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chronique

Parcoursup : le métier des parents dicte-t-il le choix des études ?

Parentalité

  4 mins

 

Un parent et un lycéen discutent d’orientation et de choix d’études

Le métier des parents influence-t-il les choix de leurs enfants quand il s’agit des études supérieures ? 

La question peut sembler provocatrice. Elle est pourtant au cœur de décennies de recherches en sociologie et d’une petite révélation personnelle que j’ai mis seize ans à formuler.

J’ai 19 ans. Je suis face à un ordinateur, connectée à ce qui ne s’appelle pas encore « Parcoursup ». À mon époque, c’était APB (pour admission post-bac). Ça fait mal d’écrire « à mon époque » mais on ne va pas se formaliser. L’objectif d’APB était le même que celui de Parcoursup : faire des choix pour ses études supérieures. Décider de la voie que l’on va emprunter et qui est censée nous mener tout droit (ou pas) vers notre futur métier.

Je suis à cet âge un peu flou entre l’adolescence et l’âge adulte. J’ai eu mon bac un an plus tôt, j’ai fait une année de césure à Madrid. Désormais, il est question d’honorer la promesse faite à mes parents : poursuivre mes études.

J’ai encore en moi des restes de rébellion de l’adolescence. Je pense faire un choix qui me correspond à 100 %, sur lequel mes parents n’ont aucune prise, ni de près, ni de loin. En toute conscience, rebelle, libre, affranchie, je choisis des études en tourisme.

Le métier de mes parents a-t-il influencé ce choix ? Il y a 16 ans, j’aurais répondu non avec aplomb. Aujourd’hui, j’aurais plus de mal. Car mon père a effectué la majeure partie de sa carrière… dans des compagnies aériennes.

Suis-je un cas isolé ? Suis-je la seule « plus tout à fait adolescente, pas encore adulte » à avoir été influencée par le métier de ses parents pour le choix des études ? Je décide de mener l’enquête.

Première étape : me rapprocher des chercheurs, histoire de voir s’ils ont cherché. Bingo. 

En 2026, Diplomeo a réalisé une enquête auprès de 1 001 jeunes âgés de 16 à 25 ans. Si l’étude se concentre notamment sur la réorientation des étudiants sur Parcoursup, elle révèle notamment que 41 % des lycéens regrettent de s’être orientés sur les conseils de leurs parents. S’il n’est pas question du métier des parents directement, on peut déjà avancer le fait que l’influence des parents est bien réelle.

Je poursuis mon enquête, direction une rubrique que j’apprécie particulièrement dans le journal Le Monde Campus : « La Bonne paye ». Il est question du salaire des jeunes et de la manière dont ils le dépensent. On y croise Hugo, pilote de ligne : un père journaliste et une mère assistante bibliothécaire. Maelan, marin pêcheur, issu d’une famille de marins pêcheurs. Chloé, psychologue, avec un père commercial et une mère employée administrative. Corentin, éducateur à l’aide sociale à l’enfance, dont les deux parents sont travailleurs sociaux. Anne, peintre en bâtiment, avec un père enseignant et une mère préparatrice en laboratoire. Ou encore Bastien, agriculteur-éleveur : ses parents ne le sont pas, mais ses grands-parents l’étaient.

Éplucher les articles de cette rubrique ne me fait pas vraiment avancer dans ma réflexion. Car si une partie des jeunes interrogés exercent une profession similaire à celles de leurs parents, qui me dit que pour les autres, les métiers du père et de la mère n’ont pas influencé les choix pour prendre une direction opposée ?

La dernière étape de mon enquête était inévitable : la sociologie. Selon Bourdieu, les enfants de milieux favorisés héritent d’un capital culturel (références, rapport au savoir, connaissance des filières) qui leur donne un avantage dans le système scolaire. Ainsi, ce capital culturel, souvent lié directement au métier des parents, influence les choix Parcoursup. Autrement dit, pour accéder à une prépa commerce, il faut déjà savoir qu’elle existe, mais surtout oser y postuler.

La sociologue Agnès van Zanten effectue des recherches à ce sujet depuis le début des années 2000. Celles-ci montrent que les familles de milieux dits « favorisés » opèrent des stratégies actives dans l’orientation de leurs enfants. Elles anticipent, se renseignent, activent des réseaux.

Une étude du Ministère de l'Éducation a quantifié ce phénomène : 91 % des enfants de cadres, enseignants, chefs d’entreprises et professions libérales obtenant une moyenne entre 10 et 12 au brevet demandent une orientation en seconde générale et technologique. Les enfants d’ouvriers non qualifiés aux résultats scolaires équivalents ne sont que 59 % à formuler le même vœu. Ce que nous dit la sociologie, ce n’est pas que le métier des parents en tant que tel influence directement les choix Parcoursup. Il les influence avec ce qu’il produit : une vision du monde, la légitimité de certaines professions…

Pour conclure cette chronique, j’aimerais évoquer Annie Ernaux, écrivaine, prix Nobel de littérature et « transfuge de classe ». Ses parents étaient épiciers, son milieu était très précaire. Dans "La Place" (1983) puis dans "La Honte" (1997), deux ouvrages publiés chez Gallimard, elle raconte avec précision le rapport de cette famille populaire au savoir, à l’école, à l’ambition.

Et je pourrais également citer Wilbi, une application très pertinente qui permet de découvrir l’envers du décor de tous les métiers : une bonne façon de s’émanciper, si besoin est.

35h et des poussettes

Si comme moi vous jonglez entre réunions et changements de couches, rejoignez-nous pour des discussions franches, des astuces pratiques et une bonne dose d'humour. Si vous négociez des contrats tout en faisant les devoirs ou en préparant des biberons, cette chronique est faite pour vous ! Plongez avec moi dans le grand bain de la parentalité où carrière et famille se disputent la vedette.

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