Retour

  3 mins

 

chronique - Parentalité

Quand l'école devient ton employeur bis

Parent jonglant entre travail et contraintes scolaires du quotidien

35h et des poussettes

Le monde des parents qui tentent de maintenir l’équilibre entre carrière et parentalité

Il y a une sorte d’incompatibilité structurelle entre le salariat et moi, alors j’ai préféré travailler en freelance. En devenant maman, je ne pensais pas que lorsque mon fils atteindrait ses trois ans, j’allais rencontrer un nouvel employeur : le système scolaire.

Hormis mes jobs étudiants, j’ai été salariée une fois dans ma vie. Cette expérience a duré un an.

Au moment de l’embauche, j’ai dû envoyer de nombreux documents administratifs avant de signer le contrat. Et envoyer des documents administratifs, je déteste ça. Chaque jour, en arrivant à mon poste de travail, je consultais mes mails. Je devais y répondre le plus rapidement possible. Normal : je n’engageais pas uniquement mon nom mais aussi celui de l’entreprise.

Chaque matin, j’essayais d’arriver en étant présentable, c’est-à-dire à peu près coiffée, maquillée, l’œil vif ou faisant semblant d'être réveillée. Une question d’image. Au bout de quelques mois, j’ai été convoquée pour le traditionnel entretien annuel : le seul de ma vie. Un moment plutôt désagréable pour moi, qui n’aime pas tellement rendre des comptes.

De temps en temps, plutôt que de rentrer chez moi, je participais à des afterworks auxquels je me forçais à aller. J’aimais bien mes collègues mais j’aimais aussi la quiétude de mon canapé. Lorsque je souhaitais partir en vacances hors des moments de fermeture de l’entreprise, je devais en faire la demande à ma supérieure hiérarchique. 

J’ai mis fin à cette expérience salariale, pourtant riche en apprentissages, pour me lancer à mon compte. J’ai besoin de liberté, de prendre rendez-vous chez le dentiste sans demander l’autorisation à quelqu’un.

Je n’ai jamais regretté ce choix.

Sauf qu’aujourd’hui, j’ai un nouvel employeur. Plus exactement depuis que j’ai un enfant. Et non, ce n’est pas lui mon patron : c’est son école.

Au moment de son inscription, j’ai dû envoyer de nombreux documents administratifs, dont certains plusieurs fois et en plusieurs exemplaires. Il est scolarisé dans la même école maternelle depuis 3 ans maintenant et pourtant à chaque rentrée, je renvoie les mêmes documents, en remplissant religieusement les mêmes informations. Même s’il n’a pas changé de date de naissance depuis la petite section.

Chaque soir, je consulte son carnet de liaison. Je dois signer le plus rapidement possible chaque mot et chaque information. Normal, car le contraire me ferait passer pour une mère indigne et je risquerais de rater à regret la date limite des commandes de torchons personnalisés avec les dessins de tous les enfants de l’école.

Chaque année, je suis convoquée pour un entretien annuel qui ne me concerne pas. C’est pire, car il est question de mon enfant. Enfant qui, contrairement à moi, ne semble pas avoir bien compris que l’on ne frappe pas ses collègues de travail en cas de désaccord.

Chaque matin, je tâche d’arriver présentable devant l’école malgré le fait que mon statut d’indépendante me permette d’écrire mes chroniques en pyjama si je le souhaite. En trois ans, j’ai certes réussi à trouver des parades pour être en pyjama sans en avoir l’air. Mais c’est quand même une charge mentale, cette histoire d’image.

Régulièrement, le soir, plutôt que de rentrer chez moi, je me rends à des apéros de parents d’élèves pour parler de la prochaine kermesse ou du prochain vide-grenier organisé par l’association. J’aime bien les parents d’élèves, mais j’aime bien aussi la quiétude de mon canapé.

Lorsque j’envisage de partir hors des vacances scolaires, je dois aussi le demander.

Les parallèles entre les deux expériences sont troublants. Documents à fournir. Délais à respecter. Entretiens obligatoires. Présentation soignée. Réunions sur le temps personnel. Vacances sous conditions.

La seule différence, finalement, c’est que je ne peux pas démissionner. Ça tombe bien, je n’en ai pas envie. J’ai même prolongé mon contrat : j’ai fait un deuxième enfant.

Rédactrice

Elle pensait qu’avoir un enfant ne changerait pas grand-chose à sa vie. Cinq ans plus tard, après deux grossesses et quelques kilos de charge mentale…

35h et des poussettes

Si comme moi vous jonglez entre réunions et changements de couches, rejoignez-nous pour des discussions franches, des astuces pratiques et une bonne dose d'humour. Si vous négociez des contrats tout en faisant les devoirs ou en préparant des biberons, cette chronique est faite pour vous ! Plongez avec moi dans le grand bain de la parentalité où carrière et famille se disputent la vedette.

Notre actu dans votre inbox

Restez informés de toute l’actu
& inspirez-vous au quotidien