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chronique

Le Canada et l’éloge de la lenteur collective au travail

Vie interne

  3 mins

 

Des équipes au Canada plantent des arbres et privilégient le travail collectif et le temps long

Le travail s’accélère. Les cycles de reporting se raccourcissent. Les KPI clignotent en continu. Dans les organisations, tout pousse à produire vite, prouver vite, corriger vite. Le temps long est devenu suspect.

Et pourtant, au Canada, certaines équipes quittent le bureau pour planter des arbres. Pas pour « créer une forêt », mais pour contribuer à un processus qu’aucune technologie ne pourra accélérer. Une forêt ne se scale pas. Elle s’amorce, se régénère, s’attend. Dans ce décalage presque anachronique, quelque chose se détend : le rapport au travail, au collectif… et au temps.

Planter sans promettre

Pas de salle de séminaire, pas de paperboard. Mais des bottes, des pelles, parfois de la boue. Au Canada, des organisations comme Project Forest en Alberta, Tree Canada ou le centre de conservation Kortright, près de Toronto, accueillent des équipes pour des journées de plantation ou de restauration écologique. Des entreprises comme Nutrien ou TD Bank y engagent leurs salariés sur des sites inscrits dans des projets de long terme.

L’activité est simple : planter des arbres, restaurer un sol, participer à une dynamique de territoire. Ce qu’elles ne font pas est plus déroutant. Elles ne « créent » rien de fini. Elles n’en verront ni la canopée, ni l’équilibre, ni l’aboutissement. Le résultat sera lent, incertain et parfois invisible. Le vivant fera le reste, mais à son rythme. Dans une culture de surconsommation, on célèbre le renoncement.  

L’éloge de la lenteur collective  

Dans de nombreuses entreprises, tout ce qui n’est pas mesurable rapidement devient inconfortable. La forêt, elle, ne négocie rien.

Planter un arbre confronte les équipes à une évidence peu compatible avec le monde du travail : on peut planifier, encadrer, préparer, mais on ne contrôle ni la croissance, ni la survie, ni l’équilibre futur. Une forêt ne répond à aucun KPI. Elle rappelle que certains processus sont irréductiblement lents et que cette lenteur est créatrice.  

Les recherches sur les espaces arborés et les projets collectifs ancrés localement sont éloquentes : mettre les mains dans la terre réduit le stress, améliore l’attention, favorise un sentiment de continuité. Non par magie verte, mais parce qu’il réintroduit un temps incompressible, extérieur à l’urgence permanente.

Le miroir français du temps court

Vu de France, ce rapport au temps a quelque chose de déstabilisant. Nos séminaires sont souvent pensés comme des parenthèses efficaces : un lieu agréable, un temps court, des effets attendus rapidement. La cohésion, oui, mais mesurable, immédiate, presque consommable. Une fois l’événement terminé, l’excitation retombée, il reste quelques photos dans l’open space...

L’expérience canadienne montre autre chose. Que la cohésion ne tient pas seulement à l’intensité du moment partagé, mais à la trace laissée. Une parcelle restaurée. Un site que l’on peut revoir. Un projet qui continue sans nous. Accepter cela, c’est renoncer à l’illusion de maîtrise totale, et, paradoxalement, retrouver un peu de sérénité collective.

Melting work

Bienvenue à bord de la chronique qui vous emmène dans les coulisses des entreprises d’ailleurs, là où les cultures se mélangent, innovent et inspirent. Venez explorer les pratiques de travail qui font bouger les lignes à travers le monde. Sans jargon et avec les éclairages des experts en management interculturel, vous découvrirez le travail sous un jour nouveau.

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