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  • Actu RH
  • 15/10/2015

L'absentéisme en entreprise n'est pas une fatalité

Une étude récente de Malakoff Mederic* relative à l’absentéisme en entreprise a été largement reprise dans les journaux, sites internet et blogs ces dernières semaines.

La base de données sous-jacente à cette étude, même si elle est constituée uniquement des clients de cet organisme mutualiste, nous paraît suffisamment conséquente pour être fiable statistiquement (ce qui n’est pas le cas d’autres études d’acteurs privés sur cette problématique).

Agir sur l’absentéisme compressible

Néanmoins, il serait intéressant d’aller plus loin dans le recueil des données tout comme dans la réflexion. Ainsi, dans cette étude, l’absentéisme chez les femmes apparaît de prime abord plus élevé que chez les hommes. Or, les jours d’absence liés à des événements féminins tels que la maternité faussent cette lecture. En France, les hommes ne prennent pas encore de congé paternité aussi naturellement que le font les femmes pour leur congé maternité. Les nombreuses études à ce sujet sont le reflet d’une évolution encore trop lente.

Nous contournons ce type de biais d’analyse lors de nos interventions chez nos clients en mettant l’accent sur l’absentéisme compressible, celui sur lequel on peut agir.

Agir sur cet absentéisme, pour le réduire et le maintenir bas, permet d’une part de regagner une qualité de vie au travail, donc plus de bien-être au travail pour les salariés et d’autre part de générer des économies substantielles pour l’entreprise.

L’absentéisme compressible comprend :

  • les arrêts maladies courts : le micro-absentéisme par exemple (absentéisme de moins de trois jours) est celui qui coûte le plus aux entreprises de par la désorganisation qu’il implique. Cela est d’autant plus dommageable que des solutions relativement simples peuvent être mises en œuvre. Ainsi, la mise en place d’un entretien de retour (nous préférons le terme entretien de ré-accueil) permet une diminution quasi-immédiate de 25 % de ce micro-absentéisme. La mise en place de dispositifs tels que les chèques restaurants, conditionnés à une présence journalière, est également un levier possible.
  • les accidents de travail et de trajet : la mise à jour du DUER (Document Unique d’Evaluation des Risques) avec mise en place des actions de prévention permet de réduire cet absentéisme. De plus, la réduction du taux d’accident de travail permet, pour les entreprises de vingt salariés et plus, de diminuer la cotisation due pour cette rubrique.
  • les absences injustifiées : si le SIRH s’avère un outil indispensable à partir duquel des tableaux de bord RH comprenant des indicateurs liés à l’absentéisme peuvent être construits, encore faut-il que des absences injustifiées, donc dommageables en termes d’organisation, ne soient pas régularisées après coup par une compensation systématique sous forme de prise de RTT, CP ou récupération.

L’analyse, une condition sine qua non à la gestion de l’absentéisme

Ainsi, après une première étape constituée par la mise en place d’indicateurs de suivi de l’absentéisme, bien souvent uniquement restreinte au taux d’absentéisme total, une seconde étape de distinction entre absentéisme total et absentéisme compressible doit être effectuée.

C’est la condition indispensable pour générer de l’efficacité quant aux outils et solutions à mettre en œuvre face à l’absentéisme. Or, nous pouvons constater que cette distinction est loin d’être répandue au sein des entreprises.

Une fois ce prérequis assimilé, une démarche de gestion et de prévention de l’absentéisme peut se traduire par une amélioration considérable du bien être des salariés (par une charge plus équitablement répartie), ainsi que par des gains économiques non négligeables.

Par exemple, la mise en place des actions préconisées suite à un de nos diagnostics pour une entreprise de deux cent cinquante personnes dans le domaine des assurances s’est traduite par une économie nette de 387 k€ en dix-huit mois. L’absentéisme n’est pas alors vu sous l’angle d’un taux, ni même comme une fatalité mais bien, par sa réduction et sa prévention, comme un levier d’efficacité économique tout en améliorant les conditions de travail.

C’est là le travail et les résultats obtenus par notre accompagnement au quotidien sur ce sujet complexe mais aux enjeux déterminants pour la grande majorité des entreprises.

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Par Gurvan Collin, directeur pôle conseil de GPA Initiatives, cabinet conseil dans la gestion et prévention de l’absentéisme.

La France en retard dans la gestion de l’absentéisme

Des enquêtes comme celles citées précédemment sont les vecteurs d’une prise de conscience qui est progressivement en train de voir le jour en France. Au Québec par exemple, cette prise de conscience s’est déjà opérée il y a plus de dix ans avec le GP²S  en 2004 par exemple (aujourd"hui Groupe entreprises en santé). Les résultats obtenus comportent un tel retour sur investissement que d’ici deux ans, la moitié des entreprises au Québec aura un programme spécifique sur ces questions.

En conclusion, l’absentéisme en France est de moins en moins considéré comme une fatalité et de plus en plus d’entreprises, à l’aide d’outils et d’accompagnements adéquats, ont compris tout l’intérêt sociétal et économique de combattre cette problématique.

Ce qui devrait se traduire également par une amélioration des comptes sociaux, toutes choses égales par ailleurs.