Pour moi, monter en responsabilités dans une entreprise, c'est un peu comme avoir un enfant. On nous explique que c'est une étape incontournable, un aboutissement logique, presque un accomplissement. Et puis, dès que les gens se lancent, ils ont peur, ils doutent… et ils dorment beaucoup moins bien.
Aujourd'hui, j'entends plein de jeunes autour de moi dire qu'ils n'ont pas spécialement envie de monter dans la hiérarchie. Et s'ils étaient en train de redéfinir ce que 'réussir' signifie ? C'est au moment où j'ai creusé la notion de “quiet ambition” que j'ai commencé à réfléchir en ces termes.
Le “quiet ambition”, c'est quoi exactement ?
On parle de “quiet ambition” pour décrire cette manière de s'investir pleinement dans son travail, de vouloir apprendre et progresser, sans chercher à gravir l'échelle hiérarchique. Rien à voir avec le “quiet quitting”, souvent associé au désengagement. Ici, on travaille bien. Simplement, on ne rêve pas forcément d'un poste de manager ou d'un titre ronflant.
Et les chiffres sont assez parlants. Selon une étude Deloitte, seuls 6 % des Gen Z disent que leur ambition professionnelle première est de grimper l'échelle corporate.. Autant dire que le mythe du jeune aux dents longues qui rêve d'une promotion mérite sérieusement d'être dépoussiéré.
Non, les Gen Z ne sont pas flemmards !
À ce stade, on voit déjà venir le raccourci. On serait prompt à se dire que les Gen Z ne veulent pas évoluer, donc qu'ils ne veulent rien faire. Mais la réalité est un peu plus nuancée. Quand on regarde ce qui motive réellement les Gen Z dans leur travail, le tableau est clair.
Toujours selon l'étude Deloitte, le top 3 des raisons pour lesquelles les Gen Z travaillent pour leur employeur actuel est le suivant : tout en haut, l'équilibre vie professionnelle / vie personnelle ; en top 2, les opportunités de progresser dans leur carrière ; et sur la dernière marche du podium, les possibilités d'apprentissage et de formation.
Autrement dit : les jeunes veulent bien progresser… mais pas forcément monter. L'avancement d'une carrière ne passe plus uniquement par une ligne de plus sur l'organigramme. Et cette ambition, loin d'être passive, est même plutôt studieuse ! Toujours selon Deloitte, 7 Gen Z sur 10 développent des compétences au moins une fois par semaine pour avancer dans leur carrière, contre 59 % des Millennials. Auto-formation, nouvelles compétences, montée en expertise, side projects : l'effort est là, simplement moins visible. Pour eux, l'ambition ne se lit plus dans un intitulé de poste, mais dans un parcours d'apprentissage continu.
Et si c'était une bonne nouvelle ?
Forcément, ce décalage crée parfois de l'incompréhension. Pour les générations précédentes, l'ambition était souvent synonyme de reconnaissance, de statut et de sécurité. Gravir les échelons, c'était la preuve qu'on réussissait.
A contrario, pour beaucoup de jeunes aujourd'hui, réussir, c'est surtout préserver son équilibre, garder de l'autonomie et trouver du sens. Ce n'est pas vouloir moins. C'est vouloir autrement. Et si vous me demandez mon avis, je trouve cette évolution plutôt saine.
Le “quiet ambition” permet peut-être d'éviter des promotions par défaut, de valoriser l'expertise sans forcer le passage par le management et de repenser ce que “réussir sa carrière” veut vraiment dire. L'ambition n'a peut-être pas disparu. Elle a simplement arrêté de faire du bruit.
Générations
Millennial née au début des années 90, j'observe avec curiosité comment les générations cohabitent au travail. Je vais à la rencontre de mes aînés et de la Gen Z pour comprendre ce qui façonne notre rapport au travail : aspirations, valeurs, façons de collaborer, habitudes (bonnes et mauvaises). Pourquoi travaillons-nous si différemment ? Qu'est-ce qui nous sépare vraiment... et surtout, qu'est-ce qui pourrait nous rapprocher ? Un regard authentique, sans artifices ni lieux communs.