Cela fait 10 ans que je prends la parole sur les réseaux sociaux. Et 10 ans que j’encourage les RH, les managers et les dirigeants à faire de même. Pourtant, combien de noms de RH publiant régulièrement sur LinkedIn pouvez-vous citer spontanément ? Un ? Deux, peut-être. Pourquoi ceux qui ont le plus à dire sont-ils souvent les plus silencieux ? Peur d’être jugés, peur de paraître prétentieux, peur d’être accusé d’avoir trop d’égo…
La question mérite d’être posée :
Prendre la parole sur les réseaux, est-ce narcissique… ou un acte d’engagement ?
La réponse est plus subtile qu’on ne le pense.
La réalité du terrain
Je rencontre chaque jour des professionnels brillants : lucides, nuancés, profondément engagés. Mais quand je leur dis : tu devrais en parler sur les réseaux, c’est quasi systématique : ils hésitent. « Je ne veux pas me mettre en avant. » « Je n’ai rien d’exceptionnel à dire. » « Je ne fais pas ça pour la visibilité »
Pendant ce temps, des discours simplistes, déconnectés du terrain, à coups de “y’a qu’à, faut qu’on”, occupent l’espace parce que le vide n’existe pas sur les réseaux. Quand les personnes engagées se taisent, d’autres parlent à leur place.
Ce n’est pas un problème d’ego
Il existe une différence fondamentale entre Parler pour être vu et Parler pour être utile.
La première posture cherche la validation. La seconde cherche l’impact.
Et cette différence se ressent immédiatement.
Quand une DRH prend position pour la santé mentale au travail, quand un manager partage un acte managérial difficile, quand un dirigeant explique les difficultés économiques qu’il traverse… Il n’y a pas seulement une volonté d’auto-promotion mais un acte courageux de normalisation des sujets.
C’est finalement dire : Ce sujet existe. Il mérite d’être discuté.
Oui, vous serez jugés
La peur du jugement est réelle. S’exposer n’est pas naturel et se soumettre volontairement à la critique peut s’apparenter à se mettre en danger.
Certains critiqueront parce qu’ils n’osent pas eux-mêmes prendre position. D’autres projetteront leurs propres frustrations. Et les réseaux amplifieront, déformeront et polariseront. Mais qu’on parle ou qu’on se taise, nous serons jugés.
On ne peut pas empêcher le jugement. On ne peut pas contrôler les projections. Mais on ne peut pas laisser les autres décider à notre place.
La parole déplace la norme
Parler sur les réseaux peut déplacer le centre de gravité de la norme.
On l’a vu avec de nombreuses causes qui ont émergé et pris de l’ampleur grâce aux prises de parole publiques. La santé mentale en est un exemple frappant. Il y a quelques années, le sujet restait largement privé. Aujourd’hui, il est au cœur des débats. Pourquoi ? Parce que des personnes ont osé parler.
La norme évolue quand suffisamment de voix s’élèvent.
Alors si vous portez une cause, une expertise, une expérience utile, la question n’est peut-être pas "dois-je en parler ?" mais plutôt : "que se passera-t-il si je choisis de me taire ?" Et si la réponse vous pousse à agir, voici quelques repères.
Quelles sont les bonnes pratiques ?
Tout d’abord, il est indispensable de se rappeler que LinkedIn n’est pas la réalité. C’est une scène : une scène avec ses codes, ses métriques, ses dynamiques d’attention. La visibilité doit servir un objectif. Si elle devient la finalité, elle devient un piège. Alors, avant de publier, posez-vous trois questions :
1. Est-ce que ce contenu apporte quelque chose à quelqu’un d’autre que moi ?
Partager pour dire “regardez comme je suis formidable”, c’est de la mise en scène. Partager un apprentissage, un retour d’expérience, une ressource utile, une alerte sur une pratique problématique, c’est de l’engagement.
2. Ai-je une expérience réelle à partager sur ce sujet ?
La légitimité ne vient pas d’un titre : elle vient du terrain. Vous n’avez pas besoin d’être un expert mondial du sujet pour parler, vous avez besoin d’avoir traversé quelque chose. Remplacez “Qui suis-je pour parler ?” par “Qu’est-ce que j’ai appris qui pourrait aider quelqu’un ?”
3. Est-ce que je peux assumer ces propos dans la vraie vie ?
Si vous écrivez sur LinkedIn quelque chose que vous ne diriez jamais en réunion, il y a un décalage. L’authenticité n’est pas une stratégie marketing mais un prérequis. Si votre prise de parole clarifie un sujet, ouvre un débat constructif, normalise une difficulté, partage un apprentissage ou inspire une action ; elle dépasse votre personne et vous ne devriez jamais vous priver de parler.
Ego ou engagement ?
On nous a clairement vendu une fausse opposition : si vous êtes humble, vous vous taisez. Si vous prenez la parole, vous êtes forcément en quête de reconnaissance. C’est bien plus nuancé que ça :
- Prendre la parole quand on a de l’expérience, ce n’est pas de l’ego. C’est de la transmission.
- Prendre la parole quand on porte une cause, ce n’est pas de la vanité. C’est de la responsabilité.
Oui, prendre la parole demande du temps et du courage.
Mais se taire, c’est laisser le champ libre aux approximations. C’est laisser d’autres définir votre métier à votre place.
Le silence entretient les stéréotypes.
Et au fond, savez-vous ce qui relève vraiment de l’ego ?
- Se taire par peur de ce que certains en penseront
- Laisser d’autres galérer sur des sujets que vous maîtrisez
- Mettre de côté vos causes par peur “ d’avoir 0 likes ”.
Oui, l’exposition peut flatter l’ego mais elle le met surtout à l’épreuve. On accepte d’être contredit, d’être mal compris, d’ajuster, et tout cela en public. On parle souvent de l’ego des créateurs de contenus… Mais il y a aussi de l’ego dans le silence, quand l’orgueil ne supporterait pas d’être contesté. Et si je dois être honnête : publier régulièrement est une formidable école d’humilité. J’espère qu’en refermant cet article, vous regarderez la prise de parole sous un autre angle.
Les réseaux ne sont pas parfaits mais ils sont un espace d’influence. Et l’influence ne devrait pas être laissée aux plus bruyants. Elle devrait être portée par les plus compétents. Alors peut-être est-il temps de vous autoriser à publier ? Le monde du travail a besoin de professionnels qui parlent avec justesse.
Regards RH
Pour accompagner les managers et les équipes RH dans leurs objectifs de performance, d'expérience collaborateur et d'impact, « Regards RH » explore les enjeux clés des ressources humaines : gestion administrative RH et digitalisation, pilotage stratégique, nouvelles formes de travail, innovations technologiques et organisationnelles, bien-être au travail et réglementation du travail en constante évolution.