tata aux trente-trois bougies soufflées il y a peu de temps, je reste bouche bée quand il me raconte son stage de troisième et ses ambitions pour l'avenir. Le petit (plus si petit que ça !) a passé une semaine entière à suivre des avocats au Tribunal, à assister à des procès et il n'a désormais qu'une idée en tête : travailler dans le droit - peut-être le droit des entreprises. Slay.
La différence entre ma perception du travail à quinze ans et la sienne est saisissante. À son âge, je voulais être journaliste, "juste pour passer mon temps à écrire” et n’avait absolument aucune idée de comment en arriver là.
Loin de me faire paniquer, cette différence me pousse plutôt à imaginer ce à quoi ressemblera une entreprise où la génération Alpha déboule. Laissez-moi vous en peindre un portrait plus positif que ce que l’on pourrait en penser.
Les Alpha viennent d’une génération hyper-connectée - plus encore que leurs aînés, les Gen Z. Assistés par des outils d’automatisation dès leur plus jeune âge, on peut penser qu’ils vont lutter avec une attention hyper-fragmentée et avoir du mal à s’adonner à des tâches répétitives. Pourtant j’ai envie d’imaginer qu’ils seront plutôt capables d’accueillir un flux d’information immense et, s’ils sont bien formés, à le traiter mieux que nous. Quant au fait d’être rebuté par les tâches répétitives… c’est quand, la dernière fois où vous étiez heureux de devoir remplir à la main, ligne après ligne, votre infernal tableur Excel, dites ?
Mais les Alpha ne sont pas seulement hyper-connectés : ils sont également habitués à l’hyper-personnalisation. Tout leur tombe tout cru entre les doigts : les recommandations de vidéos qui leur plaisent sur YouTube, les contenus qui parlent de leurs sujets de prédilection sur TikTok. Alors doit-on s’attendre à une génération nombriliste, incapable de s’habituer au management, au travail en équipe, et à ses concessions ?
Ma perception est tout autre. Ces jeunes auront surtout beaucoup plus de facilité que nous à exprimer leur identité, et à se créer un personal branding - pas seulement autour de leur formation ou de leur expérience, mais aussi à partir de leurs compétences proprement humaines. D’autant qu’ils sont habitués à apprendre de manière autonome sur Internet, et vont donc rapidement nous faire revoir notre copie à propos des “Bac + 72” demandés dans les fiches de poste actuelles. Ne devrions-nous pas célébrer le fait qu’ils vont enfin nous pousser à remettre en question un système de reconnaissance poussiéreux, basé sur des grilles obsolètes ?
Parce que, dans un monde en crise perpétuelle, où les inégalités sociales s’accroissent au détriment des moins avantagés, il est probablement temps de revoir nos façons de recruter, de travailler, de collaborer. Les Alpha le savent déjà mieux que nous, puisqu’ils sont nés dans ce monde bouleversé. On ne leur en voudra donc pas de ne pas faire confiance aux institutions préétablies, qui n’apportent ni preuves concrètes de leur efficacité ni sens réel, ou bien de remettre en question un management vertical dont nous-mêmes souffrons déjà.
C’est une certitude : les Alpha vont nous pousser à revoir plus profondément encore le système de sens que l’on met derrière le travail. Ils sont déjà plus de 30 % à exprimer le désir de consacrer leur avenir à aider les gens ou la planète (étude Razorfish). Pas nombrilistes pour un sou, ils voudront également aider leurs pairs les plus proches : 96 % des Alpha de 7 à 9 ans croient en un traitement équitable pour tous (étude Cogan). Ce chiffre me ferait presque monter les larmes aux yeux.
J’en suis persuadée : la génération Alpha va être celle qui va enterrer les vieilles habitudes professionnelles qui nous heurtent déjà : management descendant, méthodes de recrutement surannées, inégalités de traitement et de salaire, manque de reconnaissance, process dépassés… Ils deviendront nos meilleurs alliés pour dessiner un monde du travail qui a plus de sens, qui profite à tous, et qui permet à chacun de s’épanouir.
Sauf que… il va falloir les convaincre d’avoir envie d’y participer ! Eh oui : 76 % d’entre eux veulent être leur propre patron, ou s’engager dans une activité secondaire (étude Visa). Ça vous dit qu’on se mette à y réfléchir dès maintenant ?

Blogueuse RH & travail
Elle a l’esprit vif et le clavier littéraire dans un gant de velours 2.0. Millenial et fière de l’être, elle scrute avec malice les effets de…
Générations
Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.