Générations
Quand une millennial explore le rapport au travail des différentes générations.
Quand j'étais petite, je voyais mon père partir travailler chaque matin en costume-cravate. Commercial dans une grande entreprise internationale, il respectait à la lettre les codes de l'époque. Sauf le vendredi. Ce jour-là, il avait droit au fameux casual chic : chemise sans cravate, parfois même une veste un peu plus souple. Une petite révolution hebdomadaire.
Aujourd'hui, le casual chic de mon père passerait, dans une entreprise dynamique parisienne, pour un style franchement guindé. Ce qui m'amène à me poser LA question : est-ce que les nouvelles générations ont tué le concept du “s'habiller pro” ?
Du costume-cravate à la basket blanche : une révolution silencieuse
Sur le terrain, chez mes clients, le constat est assez clair : le nouvel uniforme, ce sont les baskets blanches, le jean et le t-shirt basique. Une tenue simple, confortable, presque interchangeable.
Évidemment, tout dépend du contexte. J'ai du mal à imaginer ma banquière débarquer au bureau en leggings, et on ne s'habille pas tout à fait pareil dans une multinationale à La Défense que dans une start-up nichée dans un espace de coworking. Mais une chose est sûre : le “pro” n'a pas disparu. Il s'est juste standardisé autrement.
Le grand flou vestimentaire au travail
En revanche, ce qui me semble frappant, c'est que les vêtements au travail font rarement l'objet de règles explicites. On suppose, on observe, on s'ajuste… souvent dans l'inconfort.
Je me souviens très bien de ma première journée de stage. Vingt-quatre ans, stressée, je n'avais absolument aucune idée de la façon dont je devais m'habiller. Trop formel ? Pas assez ? Personne ne m'a jamais dit si mes choix étaient pertinents ou non. Résultat : un malaise assez universel. Personne ne dit rien, mais tout le monde juge (un peu).
Quand les générations ne lisent pas les vêtements de la même façon
En creusant dans mes souvenirs, je me rends aussi compte que toutes les remarques que j'ai reçues sur mes vêtements, mon look, mes tatouages ou mes piercings venaient de mes aîné-es, les Gen X. Jamais de critiques frontales, plutôt de la curiosité, parfois même une forme d'admiration pour mes supposées “prouesses stylistiques” (alors que, soyons honnêtes, je porte le plus souvent un jean et des baskets).
Dernièrement, une cliente m'a même demandé si mon tatouage, cicatrisé depuis plus de cinq ans, me faisait toujours mal. Preuve qu'on ne parle jamais vraiment de fringues. On parle de crédibilité.
Ce que les vêtements font à notre cerveau (et à notre travail)
En cherchant de l'inspiration pour cette chronique, je suis tombée sur une notion : la cognition vestimentaire (ou enclothed cognition). L'idée est simple : les vêtements n'influencent pas seulement la manière dont les autres nous perçoivent, mais aussi la façon dont nous nous percevons nous-mêmes… et même notre comportement au travail !
Une célèbre étude menée en 2012 aux États-Unis et relayée par le New York Times l'avait montré : si l'on fait porter aux participants une blouse blanche en les persuadant qu'elle appartient à un médecin, ils obtiennent de meilleurs résultats à des tâches d'attention que ceux qui pensent porter une blouse de peintre ! Le vêtement ne change pas que l'apparence : il prépare l'esprit.
Et c'est sans doute là que le fossé générationnel se creuse. Les baby-boomers et la Gen X ont souvent tendance à s'habiller “pro” pour être pris au sérieux, et pour se mettre eux-mêmes en posture de sérieux. Les Millennials et la Gen Z, eux, privilégient des tenues plus décontractées pour rester eux-mêmes, favoriser l'informel et se sentir à l'aise.
Au fond, le vrai sujet n'est peut-être pas ce qu'on porte, mais ce que ça nous autorise à être au travail. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Blogueuse RH & travail
Elle a l’esprit vif et le clavier littéraire dans un gant de velours 2.0. Millenial et fière de l’être, elle scrute avec malice les effets de…
Générations
Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.