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« Le premier Baromètre de l’IA appliquée aux RH donne des indications précieuses »

Thomas Chardin

Intelligence artificielle

  4 mins

 

Portrait de Thomas Chardin, Parlons RH, évoquant l’audace face à l’IA en RH

Fondateur de l’agence conseil et du média Parlons RH, Thomas Chardin est à l’initiative du premier baromètre sur l’intelligence artificielle et les ressources humaines. Surprise : les DRH apparaissent en avance dans leurs usages individuels et plutôt enthousiastes face à cette révolution technologique.

Pourquoi avoir lancé un baromètre consacré à l’IA et la fonction RH ? 
Parce qu’il était temps ! L’IA est déjà là, à des degrés variables mais elle est là, dans nos vies et nos organisations. Nous ne voulions pas produire une étude ponctuelle mais bien un baromètre, c’est-à-dire une mesure régulière des usages et des perceptions. L’idée est de suivre dans le temps l’évolution des pratiques RH associés à l’IA, les freins des DRH, les bénéfices de cette technologie, les conditions d’un déploiement réussi…

Quels sont les résultats qui vous ont le plus surpris ? 
Ils se résument en trois points principaux. D’abord, les DRH sont en avance dans leurs usages individuels de l’IA. Je pensais qu’ils seraient en retard, comme souvent sur les questions liées au numérique. Or, 83 % des professionnels RH l’utilisent déjà à titre professionnel. C’est un vrai choc positif. Ensuite, le décalage est énorme entre ces usages individuels et l’intégration collective dans les processus RH : seulement 37 % des départements RH ont déployé des outils d’IA pour leurs services. Enfin, ce qui m’a le plus frappé, c’est l’enthousiasme de la profession. Les DRH considèrent l’IA comme une opportunité. Ils en connaissent les risques, ils savent que c’est difficile, mais ils sont confiants et positifs. Je n’avais jamais vu une enquête avec un tel vent d’optimisme.

Justement, quels sont les principaux risques identifiés par les DRH ? 
Les risques techniques arrivent en tête : la confidentialité et la sécurité des données sont citées par 80 % des répondants. Ensuite viennent les difficultés de déploiement : comment intégrer ces outils aux systèmes existants, comment accompagner le changement. Les risques humains – déshumanisation, distance avec les collaborateurs – sont évoqués, mais arrivent loin derrière. Quant aux biais, ils sont connus, mais ne constituent pas un frein majeur. Les DRH ont cessé de s’en servir comme alibi pour refuser l’IA : ils considèrent que c’est un outil, point.

Le déploiement de l’IA doit-il être piloté par la DSI ou par la DRH ? 
Je crois que le premier chief digital officer de l’entreprise devrait être le DRH. Non pas sur le plan technique, mais sur la dynamique collective. Sa mission est de faire monter tout le monde dans le train du digital – personne ne doit rester sur le quai. L’IA va transformer les métiers. Si la fonction RH veut rester transformatrice, elle doit s’en saisir d’abord pour elle-même, puis pour accompagner l’ensemble de l’organisation.

Vous dites que l’IA pourrait repositionner la fonction RH. De quelle manière ? 
La mission de la fonction RH, c’est de créer de la relation. Le « R » de DRH devrait être celui de la relation, entre direction et humanisme, à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise. L’IA peut aider la DRH à reprendre ce rôle fondamental, à condition qu’elle passe du courage à l’audace : ne plus seulement éteindre les feux, comme un pompier, mais devenir architecte, anticiper, prendre le risque d’agir.  

Vous êtes le fondateur de Parlons RH. Pouvez-vous nous présenter cette structure ? 
Je suis dirigeant et fondateur de Parlons RH. Nous sommes à la fois un média pour les professionnels RH et une agence marketing pour l’ensemble de l’écosystème RH. Notre vocation, c’est de faire résonner la fonction RH avec son temps, de l’aider à se transformer pour accompagner les transformations des organisations. Nous animons aujourd’hui la plus grande communauté RH en France, avec 210 000 abonnés sur LinkedIn et 120 000 à notre newsletter.

Propos recueillis par Valérie Ravinet

 

Pour aller plus loin  : Les enseignements clés du Baromètre IA & RH 2025

83 % des DRH utilisent déjà l’IA à titre individuel, mais seulement 37 % des services RH sont équipé collectivement.

82 % perçoivent l’IA comme une opportunité, contre 3 % comme une menace.

87 % estiment que leur métier sera transformé par l’IA.

32 % considèrent que l’IA a déjà modifié la pratique RH.

Les usages actuels concernent surtout la création de contenus (8 sur 12 usages principaux).

Le recrutement (62 %) et la formation (47 %) sont les domaines les plus concernés.

Les usages avancés (prédictif, chatbots spécialisés) restent marginaux (14-24 %).

47 % des entreprises ont déjà organisé des formations IA pour leurs RH.

Les principaux risques : confidentialité/sécurité des données (80 %), biais (68 %), opacité (63 %)

Les freins majeurs : absence de stratégie claire (52 %), manque de compétences (49 %),

Les risques humains (déshumanisation, rejet) sont jugés secondaires.

Trois profils émergent : EnthousIAstes (32 %), Hésitants (56 %), DénIAlistes (12 %).

Les métiers hors RH les plus impactés : marketing/communication (96 %), informatique (93 %),

69 % des répondants sont confiants dans l’avenir de leur organisation à l’ère de l’IA.

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