Melting work
Des idées et des solutions venues du monde entier pour mieux travailler
Jeudi, 17 h, quelque part à Londres. Dans beaucoup d’entreprises britanniques, la lumière s’éteint déjà. Une transformation silencieuse a eu lieu : quatre jours de travail, trois jours pour souffler. Et, étonnamment, rien ne s’est effondré. Au contraire.
En 2025, plus de 200 entreprises ont adopté définitivement la semaine de 4 jours, après le test national : 5 000 salariés, 60 entreprises, 6 mois d’expérimentation. Moins d’heures, mais plus de concentration, moins de burn-out, moins d’absentéisme… et plus d’envie. Le Royaume-Uni a misé sur un principe simple : retirer un jour, c’est parfois sauver un système.
Pourquoi le Royaume-Uni a sauté le pas
De nombreuses entreprises du pays étouffaient sous une double pression : une fuite des talents difficile à enrayer et un niveau de stress au travail qui battait des records. Lorsque Autonomy et 4 Day Week Global ont lancé leur test, les secteurs les plus exposés - tech, marketing, services sociaux, ONG - ont été les premiers à tenter l'expérience. Le cadre était simple : 100 % du salaire, 80 % du temps, 100 % des résultats. Pas de baisse de rémunération, pas de “vendredi off” maquillé. Et au bout du test, 91 % des entreprises ont choisi de continuer. Un taux d’adoption rarissime en matière d’organisation du travail.
Plus d’heures ≠ plus de résultats
Les résultats du test britannique ont quelque chose d’un peu insolent : ils contredisent frontalement l’idée que “plus d’heures = plus de résultats”. Surprise : la productivité est restée stable, parfois même en hausse (+6 à +7 %, selon Autonomy et The Guardian). Le turnover a chuté de 42 %, et l’absentéisme jusqu’à 66 %. 92 % des salariés rapportent une amélioration de leur bien-être.
Les témoignages racontent la même histoire. Chez Loudmouth, les équipes parlent d’une créativité “retrouvée”. Chez 5 Squirrels, la direction évoque “un focus impossible à atteindre auparavant”. Et le conseil de district de South Cambridgeshire (450 agents publics) a vu son niveau de motivation remonter en flèche après des années de tensions opérationnelles. En résumé : moins de fatigue, moins de dispersion, moins de réunions inutiles.
La valeur cachée du temps libéré
En France, on adore souvent l’idée de la semaine de 4 jours tant qu’elle reste...une idée . Passer aux actes, c’est une autre histoire. La vraie question n’est pas de travailler un jour de moins, mais d’accepter de tailler dans le superflu. Les Britanniques ont réduit les réunions, raccourci les circuits de décision et nettoyé les agendas.
En France, la vraie résistance n’est peut-être pas économique, mais psychologique. La semaine de 4 jours oblige à renoncer à la présence à tout prix, au micro-contrôle et au mail envoyé à 22 heures. L’expérience britannique met en lumière le point qu’on aime éviter : ce n’est pas la réduction du temps de travail qui est difficile, c’est de regarder en face le superflu. La surcharge cachée, les tâches qui n’avancent que par inertie et les calendriers saturés de rituels inutiles.
Une partie du Royaume-Uni a retiré le gras, pas les ambitions.

Exploratrice RH
Elle explore les cultures du travail comme un terrain d’anthropologie contemporaine. Curieuse et aventurière, elle nous emmène dans un grand tour du…
Melting work
Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.