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chronique

J’ai testé : dire non à (presque) tout pendant une semaine

Culture d'entreprise

  4 mins

 

Personne faisant un geste de refus avec la main en signe de non

Je dis oui trop souvent. Oui aux réunions « rapides », oui aux coups de main (« ça prend cinq minutes »), oui aux délais intenables. Pas par héroïsme, mais plutôt par réflexe. Par envie d’aider. Ou par peur, peut-être, de passer pour celui qui complique les choses, celui qui n’est pas impliqué. 

Alors, par curiosité (ou goût du risque, vous allez le découvrir), j’ai décidé de tester l’inverse : dire non. À presque tout. Pendant une semaine.

Jour 1 : le non poli (la voix tremblante)

J’arrive au bureau motivé comme jamais par cette expérience et j’opte pour la stratégie du « non courtois ». Celui qui s’excuse presque d’exister. Le premier test arrive à 9h12 : la terrible réunion ajoutée pendant le weekend, sans ordre du jour par un collègue qui m’exaspère. Je décline facilement : « Désolé, je ne pourrai pas être présent, j’ai besoin d’avancer sur mes priorités ». Silence. Personne ne me convoque, personne ne vient me questionner. Le monde continue de tourner, même quand je refuse une invitation Outlook.

C'est quand même plus facile à l'écrit...

Jour 2 : le non argumenté (la voix rassurante)

Mardi, je change d’approche et décide d’expliquer très précisément mes refus, sans filtres.  À cette collègue qui passe la tête par-dessus mon écran et tente un « tu peux m’aider sur ce dossier ? », je réplique chirurgicalement : « cette semaine j’ai déjà beaucoup de projets à rendre et je ne veux pas me mettre en retard ». Elle est un brin surprise car ma réponse tranche avec mon engouement habituel. Mais elle comprend, hoche la tête et s’en va. Je découvre que dire non, quand c’est expliqué, ressemble parfois à une simple mise au point. Ce n’est pas un refus, juste un arbitrage.

Jour 3 : le non qui dérange (la voix ferme)

Il est l’heure de tester une nouvelle variante du non, en version frontale. L’occasion tombe à pic lorsqu’un collègue d’un autre service entre dans notre open-space et demande un livrable en urgence, pour « avant la fin de la journée ». Je réponds laconiquement que « ce n’est pas réaliste dans ce délai. Je peux proposer autre chose, mais pas ça. »  

Cette fois, le silence est lourd, même au sein de mon équipe. On me rappelle rapidement que le sujet est stratégique et que « ce serait vraiment bien que je m’en occupe ». L’ambiance m’apparait étouffante et j’approche la limite de l’exercice : il y a des “non” que l’on peut dire, et d’autres qui coûtent cher (en émotion, en relation, en énergie). Je finis par dire oui. Un oui conscient, qui n’a plus rien d’automatique.  

Jour 4 : le non différé (la voix espiègle)

En cet avant-dernier jour du test, j’expérimente le non temporaire (qu’on pourrait aussi appeler le “oui mais”). Au « tu peux regarder ça si t’as deux minutes ? » je réponds que non, pas maintenant, mais je peux m’en occuper demain matin. Ce non-là est étonnamment bien accepté. Comme si refuser le moment, mais pas la tâche, rendait la chose plus digeste.  On ne ferme pas la porte, on décide juste de l’ouvrir un peu plus tard.

Mes mantras pour la semaine !

Jour 5 : ça va ? non. Enfin, si si ça va.

Fin de semaine, je reçois plusieurs feedbacks de mes collègues. On me demande si tout va bien, si je suis sous l’eau ou si quelque chose s’est passé dernièrement. Je suis pris de court, car je n’avais pas pensé à l’impact de cette expérience sur la perception que mes collègues ont de moi. « Non, non, justement. J’essaie de faire les choses autrement cette semaine, je voulais tester de dire un peu plus non, ou en tout cas de ne pas dire oui à tout… ».  

Dire non m’a libéré du temps et de l’énergie, mais cela m’a aussi isolé par moments. J’ai été plus clair, mais moins consensuel. Plus aligné peut-être, mais parfois moins apprécié.  

Le 'non' ne m’apparaît pas comme une posture pérenne en entreprise mais il permet quand même, parfois, de se repositionner, au service d’un oui plus authentique. Pour décortiquer la puissance et la complexité de ces deux petits mots, je vous invite à écouter l’analyse de Sophie Delegiannis dans le podcast Savoir dire non, oser dire oui. 

J'ai testé...

Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.

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