Avec 66 % des Français qui estiment que la situation de l'emploi se détériore en France, la perception du chômage et de l'emploi se dégrade nettement selon le 7ᵉ volet du Baromètre Unédic–Elabe. Derrière ce pessimisme généralisé, le baromètre met en lumière trois dynamiques fortes : une inquiétude accrue chez les demandeurs d’emploi, une relative confiance des actifs en poste pour leur propre avenir, et un regard social négatif sur les chômeurs, encore largement façonné par des idées reçues.
Premier enseignement du baromètre : la perception de la situation de l'emploi se dégrade fortement. Deux tiers des Français (66 %) estiment que la situation se détériore, soit une hausse de 16 points en un an. Cette progression rapproche les niveaux de pessimisme de ceux enregistrés en 2020, au plus fort de la crise Covid.
Dans ce contexte, les demandeurs d'emploi se montrent particulièrement inquiets. Deux sur trois (66 %) jugent peu ou pas probable de retrouver un emploi dans les mois à venir, une proportion en hausse par rapport à l'année précédente. Retrouver un emploi au même niveau de rémunération est jugé compliqué pour 61 % d’entre eux.
Les actifs restent confiants mais attentistes
Paradoxalement, les actifs en emploi se montrent à la fois prudents et relativement confiants pour leur propre avenir. Si une part croissante d'actifs estime difficile de retrouver un emploi en cas de chômage (28 %, +5 points), près de deux actifs sur trois (67 %, +12 points) jugent peu probable de connaître eux-mêmes une période de chômage dans les deux prochaines années, un niveau inédit depuis la création du baromètre. Cette moindre inquiétude s'accompagne toutefois d'un certain gel des projets professionnels : seuls 17 % des actifs en emploi déclarent envisager un changement de métier (-8 points en un an). En revanche, ils sont de plus en plus nombreux à s'informer sur leurs droits à l'assurance chômage (47 %, +8 points).
La peur de la perte de revenus
Dans l'opinion, le chômage reste très majoritairement perçu comme une situation subie. Trois quarts des Français estiment qu'il est davantage imposé que choisi, et 96 % considèrent que tout le monde peut connaître une période de chômage au cours de sa carrière. Cette perception est renforcée par l'expérience vécue : deux Français sur trois sont touchés directement ou indirectement par le chômage. Et pour une majorité, celui-ci est avant tout synonyme de perte de revenus. Près de six actifs sur dix pensent que leur situation financière serait tendue s'ils perdaient leur emploi, tandis que 74 % des demandeurs d'emploi constatent une dégradation effective de leur situation financière depuis leur inscription.
Chômeurs = assistés ?
Le baromètre met également en lumière un durcissement du regard porté sur les demandeurs d'emploi. En un an, 41 % (+8 points) déclarent subir des critiques directes, telles que le mépris ou l'accusation d'assistanat, et près des deux tiers disent être régulièrement mis en doute sur la réalité de leur recherche d'emploi.
Si une majorité de Français rejette l'idée que les chômeurs seraient des fraudeurs (63 %) ou des assistés (64 %), les représentations négatives restent présentes : un Français sur quatre associe spontanément le mot « chômeur » à des termes péjoratifs.
Un regard biaisé sur l’Assurance chômage
L'attachement au modèle français d'assurance chômage demeure majoritaire (56 %), même s'il recule légèrement parmi les publics les plus éloignés du chômage. À l'inverse, il progresse nettement chez les demandeurs d'emploi les plus exposés. Les allocations sont très largement perçues comme utiles (93 %), protectrices contre la pauvreté (73 %) et issues d'un droit contributif (87 %). Elles sont également reconnues comme facilitant les transitions professionnelles : plus d'un tiers des actifs ayant changé d'emploi estime qu'il n'aurait pas pu le faire sans l'assurance chômage.
Pour autant, la méconnaissance reste forte. Les Français surestiment massivement le taux de chômage (ils l'établissent à 15 % en moyenne contre 7,5 % réellement), le nombre de demandeurs indemnisés (80 % le surestiment) et le montant des allocations. Or, le baromètre montre qu'une information factuelle précise réduit sensiblement les critiques à l'égard du système : après information, 29 % seulement jugent le montant des allocations trop élevé (contre 36 % avant, -7 points).
À la loupe
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