Avant de parler matière ou énergie, il faut souvent déconstruire un vieux réflexe : « on a toujours fait comme ça ». Le ou la chargée de mission d’écologie industrielle travaille là où les pertes s’accumulent et où les entreprises stagnent sans jamais croiser leurs besoins.
Ses armes ? L’écologie industrielle et territoriale (EIT), ces démarches locales qui transforment le gaspillage ordinaire en projets collectifs rentables. Pas spectaculaire. Mais diablement efficace.
Journal d’une chargée de mission d’écologie industrielle
08 h 21
J’ouvre mon tableur de suivi des flux. Matières, énergie, déchets.
Pas très sexy, mais tout commence là.
Aujourd’hui, visite d’une PME industrielle sur une zone d’activités que je connais par cœur. Enfin… en théorie.
09 h 34
Casque de chantier sur la tête, chaussures de sécurité aux pieds.
Le responsable maintenance m’explique ce qu’ils jettent, ce qu’ils stockent, ce qui « ne vaut rien ».
Je note frénétiquement. Quand il me dit « ça, personne n’en veut », je pense déjà à l’entreprise d’à côté qui pourra le valoriser. Celle qui importe exactement ce type de matière.
10 h 58
Retour au bureau.
J'actualise la cartographie des flux. C’est le socle des démarches d’écologie industrielle et territoriale (EIT), ces projets locaux où des entreprises d’un même territoire cherchent à mieux utiliser leurs ressources ensemble. Sans cette cartographie, on parle dans le vide. Avec elle, les idées deviennent sérieuses.
12 h 18
Déjeuner avec deux collègues de la collectivité et une chargée de mission développement économique.
On parle météo, circulation, puis très vite… déchets, énergie, coûts.
Ici, les projets avancent souvent entre deux bouchées, quand la pression retombe et que les langues se délient.
13 h 07
Retour au bureau.
Je prépare un atelier avec plusieurs entreprises du territoire.
Objectif : tester des synergies possibles. Traduction : vérifier que les économies sont bien réelles, pas seulement séduisantes sur le papier.
14 h 03
Réunion avec trois dirigeants et un élu de l’intercommunalité.
L’un coupe court : « Très bien sur le principe, mais moi je n’ai ni le temps ni le budget pour tester des idées. »
Je réponds avec du concret : coûts actuels, coûts évités.
Je rappelle que l’écologie industrielle est un moyen de réduire des factures, de sécuriser des ressources et, parfois, de créer de l’activité locale.
Les visages se ferment d’abord, puis se détendent. Un peu.
16 h 11
J’évalue les indicateurs demandés par l’ADEME, qui soutient financièrement beaucoup de démarches EIT.
Tonnes de déchets évitées. Énergie économisée. Gains financiers estimés.
Des chiffres sobres, mais redoutablement efficaces quand il faut convaincre.
17 h 42
Une frustration récurrente pointe son nez : les projets avancent lentement. Trop lentement, parfois.
Mais ce soir, je choisis de voir le verre à moitié plein : dans la même journée, deux entreprises ont accepté d’étudier une mutualisation. Pas parce qu’elles y croient. Parce que les chiffres tiennent. Baby steps...
18 h 27
C’est déjà la fin de ma journée de travail.
Pas de fanfare, ni d’applaudissements. Mais, ce n’est pas pour ça qu’on fait ce métier.
Demain, une nouvelle zone. D’autres flux. Et toujours cette même intuition : quelqu’un cherche forcément ce que l'autre jette.
Chargée de mission d’écologie industrielle : le métier en clair
Sa mission
Faire coopérer des entreprises qui, jusqu’ici, fonctionnaient en parallèle.
Le/la chargé·e de mission d’écologie industrielle analyse les flux de matières, d’énergie, d’eau ou de déchets à l’échelle d’un territoire, puis aide à transformer des pertes en ressources partagées. L’objectif : réduire le gaspillage, diminuer les coûts et renforcer la performance locale.
Ses outils
Des diagnostics de flux pour comprendre ce qui circule réellement.
Des tableaux de bord pour suivre déchets évités, énergie économisée ou gains financiers.
Des ateliers collectifs, des visites de sites et beaucoup de coordination.
Le tout formalisé dans des comptes rendus et des indicateurs attendus par les entreprises, les élus et des financeurs comme l’ADEME.
Les compétences clés
Une solide base technique en écologie industrielle et économie circulaire.
Des compétences en gestion de projet et animation multi-acteurs.
Et surtout des soft skills décisives : pédagogie, médiation, patience et persévérance. Sans capacité à faire dialoguer des intérêts divergents, aucune synergie ne tient.
Formations, emploi et évolutions
Le métier est généralement accessible à partir d’un bac+5 : environnement, ingénierie, économie circulaire, aménagement du territoire ou écoles d’ingénieurs spécialisées.
Les postes se trouvent surtout dans les collectivités, les structures EIT, les bureaux d’études et parfois au sein d’entreprises industrielles.
La rémunération débute autour de 30 à 36 k€ brut par an et progresse avec l’expérience.
Avec le temps, les évolutions mènent vers la coordination territoriale, des postes de responsable économie circulaire ou des fonctions de conseil.
Nouveaux métiers
Chaque article explore les professions émergentes et celles en pleine mutation à travers le récit d’une journée dans la peau d’un ou d’une professionnelle. Transition énergétique, biodiversité, numérique, cybersécurité, santé… “Nouveaux métiers” dévoile les missions, les compétences, les outils et les qualités humaines essentielles dans un secteur d’avenir. Du vocabulaire métier aux perspectives d’évolution, en passant par les formations nécessaires, partez à la découverte de ces métiers d’avenir.