Il y a des phrases qu’on entend de plus en plus au taf, du style « essaie de rester positive » ou « vois ça comme une opportunité ». Et sur le principe, je suis plutôt d’accord. Une posture constructive aide souvent à avancer.
Entre deux personnes face au même problème, celle qui cherche une solution progresse généralement plus vite que celle qui soupire en regardant l’horloge (oui ça sent le vécu). Mais que se passe-t-il quand on pousse cette logique jusqu’au bout ?
Quand on décide d’être positif tout le temps. Même quand ça va mal. Surtout quand ça va mal.
J’ai donc tenté l’expérience : une semaine entière à aborder chaque situation de façon optimiste.
Jour 1 : positif mais raisonnable
Lundi matin, premier test assez classique. Un projet qui prend un peu de retard. Rien de dramatique, mais je sens que ça crée un peu de tension dans l’équipe. Au lieu de participer au soupir collectif, je lance, avec un air motivé, que « c’est donc une bonne occasion de revoir certaines étapes du projet. »
La phrase est accueillie avec un hochement de tête poli. Personne ne s’enflamme, mais personne ne me regarde bizarrement non plus. Avec une approche modérée, la positivité passe plutôt bien, elle ressemble simplement à de la gestion de problème.
Jour 2 : ça fait du bien quand ça pique
Mardi, le responsable d’une autre équipe nous envoie un mail assez sec sur un livrable qu’il trouve incomplet. Je lis le message à l’équipe, je respire… et je reformule.
J’explique que je trouve son mail intéressant, car il nous donne des retours très précis. Que s’il n’a pas compris notre proposition, c’est que nous n’avons pas été assez clairs. Que ça va nous aider à améliorer la prochaine version…
Cette fois, les réactions sont plus mitigées. Une collègue sourit nerveusement, un autre hausse les épaules. Ma positivité exagérée ne trouve pas beaucoup de résonnance dans l’open-space.
Jour 3 : la vie d’équipe
C’est un problème technique sur un outil de communication interne qui me met à l’épreuve en ce troisième jour. Rien ne fonctionne pendant une bonne demi-heure. Autour de moi, les soupirs s’accumulent naturellement, accompagnés de quelques commentaires sarcastiques. Un brin inspiré par le protagoniste par Jim Carrey dans Yes Man, je décide d’appliquer ma méthode d’extra-enthousiasme.
« Finalement, ça nous fait une pause inattendue. » Le silence qui suit est assez parlant. Je retente : « On pourrait en profiter pour mettre à plat un process en cas de coupure technique ? » Même ma manager me regarde avec un mélange d’amusement et de suspicion.
Je comprends que la positivité n’est pas seulement une posture personnelle, mais plutôt un langage collectif. J’avais déjà observé ça en testant de dire non à tout : en me décalant trop de l’ambiance générale, je crée une forme de dissonance.
Jour 4 : l’optimisme a ses limites
Le jeudi, la situation se corse. Désaccord sur la direction d’un projet, les échanges se tendent lors d’une réunion et ça s’enlise un peu. Pour redémarrer les échanges, je lance : « Bon, on n’est pas tous d’accord mais c’est plutôt une bonne nouvelle, ça veut dire que tout le monde est impliqué ».
Cette fois, les regards deviennent perplexes, agacés. Une collègue me lance « c’est sympa ton stage de pensée positive là, mais ça ne fait rien avancer ». Je crois qu’elle a raison : la positivité ne fonctionne que si c’est une démarche authentique.
Jour 5 : la positivité absolue est absurde
Vendredi, sans qu’il n’y ait d’événement particulier, quelque chose change dans ma manière d’aborder l’expérience. Toute la semaine, j’ai cherché à reformuler les situations, à transformer les contrariétés en opportunités, les retards en apprentissages et les tensions en signe d’engagement collectif. Je réalise que cet exercice a une limite.
À force de vouloir rendre chaque situation positive, je perçois un décalage entre ce que je dis et ce que je ressens réellement. Lorsqu’un problème apparaît, la première réaction naturelle, cette émotion brute d’agacement, d’inquiétude ou de frustration est immédiatement recouverte par une couche d’optimisme volontaire.
Mais ces émotions existent pour une raison. Elles signalent qu’un cadre n’a pas été respecté, qu’un délai est trop court, qu’une décision mérite d’être discutée. Les neutraliser systématiquement ne les fait pas disparaître mais les rend invisibles.
La positivité permanente peut vite devenir une forme de maquillage émotionnel, aussi peu réaliste pour soi que pour le collectif. Une équipe n’avance pas seulement grâce à l’optimisme ; elle avance aussi parce qu’elle peut reconnaître les difficultés, les nommer et parfois les traverser ensemble.
Au fond, je trouve que la posture positive reste précieuse, car elle aide à chercher des solutions plutôt qu’à s’enfermer dans les problèmes. Mais elle fonctionne mieux comme une orientation générale (une manière de regarder les choses sur la durée) que comme une réaction automatique appliquée à chaque situation.
En somme : être positif tout le temps n’est ni très sain, ni crédible. Mais savoir redevenir positif après avoir reconnu ce qui ne va pas, c’est surement là que le bon équilibre se trouve.
J'ai testé...
Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.