Quand on m’a annoncé que nous allions probablement déployer un coach IA pour accompagner les managers, je dois reconnaitre que je n’étais pas très chaud. Pardonnez-moi l’expression, mais qui a vraiment envie de se faire guider par une IA ? Donc oui, forcément, ma première réaction fût assez prévisible : « Quelle différence avec ChatGPT ? »
J’utilise déjà régulièrement des IA. Pour chercher une info, reformuler un texte ou challenger une idée. Mais pour gérer du relationnel ? Un conflit de responsabilités, une conversation difficile, une tension avec un collègue ? J’avoue avoir du mal à imaginer ce qu’une IA pourrait bien m’apporter pour ces situations bien « réelles ».
Et puis, je ne suis pas un manager hiérarchique, disons plutôt que je pilote des projets transverses et que je dois embarquer des personnes qui ne me sont pas rattachées : convaincre, négocier et parfois gérer des tensions sans avoir le joker « parce que je suis ton manager » à sortir de ma manche.
J’ai donc décidé, un peu à reculons, de tester ce coach IA pendant une semaine. Avec une dose d’appréhension, mais suffisamment de curiosité pour lui raconter mes vrais problèmes.
Jour 1 : voilà mon problème
Premier cas : un conflit de responsabilités. Rien de spectaculaire, mais suffisamment compliqué pour que chacun ait sa propre interprétation de qui doit faire quoi. Je raconte la situation à mon nouveau coach numérique, comme je la raconterais à quelqu’un de confiance. Les faits, les personnes impliquées, ce qui m’agace et surtout ce que j’aimerais obtenir. Je suis brut et clairement je n’y mets pas les formes, et je note que je m’épanche un peu plus sur mon émotion que si j’étais avec un coach humain.
La réponse n’est pas une solution miracle. Elle me pousse plutôt à préciser la situation, à distinguer ce qui relève des faits, de mon interprétation et de ce que je cherche réellement à faire.
C’est assez inattendu. Le simple fait de raconter mon problème et de devoir répondre à quelques questions me fait déjà prendre du recul. Je n’applique finalement aucun conseil à la lettre. Mais je referme la conversation avec une idée beaucoup plus claire de ce que je veux faire.
Jour 2 : le message que je n’ai pas envie d’écrire
En ce mardi, je bloque un peu sur un livrable qui ne correspond pas à ce que j’attendais et je dois le faire savoir à la personne concernée. Le problème n’est pas vraiment de trouver les mots. Je sais écrire « ce n’est pas satisfaisant ». Le problème, c’est ce qu’il y a derrière : comment être clair sans être cassant ? Comment exprimer ma déception sans transformer le message en règlement de comptes ? Comment ne pas blesser ce collègue (qui a vraiment travaillé) tout en lui disant que ça ne va pas ?
Illico, je soumets la situation à mon nouveau coach-manager-IA.
Sans gêne, je lui demande de m’aider à préparer la conversation. Ensemble, on explore différentes réactions possibles. Je teste même une petite mise en situation. Une sorte de répétition générale, sauf que mon interlocuteur ne s’appelle pas vraiment Valentin et que si je suis maladroit, ça n’entachera pas notre relation.
L’exercice est… efficace. Il m’oblige à réfléchir à ce que l’autre pourrait entendre derrière mes mots.
Jour 3 : on passe aux choses sérieuses
Troisième jour, situation un brin délicate : je dois annoncer à un prestataire que nous allons arrêter notre collaboration. Alors coach, comment mener à bien cet échange sachant que j’apprécie beaucoup cette personne et qu’elle ne s’y attend pas du tout ?
Je lui explique le contexte, les raisons de la décision, ma relation avec le prestataire et ce que je souhaite préserver malgré tout. On teste plusieurs scénarios, et mon nouveau mentor IA joue le rôle de l’interlocuteur en face, avec ses réactions, ses objections et ses questions.

Oui je peux même lui parle de vive-voix, c'est bluffant.
L’exercice me plait beaucoup, car j’ai pu me faire différents scénarios en tête selon la tournure de la discussion. J’ai pu tester mon approche sans risquer de déclencher réellement une mauvaise conséquence, et je repars confiant pour cet échange.
Jour 4 : un miroir ?
Mon coach IA commence à me plaire. Je crois que ce que j’apprécie le plus n’est finalement pas qu’il me donne des conseils, mais qu’il m’oblige à regarder ma propre posture. Avec ma casquette de manager projet, j’essaye d’obtenir de la coopération sans disposer de véritable « pouvoir hiérarchique ».
Je peux avoir raison sur le fond tout en ratant complètement mon message. Le coach IA me permet de prendre ce petit temps de recul que je ne prends pas toujours naturellement. Après certaines conversations, je reviens même sur la situation pour analyser ce qui s’est passé ou ce que j’aurais pu faire autrement.
Jour 5 : bon, ok, c’est pas mal
Vendredi, je dois me rendre à l’évidence : je me suis habitué à mon petit coach numérique. Et ça m’embête presque de le reconnaître.
Je pensais qu’une IA pouvait m’aider à rédiger un mail, synthétiser une réunion ou préparer une présentation. Mais je ne m’attendais pas à ce que l’IA puisse m’aider à réfléchir à une situation relationnelle complexe.
En réalité, je n’ai pas forcément appliqué ses recommandations telles quelles. D’ailleurs, l’IA n’en donnait pas vraiment. Et c’est justement ce qui m’a plu.
Je lui raconte une situation, il la décortique. Je teste une approche, il me renvoie un autre point de vue. Je simule une conversation, je vois où ça coince. Et dans le réel, c’est moi qui reprends la main.
Même après une semaine, je ne considère toujours pas qu’une IA puisse résoudre mes problèmes humains. Mais j’ai découvert qu’elle pouvait m’aider à mieux les aborder.
Et pour un manager, notamment lorsqu’il doit faire avancer les choses, ce petit pas de côté me semble faire une vraie différence.
N.B : le coach IA que j'ai testé est à découvrir ici : coach IA.
J'ai testé...
Tester de nouvelles façons de travailler, c'est le principe de cette série d'expérimentations grandeur nature. Chaque chronique raconte une semaine d’immersion pour adopter un nouveau métier, tester une méthode de travail ou tout simplement changer ses habitudes professionnelles... Du ressenti aux enseignements concrets, je teste et je raconte d’autres façons de travailler.