Les congés illimités
  • Management et bien-être
  • 12/06/2017

Congés illimités en France, une utopie ?

Si l’idée vous a un jour effleuré l’esprit que vous pourriez prendre des congés illimités, sans rendre de comptes ni à vos collègues ni à vos managers, vous serez sans doute surpris d’apprendre que cette idée n’est pas si irréaliste que cela. Au départ, réservé à quelques entreprises américaines ou anglaises, ce concept arrive peu à peu en France...

American way of life

Elles s’appellent, Netflix, Evernote, Foursquare, Tumblr ou encore Virgin et ont toutes un point commun : ces entreprises proposent à leurs employés de prendre autant de congés qu’ils le souhaitent.

Exit les horaires fixes de bureau et les congés régulés. Ces entreprises « nouvelles générations » ont compris que l’implication des salariés et leur productivité allaient au-delà des contraintes « traditionnelles » liées à l’entreprise. Le salarié doit être stimulé autrement.

A l’aune de la mobilité et du télétravail, ces patrons de startups de renommée mondiale savent que, pour attirer de nouveaux talents, ils doivent penser l’entreprise différemment. Le salarié donne beaucoup à l’entreprise qui le lui rend bien.

tweet Richard Branson

La mise en place des congés illimités est donc une réponse à cette flexibilité du travail. « Si notre manière de travailler a changé, alors la façon de prendre nos vacances doit changer aussi » annonce en 2014 sur son compte Twitter Richard Branson, patron de Virgin, qui s’est inspiré de l’expérience de Netflix.

Ce magna de la démesure, habitué des exploits sportifs et autres coups d’éclats en tout genre, annonce sur son blog que les cadres de son entreprise pourraient désormais prendre autant de congés qu’ils le souhaitent.

A une condition : il faut que le travail soit fait. Peu-importe si le travail est réalisé entre 9 h et 18 h, cela ne veut plus rien dire. L’essentiel est que le salarié accomplisse ses missions.

Les collaborateurs pourront s’absenter autant de temps qu’ils le désirent que « s’ils sont assurés à 100% qu’ils sont, eux et leur équipe, à jour de leurs projets et que leur absence ne nuira pas à l’entreprise, et donc à leur carrière ».

Si l’expérience s’avère concluante, cette nouvelle directive pourrait s’appliquer à l’ensemble des salariés du groupe Virgin.

De l’impossible application en France ?

Et si cette idée séduisante de congés illimités arrivait à s’implanter en France ?

Impossible, vous diront les spécialistes : cette mesure ne peut se généraliser dans l’Hexagone pour une simple et bonne raison que notre droit du travail est aux antipodes du système anglo-saxon.

Nous avons, contrairement aux Etats-Unis par exemple, un cadre légal très strict en la matière qui protège le salarié et sa santé.

« La mesure du temps de travail, qui semble aujourd’hui pesante, a été une conquête sociale qui a permis de protéger la vie privée des salariés », explique le journaliste François Lenglet sur RTL.

A l’inverse de l’Europe, où certaines mesures ont été prises pour réduire, voire empêcher les salariés de cesser leur activité en dehors des heures de travail, les Etats-Unis ont dérégulé le système.

En offrant à leurs salariés des contreparties démesurées (comme les congés illimités, la cantine gratuite, la conciergerie..), ces entreprises peuvent compter sur une implication à 200 % de leur part. Les heures ne sont plus comptées, et d’ailleurs, à quoi bon ? Le salarié « moderne » travaille de n’importe où – dans le bus, le métro, dans un café – et à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Dès lors, peu importe que le salarié accomplisse ses tâches et mène à bien ses projets en dehors de son temps travail pourvu qu’il le fasse. Le salarié américain vit son entreprise. La barrière entre vie privée et vie professionnelle est totalement perméable. Alors tant mieux si le collaborateur prend X semaines de congés tant qu’il reste joignable.

Mais à l'heure où le blurring s'installe dans le paysage professionnel comme une norme, les congés illimités semblent finalement atteindre l'Hexagone via des entreprises pionnières comme Indeed, la startup PopChef ou encore le groupe immobilier vosgien Avinim. Favoriser l'autonomie, décupler la confiance entre les collaborateurs et le top management, faire du bien-être en entreprise une norme et non plus un concept, chacun de ces patrons a des raisons légitimes d'appliquer les congés illimités. Mais leur point commun reste le même : atteindre les objectifs. Et malgré les 4000 pages du Code du travail français, ces entreprises on pris le pari que de ne plus imposer à leurs salariés leurs semaines de congés pourrait les faire grandir et l'entreprise avec !

La recherche de la performance économique passerait donc par d'autres chemins et la qualité de vie au travail en serait une voie possible et bien plus directe que l'on ne pourrait le croire. Alors ? A quand un grand groupe français pour prendre ce pari ?