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Trop jeune, trop vieux  : quand l’âgisme freine toutes les générations

Carrière

  3 mins

 

Femmes cheveux blancs avec un bloc note

Alors que les entreprises multiplient les initiatives en faveur de la diversité et de l'inclusion, un facteur discriminant reste largement ignoré : l'âge. C'est ce que révèle une étude inédite menée en 2025 par Grandes Écoles au Féminin avec l'Institut Ipsos BVA, auprès de plus de 1 300 diplômés et diplômées de grandes écoles.

Des entreprises qui pourraient faire plus

Le constat est sans appel. Près des trois quarts des répondants (74 %) estiment que les entreprises ne se saisissent pas suffisamment de la question de l'âge au travail ; seuls 18 % considèrent que ce sujet est traité de manière appropriée par les organisations. Plus révélateur encore, 52 % des diplômés interrogés jugent l'âge comme un sujet tabou en entreprise, avec une perception particulièrement marquée du côté des seniors puisque 68 % des femmes de plus de 55 ans partagent ce sentiment, contre 48 % des hommes du même âge.

Pourtant, l'âge apparaît comme le troisième facteur de fortes inégalités dans le monde du travail (52 %), juste derrière le diplôme (65 %) et le handicap (63 %), mais devant le sexe (50 %) et l'origine sociale (49 %). Pour 66 % des personnes interrogées, l'âge a une incidence directe sur l'employabilité, et pour 50 %, sur la progression de carrière.

Une discrimination qui touche aussi les jeunes 

L'étude souligne une réalité préoccupante. 68 % des diplômés estiment que leur âge a déjà constitué un frein à leur parcours professionnel. Et aucune génération n'est épargnée. Chez les moins de 35 ans, 83 % déclarent s'être déjà sentis trop jeunes, avec un sentiment d'être insuffisamment pris au sérieux d’après 52 % d'entre eux. Ce ressenti est encore plus marqué chez les jeunes femmes, dont 55 % estiment manquer de crédibilité en raison de leur âge.

À l'autre extrémité, les collaborateurs seniors font face à un sentiment d'obsolescence. 68 % des plus de 55 ans se sont déjà sentis trop vieux, et 81 % des répondants estiment que cette catégorie est la plus exposée au risque d'être « mise au placard ». Entre les deux, la tranche 38-50 ans serait celle où l'on est jugé le plus performant.

Les femmes, premières victimes de l'âgisme

Si la problématique concerne l'ensemble des salariés, les femmes apparaissent particulièrement touchées. 69 % d'entre elles ont déjà reçu des commentaires liés à leur âge, contre 59 % des hommes. Ce chiffre atteint même 78 % pour les femmes de 18 à 34 ans. Pour la moitié de celles qui ont reçu ces remarques, il s'agissait de commentaires dévalorisants, majoritairement tenus par des hommes plus âgés occupant des fonctions hiérarchiques élevées.

Les femmes seniors cumulent elles aussi des difficultés. 73 % des 55 ans et plus estiment que leur âge a déjà constitué un frein à leur carrière, et 84 % d'entre elles affirment que la question de l'âgisme est insuffisamment traitée par leur entreprise. Un tiers des diplômées déclarent avoir personnellement vécu une différence de traitement liée à l'âge, un chiffre qui grimpe à 44 % chez les femmes de 55 ans et plus.

Face à ce constat, Patricia Delon, présidente de l'association Grandes Écoles au Féminin souligne que « l'âgisme, quand il n'est pas pris en compte, est un risque psychosocial au travail pour les collaborateurs de toute génération dont le diplôme ne peut protéger ».

 

À la loupe

Chaque semaine, « À la loupe » fait le tri dans la masse d'études et de données disponibles pour vous livrer l'essentiel : des analyses pointues et actuelles sur les grandes tendances de l'emploi et du monde du travail. À partir de sources fiables et de chiffres robustes, l’article synthétise enquêtes, études et projections prospectives pour décrypter les évolutions des compétences, des secteurs, des métiers et des grandes transformations de la société.

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