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  • Actu RH
  • 14/06/2017

À l’ère Macron, inventons une nouvelle répartition de la richesse en entreprise !

À l’heure où la France s’est dotée d’un nouveau (jeune) Président de la République et d’un gouvernement dont l’une des premières tâches sera d’amplifier la réforme du marché du travail, ce souffle inédit va-t-il enfin balayer un tabou : celui du partage de la valeur en entreprise ?

Cela fait plus de cent ans que cette équation tourne toujours autour des mêmes refrains : d’orientation marxiste avec le diptyque employeur / employé et son sous-jacent exploiteur / exploité, ou d’orientation gaullienne avec le partage capital / travail.

Le quinquennat Sarkozy avait voulu ouvrir le chantier du meilleur partage de la valeur en entreprise avec le rêve d’une réponse en trois tiers : un tiers aux actionnaires, un tiers aux salariés, un tiers en investissements (qui bénéficieront dans l’avenir, grâce aux gains de productivité, à la fois aux actionnaires et aux salariés sous forme d’emplois et de hausses de salaires).

Un rêve resté vœu pieux. Mais surtout un rêve déjà inadapté aux ambitions des nouvelles générations arrivant sur le marché du travail, ces fameux « millenials », soupçonnés par leurs aînés d’être moins engagés, plus mercenaires, moins attachés à l’entreprise, à ses valeurs, à sa marque, plus préoccupés par leurs loisirs et leur vie personnelle que par leur vie professionnelle. Mais peut-on réellement leur reprocher cette quête d’un autre équilibre ?

Après la course au progrès et à la performance économique des « 30 Glorieuses », après le choc de la crise des « subprimes » qui a montré les limites du tout financier et marqué la fin des illusions, il est temps de chercher – et surtout de trouver, aurait dit le Général de Gaulle – un nouveau modèle qui concilierait le Produit intérieur Brut (PIB) et le Bonheur National Brut (BNB), cher au royaume du Bhoutan et au prix Nobel d’économie Joseph E.Stiglitz.

Pour trouver cette nouvelle équation à la fois économique et humaine, il faut, à mes yeux sortir d’une logique manichéenne et trop binaire, arrêter d’opposer l’un à l’autre et comprendre au contraire qu’il s’agit des deux faces de la même pièce. A l’heure du bio, des médecines douces, de la « slow food », on voit bien que le sur-travailler et le sur-consommer ne comblent plus nos vides, que l’argent contribue au bonheur mais ne le fait pas nécessairement. Quand bien même la création de valeur en entreprise serait partagée à 50/50 entre actionnaires et salariés, cela ne règlerait pas le problème si ces mêmes salariés ne se sentent pas le mieux possible à leur travail et ne s’y réalisent pas. Il suffit de constater la tendance actuelle à privilégier l’entrepreneuriat, la recherche de liberté, de souplesse dans son travail qui n’est pas guidée par le seul appât du gain. Qui ne souhaiterait pas donner un peu plus de sens à son quotidien ?

Quelle est la solution ? Osons une réponse à la fois idéaliste et pragmatique : et si la bonne réponse venait du mariage de l’efficacité économique et du bien-être des collaborateurs, une alliance du collectif et de l’individuel ? La fameuse QVT, la qualité de vie au travail, Saint Graal des DRH que l’on devrait rebaptiser Directeurs des Richesses Humaines (un salarié n’est pas qu’une « ressource », bon sang !) doit bien devenir un des indicateurs, des KPI comme le disent les Anglo-saxons, d’une entreprise performante. Même la Banque de France commence à s’y intéresser. Une entreprise ne peut être performante durablement que si ses salariés se sentent bien.

Il nous faut entrer dans cette nouvelle ère qui libère la personne dans l’entreprise, qui partage la richesse financière et la richesse humaine, une ère du gagnant-gagnant qui ne se limite pas aux seuls profits mais s’intéresse aussi au bien-être des personnes. Sinon, l’entreprise ne pourra pas répondre à la quête de sens qui est l’un des principaux défis que lui lancent aujourd’hui les jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Et les moins jeunes, tout aussi désireux de changer leur relation au travail.

 

Tribune publiée sur Les Echos.fr